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    <fileDesc>
      <titleStmt>
        <title>XXIII. Bagatelle</title>
        <author>Justus Van Effen</author>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
        <respStmt>
          <name>Susanna Falle</name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name> Michaela Fischer</name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name> Katharina Jechsmayr<hi rend="smallcaps"></hi>
          </name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Institut für Romanistik, Universität Graz</publisher>
        <date when="2015-10-19">19.10.2015</date>
        <idno type="PID">o:mws.3738</idno>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <bibl>Justus Van Effen: La Bagatelle ou Discours ironiques, ou l’on prête des
                    Sophismes ingénieux au Vice &amp; à l’Extravagance, pour en faire mieux sentir
                    le ridicule. Amsterdam: Herman Uytwerf 1742, 132-137, </bibl>
        <bibl type="Einzelausgabe" xml:id="Ba">
          <title level="j">La
                        Bagatelle</title>
          <biblScope type="vol">1</biblScope>
          <biblScope type="issue">024</biblScope>
          <date>1742</date>
          <placeName key="#GID.1">Frankreich</placeName>
        </bibl>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <editorialDecl>
        <interpretation>
          <ab type="interpGrp">
            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsebenen">
              <interp xml:id="E1">Ebene 1</interp>
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            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsformen">
              <interp xml:id="AE">Allgemeine Erzählung</interp>
              <interp xml:id="SP">Selbstportrait</interp>
              <interp xml:id="FP">Fremdportrait</interp>
              <interp xml:id="D">Dialog</interp>
              <interp xml:id="AL">Allegorisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="TR">Traumerzählung</interp>
              <interp xml:id="F">Fabelerzählung</interp>
              <interp xml:id="S">Satirisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="EX">Exemplarisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="UT">Utopische Erzählung</interp>
              <interp xml:id="MT">Metatextualität</interp>
              <interp xml:id="ZM">Zitat/Motto</interp>
              <interp xml:id="LB">Leserbrief</interp>
            </interpGrp>
          </ab>
        </interpretation>
      </editorialDecl>
    </encodingDesc>
    <profileDesc>
      <creation>
        <name type="place">Graz, Austria</name>
      </creation>
      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
      <textClass>
        <keywords scheme="http://gams.uni-graz.at/mws">
          <term>
            <term xml:lang="de">Menschenbild</term>
            <term xml:lang="it">Immagine
                            dell&apos;Umanità</term>
            <term xml:lang="en">Idea of Man</term>
            <term xml:lang="es">Imagen de los Hombres</term>
            <term xml:lang="fr">Image de
                            l’humanité</term>
          </term>
        </keywords>
      </textClass>
      <textClass>
        <keywords scheme="cirilo:normalizedPlaceNames">
          <list>
            <item>
              <placeName xml:id="GID.1">
                <name ref="http://geonames.org/3017382" type="fcode:PCLI">France</name>
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          </list>
        </keywords>
      </textClass>
    </profileDesc>
  </teiHeader>
  <text>
    <group>
      <text ana="layout">
        <body xml:space="preserve">
                    <p rend="EU"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
                    <div1>
                        <head>XXIII. Bagatelle.</head>
                        <p rend="date"><hi rend="italic">Du Lundi</hi> 21 <hi rend="italic">Juillet</hi> 1718.</p>
                        <p rend="SO"><hi rend="smallcaps"><milestone unit="E2" xml:id="FR.2"></milestone>
                                L</hi>’<hi rend="smallcaps">Esprit</hi> est quelque chose de fort
                            estimable, il n’est pas permis d’en douter. Il a été longtems à la mode
                            dans le Monde, où il a roulé sous mille différentes figures, car c’est
                            un vrai petit <hi rend="italic">Prothée</hi>. Il a une liaison fort
                            étroite avec ce que j’ai apellé <hi rend="italic">Bagatelle
                                publique</hi> ; par conséquent l’Esprit est une chose sacrée, à
                            laquelle il ne faut pas toucher. Si pourtant la mode venoit à changer,
                            &amp; si l’usage se mettoit en tête de rendre le terme d’<hi rend="italic">Esprit</hi> odieux, comme il en a agi à l’égard de
                            celui de <hi rend="italic">Bel-Esprit</hi>, il me semble qu’il seroit
                            aisé de justifier ce changement du Goût public, par des raisons assez
                            probables.</p>
                        <p>Un homme doué de cette disposition machinale du cerveau qu’on apelle <hi rend="italic">Esprit</hi>, en fait d’ordinaire un si mauvais usage,
                            qu’il vaudroit infiniment mieux pour lui-même, &amp; pour ceux qu’il
                            fréquente, qu’il fût le plus sot Animal de la Terre habitable. Je
                            connois de ces sortes de gens, qui, parce qu’ils sont spirituels, ont
                            manqué trois ou quatre bons mariages, &amp; autant de charges, &amp; qui
                            ont renversé leur propre fortune à grands coups de <hi rend="italic">Bons-Mots</hi>. Qu’ils se rendent malheureux tant qu’ils voudront,
                            c’est leur affaire ; ils méritent bien d’être punis de leur <pb n="133"></pb> insolence, pour ainsi dire, par leurs propres mains. Mais je voudrois
                            bien savoir pourquoi je dois pâtir moi, de ce qu’un autre a
                            l’imagination échauffée &amp; pétulante ?</p>
                        <p><milestone unit="FP" xml:id="FR.3"></milestone> Voyez <persName corresp="#Ba" key="Lycidas" subtype="F" xml:id="PN.1">Lycidas</persName>, par
                            exemple ; il se donne les airs de se produire dans les meilleures
                            compagnies en simple habit de droguet. Il y voit un Jeune-homme doré
                            comme un calice, qui lui rend le salut d’une maniére un peu maigre. Ne
                            voilà-t-il pas mon Gaillard qui se formalise, &amp; qui se sert de la
                            prémiére occasion qui s’offre, pour tomber sur la fripperie d’un homme
                            si bien mis, qui a une pomme d’or massif à sa canne, &amp; un habit
                            brodé d’argent, dont un moment auparavant toute la compagnie avoit
                            admiré l’éloquence pathétique ? Il a même des franges d’or à des gands,
                            qui lui ont coûté plus que ne vaut toute une boutique d’Esprit.
                                <persName corresp="#Ba" key="Lycidas" subtype="F" xml:id="PN.2">Lycidas</persName> pourtant a l’insolence de relever tout ce que
                            dit cet honnête homme, il le turlupine, il le force à lui céder le champ
                            de bataille, &amp; tout cela en habit de droguet. En verité, voilà un
                            scandale des plus crians !</p>
                        <p>Je conviens néanmoins, que le bel habit a aussi un peu tort de son côté :
                            car enfin, une canne avec une pomme d’or n’empêche pas celui qui la
                            porte, de faire une révérence un peu raisonnable. Mais ce même <persName corresp="#Ba" key="Lycidas" subtype="F" xml:id="PN.3">Lycidas</persName> est un vrai Démon, qui paroit déclarer la guerre
                            à tous les Sots, quand d’ailleurs ils auroient les meilleures qualités
                            du monde : &amp; voilà ce que je trouverois abominable, si je me croyois
                            permis de faire ici un peu le <hi rend="italic">Rationaliste</hi>. Il y
                            auroit un moyen excellent <pb n="134"></pb> pour lui faire rengainer son
                            caquet : moyen très naturel &amp; très efficace, ce me semble.
                                <milestone rend="closer" unit="FP"></milestone></p>
                        <p><milestone unit="F" xml:id="FR.4"></milestone> Un <hi rend="italic">Lion</hi>
                            attaque un <hi rend="italic">Taureau</hi> à coups de griffes, le pauvre
                                <hi rend="italic">Taureau</hi> se laissera-t-il déchirer patiemment,
                            parce qu’il n’est pas armé de griffes comme l’agresseur ? Point du tout,
                            il le repoussera à coups de cornes, &amp; il fera parfaitement bien.
                                <milestone rend="closer" unit="F"></milestone></p>
                        <p>Tous les Animaux sont en droit d’employer pour leur défense, les armes
                            que la Nature leur a données. Je voudrois que dans le cas dont il
                            s’agit, on imitât cet exemple.</p>
                        <p>Les talens sont partagés parmi les Hommes. Les Gens d’esprit sont
                            d’ordinaire de petits drolles fluets &amp; délicats ; les Sots au
                            contraire, généralement parlant, ont des tailles massives, des jambes
                            nerveuses, des bras vigoureux. Vous vous donnez les airs de me railler,
                                <hi rend="italic">Monsieur l’Homme d’Esprit</hi>, vous m’attaquez
                            avec des armes dont je ne suis pas muni. Pourquoi trouveriez-vous
                            mauvais que je me servisse des miennes, &amp; que je repliquasse à
                            chacun de vos traits d’esprit, par un coup de poing bien appliqué, ou
                            par un vigoureux coup de pié dans le ventre ?</p>
                        <p><milestone unit="MT" xml:id="FR.5"></milestone> C’est bien pis encore, quand un Fat
                            spirituel sait joindre à son talent de railler de vive voix, celui de
                            remplir de sa malice des Vers passablement bien tournés. Malheur alors à
                            quiconque ose lui déplaîre, il se voit bientôt mis en beaux draps
                            blancs ; &amp; pour une légére offense, quelquefois involontaire, il
                            court souvent risque de devenir la fable de tout un Peuple, quand il
                            auroit dans le fond tout le mérite essentiel qui doit fai-<pb n="135"></pb>re estimer un honnête-homme. Dans les Vers que je vai vous communiquer
                            ici, vous verrez un exemple des excès où la spirituelle malignité de ces
                            Messieurs les porte dans certaines occasions. Ils furent faits du tems
                            de ma prémiére jeunesse par un Jeune-homme de mes amis, que je tâchai
                            en-vain de détourner de l’envie enragée qu’il avoit de rendre cette
                            Piéce publique. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></p>
                        <div2>             
               <head><milestone unit="E3" xml:id="FR.6"></milestone>
                                <milestone unit="MT" xml:id="FR.7"></milestone><hi rend="italic"> Sur une
                                    Vieille qui avoit soufleté un Jeune-homme, à qui on avoit
                                    ordonné de baiser pour ravoir son gage. </hi><milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></head>
                            <div3>
                                <head><milestone unit="ZM" xml:id="FR.8"></milestone><hi rend="smallcaps">
                                        Stances Irregulieres.</hi></head>
                                <lg>
                                    <l rend="G1">J’en conviens, la rigueur te doit être
                                        permise :</l>
                                    <l rend="GF">Hormis ta sotte cruauté,<lb></lb>Rien n’a chez toi, la
                                        Belle à tête grise<lb></lb>Les graces de la nouveauté</l>
                                    <l rend="GF">Si tes rigueurs convenoient à ton âge,<lb></lb>Que chez
                                        toi l’on verroit un merveilleux accord !<lb></lb>Ta mine, ton
                                        esprit, ton cœur, &amp; ton visage,<lb></lb>Peuvent fort bien
                                        passer pour piéces de raport.</l>
                                </lg>
                                <p>Que ta vertu, quoique petite,<lb></lb>Trouve un asile sûr, <persName corresp="#Ba" key="Silvie" subtype="U" xml:id="PN.4">Silvie</persName>, en ta laideur !<lb></lb>Grace au Ciel ta
                                    trogne maudite,<lb></lb>D’un rempart imprenable entoure ton
                                    honneur.</p>
                                <p><pb n="136"></pb> Non, je ne blâme point, vieille &amp; laide
                                        <persName corresp="#Ba" key="Silvie" subtype="U" xml:id="PN.5">Silvie</persName>,<lb></lb>Cette fierté hors de
                                    saison :<lb></lb>Tu fis bien de saisir la douce occasion<lb></lb>D’être
                                    cruelle une fois en ta vie.</p>
                                <lg>
                                    <l rend="GF">Je suis le seul Mortel, par un fatal
                                        destin,<lb></lb>Qui de ses jours osa, quoique d’un cœur
                                        revêche,<lb></lb>De ta bouche affronter l’hideuse &amp; large
                                        brêche,<lb></lb>Et de te baiser eut le hardi dessein.</l>
                                    <l rend="GF">Je dois pourtant m’en prendre à mon peu de
                                        courage,<lb></lb>Si je n’ai point paré ce soufflet
                                        odieux :<lb></lb>Car allant à l’assaut de ton hideux
                                        visage,<lb></lb>Effrayé du péril j’avois fermé les yeux.</l>
                                    <l rend="GF">Dans le tems que ta main sévére<lb></lb>Alloit si mal
                                        répondre à tes traits surannez,<lb></lb>Je résolus encor de me
                                        boucher le nez :<lb></lb>Mais le soufflet rompit ce dessein
                                        salutaire.</l>
                                    <l rend="GF">Qui diable l’auroit jamais cru ?<lb></lb>Quelle est             
                           donc la raison qui te fit si cruelle ?<lb></lb>De ce baiser
                                        futur le charme inattendu<lb></lb>T’avoit-il troublé la
                                        cervelle?</l>
                                    <l rend="GF">Peut-être craignois-tu, qu’un odorat trop
                                        vif<lb></lb>Ne mît alors en évidence<lb></lb>Des parfums qu’on te
                                        sert le dégoûtant motif ;</l>
                                    <l rend="GF">Et ce soufflet fut un coup de prudence.</l>             
                       <l rend="GF"><pb n="137"></pb> Te reposant peut-être sur la
                                        foi<lb></lb>De ton miroir trop véritable,<lb></lb>Tu t’es imaginée,
                                        en Femme raisonnable,<lb></lb>Que vouloir te baiser c’est se
                                        moquer de toi.</l>
                                    <l rend="GF">Ce que je crois un sot caprice,<lb></lb>Est peut-être
                                        une charité :<lb></lb>Peut-être m’as-tu souffleté,<lb></lb>Pour
                                        m’épargner un plus rude suplice.</l>
                                    <l rend="GF">Je t’aurois desappris, la Belle, à
                                        souffleter,<lb></lb>Ton visage eût senti que j’ai la main fort
                                        bonne.<lb></lb>(Le Beau Sexe me le pardonne,<lb></lb>En t’affrontant
                                        on ne peut l’affronter.)</l>
                                    <l rend="GF">Ce qui pourtant me rendit sage,<lb></lb>Et contre mon
                                        humeur maître de mon chagrin ;<lb></lb>C’est que ce coup m’ayant
                                        infecté le visage,<lb></lb>Je n’avois garde encor de m’empester
                                        la main. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone>
                                        <milestone rend="closer" unit="E3"></milestone>
                                        <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone>
                                        <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></l>
                                </lg>
                                <p></p>
                            </div3>
                        </div2>
                    </div1>
                </body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body xml:space="preserve">
                    <div>
                        <ab>
                            <seg synch="#FR.1" type="E1">
                                <seg type="U1">XXIII. Bagatelle.</seg>
                                <seg type="DT">Du Lundi 21 Juillet 1718.</seg>
                                <seg synch="#FR.2" type="E2"> L’Esprit est quelque chose de fort
                                    estimable, il n’est pas permis d’en douter. Il a été longtems à
                                    la mode dans le Monde, où il a roulé sous mille différentes
                                    figures, car c’est un vrai petit Prothée. Il a une liaison fort
                                    étroite avec ce que j’ai apellé Bagatelle publique ; par
                                    conséquent l’Esprit est une chose sacrée, à laquelle il ne faut
                                    pas toucher. Si pourtant la mode venoit à changer, &amp; si
                                    l’usage se mettoit en tête de rendre le terme d’Esprit odieux,
                                    comme il en a agi à l’égard de celui de Bel-Esprit, il me semble
                                    qu’il seroit aisé de justifier ce changement du Goût public, par
                                    des raisons assez probables. Un homme doué de cette disposition       
                             machinale du cerveau qu’on apelle Esprit, en fait d’ordinaire un
                                    si mauvais usage, qu’il vaudroit infiniment mieux pour lui-même,
                                    &amp; pour ceux qu’il fréquente, qu’il fût le plus sot Animal de
                                    la Terre habitable. Je connois de ces sortes de gens, qui, parce
                                    qu’ils sont spirituels, ont manqué trois ou quatre bons
                                    mariages, &amp; autant de charges, &amp; qui ont renversé leur
                                    propre fortune à grands coups de Bons-Mots. Qu’ils se rendent
                                    malheureux tant qu’ils voudront, c’est leur affaire ; ils             
                       méritent bien d’être punis de leur <pb n="133"></pb>insolence, pour
                                    ainsi dire, par leurs propres mains. Mais je voudrois bien
                                    savoir pourquoi je dois pâtir moi, de ce qu’un autre a
                                    l’imagination échauffée &amp; pétulante ? <seg synch="#FR.3" type="FP"> Voyez Lycidas, par exemple ; il se donne les airs
                                        de se produire dans les meilleures compagnies en simple
                                        habit de droguet. Il y voit un Jeune-homme doré comme un
                                        calice, qui lui rend le salut d’une maniére un peu maigre.
                                        Ne voilà-t-il pas mon Gaillard qui se formalise, &amp; qui
                                        se sert de la prémiére occasion qui s’offre, pour tomber sur
                                        la fripperie d’un homme si bien mis, qui a une pomme d’or
                                        massif à sa canne, &amp; un habit brodé d’argent, dont un
                                        moment auparavant toute la compagnie avoit admiré
                                        l’éloquence pathétique ? Il a même des franges d’or à des
                                        gands, qui lui ont coûté plus que ne vaut toute une boutique
                                        d’Esprit. Lycidas pourtant a l’insolence de relever tout ce
                                        que dit cet honnête homme, il le turlupine, il le force à
                                        lui céder le champ de bataille, &amp; tout cela en habit de
                                        droguet. En verité, voilà un scandale des plus crians ! Je
                                        conviens néanmoins, que le bel habit a aussi un peu tort de
                                        son côté : car enfin, une canne avec une pomme d’or
                                        n’empêche pas celui qui la porte, de faire une révérence un
                                        peu raisonnable. Mais ce même Lycidas est un vrai Démon, qui
                                        paroit déclarer la guerre à tous les Sots, quand d’ailleurs
                                        ils auroient les meilleures qualités du monde : &amp; voilà
                                        ce que je trouverois abominable, si je me croyois permis de
                                        faire ici un peu le Rationaliste. Il y auroit un moyen
                                        excellent <pb n="134"></pb>pour lui faire rengainer son caquet :
                                        moyen très naturel &amp; très efficace, ce me semble. </seg>
                                    <seg synch="#FR.4" type="F"> Un Lion attaque un Taureau à coups
                                        de griffes, le pauvre Taureau se laissera-t-il déchirer
                                        patiemment, parce qu’il n’est pas armé de griffes comme
                                        l’agresseur ? Point du tout, il le repoussera à coups de
                                        cornes, &amp; il fera parfaitement bien. </seg> Tous les
                                    Animaux sont en droit d’employer pour leur défense, les armes
                                    que la Nature leur a données. Je voudrois que dans le cas dont
                                    il s’agit, on imitât cet exemple. Les talens sont partagés parmi
                                    les Hommes. Les Gens d’esprit sont d’ordinaire de petits drolles
                                    fluets &amp; délicats ; les Sots au contraire, généralement
                                    parlant, ont des tailles massives, des jambes nerveuses, des
                                    bras vigoureux. Vous vous donnez les airs de me railler,
                                    Monsieur l’Homme d’Esprit, vous m’attaquez avec des armes dont                        
            je ne suis pas muni. Pourquoi trouveriez-vous mauvais que je me
                                    servisse des miennes, &amp; que je repliquasse à chacun de vos
                                    traits d’esprit, par un coup de poing bien appliqué, ou par un
                                    vigoureux coup de pié dans le ventre ? <seg synch="#FR.5" type="MT"> C’est bien pis encore, quand un Fat spirituel
                                        sait joindre à son talent de railler de vive voix, celui de
                                        remplir de sa malice des Vers passablement bien tournés.
                                        Malheur alors à quiconque ose lui déplaîre, il se voit
                                        bientôt mis en beaux draps blancs ; &amp; pour une légére
                                        offense, quelquefois involontaire, il court souvent risque
                                        de devenir la fable de tout un Peuple, quand il auroit dans
                                        le fond tout le mérite essentiel qui doit fai-<pb n="135"></pb>re estimer un honnête-homme. Dans les Vers que je vai vous
                                        communiquer ici, vous verrez un exemple des excès où la
                                        spirituelle malignité de ces Messieurs les porte dans
                                        certaines occasions. Ils furent faits du tems de ma prémiére
                                        jeunesse par un Jeune-homme de mes amis, que je tâchai
                                        en-vain de détourner de l’envie enragée qu’il avoit de
                                        rendre cette Piéce publique. </seg>
                                    <seg type="U2"><seg synch="#FR.6" type="E3">
                                            <seg synch="#FR.7" type="MT"> Sur une Vieille qui avoit
                                                soufleté un Jeune-homme, à qui on avoit ordonné de
                                                baiser pour ravoir son gage. </seg></seg>
                                        <seg type="U3"><seg synch="#FR.8" type="ZM"> Stances
                                                Irregulieres.</seg> J’en conviens, la rigueur te
                                            doit être permise : Hormis ta sotte cruauté,<lb></lb>Rien
                                            n’a chez toi, la Belle à tête grise<lb></lb>Les graces de la
                                            nouveauté Si tes rigueurs convenoient à ton âge,<lb></lb>Que
                                            chez toi l’on verroit un merveilleux accord !<lb></lb>Ta
                                            mine, ton esprit, ton cœur, &amp; ton
                                            visage,<lb></lb>Peuvent fort bien passer pour piéces de
                                            raport. Que ta vertu, quoique petite,<lb></lb>Trouve un
                                            asile sûr, Silvie, en ta laideur !<lb></lb>Grace au Ciel ta
                                            trogne maudite,<lb></lb>D’un rempart imprenable entoure ton
                                            honneur. <pb n="136"></pb>Non, je ne blâme point, vieille
                                            &amp; laide Silvie,<lb></lb>Cette fierté hors de
                                            saison :<lb></lb>Tu fis bien de saisir la douce
                                            occasion<lb></lb>D’être cruelle une fois en ta vie. Je suis
                                            le seul Mortel, par un fatal destin,<lb></lb>Qui de ses
                                            jours osa, quoique d’un cœur revêche,<lb></lb>De ta bouche
                                            affronter l’hideuse &amp; large brêche,<lb></lb>Et de te
                                            baiser eut le hardi dessein. Je dois pourtant m’en
                                            prendre à mon peu de courage,<lb></lb>Si je n’ai point paré             
                               ce soufflet odieux :<lb></lb>Car allant à l’assaut de ton
                                            hideux visage,<lb></lb>Effrayé du péril j’avois fermé les
                                            yeux. Dans le tems que ta main sévére<lb></lb>Alloit si mal
                                            répondre à tes traits surannez,<lb></lb>Je résolus encor de
                                            me boucher le nez :<lb></lb>Mais le soufflet rompit ce
                                            dessein salutaire. Qui diable l’auroit jamais
                                            cru ?<lb></lb>Quelle est donc la raison qui te fit si
                                            cruelle ?<lb></lb>De ce baiser futur le charme
                                            inattendu<lb></lb>T’avoit-il troublé la cervelle? Peut-être
                                            craignois-tu, qu’un odorat trop vif<lb></lb>Ne mît alors en
                                            évidence<lb></lb>Des parfums qu’on te sert le dégoûtant
                                            motif ; Et ce soufflet fut un coup de prudence. <pb n="137"></pb>Te reposant peut-être sur la foi<lb></lb>De ton
                                            miroir trop véritable,<lb></lb>Tu t’es imaginée, en Femme
                                            raisonnable,<lb></lb>Que vouloir te baiser c’est se moquer
                                            de toi. Ce que je crois un sot caprice,<lb></lb>Est
                                            peut-être une charité :<lb></lb>Peut-être m’as-tu
                                            souffleté,<lb></lb>Pour m’épargner un plus rude suplice. Je
                                            t’aurois desappris, la Belle, à souffleter,<lb></lb>Ton
                                            visage eût senti que j’ai la main fort bonne.<lb></lb>(Le
                                            Beau Sexe me le pardonne,<lb></lb>En t’affrontant on ne peut
                                            l’affronter.) Ce qui pourtant me rendit sage,<lb></lb>Et
                                            contre mon humeur maître de mon chagrin ;<lb></lb>C’est que
                                            ce coup m’ayant infecté le visage,<lb></lb>Je n’avois garde
                                            encor de m’empester la main. </seg>
                                    </seg>
                                </seg>
                            </seg>
                        </ab>
                    </div>
                </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
