La Bagatelle: XII. Bagatelle
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Niveau 1
XII. Bagatelle.
Du Lundi 13. Juin 1718.
Niveau 2
Niveau 3
Lettre/Lettre au directeur
Le Clapperman1
Metatextualité
De Ternate.
« Le Magistrat de Ternate, Capitale
des Moluques, ne dédaigne pas de prendre soin de la
Propagation. Pour parvenir à ce grand but, il a établi
un Clapperman, qui tous les matins dès cinq heures, se proméne dans la ville, avec des
Instrumens de grand bruit, comme tambours, crescercles …
pour réveiller les maris, & les exhorter … Metatextualité
Voici la Chanson de ce
Clapperman, fidélement traduite de l’Indien. »
Niveau 4
Chanson du
Clapperman de Ternate.
Citation/Devise
Messieurs les Maris,
courage, Réveillez-vous, & pensez Aux devoirs
du mariage, C’est assez dormir, assez. Donnez des
citoyens à la chére patrie. Le Magistrat vous en
prie. A ces Affaires secrétes Vous êtes invités
tous : Vos Femmes sont déja prêtes, Et n’attendent
qu’après vous. Donnez, des citoyens à la chére
patrie, Le Magistrat vous en prie. Il est cinq
heures, l’aurore Déja peut s’apercevoir : Pourtant
vous dormez encore, Certes il vous fait beau voir.
Donnez des citoyens à la chére patrie, Le
Magistrat vous en prie.
Metatextualité
« Voilà quelle
est la Chanson de ce Clapperman. On auroit pu
l’étendre sans doute, & lui donner quelques
agrémens ; mais, c’eût été une paraphrase inutile,
& on se seroit écarté de l’aimable naturel. On
fait assez que les Clappermans ne se piquent point
de tant d’esprit, ils disent simplement ce qu’ils
ont à dire, ils annoncent l’heure qu’il est, &
rien de plus. Qui ne diroit que le Magistrat de
Ternate a lu le Tableau de l’Amour considéré dans
l’état du Mariage, du Savant Docteur Mr. Venette,
qui prouve par des raisons très Phisiques, que le
tems du matin est le plus propre … La bonté de ce
Magistrat de Ternate est au reste bien admirable :
son caractére est bien éloigné de celui de la
plupart des Magistrats de l’Europe, qui croiroient
se faire un grand tort, s’ils parloient avec douceur
à ceux qu’ils gouvernent. Sottise, rusticité :
Voulons & Nous Plaît, est leur langage
ordinaire : langage dont Pihrac a bien senti &
exprimé toute la dureté & la conséquence, dans
ce Quatrain. »
Citation/Devise
Je hai ces mots de
Puissance absolue, De Plein pouvoir, de propre
Mouvement : Aux Saints Decrets ils ont prémiérement,
Puis à nos Loix, la Puissance tollue.
Metatextualité
« Le
Magistrat Indien ne s’exprime pas de cette maniére
hautaine, mais il prie : »
Niveau 4
Le
Magistrat vous en prie. « Expression, sans
doute, bien honnête & bien prévenante. On ne
doute pas que ceux qui n’approuvent que ce qui se
pratique en leur Pays, ne trouvent ridicule cette
coutume de Ternate. A la bonne heure, cela n’empêche
pas que cet usage ne soit très judicieusement
établi : la plupart des Femmes ont de la pudeur, on
le sait bien, elles n’osent solliciter leurs Maris :
quand ces sollicitations viennent d’ailleurs, &
sur-tout de la part du respectable Magistrat, qui
doute que cela ne puisse produire un grand effet ?
Hélas ! on n’ignore pas de plus, que les Hommes sont
naturellement inclinés à se relâcher dans leurs
devoirs les plus essentiels, de-sorte qu’on a été
obligé d’introduire les Sermons, les Exhortations
..., qui seroient l’inutilité même sans ce triste
relâchement. Un autre remarque importante à faire,
c’est que le sage Magistrat de Ternate a bien
compris que la Prospérité d’un Pays consiste dans la
multitude de ses Habitans : ce que pourtant ne
veulent pas comprendre la plupart des Magistrats de
l’Europe, qui par leurs maniéres arbitraires, leurs
impôts excessifs apliqués à leur usage particulier,
leurs violences outrées, leurs persécutions odieuses … font déserter un nombre
infini de leurs Sujets. Quelques-uns, au reste, ont
cru que ce Clapperman étoit payé par les Femmes de
Ternate : mais non ; on peut assurer, après l’avoir
bien examiné, qu’il est payé par le seul Magistrat.
On ne voudroit pourtant pas jurer, que dans certains
jours solemnels, elles ne lui fassent quelque
gratification pour boire, comme c’est l’usage
partout par raport à certaines gens. On n’a parlé
que de la ville capitale : cependant le même usage
est établi dans les autres villes, bourgs &
villages de l’Ile.2»
Niveau 2
Niveau 3
Lettre/Lettre au directeur
Le Clapperman1
Metatextualité
De Ternate.
« Le Magistrat de Ternate, Capitale
des Moluques, ne dédaigne pas de prendre soin de la
Propagation. Pour parvenir à ce grand but, il a établi
un Clapperman, qui tous les matins dès cinq heures, se proméne dans la ville, avec des
Instrumens de grand bruit, comme tambours, crescercles …
pour réveiller les maris, & les exhorter … Metatextualité
De Ternate.
Metatextualité
Voici la Chanson de ce
Clapperman, fidélement traduite de l’Indien. »
Niveau 4
Chanson du
Clapperman de Ternate.
Citation/Devise
Messieurs les Maris,
courage, Réveillez-vous, & pensez Aux devoirs
du mariage, C’est assez dormir, assez. Donnez des
citoyens à la chére patrie. Le Magistrat vous en
prie. A ces Affaires secrétes Vous êtes invités
tous : Vos Femmes sont déja prêtes, Et n’attendent
qu’après vous. Donnez, des citoyens à la chére
patrie, Le Magistrat vous en prie. Il est cinq
heures, l’aurore Déja peut s’apercevoir : Pourtant
vous dormez encore, Certes il vous fait beau voir.
Donnez des citoyens à la chére patrie, Le
Magistrat vous en prie.
Niveau 4
Chanson du
Clapperman de Ternate.
Citation/Devise
Messieurs les Maris,
courage, Réveillez-vous, & pensez Aux devoirs
du mariage, C’est assez dormir, assez. Donnez des
citoyens à la chére patrie. Le Magistrat vous en
prie. A ces Affaires secrétes Vous êtes invités
tous : Vos Femmes sont déja prêtes, Et n’attendent
qu’après vous. Donnez, des citoyens à la chére
patrie, Le Magistrat vous en prie. Il est cinq
heures, l’aurore Déja peut s’apercevoir : Pourtant
vous dormez encore, Certes il vous fait beau voir.
Donnez des citoyens à la chére patrie, Le
Magistrat vous en prie.
Metatextualité
« Voilà quelle
est la Chanson de ce Clapperman. On auroit pu
l’étendre sans doute, & lui donner quelques
agrémens ; mais, c’eût été une paraphrase inutile,
& on se seroit écarté de l’aimable naturel. On
fait assez que les Clappermans ne se piquent point
de tant d’esprit, ils disent simplement ce qu’ils
ont à dire, ils annoncent l’heure qu’il est, &
rien de plus. Qui ne diroit que le Magistrat de
Ternate a lu le Tableau de l’Amour considéré dans
l’état du Mariage, du Savant Docteur Mr. Venette,
qui prouve par des raisons très Phisiques, que le
tems du matin est le plus propre … La bonté de ce
Magistrat de Ternate est au reste bien admirable :
son caractére est bien éloigné de celui de la
plupart des Magistrats de l’Europe, qui croiroient
se faire un grand tort, s’ils parloient avec douceur
à ceux qu’ils gouvernent. Sottise, rusticité :
Voulons & Nous Plaît, est leur langage
ordinaire : langage dont Pihrac a bien senti &
exprimé toute la dureté & la conséquence, dans
ce Quatrain. »
Citation/Devise
Je hai ces mots de
Puissance absolue, De Plein pouvoir, de propre
Mouvement : Aux Saints Decrets ils ont prémiérement,
Puis à nos Loix, la Puissance tollue.
Metatextualité
« Le
Magistrat Indien ne s’exprime pas de cette maniére
hautaine, mais il prie : »
Niveau 4
Le
Magistrat vous en prie. « Expression, sans
doute, bien honnête & bien prévenante. On ne
doute pas que ceux qui n’approuvent que ce qui se
pratique en leur Pays, ne trouvent ridicule cette
coutume de Ternate. A la bonne heure, cela n’empêche
pas que cet usage ne soit très judicieusement
établi : la plupart des Femmes ont de la pudeur, on
le sait bien, elles n’osent solliciter leurs Maris :
quand ces sollicitations viennent d’ailleurs, &
sur-tout de la part du respectable Magistrat, qui
doute que cela ne puisse produire un grand effet ?
Hélas ! on n’ignore pas de plus, que les Hommes sont
naturellement inclinés à se relâcher dans leurs
devoirs les plus essentiels, de-sorte qu’on a été
obligé d’introduire les Sermons, les Exhortations
..., qui seroient l’inutilité même sans ce triste
relâchement. Un autre remarque importante à faire,
c’est que le sage Magistrat de Ternate a bien
compris que la Prospérité d’un Pays consiste dans la
multitude de ses Habitans : ce que pourtant ne
veulent pas comprendre la plupart des Magistrats de
l’Europe, qui par leurs maniéres arbitraires, leurs
impôts excessifs apliqués à leur usage particulier,
leurs violences outrées, leurs persécutions odieuses … font déserter un nombre
infini de leurs Sujets. Quelques-uns, au reste, ont
cru que ce Clapperman étoit payé par les Femmes de
Ternate : mais non ; on peut assurer, après l’avoir
bien examiné, qu’il est payé par le seul Magistrat.
On ne voudroit pourtant pas jurer, que dans certains
jours solemnels, elles ne lui fassent quelque
gratification pour boire, comme c’est l’usage
partout par raport à certaines gens. On n’a parlé
que de la ville capitale : cependant le même usage
est établi dans les autres villes, bourgs &
villages de l’Ile.2»
Niveau 4
Le
Magistrat vous en prie.
Metatextualité
Remarques De l’Auteur
de la
Je déclare au Public, que les
critiques & les louanges que la Piéce qu’on vient de voir
pourra s’attirer, ne seront pas sur mon compte. Ce n’est pas
moi, assurément, qui en suis l’Auteur ; c’est un Homme d’une
grande réputation sur le Parnasse. Mes Lecteurs pourront se
régler là-dessus, en prodiguant des louanges a ce petit Ouvrage,
s’il est de leur goût ; ou en le critiquant avec sagesse &
avec modération, s’ils y trouvent des choses que les choquent.
Je ne doute pas que des gens qui confondent la
Vertu avec une certaine Austérité d’humeur, ne trouvent la Piéce
un peu gaillarde : ils ont tort : il s’agit ici de l’état du
Mariage, qui, de l’avis de plusieurs personnes raisonnables,
peut être nommé délicieux ; mais qui ne sauroit guéres passer
pour gaillard, que dans ses prémiers commencemens. A cet état
sont attachés certains devoirs que personne n’ignore, & l’on
en parle ici sans affecter des expressions propres à exciter
dans l’esprit des idées accessoires, dangereuses pour la Pudeur.
Je l’ai déja dit ailleurs, nous vivons dans un Siécle éclairé ;
& dans notre Pays même, où jadis la simplicité d’une Fille
s’étendoit jusqu’à l’âge de seize ou dix-huit ans, il s’en
trouve à présent fort peu qui ayent atteint leur douziéme, en
état d’apprendre quelque chose de nouveau ou dans la Chanson, ou
dans le Commentaire. La seule découverte qu’elles y feront
peut-être, c’est que l’ardeur des Amans est un feu trop vif
& trop impétueux pour être d’une longue durée, & que les
Maris sont des personnages dont le caractére se soutient assez
mal : découverte qui peut avoir son utilité pour la Jeunesse
Féminine. En voilà bien assez pour défendre le petit Ouvrage en
question contre une sévérité mal entendue, laquelle pourra
considérer encore, s’il lui plaît, que ce qui n’est pas trop
gaillard dans l’Histoire des Moluques, ne sauroit l’être dans
une Bagatelle. Au reste, cette Piéce m’a été envoyée de Londres, où elle a fait grand bruit ; on dit même
qu’on l’a traduite en Anglois. Le Beau Sexe a l’imagination
forte & vive, & mon Correspondant de ce Pays-là me
mande, que, plusieurs Dames, tant Françoises qu’Angloises, qui
ont lu le Clapperman de Ternate, ne manquent pas de s’éveiller
précisément à cinq heures du matin, croyant avoir l’oreille
frappée du refrein de la Chanson Indienne, Donnez des citoyens à
la chére patrie, Le Magistrat vous en prie. Mais les pauvres
Femmes s’éveillent en-vain, leurs Maris continuent à ronfler,
& elles se rendorment si elles peuvent. Je dois avertir ici,
que je conviens avec l’Auteur de cette Piéce, que le Magistrat
de Ternate mérite d’être loué de ses bonnes intentions. Je suis
fort éloigné de son sentiment, par rapport à ce qu’il trouve de
judicieux dans l’établissement de cette coutume. Si ce
Clapperman faisoit un pareil bruit dans les rues trois ou quatre
fois par an, la chose pourroit être de quelque utilité ; mais
répété tous les matins, ce carillon ne signifie quoi que ce soit
au monde, & il devient très incapable d’interrompre le
sommeil des Maris. On fait ce que c’est que l’Habitude, elle ne
fait pas la moindre impression. Je ne vois pas par conséquent,
que les Magistrats Européens fissent une fort bonne œuvre, en
établissant de pareils Officiers dans nos villes. Quand ils
réussiroient dans les commencemens à tirer les Epoux
de leur létargie, ce seroit quelquefois un grand hazard, si
c’étoit pour le profit de leurs Epouses. Hélas !, qui peut
l’ignorer ? La Politesse des maniéres, qui distingue si
avantageusement l’Europe des autres Parties du Monde, a
introduit, comme une mode, le mépris de l’Amour Conjugal. Dans
nos villes capitales, un Homme qui y tient quelque rang, se
croiroit deshonoré s’il ne préféroit pas aux caresses légitimes
de la plus aimable Femme, la tendresse étudiée &
artificielle de quelque Saloppe, dont tout le mérite est dans
les jambes ou dans le gosier. J’ai vu quelquefois des Déesses de
ce caractére, qui, au travers de leurs ajustemens & de leur
fard, me paroissoient si affreuses & si dégoutantes, qu’en
suivant l’instinct de la Nature, un homme un peu délicat
voudroit à peine s’y abandonner pour se racheter de la potence.
Cependant, à Paris, à Londres &c. un Homme de qualité, qui
aime un peu sa réputation, doit de nécessité se pourvoir d’un
pareil Meuble usé, à la Fripperie aux Femmes, je veux dire, a la
Comédie, ou à l’Opéra.
