La Bagatelle: XL. Bagatelle
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Nivel 1
XL. Bagatelle.
Du Jeudi 22. Septembre 1718.
Nivel 2
Metatextualidad
Suite de la Lettre à l’Auteur,
du 24 Août 1718.
Nivel 3
Carta/Carta al director
Franchement, Messieurs,
répondis-je, vous n’y entendez rien, ce me semble, ni
l’un ni l’autre. Croyez-moi, l’Auteur de la Bagatelle a
ses vues, & de grandes vues sans doute ; mais il
n’est pas encore tems de les deviner. Nous avons vu
environ une trentaine de Bagatelles, n’est-ce pas ?
voilà bien de quoi! Nous n’en sommes peut être, qu’à la
centiéme partie de l’Ouvrage. Voudriez-vous qu’il se
démasquât si tôt ? Cela seroit bon pour un de ces petits
Auteurs du commun, qui se bâtent d’aller au devant du
Lecteur par un excès de civilité malentendue, & qui
dès l’entrée de la Préface s’empressent à lui détailler
leur Plan de trois ou quatre différentes maniéres.
Qu’arrive-t-il ? je les plante-là brusquement dès le
second feuillet : instruit du dessein, je m’en fie bien
à eux de l’exécution. Le grand secret pour se faire
lire, c’est de se cacher ; c’est d’attirer
insensiblement les gens de Feuille en Feuille, sans
qu’ils sachent où ils vont, sans même qu’ils s’en
soucient. Voilà précisément ce que fait notre
Bagatelliste. Il nous amuse de Semaine en Semaine par une infinité de jolies choses. Il se donne
le plaisir d’aller à son but incognitò, & d’user
là-dessus la pénétration des plus habiles. Et puis dans
dix ans d’ici, lorsqu’on s’en doutera le moins, l’énigme
se débrouillera ; & vous serez bien surpris,
Messieurs, d’apercevoir dans la Bagetelle des vues
profondes & sublimes, dont vous ne l’auriez jamais
soupçonné. Ma saillie parut si plaisante, qu’elle fut
reçue de toute la compagnie avec un grand éclat de rire,
qui termina la conversation. Vous ne sauriez croire,
Monsieur, à combien de jugemens précipités vous donnez
lieu tous les jours. Je connois quelques Puristes, qui
sur la lecture de votre prémiére Bagatelle m’ont assuré
positivement que vous alliez enrichir le Public de
Nouvelles Observations sur la Langue. Des Dames ayant lu
par hazard la Feuille qui traite des Habits de Papier,
croient que vous dressez un Journal de toutes les Modes
nouvelles ; & au-lieu qu’elles les faisoient venir
de Paris auparavant, elles sont résolues à vous acheter
pour aprendre à se bien mettre. Quelques Cavaliers
veulent vous avoir aussi ; parce, disent-ils, que c’est
le meilleur Recueil de bons Contes qui ait paru. Enfin
il y a de Philosophes, qui attendent avec impatience que
vous ayez achevé cet excellent Cours de Morale, dont
vous ne nous montrez jusqu’à présent que de petits
échantillons. Pour moi, Monsieur, je vous attens, comme
j’ai dit, dans dix ans d’ici ; alors j’en jugerai. Vous
serez un des Auteurs les plus Systématiques que nous
ayons. On apercevra dans vos Bagatelles,
cette Unité merveilleuse, qui assaisonnée de la
prodigieuse Diversité qui y régne, fera paroître cet
Ouvrage beau par excellence, aux yeux même de Mr. de
Crousaz. Je vous assure qu’il paroit déja tel aux yeux
de tous les gens de bon goût : on y trouve, comme dans
Homére, toutes les Sciences en abrégé. Pour de la
Morale, il y en a du moins autant que dans quantité
d’Opéras. De la Métaphysique, par-tout. Quant à la
Physique, j’ai ouï dire à un Homme de poids, que le seul
endroit des Violons & du Chien de Belise vaut tout
Mallebranche. Mais cela n’est rien au prix des Préceptes
d’Eloquence & de Poëtique : c’est du nouveau cela,
& du fin. Témoin ce que vous nous enseignez sur la
Dilatation des Pensées ; & cette importante Maxime :
Un Homme qui tourne bien un Vers n’est guéres mieux
fondé à s’en glorifier, que celui qui fait bien une
Cabriole. Non content de cela, vous joignez l’Exemple au
Précepte ; & votre Imitation d’une Ode d’Horace fait
avouer aux plus rigides Censeurs, que pour raréfier les
Pensées d’autrui, vous l’emportez haut à la main sur
tous les Gacons de l’Univers. Il y a plus. On voit dans
la Bagatelle des choses qui ne se voient nulle part. On
y voit des Fats spirituels, de jolies Laidrons, &
mille autres Raretés pareilles, qui viennent sans doute
en droiture du fameux Pays où Phébus mena autrefois M.
Pélisson. Les Critiques sur votre sujet ne s’accordent
guéres mieux que les Eloges. Je sai des gens qui vous
blâment de n’avoir pas suivi les traces du
Misantrope. Au moins pour celui-là, disent-ils, il
instruit en badinant ; mais celui-ci badine, &
n’instruit point. D’autres au contraire, vous appellent
le Singe du Misantrope. Cela paroit assez, ajoutent-ils,
à voir vos Feuilles volantes, composées de piéces de
raport, comme celles de ce vieux Auteur que les Rieurs
avoient qualifié, à cause de cela, d’Arlequin
Misantrope. Il y a des personnes qui décident
affirmativement, que vous allez être bientôt à sec,
& que vous n’en avez pas pour plus de six mois. Ils
se servent pour le prouver, d’une comparaison assez
drolle. Vous ressemblez, disent-ils, à un homme qui est
tombé dans la Riviére, & qui se prend à tout ce
qu’il peut pour ne se pas noyer. D’autres personnes
assurent au contraire, que de l’air dont vous y allez,
vous pourriez fort bien continuer sur ce pié-là jusques
à la fin du Monde. Les uns prétendent que vous ne dites
que des choses assez connues. D’autres se plaignent de
l’inutile singularité de vos idées ; ils trouvent que
cette variété de Mets, que vous aviez promise, n’est
proprement ni Chair ni Poisson. J’ai vu force Blondins,
choqués au dernier point de votre furieux acharnement
contre le Beau Sexe. Effectivement, cela mérite
réflexion. Y songez-vous, Monsieur, de prendre à partie
la grande moitié du Genre-humain ? Que vous ont donc
fait les Françoises, les Allemandes, les Flamandes &
les Angloises pour les maltraiter ainsi ? Ah ! que je
crains pour votre peau, si vous ne rengainez au plus
vite ce Paralléle maudit, aussi injurieux : lui seul à nos Dames modernes, que tous ceux de
Perrault le sont aux Anciens. Cita/Lema
Si jadis le Chantre de Thrace, Pour
mépriser ce Sexe, en morceaux fut haché ;
Nos
Dames aujourd’hui croiront vous faire grace,
Si
par leurs belles mains vous n’êtes qu’écorché.
Je tiens de très bonne part, que quelques
Orthodoxes des plus Orthodoxes, se sont mis en tête de
dénoncer au prochain Synode Wallon, certaines
Propositions extraites de vos Bagatelles, touchant les
Sermons & les Prédicateurs ; & de les y faire
censurer comme scandaleuses, mal-sonnantes, suspectes
d’Hérésie & même de Galimatias. J’ai vu d’ailleurs
des personnes pieuses, qui font presque conscience de
vous lire, tant elles trouvent que votre humeur
satyrique flate la malice du cœur. Vous tracez,
disent-elles, des Portraits du Vice, non hideux, mais
réjouissans ; chez vous on aprend à rire, sans aprendre
à se corriger. D’autres gens d’un caractére moins dévot,
soutiennent que c’est en cela même que vous êtes
incomparable. Vous donnez sur le Ridicule, d’un petit
air Dragon qui les charme ; & ils vous regardent
comme un Esprit né pour l’héroïque entreprise de
turlupiner le Genre-humain. Moquez-vous des rats, mon
cher Monsieur, & courez toujours de plus fort en
plus fort la noble carriére de la Bagatelle : Carriére
plus noble mille fois que celle des
Alexandres & des Cesars. Il nous est échapé quelque
part de la nommer divine, cette Bagatelle favorite.
Sentez-vous bien, dites-moi, toute la conséquence de ce
que vous avez dit-là ? De l’Ouvrage à l’Auteur il n’y a
pas loin. Ne seroit-ce point que vous voudriez tâter
quelque peu de l’Apothéose ; & que vous seriez bien
aise de vous entendre nommer quelque jour, le Divin Mr.
un tel ? Croyez-en mon horoscope, cela ne peut manquer
d’arriver bientôt, & dès-lors adieu le Divin Platon.
Je n’y aurai aucun regret, je vous assure : les Idées
Platoniciennes sont des Bagatelles abstraites, qui ne
font point rire ; on les abandonnera pour les vôtres,
comptez la-dessus. Déja vous avez des Partisans, dont le
zélé ne s’endort pas : ils ont imaginé pour vous
illustrer davantage, une Charge de nouvelle création :
ils postulent actuellement en votre faveur, dans toutes
les Cours Souveraines du Parnasse ; & s’ils ont
quelque crédit, on vous verra bientôt proclamer par-tout
Grand Bagatelliste de la République des Lettres. Voilà,
Monsieur, une petite partie de ce que j’ai ouï dire sur
votre sujet, & que je vous narre en fidéle
Historien. Vous intitulerez cela, si vous voulez,
Jugemens des Savans, ou des Ignorans, sur la Bagatelle.
Je suis prêt à vous en fournir la suite, toutes fois
& quantes il vous plaîra me l’ordonner. Un mot
d’avertissement, & puis c’est fait. En cas que votre
modestie appréhende qu’on ne lui attribue tous les
éloges contenus ici, je suis prêt à
certifier par devant Notaire, en présence de témoins,
& avec toutes les formalités requises, que c’est
moi, & non un autre, qui vous écris cette présente
Lettre, & qui suis avec toute l’admiration possible,
Monsieur, Votre très humble & très-obéissant
Serviteur.
Nivel 2
Metatextualidad
Suite de la Lettre à l’Auteur,
du 24 Août 1718.
Nivel 3
Carta/Carta al director
Franchement, Messieurs,
répondis-je, vous n’y entendez rien, ce me semble, ni
l’un ni l’autre. Croyez-moi, l’Auteur de la Bagatelle a
ses vues, & de grandes vues sans doute ; mais il
n’est pas encore tems de les deviner. Nous avons vu
environ une trentaine de Bagatelles, n’est-ce pas ?
voilà bien de quoi! Nous n’en sommes peut être, qu’à la
centiéme partie de l’Ouvrage. Voudriez-vous qu’il se
démasquât si tôt ? Cela seroit bon pour un de ces petits
Auteurs du commun, qui se bâtent d’aller au devant du
Lecteur par un excès de civilité malentendue, & qui
dès l’entrée de la Préface s’empressent à lui détailler
leur Plan de trois ou quatre différentes maniéres.
Qu’arrive-t-il ? je les plante-là brusquement dès le
second feuillet : instruit du dessein, je m’en fie bien
à eux de l’exécution. Le grand secret pour se faire
lire, c’est de se cacher ; c’est d’attirer
insensiblement les gens de Feuille en Feuille, sans
qu’ils sachent où ils vont, sans même qu’ils s’en
soucient. Voilà précisément ce que fait notre
Bagatelliste. Il nous amuse de Semaine en Semaine par une infinité de jolies choses. Il se donne
le plaisir d’aller à son but incognitò, & d’user
là-dessus la pénétration des plus habiles. Et puis dans
dix ans d’ici, lorsqu’on s’en doutera le moins, l’énigme
se débrouillera ; & vous serez bien surpris,
Messieurs, d’apercevoir dans la Bagetelle des vues
profondes & sublimes, dont vous ne l’auriez jamais
soupçonné. Ma saillie parut si plaisante, qu’elle fut
reçue de toute la compagnie avec un grand éclat de rire,
qui termina la conversation. Vous ne sauriez croire,
Monsieur, à combien de jugemens précipités vous donnez
lieu tous les jours. Je connois quelques Puristes, qui
sur la lecture de votre prémiére Bagatelle m’ont assuré
positivement que vous alliez enrichir le Public de
Nouvelles Observations sur la Langue. Des Dames ayant lu
par hazard la Feuille qui traite des Habits de Papier,
croient que vous dressez un Journal de toutes les Modes
nouvelles ; & au-lieu qu’elles les faisoient venir
de Paris auparavant, elles sont résolues à vous acheter
pour aprendre à se bien mettre. Quelques Cavaliers
veulent vous avoir aussi ; parce, disent-ils, que c’est
le meilleur Recueil de bons Contes qui ait paru. Enfin
il y a de Philosophes, qui attendent avec impatience que
vous ayez achevé cet excellent Cours de Morale, dont
vous ne nous montrez jusqu’à présent que de petits
échantillons. Pour moi, Monsieur, je vous attens, comme
j’ai dit, dans dix ans d’ici ; alors j’en jugerai. Vous
serez un des Auteurs les plus Systématiques que nous
ayons. On apercevra dans vos Bagatelles,
cette Unité merveilleuse, qui assaisonnée de la
prodigieuse Diversité qui y régne, fera paroître cet
Ouvrage beau par excellence, aux yeux même de Mr. de
Crousaz. Je vous assure qu’il paroit déja tel aux yeux
de tous les gens de bon goût : on y trouve, comme dans
Homére, toutes les Sciences en abrégé. Pour de la
Morale, il y en a du moins autant que dans quantité
d’Opéras. De la Métaphysique, par-tout. Quant à la
Physique, j’ai ouï dire à un Homme de poids, que le seul
endroit des Violons & du Chien de Belise vaut tout
Mallebranche. Mais cela n’est rien au prix des Préceptes
d’Eloquence & de Poëtique : c’est du nouveau cela,
& du fin. Témoin ce que vous nous enseignez sur la
Dilatation des Pensées ; & cette importante Maxime :
Un Homme qui tourne bien un Vers n’est guéres mieux
fondé à s’en glorifier, que celui qui fait bien une
Cabriole. Non content de cela, vous joignez l’Exemple au
Précepte ; & votre Imitation d’une Ode d’Horace fait
avouer aux plus rigides Censeurs, que pour raréfier les
Pensées d’autrui, vous l’emportez haut à la main sur
tous les Gacons de l’Univers. Il y a plus. On voit dans
la Bagatelle des choses qui ne se voient nulle part. On
y voit des Fats spirituels, de jolies Laidrons, &
mille autres Raretés pareilles, qui viennent sans doute
en droiture du fameux Pays où Phébus mena autrefois M.
Pélisson. Les Critiques sur votre sujet ne s’accordent
guéres mieux que les Eloges. Je sai des gens qui vous
blâment de n’avoir pas suivi les traces du
Misantrope. Au moins pour celui-là, disent-ils, il
instruit en badinant ; mais celui-ci badine, &
n’instruit point. D’autres au contraire, vous appellent
le Singe du Misantrope. Cela paroit assez, ajoutent-ils,
à voir vos Feuilles volantes, composées de piéces de
raport, comme celles de ce vieux Auteur que les Rieurs
avoient qualifié, à cause de cela, d’Arlequin
Misantrope. Il y a des personnes qui décident
affirmativement, que vous allez être bientôt à sec,
& que vous n’en avez pas pour plus de six mois. Ils
se servent pour le prouver, d’une comparaison assez
drolle. Vous ressemblez, disent-ils, à un homme qui est
tombé dans la Riviére, & qui se prend à tout ce
qu’il peut pour ne se pas noyer. D’autres personnes
assurent au contraire, que de l’air dont vous y allez,
vous pourriez fort bien continuer sur ce pié-là jusques
à la fin du Monde. Les uns prétendent que vous ne dites
que des choses assez connues. D’autres se plaignent de
l’inutile singularité de vos idées ; ils trouvent que
cette variété de Mets, que vous aviez promise, n’est
proprement ni Chair ni Poisson. J’ai vu force Blondins,
choqués au dernier point de votre furieux acharnement
contre le Beau Sexe. Effectivement, cela mérite
réflexion. Y songez-vous, Monsieur, de prendre à partie
la grande moitié du Genre-humain ? Que vous ont donc
fait les Françoises, les Allemandes, les Flamandes &
les Angloises pour les maltraiter ainsi ? Ah ! que je
crains pour votre peau, si vous ne rengainez au plus
vite ce Paralléle maudit, aussi injurieux : lui seul à nos Dames modernes, que tous ceux de
Perrault le sont aux Anciens. Je tiens de très bonne part, que quelques
Orthodoxes des plus Orthodoxes, se sont mis en tête de
dénoncer au prochain Synode Wallon, certaines
Propositions extraites de vos Bagatelles, touchant les
Sermons & les Prédicateurs ; & de les y faire
censurer comme scandaleuses, mal-sonnantes, suspectes
d’Hérésie & même de Galimatias. J’ai vu d’ailleurs
des personnes pieuses, qui font presque conscience de
vous lire, tant elles trouvent que votre humeur
satyrique flate la malice du cœur. Vous tracez,
disent-elles, des Portraits du Vice, non hideux, mais
réjouissans ; chez vous on aprend à rire, sans aprendre
à se corriger. D’autres gens d’un caractére moins dévot,
soutiennent que c’est en cela même que vous êtes
incomparable. Vous donnez sur le Ridicule, d’un petit
air Dragon qui les charme ; & ils vous regardent
comme un Esprit né pour l’héroïque entreprise de
turlupiner le Genre-humain. Moquez-vous des rats, mon
cher Monsieur, & courez toujours de plus fort en
plus fort la noble carriére de la Bagatelle : Carriére
plus noble mille fois que celle des
Alexandres & des Cesars. Il nous est échapé quelque
part de la nommer divine, cette Bagatelle favorite.
Sentez-vous bien, dites-moi, toute la conséquence de ce
que vous avez dit-là ? De l’Ouvrage à l’Auteur il n’y a
pas loin. Ne seroit-ce point que vous voudriez tâter
quelque peu de l’Apothéose ; & que vous seriez bien
aise de vous entendre nommer quelque jour, le Divin Mr.
un tel ? Croyez-en mon horoscope, cela ne peut manquer
d’arriver bientôt, & dès-lors adieu le Divin Platon.
Je n’y aurai aucun regret, je vous assure : les Idées
Platoniciennes sont des Bagatelles abstraites, qui ne
font point rire ; on les abandonnera pour les vôtres,
comptez la-dessus. Déja vous avez des Partisans, dont le
zélé ne s’endort pas : ils ont imaginé pour vous
illustrer davantage, une Charge de nouvelle création :
ils postulent actuellement en votre faveur, dans toutes
les Cours Souveraines du Parnasse ; & s’ils ont
quelque crédit, on vous verra bientôt proclamer par-tout
Grand Bagatelliste de la République des Lettres. Voilà,
Monsieur, une petite partie de ce que j’ai ouï dire sur
votre sujet, & que je vous narre en fidéle
Historien. Vous intitulerez cela, si vous voulez,
Jugemens des Savans, ou des Ignorans, sur la Bagatelle.
Je suis prêt à vous en fournir la suite, toutes fois
& quantes il vous plaîra me l’ordonner. Un mot
d’avertissement, & puis c’est fait. En cas que votre
modestie appréhende qu’on ne lui attribue tous les
éloges contenus ici, je suis prêt à
certifier par devant Notaire, en présence de témoins,
& avec toutes les formalités requises, que c’est
moi, & non un autre, qui vous écris cette présente
Lettre, & qui suis avec toute l’admiration possible,
Monsieur, Votre très humble & très-obéissant
Serviteur.
Cita/Lema
Si jadis le Chantre de Thrace, Pour
mépriser ce Sexe, en morceaux fut haché ;
Nos Dames aujourd’hui croiront vous faire grace,
Si par leurs belles mains vous n’êtes qu’écorché.
Nos Dames aujourd’hui croiront vous faire grace,
Si par leurs belles mains vous n’êtes qu’écorché.
