Le Nouveau Spectateur français: No. 25
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No. 25.
Metatextualität
Lettre D’un homme
d’âge Dans laquelle il communique au public les
particularitez les plus instructives de sa vie.
Metatextualität
Lettre D’un homme
d’âge
Zitat/Motto
Inveni portum ; spes
& fortuna valete.
Je me trouve dans le port ; je renonce à l’esperance, & à la fortune.
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Brief/Leserbrief
J’ai lu avec plaisir dans
votre Ouvrage les Mémoires du cœur d’une Dame de Paris.
C’est une terrible femme que le cœur de cette femme. Il
est à peine concevable que la vanité femelle quoique
soutenue des maniéres & de l’Education
de Paris, puisse aller à des rafinements si excessifs.
Ce Phenomene m’a surpris, mais mon étonnement s’est
presqu’entiérement évanouï quand j’ai passé en revuë ma
propre conduite. J’y ai trouvé une vanité mâle, qui est
tout au moins équivalente à la conquetterie Métaphysique
de la Parisienne en question. Je croi que les afreux
desordres, ou cette impertinente foiblesse d’esprit m’a
précipité, peuvent être instructifs pour les personnes
de mon sexe ; je m’imagine même que la discription des
differents Symtômes de cette maladie de mon ame,
rapportez à leurs véritables Principes, pourra être
heureusement mise en Parallele avec l’envie de plaire
monstreuse & illumitée de l’Héroine Françoise dont
vous nous avez communiqué la vie conquête. Que fais-je
si mon entreprise n’est pas encore un effet marqué d’un
amour propre excessif ; Il n’y a rien là d’impossible ;
heureux si c’est ici le dernier soupir d’une vanité
mourante !
Fremdportrait
Je suis né
vain, Monsieur, aussi essentiellement vain, que je
suis né essentiellement créature humaine. La
prémiere aube de la raison n’a pas précedé en moi un
désir ardent de briller. Une espece de
Don-Quichotisme naturel à prévenu dans mon ame la
Lecture des Pharamonds, & des Cléopatres, &
je puis dire avec trop de verité, que je suis sorti
des mains de la Nature un petit Héros de Roman. Dans
quels desordres funestes une si impertinente disposition ne m’auroit-elle pas
égarée, si elle n’avoit pas été balancée en quelque
sorte par une prudente éducation, & par un assez
fort penchant vers la raison & vers la vertu ;
du moins vers ces branches de la vertu, qui
s’offrent à l’imagination comme fertiles en
sentiments généreux. Non-seulement on cultiva dans
mon ame cet heureux naturel ; on poussa plus loin
les soins de mes véritables intérêts. On ne négligea
rien pour jetter dans mon cœur dès l’âge le plus
tendre, la base d’une saine Morale, & d’une
solide piété. La plûpart des préceptes qu’on me
donna la-dessus gagnèrent mon ame par la route de ma
raison convaincue. Il n’y eut que ceux qui rouloient
sur l’humilité, qui s’arrêtèrent dans mon bon sens,
sans aller plus loin je soupirois de ne pas trouver
cette vertu aimable, mais j’avois l’esprit trop
foible pour l’aimer. Je ne la goutois, que lorsque
quelque maladie rallentissoit les bouillons de mon
imagination impétueuse & présentoit à ma raison
tranquillisée l’image salutaire d’une mort
prochaine. A peine avois-je neuf ans qu’une fiévre
terrible fit cet effet sur moi & mis ma piété
novice à la plus rude épreuve. Je la soutins en
véritable Chrétien, & je ne sai pas trop si dans
ma vieillesse je me préparerois mieux à l’afreux
moment du trépas. Je commençai par examiner ma
conduite avec exactitude, je n’y trouvai que trop de
raisons pour en être effrayé ; je tachai
de réparer mes fautes par un vif répentir, & par
de fortes résolutions de me conduire avec une
sagesse plus attentive. J’addressai à la miséricorde
divine des prieres sincères & ardentes, &
après avoir passé des jours entiers dans les
exercices d’une dévotion réelle je me remis entre
les main <sic> de la providence, d’un esprit
ferme & rempli d’une vive espérance du Salut. Ma
maladie ne fut pas de longue durée. Les prémiers
jours de ma convalescence ne furent pas pourtant la
fin, de ma dévotion & de mon humilité. D’abord
j’eus quelqu’espece de chagrin de ne pas mourir,
pendant que je me trouvois dans des sentimens si
propres à m’asseurer un bonheur éternel. Ensuite je
commençois à témoigner ma reconnoissence à la
Divinité de m’avoir conservé la vie ; Peu de temps
après ma vanité qui n’avoit pu être absorbée, que
par l’idée d’une affreuse éternité reprit des forces
avec celles de mon corps, qui de dégré en degré
éloignerent de mon esprit cette idée aterrante. La
suite de ma convalescence fut égayée par quantité de
Chateaux en Espagne, par des plans brillantes de
fortune, de grandeur, & de réputation ; Rêves
que l’ivresse d’un ridicule amour propre excite dans
les esprits qu’elle rend imbécilles, Reves plus
suivis, mais tout aussi impertinents, que ceux, qui
ont leur source dans le sommeil. J’étois
élevé avec des jeunes-gens, qui se trouvant tous
fort au-dessus de moi, & par leur naissance
& par leur Fortune, ne m’épargnoient pas les
manieres dédaigneuses & méprisantes, qui sont si
familaires aux enfants de Famille, à l’égard de
leurs inférieurs ; J’étois obligé de garder un
triste silence, quand ils parloient des équipages
& de la table de leurs Peres, des charges &
du crétdit de leur Oncle le Président, & du
Général leur Cousin. Je puisois dans ces discours
tout le chagrin & tout le desespoir, que
l’imagination puisse prêter à un orgueil mal
satisfait. Mais ces tristes effets de ma vanité bien
loin de l’abaisser insensiblement l’enflérent
d’avantage, l’aigrirent, & la portèrent à se
roidir contre les <sic> Obstacle. Mon ambition
me rongeoit continuellement & me livroit aux
plus cruelles idées, qui ne m’abandonnoient jamais,
qui m’otoient toute ma gayeté, & qui me
donnoient un air réveur & distrait si rare dans
la plus tendre jeunesse. Je croi même que cette
malheureuse occupation de mon esprit, donna à mon
ame une teinture de mélancolie, qui n’en a jamais
été effacée dans tout le cours de ma vie
infortuneée. Ce qu’il y a de plus malheureux dans
une vanité dominante c’est qu’elle échauffe
l’imagination, & qu’elle la rend fertile en
ressources. J’en trouvai dans la mortification même,
que m’inspiroient la noblesse & la fortune de
mes compagnons. Elle me fit faire un
effort pour raisonner juste sur les avantages par
lesquels ils prétendoient me ravaler au dessous
d’eux, j’osai considerer l’argent & la naissance
comme des présents du hazard, qui ne font rien à
l’excellence de l’homme. Mais ce n’étoit là que des
idées ; dans le tems que d’un côté elles étoient
approuvées par ma raison, & qu’elles
soulageoient mon orgueil, mon cœur les desavouoit.
La noblesse sur tout offroit à mon ame quelque chose
de bien flatteur ; j’aurois fait tout au monde pour
être d’une illustre famille, & quoique dans tout
autre occasion ennemi de la bassesse du mensonge,
mon fol orgueil me faisoit debiter sur mes ancêtre
de Fables, dont je rougis encore toutes les fois que
j’y pense. Ces fictions étoitent copiées d’après les
reves de mon imagination, qui même, avant que
j’eusse lû aucun Roman, me promettoit contre toute
sorte d’apparence que le destin me feroit trouver
des parents plus illustres que ceux qui m’avoient
élevé, qui étoient très estimables, & que je ne
laissois pas de cherir avec la plus vive tendresse.
L’examen de mes sentiments m’ouvroit un <sic>
autre source de consolation. Je les trouvois beaux
au suprême degré ; Mon orgueil me faisoit sur tout
un grand plaisir. Je l’appellois sans hésiter
grandeur d’ame je me trouvois d’ailleurs bon, ferme,
charitable, hardi, intrépide, incapable d’aucune dissimulation. Un de mes maitres avoit dit
plusieurs fois devant tout le College, que j’avois
un cœur de Prince. Ces mots étoient écrits en Lettre
d’or dans mon imagination ; je les y lisois
continuellement. C’étoit la plus grand motif qui
m’attachoit à mon Pedagogue, & qui me faisoient
gouter ses lecons & ses préceptes. Ce qui avoit
arraché cette superbe louange de la bouche du bon
homme, qui entendoit infiniment mieux le rudiment
que la Morale, c’est qu’il avoit vû qu’un orage de
coups surpendu sur mes épaules & tout prêt à y
crêver, ne pouvoit pas me détourner d’avouer les
fautes, que me étourderie me faisoit très souvent
commettre. Il avoit remarqué que lorsqu’il me
frappoit, bien loin de m’enfuïr je restois immobile
dans la même place, sans pousser le moindre cris,
& en fixant sur son visage irrité, des regards,
qui lui disoient, que si j’étois de sa force, il ne
me battroit pas impunement. Il avoit admiré
d’ailleurs la facilité, avec laquelle il tiroit de
moi tout ce qu’il vouloit, quand il me parloit avec
bonté, & qu’il me piquoit d’honneur. Mon courage
ne se bornoit pas toujours à cette inaction ferme ;
Je dirigeois tout autrement ma valeur, quand j’avois
quelque chose à démêler avec mes camarades ; &
c’est ce qui ne manquoit pas d’arriver tous les
jours. J’étois par malheur le plus jeune, mais ma
vanité me rendoit intrépide &
augmentoit mon agilité naturelle qui supploeit à mes
fores ; j’étois obstiné à faire voir à mes
compagnons que l’argent & la naissance ne font
rien dans un combat ; Leur mépris me rendoit
furieux. Mes Adversaires n’en étoient pas quittes
avec moi pour me terrasser quatre ou cinq fois de
suite ; je me battois tant qu’il me restoit la
moindre haleine. Et le lendemain c’étoit à
recommencer. De la plûpart de ses batailles je
sortois fort rossé & fort glorieux, & mes
défaites même me faisoient respecter. Quel
ravissemet quand je remportois la victoire sur un
ennemi qui me passoit de toute la tête. Non, un
Général d’armée n’est pas si fier d’avoir gagné une
bataille qui promet l’immortalité à sa mémoire. Par
cet exercice continuel ma force & mon adresse
s’acrurent à vue d’œil, & en peu de tems tous
les Ecoliers dont l’age aprochoit la plus du mien
furent contraints à me ménager, & à tranquiliser
par là mon orgueil. Mais il eut dans d’autres
occasions à luter contre des obstacles bien plus
terribles. On fait que presque dans tous les
Colleges on voit d’abord une espece de Démocratie
qui a des loix qui obligent également tous les
Membres de la République ; mais cette forme de
gouvernement n’est gueres durable. Bien-tôt
quelqu’un se distingue par une grand supériorité
d’age & de force, ou bien en s’attachant le plus
grand nombre de ses camarades par des
bienfaits. Des lors il devient Roi, Monarque absolu.
Tout plie devant lui, ses volontez les plus
extravagantes sont obeïes ; Le Regent même est
infiniment moins redoutable & moins despotique
que lui. Avant l’age de douze ans j’avois déja vu la
succession de quatre de ces formidables usurpateuts
<sic>. Malgré ma vanité impétueuse, j’avois
rempé sous eux avec les autres & j’avois été
réduit à les addoucir par les plus viles
complaisances, & par les plus honteuses
soumissions. Je fus pourtant l’Autheur de quatre
révoltes consecutives, qui eurent un heureux succes.
Toute les fois je fus le chef des conjurez. Afin que
tout eut l’air d’une conspiration dans les formes,
les plans de tous ces Complots furent dressez dans
des assemblées nocturnes, & les Tyrans furent
détrônez sans avoir démêlé les ressorts de leur
chute. Notre dernier Monarque fut le plus terrible
de tous. C’étoit un Géant au prix de nous, &
l’insolence qui accompagne le despotisme étoit
soutenuë chez lui d’un naturel brutal &
farouche. La conspiration éclata au sortir de
l’Eglise dans la ruë écartée ; Trois des conjurez se
jetterent d’abord sur trois Satellites du Néron du
College. Etonné de l’audace des agresseurs il marche
gravement vers eux. Il les regarde d’un œil
menaçant, se promettant bien de les
punir de leur insolence ; Mais tout d’un coup il se
voit investi & attaqué de toutes parts par les
autres conjurez. Il se défend avec vigeur ; trois ou
quatre des plus hardis se renversent sous ses coups.
Les autres ne lachent pas prise ; Ceux qu’il foule
aux pieds le prennent par les jambes ; il est
terrassé ; Il tombe sur les vaincus. Son grand corps
n’est pas assez étendu pour tous les coups dont on
le couvre. Chacun se souvient des indignitez, qu’il
a soufertes. Les plus lâches sont les plus acharnez.
Ce sont autant de petits Janissaires prêts à
étrangler un Sultan, qui a lassé leur obéïssance ;
Je crois en vérité qu’il auroit couru risque de la
vie, si des mains charitables ne l’avoient arraché à
notre fureur. Rien de plus humble & de plus bas
que ce misérable après sa chute. Les insultes qu’on
lui fit à son tour, l’obligerent à déserter le
College. Au milieu de ces différentes révolutions de
notre petit Etat, ma vanité trouva de quoi se
soulager par de nouveaux secours. Elle me fit faire
d’heureux efforts pour surpasser tous mes illustres
camarades par la course, par des fauts, & par
d’autres marques d’agilité, & elle me fit
briller mille & mille fois au hazard de me
casser le col. Elle produisit encore un autre effet,
qui m’étoit bien plus avantageux. Elle m’ouvrit
l’esprit & fortifia ma mémoire. Par les progrez rapides que je fis dans les études, je
me vis bientôt à la tête de tous mes Gentilshommes,
ou moins vains que moi, ou contens d’autres
avantages qu’ils considéroient comme très-superieurs
aux lumieres de l’Esprit. Ils ne m’en auroient pas
moins méprisé, s’ils en avoient eu le courage.
Malgré mon application à l’étude, mon amour propre,
qui se baignoit dans l’heureuse réüssite de mon
application, eut pourtant le loisir de produire en
mon cœur quelque chose, qui avoit assez les Symtômes
de l’amour. Notre Regent avoit une fille, qui étoit
à peu près de mon âge c’étoit un petite brune, qui
n’avoit rien de fort joli, mais c’étoit la seule qui
se trouvoit à la portée de mon envie de plaire au
beau sexe ; envie qui avoit déja éclaté dans
plusieurs occasions passageres & qui dès l’age
le plus trenre étoit entrée dans l’Architecture de
mes Chateaux en l’air. Cette même disposition,
(peut-être encore quelque chose de plus) étoit bien
aussi vieille dans l’ame de ma petite Princesse que
dans la mienne. Cela seul la rendoit un peu aimable.
Elle assistoit souvent à nos jeux, & le grand
moyen dont je me servois pour lui déclarer ma
tendresse c’étoit de faire des fauts plus hardis que
jamais. Elle s’allarmoit quelquefois du péril où je
m’exposois ; j’en étois charmé, je redoublois. Elle
m’en détournoit & me jettoit quelque
régards favorables. Courte satisfaction, le mérite
de mes jambes ne tenoit pas contre de beaux habits
& contre des présents. J’avois beau sauter ;
autant de sauts jetez dans la riviére ; comme dit
Sancho ; à peine y prenoit-elle garde quand des
galons d’or éblouissoit ses yeux, ou quand elles les
fixoit sur des oranges & sur des confitures que
la richesse de mes compagnons offroit à sa
friandize. J’enrageois ; je pestois contre l’ame
basse de notre commune maitresse. Ma vanité irritée
me faisois croire que je l’aimois éperdument. A mes
heures de loisir qui s’étendoient quelquefois à des
nuits entieres, je lisois dans ce tems Cléopatre le
prémier Roman qui a séduit mon attention. J’en étois
alors à l’Histoire d’Artaban ; elle me plaisoit plus
que tout le reste. Artaban se croyoit d’une obscure
naissance, c’est ce qui me charmoit le plus en lui ;
quelle excellente qualité. Il étoit avec cela fier
jusques à l’insolence, brave, intrepide, incapable
de soufrir le dédain. Il ne le supportoit pas dans
les plus grands Princes. Il leur répondoit avec
hauteur, & pour les punir, il portoit chez les
ennemis de son Maitre une épée qui avoit la victoire
à ses gages. Le charmant homme que cet Artaban,
insensiblement je devins Artaban lui-même. Sa
tendresse qui s’élevoit toujours jusques aux filles
des Monarques fut rebutée par la
Princesse d’Ethiopie. J’en partageai l’affront avec
lui & avec lui je pris mon parti noblement. La
Princesse héréditaire du College fut ma 1Candace. Je l’abandonnai
cavalierement à sa petitesse d’esprit & de cœur.
Je crus même rendre le Caractére d’Artaban plus
magnifique en l’irritant. J’étrillai d’importance
quelques-uns de mes rivaux & pour ma Princesse
je la brutalisai, & je lui marquai le mépris du
monde le plus mortifiant. J’étois presque aussi
content de ces belles maniéres, que je l’aurois été
de l’avantage de supplanter tous mes competiteurs.
Mais qu’arrive-t-il ? Ma belle Ethiopienne, qui
devoit me haïr naturellement avec toute la
cordialité possible, se présente à mes yeux deux ou
trois jours de suite d’un air triste ; devant moi
elle est sans attention pour les mêmes un fort joli
présent de celui que je croyois l’enfant gaté de
l’amour, parce qu’il l’étoit de la fortune ; je la
plante là d’un air brusque ; pour m’aller retrouver
dans mon Roman. Une semaine se passe. Un beau matin
j’entends heurter à ma chambre ; j’ouvre ; c’étoit
ma Princesse. Comment vous portez vous, me
dit-elle ; depuis quinze jours vous ne sortez
presque pas de votre Cabinet ? vous êtes
malade j’en suis sur ; Point du tout, lui
répondis-je, sans ôter mes yeux d’un livre, je me
porte à merveilles. Il faut donc que vous ayez
quelque chagrin, répartit elle, & c’est à cela
que je dois attribuer les duretez que vous m’avez
dites. Je ne croi pas du moins les avoir méritées,
moi qui de tout le College n’aime que vous ; en
vérité, continua-t-elle en sanglottant, je suis
malade moi-même de vous voir dans cette humeur ; des
larmes pour moi ! voilà du fruit nouveau. Quel
délice pour ma vanité. Je la regarde ; elle pleure
tout de bon ; adieu ma fierté ; j’oublie tous ses
mépris. Je lui dis les choses les plus tendres que
mon cœur rendu, & attendri par mon Roman est
capable de me fournir. Elle y répond par des
discours fort au dessus de son âge ; quelques
baisers m’enlevent au troisiéme Ciel, & nous
nous séparons contents l’un de l’autre, mais
infiniment plus contents de nous mêmes. Deux jours
entiers notre tendresse dure, quoique toujours en
diminuant. Elle se livre de nouveau aux présents,
& à la parure sans se mettre en peine de moi. Je
le supporte sans chagrin, mon indifférence ne la
touche plus ; d’ou vient ? Sa vanité étoit
satisfaite, & la mienne aussi. Je ne me souciois
plus de Candace, & je ne doutois pas que
bien-tôt une tendre & généreuse
Elise 2ne me dedommageât des mépris
d’une Candace orgueilleuse & interessée.
