Le Nouveau Spectateur (Bastide): IX. Discours
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Discours IX.
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Metatestualità
J’ai reçu depuis quelques jours
plusieurs lettres, plus ou moins intéressantes, & qui
demanderoient d’être accompagnées de réflexions. Je vais
commencer par les donner telles que je les ai reçues ; &
suivant l’impression qu’elles feront sur les esprits,
j’aurai l’attention d’y revenir ; & de leur faire
l’honneur que le public aura jugé qu’elles méritent.
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Lettera/Lettera al direttore
Monsieur, Mon pere est un
radoteur, ma mere une sotte, mon frere un fat, ma sœur
une coquette, & je me deplais avec tous ces gens-là.
Je leur ai dit que je voulois les quitter,
& mon dessein est en effet de me transplanter dans
une autre famille, par un mariage. Mais un homme d’âge
& d’esprit, m’a assuré qu’il me seroit impossible de
trouver dans tout Paris une famille où il n’y eût pas un
de ces quatre personnages. J’ai en effet cherché
inutilement depuis six mois, & je m’adresse à vous,
Monsieur, pour pouvoir le trouver. On dit que vous allez
partout ; personne ne peut donc mieux que vous, me
fournir ou m’indiquer ce que je cherche. Mes sots parens
sont très-riches, & ne peuvent me souffrir ; ainsi
pour se débarrasser de moi, ils me feront un
établissement avantageux. Le plus ou le moins de fortune
ne sera donc pas un obstacle dans la femme que vous
pourrez me proposer ; je n’exige pas même qu’elle ait un
grand mérite : pourvu qu’elle n’ait point de défauts,
ni ses parens non plus, je serai
très-content. J’ai l’honneur d’être, &c.
Livello 3
Lettera/Lettera al direttore
Monsieur, J’ai beaucoup
d’esprit, & encore plus d’audace ; j’étois hier au
soir seul avec Madame de * * *, qui a précisement ces
deux mêmes qualités. Nous nous parlâmes confidemment de
nos aventures, la tête s’échauffa, & l’esprit
entraina le cœur. Il n’y eut pas la moindre témérité de
ma part, ni de la sienne la moindre résistance. Jamais
affaire ne fut mieux conclue à l’amiable <sic>. Il
y avoit un an que nous nous connoissions, & nous
n’avoins jamais pensé l’un à l’autre ; j’allois la voir
quelquefois, & elle ne songeoit pas même à regarder
ma jambe & mes dents, qui sont très-dignes d’un
regard ; je parcourois sa personne avec la même
indifférence, & hier même, un moment
avant que notre imagination prit feu, nous étions l’un
pour l’autre de vrais galçons. Ecrivez cela, Monsieur,
afin que les femmes sçachent qu’elles ne doivent jurer
de rien, ni entrer dans de certaines conversations avec
un homme d’esprit qui a tout fait ici. Nous nous
quittâmes, Madame de * * *, sans prendre jour pour nous
recevoir, mais nous nous reverrons certainement, car je
suis poli ; & j’aurai l’honneur de vous faire part
de la nouvelle conversation que nous aurons eue
ensemble, qui peut-être vaudra bien la premiere pour un
moraliste. J’ai l’honneur d’être, &c.
Livello 3
Lettera/Lettera al direttore
Monsieur, Je vous ai promis le détail de ma
seconde conversation avec Madame de * * *, je me suis
trop engagé ; il n’y a pas eu de conversation. J’allai
hier au soir chez elle, son carrosse étoit à la porte,
& cependant la porte me fut refusée, On me dit
qu’elle étoit sortie, & je fus obligé de me
retirer ; je viens de lui écrire pour me plaindre de ce
procédé, voici sa réponse : M. le Chevalier ignor-t’il
que Madame de * * * ne doit plus raisonnablement se
trouver chez elle pour le recevoir ? J’ai senti mon
étourderie, Monsieur, qu’apparemment vous sentirez
vous-même, sie vous avez quelque connoissance des
usages ; & c’est pour m’en punir que j’ai l’honneur
de vous écrire. Je suis, &c.
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Lettera/Lettera al direttore
Monsieur, Je dinai il y a quelque temps
dans une maison où je vis quelque chose de
très-singulier. C’étoit un Samedi, & la table étoit
servie en gras. Madame de * * *, arriva très-tard, &
ne voulut jamais faire gras. La disette de provisions
fit qu’elle fut obligée de se contenter de quelques
œufs. J’admirai une austérité si exemplaire, dans une
femme qui est d’ailleurs très-jeune, très-vive &
très-jolie. Je demandai son nom, ne l’ayant jamais
rencontrée dans le monde ; celui à qui je m’adressai me
mit au fait dans l’instant, & j’appris que cette
femme si respectable, au premier coup d’œil, étoit
depuis dix ans sur la liste de trente petits-Maîtres.
Elle acheva elle-même sa réputation, quand on eut dîné,
par la contenance la plus indécent, & les propos les plus libres. J’ai cru, Monsieur, devoir
vous faire part de cette decouverte, car c’en est une,
malgre les exemples d’audace ou de sottise que quleques
femmes ont pu donner jusqu’à présent. Je suis, &c.
