Le Nouveau Spectateur français: XIII. Dialogue
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Nível 1
XIII. Dialogue.
Nível 2
Sátira
Diálogo
Metatextualidade
D’un Prédicateur,
& d’un Paisan.
Le Paysan.
Ah! Monsieur le
Predicateur, que vous fîtes hier un beau sermon ? Je me
fourrai, en allant chez mon Procureur, dans l’Eglise où
vous prêchiez. Que de beau monde vous aviez ! On dit que
le Roi y étoit ; tant y a, tout étoit plein de
carrosses, & c’est tout ce que je pûs faire que de
vous entendre. J’étois auprès de gens qui n’écoutoient
point, & qui nommoient par nom & par surnom tous
les Monsierus & toutes les Madames de l’auditoire.
Ils dirent en sortant, que vous aviez fait des
merveilles. Le Predicateur.
Hé
bien, mon ami, que voulez-vous ?
Le Paysan.
Je viens, Monsieur le
Prédicateur, vous prier de prêcher à la fête de notre
Confrerie ; c’est un beau sermon, & notre Curé vous
regalera comme il faut. Le Predicateur.
Hé ! mon ami, sçavez-vous à qui vous parlez ?
C’est bien à moi à qui on s’adresse pour une Confrérie
du Village ? Le Paysan.
Ah ! ne le
prenez pas ainsi ; nous avons l’accoutumance d’avoir de
bons Prédicateurs. L’année passée ce fut un Minime qui
prêcha notre Confrérie ; l’année d’auparavant nous eûmes
un Cordelier : c’étoit un grand Prédicateur que
celui-là ; il prêchoit quatre fois par jour sans se
moucher ni cracher. Le Predicateur.
Allez, allez, mon ami, retirez-vous, & allez
chercher vos Prédicateurs aux Cordéliers ou aux Minimes.
Le Paysan.
Oh ! palsangué,
Monsieur, ce sont de bonnes gens, qui prêchent Dieu,
& qui ne se font point tant tirer
l’oreille. Si est-ce pourtant qu’il faut bien que vous
ne prêchiez ; n’est-ce pas là votre métier ? Nous vous
païerons tout aussi-bien que d’autres. Le
Predicateur.
Vous êtes un insolent. Est-ce
que je prêche pour de l’argent ? Vous ne sçavez gueres à
qui vous parlez. Le Paysan.
Hé !
pourquoi prêchez-vous donc ?` Le
Predicateur.
Je prêche pour convertir les
ames, pour établir la Religion, pour faire honorer Dieu
Le Paysan.
Ah ! Monsieur,
c’est justement ce que nous demandons ; car voïez-vous,
nous ne voulons point de ces Prêcheurs qui ne viennent
que pour faire la quête. O ça, notre Confrérie est le
jour de. . . . Le Predicateur.
Retirez-vous, encore une fois : vous me faites perdre
mon tems, & si l’on sçavoit seulement qu’un Païsan a
eu l’insolence de me proposer un Sermon de
Village, cela feroit tort à ma réputation. Sçachez une
bonne fois, mon ami, que je ne prêche point au Village.
Il y a vingt Paroisses à Paris, qui n’oseroient prendre
la hardiesse que vous prenez. On sçait bien qui je
suis ; & après avoir prêché au Louvre. . . . Le Paysan.
Est-ce que notre
Confrérie n’en vaut pas bien une autre ? Si vous
prêchiez pour de l’argent, passe ; mais vous dites que
vous n’en voulez point, & que vous ne prêchez que
pour convertir les ames : N’avons-nous pas des ames à
notre Village ? Le Predicateur.
Voilà de belles ames ! C’est bien celles-là qu’un
Prédicateur à la mode se soucie de convertir. Le Paysan.
Hé ! quoi ; ne sommes
nous pas Chrétiens ? Le Predicateur.
Ouï, mon ami ; mais chacun a ses talens : le mien
n’est point destiné à des ames de Village, je n’ai point
de Sermon qui leur convienne ; vous ne m’entendriez
seulement pas, tant mes discours sont
au-dessus de votre portée. Mais je suis bien fou de
m’amuser à vous rendre compte. . . . Le
Paysan.
Je vous demande pardon, Monsieur, je
ne sçavois pas que vous fussiez si grand Monsieur. Notre
Curé m’avoit dit que les Prédicateurs n’avoient point
d’autre qualité à soutenir que celle de Prédicateur ;
& que tout leur étoit bon pourvû qu’ils trouvassent
des gens à instruire ; nous sommes un peu glorieux dans
notre Village, nous nous croïons aussi bons que d’autres
pour être préchez. Adieu, Monsieur, je vas <sic>
dire à Madame la Duchesse. . . qui est la Dame de notre
Village, que vous êtes trop grand Monsieur pour nous ;
c’est elle qui a voulu qu’on vous invitât. Le Predicateur.
Que ne parlez-vous
donc ? Quoi ! une Duchesse demande ce Sermon-là ? Y
sera-t-elle ? Le Paysan.
Si elle y
sera ! ouï vraiment elle y sera, & bien d’autres
Duchesses encore, sans compter les Marquises & les
Comtesses. C’est elle qui doit vous mener
dans un carosse à six chevaux. Le
Predicateur.
Que ne vous expliquiez-vous
d’abord ? si j’avois sçû qu’une Duchesse. . . . Allez,
mon ami, dites-lui que j’aurai l’honneur de lui faire ma
réponse moi-même, & que je ne puis la refuser. Le Paysan.
Ma foi, vous ferez bien
de lui faire votre réponse vous-même ; car pour moi,
tout ce que je pourrois lui dire, c’est que si vous ne
prêchez pas pour de l’argent, vous préchez pour quelque
chose de pis.
Nível 2
Sátira
Diálogo
Metatextualidade
D’un Prédicateur,
& d’un Paisan.
