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      <titleStmt>
        <title>LXIII. Bagatelle</title>
        <author>Justus Van Effen</author>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Susanna Falle</name>
          <resp>Editor</resp>
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          <name> Michaela Fischer</name>
          <resp>Editor</resp>
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          <name> Michael Hammer<hi rend="smallcaps"></hi>
          </name>
          <resp>Editor</resp>
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      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Institut für Romanistik, Universität Graz</publisher>
        <date when="2015-11-03">03.11.2015</date>
        <idno type="PID">o:mws.3779</idno>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <bibl>Justus Van Effen: La Bagatelle ou Discours ironiques, ou l’on prête des
                    Sophismes ingénieux au Vice &amp; à l’Extravagance, pour en faire mieux sentir
                    le ridicule. Nouvelle Édition, revue &amp; corrigée. Tome Second. Lausanne &amp;
                    Genève : Marc-Mic. Bousquet et Comp. 1745, 72-78, </bibl>
        <bibl type="Einzelausgabe" xml:id="Ba">
          <title level="j">La
                        Bagatelle</title>
          <biblScope type="vol">2</biblScope>
          <biblScope type="issue">012</biblScope>
          <date>1745</date>
          <placeName key="#GID.1">Frankreich</placeName>
        </bibl>
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            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsebenen">
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              <interp xml:id="SP">Selbstportrait</interp>
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              <interp xml:id="EX">Exemplarisches Erzählen</interp>
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              <interp xml:id="MT">Metatextualität</interp>
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          </ab>
        </interpretation>
      </editorialDecl>
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        <name type="place">Graz, Austria</name>
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        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
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          <term>
            <term xml:lang="de">Menschenbild</term>
            <term xml:lang="it">Immagine
                            dell&apos;Umanità</term>
            <term xml:lang="en">Idea of Man</term>
            <term xml:lang="es">Imagen de los Hombres</term>
            <term xml:lang="fr">Image de
                            l’humanité</term>
          </term>
          <term>
            <term xml:lang="de">Autopoetische Reflexion</term>
            <term xml:lang="it">Riflessione Autopoetica</term>
            <term xml:lang="en">Autopoetical
                            Reflection</term>
            <term xml:lang="es">Reflexión Autopoética</term>
            <term xml:lang="fr">Réflexion autopoétique</term>
          </term>
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        <keywords scheme="cirilo:normalizedPlaceNames">
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                    <p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
                    <div1>
                        <head>LXIII. Bagatelle.</head>
                        <p rend="date"><hi rend="italic">Du Lundi</hi> 12. <hi rend="italic">Decembre</hi> 1718.</p>
                        <p><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone> On se souviendra bien peut-être, que
                            dans le prémier Volume de <name corresp="#" key="La Bagatelle" type="work" xml:id="WT.1">la Bagatelle</name> j’ai soutenu que cette
                            définition, l’<hi rend="italic">Homme est un Animal raisonnable</hi>,
                            est fausse &amp; défectueuse. Je prouvois ce paradoxe par la conduite de
                            la plupart des hommes, dont les actions peuvent être causées par un
                            simple <hi rend="italic">concours fortuit d’images</hi>, sans la moindre
                            direction d’un <hi rend="italic">Principe libre intelligent</hi>.
                            Quoique je me flate d’avoir soutenu une opinion si bizarre d’une maniére
                            assez plausible, on croira bien pourtant que je n’ai voulu que badiner,
                            &amp; que mon but a été de faire voir, qu’un bon nombre d’hommes se
                            conduisoient précisément comme s’ils n’avoient point d’ame. Je suivrai
                            aujourd’hui le même plan, &amp; je ferai voir ce que c’est qu’un homme
                            qui se distingue des autres par l’usage d’un <hi rend="italic">Principe
                                intelligent</hi>°: je dépeindrai les fonctions de l’ame dans le
                            cerveau d’une personne qui est fiére, comme il faut, de l’excellence de
                            sa nature, &amp; qui ne néglige rien pour la porter au plus haut point
                            de perfection.</p>
                        <p>On me permettra bien d’appeller encore du nom d’<hi rend="italic">Etres</hi>, les images du cerveau. Ce ne <pb n="73"></pb> sont pas des
                                <hi rend="italic">Substances</hi>, ce ne sont pas des <hi rend="italic">Modifications</hi> ; elles existent pourtant
                            réellement. Je ne sai pas trop bien le tems précis que cet Etre,
                            d’istingué &lt;sic&gt; de notre machine, s’empare du séjour que la
                            Nature lui a préparé°; je n’ai pas même une idée fort juste de la
                            maniére dont il y commence ses opérations, je n’en puis juger que par
                            des conjectures probables. Ce <hi rend="italic">Principe
                            d’activité</hi>, à ce que je m’imagine, doit être fort embarassé, quand
                            il ne fait que d’entrer dans ce labyrinthe qui compose le méchanisme du
                            cerveau. Il enfile tantôt une route, tantôt une autre, sans savoir à
                            quoi elles aboutissent ; il rencontre mille petits ressorts, dont il ne
                            connoit point l’usage°: il les manie, il les essaye, &amp; je le crois
                            dans cette occupation fort semblable à un Musicien apprentif, qui
                            parcourt toutes les cordes d’un Instrument, pour trouver quelques tons
                            dont il a besoin°: il rencontre à chaque pas diverses images, l’une
                            l’effraye, l’autre badine avec lui : c’est un Roi, mais un Roi dans
                            l’enfance, qui ne connoit pas encore son pouvoir, &amp; qui est porté
                            par ses Courtisans à tout ce qui leur plaît. Peu à peu l’ame apperçoit
                            par des réflexions sur elle même, qu’elle n’est pas faite pour
                            l’esclavage°: elle effraye sa force sur quelque image foible &amp;
                            docile, elle en vient à bout, &amp; de sa nature hardie &amp;
                            entreprenante, elle exécute avec succès des entreprises plus
                            difficiles ; elle se persuade à la fin, que c’est à elle à être la
                            maîtresse, &amp; que ces pe-<pb n="74"></pb>tits <hi rend="italic">Etres
                                voltigeans</hi>, qui lui ont fait autrefois la loi, ne sont que des
                            domestiques, qui doivent la reconnoître pour leur Souveraine.</p>
                        <p>Ce <hi rend="italic">Principe</hi> sent d’abord, que la baze de son
                            autorité consiste dans un pouvoir libre de prêter attention à la
                            conduite de ses Sujets. Il se sert de cette faculté, &amp; il remarque
                            que le caprice des images qui habitent le cerveau, a formé parmi elles,
                            des liaisons bizarres &amp; monstrueuses, dont résulte le desordre le
                            plus honteux. Il examine toutes ces images, chacune à part ; il en
                            reconnoit la nature°; il enchaîne celles qui ont un rapport naturel
                            ensemble, &amp; à chacune de ces chaînes, il assigne une demeure
                            particuliére, pour les pouvoir retrouver quand il les voudra faire
                            paroître devant lui, &amp; en tirer de l’utilité.</p>
                        <p>Ces images sont naturellement brutales &amp; insolentes, surtout quand
                            elles ont un dangereux commerce avec le cœur, où l’ordre &amp;
                            l’obéissance ne sont pas des vertus fort en vogue. Il arrive souvent
                            qu’une telle image se jette brusquement au travers des autres images
                            arrangées°; dans un moment elle brise ces chaînes formées par les
                            efforts les plus pénibles, elle renverse tout, &amp; pour quelque tems
                            elle paroit avoir fait la conquête de l’imagination sur son Maître
                            légitime.</p>
                        <p>L’ame ferme &amp; courageuse dans ses malheurs, se roidit contre les
                            difficultés, &amp; redouble ses efforts à mesure que le danger
                            augmente°; elle <pb n="75"></pb> repousse l’<hi rend="italic">Etre</hi>
                            téméraire qui a causé tout le desordre ; &amp; s’opposant avec une
                            nouvelle vigueur à des attaques nouvelles, elle l’exile à la fin de ses
                            Etats, ou la rend docile à ses Loix. L’ordre est bientôt rétabli°; le
                            péril que l’ame a couru, ne fait que la rendre plus attentive &amp; plus
                            précautionnée ; elle accourt à la moindre apparence de sédition parmi
                            ses Sujets, qui se forment peu à peu à l’habitude d’obéir, &amp; de se
                            conserver dans l’arrangement nécessaire.</p>
                        <p>Il arrive quelquefois, que ce <hi rend="italic">Principe d’activité</hi>,
                            croit enfin ses efforts continuels couronnés d’une paix, &amp; d’une
                            tranquilité inaltérable. Cette réflexion le jette dans la sécurité,             
               &amp; dans l’inattention°; il s’absente pour quelques momens, &amp;
                            s’amuse à faire de petits voyages de plaisir, dont il a ordinairement
                            lieu de se repentir après son retour.</p>
                        <p>Tous ses Etats sont remplis de confusion &amp; de tumulte, tous les rangs
                            de ses Sujets sont confondus, des Etrangers dangereux s’y sont jettés.
                            Il se voir attaqué de tous côtés, il a de la peine à se frayer une
                            route, &amp; à rentrer dans le séjour dont il est le Maître légitime. Il
                            voit avec chagrin, que tous les efforts qu’il a faits jusques là, sont
                            inutiles, &amp; que c’est à recommencer. Il est sur le point d’être
                            forcé à renoncer à toute son autorité pour jamais. Il sent pourtant, que
                            pour réussir à remettre ses Sujets dans un état pacifique, il n’a qu’à
                            le vouloir. Cette vérité ranime son courage, <pb n="76"></pb> &amp; l’excite
                            à des efforts pénibles &amp; glorieux, qui le rétablissent bientôt sur
                            le Trône.</p>
                        <p>La triste expérience qu’il vient de faire, fait succèder en lui la
                            prudence à la témérité, une heureuse défiance à une sécurité dengereuse
                            &lt;sic&gt;. Il fait desormais son plaisir de son occupation°; il songe
                            tous les jours à faire fleurir de plus en plus ses Etats, en augmentant
                            le nombre de ses Sujets. Ce n’est pourtant qu’après avoir soigneusement
                            examiné les nouveaux venus, qu’il leur accorde le Droit de Bourgeoisie,
                            &amp; qu’il les fait entrer en liaison avec les anciens Citoyens qui ont
                            le plus de rapport avec ces Etrangers.</p>
                        <p>Il n’est jamais absolument content de ses actions passées°; il s’occupe
                            souvent, pendant un tems considérable, à parcourir tous les quartiers de
                            son Royaume ; il passe en revue les différens ordres d’images qu’il
                            croyoit autrefois le mieux assorties ; il découvre souvent avec la
                            derniére surprise, la liaison de plusieurs de ses Sujets, dont
                            l’incompatibilité étoit échappée à son attention. Là-dessus il réforme
                            son plan, &amp; il ne se rebute pas par la nécessité de faire tous les
                            jours de nouvelles réformes ; sa plus grande satisfaction consiste, à
                            voir de plus en plus la police de ses Etats plus belle &amp; mieux
                            affermie.</p>
                        <p>Lorsque l’ame s’est habituée pendant une vingtaine d’années à gouverner
                            les images du cerveau avec cette assiduïté, elle peut se per-<pb n="77"></pb>mettre quelques écarts d’une courte durée, &amp; s’éloigner pour
                            quelques momens de son séjour ordinaire. Elle est alors semblable à un
                            sage Pére de famille, qui par une prudence incapable de se démentir, a
                            rendu l’ordre essentiel à ses domestiques, asservis à une longue
                            habitude de lui obéir. Quand il est absent de sa maison, l’autorité du
                            Maître veille sur la famille, elle tient sa place, elle gouverne pour
                            lui ; il trouve chez lui, à son retour, le même arrangement qu’il y
                            avoit laissé.</p>
                        <p>Une ame qui connoit &amp; qui veut faire valoir l’excellence de sa
                            nature, quand elle est encore novice dans le gouvernement que la                            
Divinité a confié à ses soins, abhorre non seulement les plaisirs
                            défendus, elle se défie encore des plaisirs permis, qui par un amusement
                            excessif pourroient la détourner de ses occupations importantes°: mais
                            dès-qu’elle est sure de son fait, dès-que par des réflexions exactes sur
                            une longue expérience, elle a pesé ses propres forces, rien ne l’empêche
                            de badiner sobrement avec des objets innocemment agréables ; elle se
                            retire de ces sortes de plaisirs, plus vive, plus propre à maintenir une
                            heureuse harmonie parmi les images, de la liaison desquelles dépend
                            toute l’exactitude de la conduite des Hommes.</p>
                        <p>Remarquons avant de finir, que parmi les images qui roulent dans le
                            cerveau, il y en a deux espéces fort distinguées par leur nature &amp;
                            par leur excellence. A la prémière con-<pb n="78"></pb>vient proprement le
                            nom d’<hi rend="italic">image </hi>; ce sont des représentations des
                            Corps &amp; de leurs qualités, que les Sens communiquent à l’ame d’une
                            manière incompréhensible. Il y en a d’autres dont la nature est plus
                            convenable à celle de l’ame ; parce que, comme elle°; leur essence n’a
                            rien de commun avec la Matiére°; on doit les appeller <hi rend="italic">Notions</hi>. Elles sont comme les favorites du <hi rend="italic">Principe</hi> de nos actions raisonnables ; elles constituent les
                            Gens de qualité à la Cour de la Raison, &amp; elles sont à l’égard de
                            leurs Concitoyennes corporelles, ce que des Nobles sensés devroient être
                            à l’égard de leurs Compatriotes les plus vils. Quoiqu’élevées au-dessus
                            des <hi rend="italic">images</hi>, elles ne négligent rien pour les
                            mettre par un secours perpétuel, dans l’état le plus parfait auquel
                            elles puissent atteindre par leur nature. <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone>
                            <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
                        <p></p>
                    </div1>
                </body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body xml:space="preserve">
                    <div>
                        <ab>
                            <seg synch="#FR.1" type="E1">
                                <seg type="U1">LXIII. Bagatelle.</seg>
                                <seg type="DT">Du Lundi 12. Decembre 1718.</seg>
                                <seg synch="#FR.2" type="E2"> On se souviendra bien peut-être, que
                                    dans le prémier Volume de la Bagatelle j’ai soutenu que cette
                                    définition, l’Homme est un Animal raisonnable, est fausse &amp;
                                    défectueuse. Je prouvois ce paradoxe par la conduite de la
                                    plupart des hommes, dont les actions peuvent être causées par un
                                    simple concours fortuit d’images, sans la moindre direction d’un
                                    Principe libre intelligent. Quoique je me flate d’avoir soutenu
                                    une opinion si bizarre d’une maniére assez plausible, on croira
                                    bien pourtant que je n’ai voulu que badiner, &amp; que mon but a
                                    été de faire voir, qu’un bon nombre d’hommes se conduisoient
                                    précisément comme s’ils n’avoient point d’ame. Je suivrai
                                    aujourd’hui le même plan, &amp; je ferai voir ce que c’est qu’un                                
    homme qui se distingue des autres par l’usage d’un Principe
                                    intelligent°: je dépeindrai les fonctions de l’ame dans le
                                    cerveau d’une personne qui est fiére, comme il faut, de
                                    l’excellence de sa nature, &amp; qui ne néglige rien pour la
                                    porter au plus haut point de perfection. On me permettra bien
                                    d’appeller encore du nom d’Etres, les images du cerveau. Ce ne
                                        <pb n="73"></pb>sont pas des Substances, ce ne sont pas des
                                    Modifications ; elles existent pourtant réellement. Je ne sai
                                    pas trop bien le tems précis que cet Etre, d’istingué
                                    &lt;sic&gt; de notre machine, s’empare du séjour que la Nature
                                    lui a préparé°; je n’ai pas même une idée fort juste de la
                                    maniére dont il y commence ses opérations, je n’en puis juger
                                    que par des conjectures probables. Ce Principe d’activité, à ce
                                    que je m’imagine, doit être fort embarassé, quand il ne fait que
                                    d’entrer dans ce labyrinthe qui compose le méchanisme du
                                    cerveau. Il enfile tantôt une route, tantôt une autre, sans
                                    savoir à quoi elles aboutissent ; il rencontre mille petits
                                    ressorts, dont il ne connoit point l’usage°: il les manie, il
                                    les essaye, &amp; je le crois dans cette occupation fort
                                    semblable à un Musicien apprentif, qui parcourt toutes les
                                    cordes d’un Instrument, pour trouver quelques tons dont il a
                                    besoin°: il rencontre à chaque pas diverses images, l’une
                                    l’effraye, l’autre badine avec lui : c’est un Roi, mais un Roi
                                    dans l’enfance, qui ne connoit pas encore son pouvoir, &amp; qui
                                    est porté par ses Courtisans à tout ce qui leur plaît. Peu à peu
                                    l’ame apperçoit par des réflexions sur elle même, qu’elle n’est
                                    pas faite pour l’esclavage°: elle effraye sa force sur quelque
                                    image foible &amp; docile, elle en vient à bout, &amp; de sa
                                    nature hardie &amp; entreprenante, elle exécute avec succès des
                                    entreprises plus difficiles ; elle se persuade à la fin, que
                                    c’est à elle à être la maîtresse, &amp; que ces pe-<pb n="74"></pb>tits Etres voltigeans, qui lui ont fait autrefois la loi, ne
                                    sont que des domestiques, qui doivent la reconnoître pour leur
                                    Souveraine. Ce Principe sent d’abord, que la baze de son
                                    autorité consiste dans un pouvoir libre de prêter attention à la
                                    conduite de ses Sujets. Il se sert de cette faculté, &amp; il
                                    remarque que le caprice des images qui habitent le cerveau, a
                                    formé parmi elles, des liaisons bizarres &amp; monstrueuses,
                                    dont résulte le desordre le plus honteux. Il examine toutes ces
                                    images, chacune à part ; il en reconnoit la nature°; il enchaîne
                                    celles qui ont un rapport naturel ensemble, &amp; à chacune de
                                    ces chaînes, il assigne une demeure particuliére, pour les
                                    pouvoir retrouver quand il les voudra faire paroître devant lui,
                                    &amp; en tirer de l’utilité. Ces images sont naturellement
                                    brutales &amp; insolentes, surtout quand elles ont un dangereux
                                    commerce avec le cœur, où l’ordre &amp; l’obéissance ne sont pas
                                    des vertus fort en vogue. Il arrive souvent qu’une telle image
                                    se jette brusquement au travers des autres images arrangées°;
                                    dans un moment elle brise ces chaînes formées par les efforts
                                    les plus pénibles, elle renverse tout, &amp; pour quelque tems
                                    elle paroit avoir fait la conquête de l’imagination sur son
                                    Maître légitime. L’ame ferme &amp; courageuse dans ses malheurs,
                                    se roidit contre les difficultés, &amp; redouble ses efforts à
                                    mesure que le danger augmente°; elle <pb n="75"></pb>repousse l’Etre
                                    téméraire qui a causé tout le desordre ; &amp; s’opposant avec
                                    une nouvelle vigueur à des attaques nouvelles, elle l’exile à la
                                    fin de ses Etats, ou la rend docile à ses Loix. L’ordre est
                                    bientôt rétabli°; le péril que l’ame a couru, ne fait que la
                                    rendre plus attentive &amp; plus précautionnée ; elle accourt à
                                    la moindre apparence de sédition parmi ses Sujets, qui se
                                    forment peu à peu à l’habitude d’obéir, &amp; de se conserver
                                    dans l’arrangement nécessaire. Il arrive quelquefois, que ce
                                    Principe d’activité, croit enfin ses efforts continuels
                                    couronnés d’une paix, &amp; d’une tranquilité inaltérable. Cette
                                    réflexion le jette dans la sécurité, &amp; dans l’inattention°;
                                    il s’absente pour quelques momens, &amp; s’amuse à faire de
                                    petits voyages de plaisir, dont il a ordinairement lieu de se
                                    repentir après son retour. Tous ses Etats sont remplis de
                                    confusion &amp; de tumulte, tous les rangs de ses Sujets sont
                                    confondus, des Etrangers dangereux s’y sont jettés. Il se voir
                                    attaqué de tous côtés, il a de la peine à se frayer une route,
                                    &amp; à rentrer dans le séjour dont il est le Maître légitime.
                                    Il voit avec chagrin, que tous les efforts qu’il a faits jusques
                                    là, sont inutiles, &amp; que c’est à recommencer. Il est sur le
                                    point d’être forcé à renoncer à toute son autorité pour jamais.
                                    Il sent pourtant, que pour réussir à remettre ses Sujets dans un
                                    état pacifique, il n’a qu’à le vouloir. Cette vérité ranime son
                                    courage, <pb n="76"></pb>&amp; l’excite à des efforts pénibles &amp;
                                    glorieux, qui le rétablissent bientôt sur le Trône. La triste
                                    expérience qu’il vient de faire, fait succèder en lui la
                                    prudence à la témérité, une heureuse défiance à une sécurité
                                    dengereuse &lt;sic&gt;. Il fait desormais son plaisir de son
                                    occupation°; il songe tous les jours à faire fleurir de plus en
                                    plus ses Etats, en augmentant le nombre de ses Sujets. Ce n’est             
                       pourtant qu’après avoir soigneusement examiné les nouveaux
                                    venus, qu’il leur accorde le Droit de Bourgeoisie, &amp; qu’il
                                    les fait entrer en liaison avec les anciens Citoyens qui ont le
                                    plus de rapport avec ces Etrangers. Il n’est jamais absolument
                                    content de ses actions passées°; il s’occupe souvent, pendant un
                                    tems considérable, à parcourir tous les quartiers de son
                                    Royaume ; il passe en revue les différens ordres d’images qu’il
                                    croyoit autrefois le mieux assorties ; il découvre souvent avec
                                    la derniére surprise, la liaison de plusieurs de ses Sujets,
                                    dont l’incompatibilité étoit échappée à son attention. Là-dessus
                                    il réforme son plan, &amp; il ne se rebute pas par la nécessité
                                    de faire tous les jours de nouvelles réformes ; sa plus grande
                                    satisfaction consiste, à voir de plus en plus la police de ses
                                    Etats plus belle &amp; mieux affermie. Lorsque l’ame s’est
                                    habituée pendant une vingtaine d’années à gouverner les images
                                    du cerveau avec cette assiduïté, elle peut se per-<pb n="77"></pb>mettre quelques écarts d’une courte durée, &amp; s’éloigner
                                    pour quelques momens de son séjour ordinaire. Elle est alors
                                    semblable à un sage Pére de famille, qui par une prudence
                                    incapable de se démentir, a rendu l’ordre essentiel à ses
                                    domestiques, asservis à une longue habitude de lui obéir. Quand
                                    il est absent de sa maison, l’autorité du Maître veille sur la
                                    famille, elle tient sa place, elle gouverne pour lui ; il trouve
                                    chez lui, à son retour, le même arrangement qu’il y avoit
                                    laissé. Une ame qui connoit &amp; qui veut faire valoir
                                    l’excellence de sa nature, quand elle est encore novice dans le
                                    gouvernement que la Divinité a confié à ses soins, abhorre non
                                    seulement les plaisirs défendus, elle se défie encore des
                                    plaisirs permis, qui par un amusement excessif pourroient la
                                    détourner de ses occupations importantes°: mais dès-qu’elle est
                                    sure de son fait, dès-que par des réflexions exactes sur une
                                    longue expérience, elle a pesé ses propres forces, rien ne
                                    l’empêche de badiner sobrement avec des objets innocemment
                                    agréables ; elle se retire de ces sortes de plaisirs, plus vive,
                                    plus propre à maintenir une heureuse harmonie parmi les images,
                                    de la liaison desquelles dépend toute l’exactitude de la
                                    conduite des Hommes. Remarquons avant de finir, que parmi les    
                                images qui roulent dans le cerveau, il y en a deux espéces fort
                                    distinguées par leur nature &amp; par leur excellence. A la
                                    prémière con-<pb n="78"></pb>vient proprement le nom d’image ; ce
                                    sont des représentations des Corps &amp; de leurs qualités, que
                                    les Sens communiquent à l’ame d’une manière incompréhensible. Il
                                    y en a d’autres dont la nature est plus convenable à celle de
                                    l’ame ; parce que, comme elle°; leur essence n’a rien de commun
                                    avec la Matiére°; on doit les appeller Notions. Elles sont comme
                                    les favorites du Principe de nos actions raisonnables ; elles
                                    constituent les Gens de qualité à la Cour de la Raison, &amp;
                                    elles sont à l’égard de leurs Concitoyennes corporelles, ce que
                                    des Nobles sensés devroient être à l’égard de leurs Compatriotes
                                    les plus vils. Quoiqu’élevées au-dessus des images, elles ne
                                    négligent rien pour les mettre par un secours perpétuel, dans
                                    l’état le plus parfait auquel elles puissent atteindre par leur
                                    nature. </seg>
                            </seg>
                        </ab>
                    </div>
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