Le Nouveau Spectateur français: No. 23
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Nível 1
No. 23.
Metatextualidade
Suite des Reflexions
Precedentes.
Metatextualidade
Suite des Reflexions
Precedentes.
Nível 2
Voici encore une autre imperfection,
qui se decouvre dans les Fables de Monsieur De la Motte ; Hé !
dans quelles productions de l’esprit humain ne s’en
rencontre-t’il pas ? Pour la faire sentir. Je me sers de la même
idée, <34> que je viens d’employer.
L’Allégorie de la Fable est une Engime, & la Morale en est
le mot ; ou bien c’est une suite d’expression figurées qui
enveloppent une maxime de devoir. Une Enigme seroit bien
imparfaite si tous les traits en étoient appliquables, avec la
même justesse, à differents sujets. Des expressions quelque
figurées qu’elles soient, seroient certainement defectueuses, si
avec une facilité égale on y pouvoit puiser deux idées
differentes, quoique voisines. Il en est de même de la Fable ;
pour que le fond en soit parfait il faut que toute l’enchainure
d’images, qu’on met en œuvre, ne developpe dans l’esprit qu’un
même précepte, qu’une même maxime. J’avouë, que sans rendre une
Fable vitieuse, il se peut que ce tissu d’images, outre une
verité principale, qui s’offre à la justesse d’esprit de la
maniere la plus frappante, indique encore de veritez
subalternes, plus éloignées & moins sensibles. Mais une
Fable est indubitablement imparfaite quand deux véritez sortent
avec une égale force de la même Allegorie, laissant le Lecteur
incertain, sur leur choix, & qu’on a besoin de
l’interprétation de l’Autheur pour deviner la maxime, que, par
le secours de son imagination, il a voulu faire passer de sa
raison dans la notre. Monsieur De la Motte a encore senti cette
verité dans la Theorie sans avoir la force de la suivre toujours
dans l’exécution ; cet écart est encore rare chez lui, mais il est réel ; qu’on en juge par ces quatre Vers, qui
font l’application d’une de ces Fables. L’Autheur
se décele ici lui-même, mais il y a quelques autres endroits de
ses Fables où il fait la même faute sans la déclarer, &
apparemment sans la sentir lui-même. Je remarquerai encore que
dans quelques-unes de ces piéces, la Morale ne tient pas tout
à-fait ce que l’Allégorie avoit promis. On l’interesse à
l’action, qui sert d’enveloppe ; les images sont agréables,
arrangées avec art, assaisonnées de pensées justes & fines ;
tout ce riche appareil fait attendre des maximes qui lui sont
proportionnées, & après avoir préparé & ouvert son ame à
quelque précepte d’une utilité peu commune, on est surpris &
choqué de ne rencontrer qu’une regle de conduite, qui n’a rien
que de trivial. Cette maniére de surprendre a quelque chose de
burlesque ; Elle produit à peu près le même effet que cette fin
d’un Sonnet de Scarron :
Je n’approuve pas non plus l’interpretation de
certaines Allegories, dont le sens faute aux yeux, & qu’une
seule expression vive d’un des Interlocuteurs fait sentir de
reste. L’Autheur remarque lui même que le plus grand plaisir que
font les Fables c’est de procurer aux Lecteurs la satisfaction
touchante de se féliciter de leur pénétration, qui en devine le
sens. Si ce sens sort de la Fable même, avec assez de justesse
& de force, on ne fait qu’en diminuer l’impression, en le
développant d’avantage, & l’on chagrine le Lecteur, en se
défiant de ses lumieres. Le défaut n’est que trop rémarquable
dans la Fable du Ciron, qui voyage avec le bœuf, & qui par
bonté d’ame craint de le faire succomber sous le poids de son
petit corps ; ce défaut dis-je est remarquable dans cette piéce.
L’Autheur le remarque lui-même, & il ne s’en cache pas dans
la courte explication qu’il donne de son Allégorie. N’auroit-il pas fini d’une maniere plus brillante, plus
vive, & plus propre à remplir ses Lecteurs d’images &
d’idées, en se contentant du discours dédaigneux du Bœuf. Rien
ne fait plus languier un ouvrage qu’une abondance inconsiderée ;
& l’art le plus grand en matiere d’écrire c’est l’art de
finir. C’est d’ordinaire l’amour propre qui le fait négliger. On
a fait quelques Vers, dont on est content ; ils sont superflus,
mais on ne veut pas les perdre, par la grande raison qu’on les a
faits. C’est une verité que je sai par expérience. Ma derniére
critique roulera sur le stile ; c’est le grand & souvent
l’unique objèt de la censure Françoise, quoiqu’il trouve
beaucoup d’indulgence chez les Nations qui croient le bon sens
le caractere essentiel de l’Esprit humain. Décrediter un Ouvrage
& l’accabler de railleries, c’est mépriser un batiment,
parce qu’on y decouvre quelques pierres inégales, ou parce que
la peinture n’en est pas en quelques endroits assez uniforme. Je
conviens que de s’attacher uniquement à cette censure
vetilleuse, est pardonnable à des personnes dont la vuë ne
s’étend pas plus loin ; que vouloit-on que critiquât Momus
fabliste ? l’essentiel même des Fables de son adversaire ? Il
n’y entendoit rien. Les piéces qu’il a fait lui-même
dans ce genre le démontrent. Mais ses critiques sont-elles du
moins fondées ? pas toujours, selon moi ; mais trop souvent, je
trouve dans le stile des Fables nouvelles du bas, du pueril,
& du recherché ; mais ces défauts n’y choquent que dans un
très petit nombre d’endroits. Pour ce que regardent le bas.
Monsieur de la Motte impose en quelque sorte silence là-dessus à
ses Lecteurs ; Les nuances, dit-il, qui par rapport à la Fable
distinguent le familier du bas ne sont pas assez déterminées,
& il n’y a qu’une vuë délicate & exercée qui puisse les
appercevoir ; l’ignorance les confond aisément &c. Je crains
bien que semblable à la plûpart des Lecteurs, je n’aye pas cette
vuë délicate & exercée. Mais il me semble que l’Autheur
auroit du épargner à notre ignorance l’occasion de se méprendre,
& qu’il auroit agi quelquefois prudemment, en ne saisissant
pas la nuance du familier la plus voisine du bas. Du moins
étoit-il obligé de suivre cette regle en adressant ses leçons
aux Princes. Il auroit dû s’y porter, en vertu d’une de ses
propres maximes, qui permet aux fabulistes d’élever un peu leur
stile, avec le sujèt. J’ai bien de la peine à ne pas trouver
ces expressions basses, sur tout dans les endroits
où elles sont placées. Rien n’étoit plus aisé, sur tout à un
Autheur qui versifie aussi facilement que Monsieur De la Motte,
que de menager ici à la simplicité de son stile un peu plus de
Noblesse. S’il avoit dit Je
m’imagine que personne ne se seroit avisé de trouver du bas dans
cette Apostrophe, quoique familiaire. L’Autheur donne encore
qulequefois dans le pueril, & même dans le plat ; ce malheur
lui arrive sur tout, quand il veut répandre du riant dans le
familier ; c’est-à-dire quand il veut être plaisant ; Il est
aisé de le lui pardonner c’est un petit desastre assez commun.
De cette source vient son Gressier solaire, qui affadit, au lieu
de faire rire. Peut être ne suis-je pas assez difficile ; mais
j’avouë que je ne trouve pas le même défaut dans ces Vers J’avouë ingenument que je
n’ai pas le gout assez fin, pour comprendre que dans ces titres
de Dom de Dame & de Demoiselle appliquées aux facultez
personalisée de l’ame, il y ait quelque chose de plus fade, que dans les dénominations humaines données aux
Animaux qui sont les acteurs des Fables. Telles sont Maitre
Corbeau, Jean Lapin, Compere Renard. Je remarquerai encore, que
ces derniers noms n’enrichissent pas de la moindre idée
accessoire les Fables où ils se trouvent ; Au lieu que les
dénominations appliquées ici au jugement, à la Mémoire &
l’imagination ont avec les sujets une assez fine convenance, qui
les caracterise. On s’est moqué de notre Autheur sur ce
compliment ; qu’il addresse à Madame la Marquise de Lambert.
S’il y avoit là de
la faute, elle viendroit ou d’un grossier manque de jugement, ou
d’une ridicule envie de plaisanter ; certainement il n’y a rien
de si bouffon, que de faire de la disgrace d’un Chien, un fait
de la competence d’une Dame, à qui on donne un merite
extraordinaire. Heureusement pour Monsieur De la Motte, cette
censure est de mauvaise soi, s’il y en eut jamais, & le
ridicule apparent qu’on trouve dans ces Vers doit retomber sur
la grossiere & indigne malice du Critique. Il déchire ces
deux Vers de la période dont ils ne sont qu’une partie, & il
fait un sens à part de ce qui ne fait que conduire <36> au sens véritable. Il est contenu dans ces quatre
Vers. Le fait est de la compétence de la
Marquise, par ce qu’il confirme une Maxime, dont la pratique lui
est familiaire. Rien de plus claire ; il ne laisse pas d’y avoir
des gens plus integres, à qui les deux premiers Vers déplaisent,
pour ainsi dire, par impatience, & qui sont choquez du
burlesque apparent qui s’y trouve ; Mais est-ce la faute de
l’Autheur qu’ils ayent si peu de flegme ? Ses Critiques lui
reprochent encore qu’il est souvent trop recherché dans ses
tours, & dans ses expressions. Mais tous les exemples qu’ils
en alleguent ne prouvent pas selon moi la justesse de leur
censure. Dans la Fable intitulée la Syrene, l’Autheur introduit
un homme qui ne voyant de cette Nymphe que les parties
supérieures en devient amoureux. Neptune l’accorde à ses desirs,
mais dès que cet Amant la possede il n’a plus d’yeux pour les
beautez de sa maitresse ; Il ne voit que ce qu’elle a de
difforme :
J’avouë que dans l’usage ordinaire on ne dit pas le
desirant & le jouissant. Mais si l’Autheur s’étoit prêté à
la disette de la langue, il auroit été obligé de se servir d’une
circonlocution qui eut noyé & affoibli son sens ; Et heureux
le Lecteur, s’il en avoit été quitte pour quatre Vers au lieu de
deux. Il me semble qu’on devroit savoir gré à un Autheur de ce
qu’il nous épargne des paroles vuides & que dans cette
occasion il y a de la partialité dans la déclatesse de ne
pouvoir pas soufrir qu’il sorte un peu des bornes étroites de
l’usage. Ces termes extraordinaires ne doivent être accusez
d’affectation, que lorsqu’ils contiennent un sens, que des
expressions simples & usitées auroient exposé avec la même
précision & avec la même force. Conséquemment à cette regle
j’ose censurer ici deux tours d’expression empruntez du barreau,
sans la moindre nécessité. Dans la Fable des deux songes l’un
blanc l’autre noir dont le premier divertissoit l’imagination
d’un esclave, tandis que l’autre répandoit l’amertume sur toutes
les nuits d’un grand Sultan. Monsieur De la Motte l’exprime
ainsi : Ne
valoit-il pas mieux dire naturellement que ce songe
s’étoit emparé pour toujours du sommeil du grand Seigneur. Bail
emphithéotique dit-il quelque chose de plus. Dans les facheux de
Moliere un maitre dit à son valet. Y
auroit-il beaucoup d’esprit à remplacer ces termes naturels par
ceux-ci. Je sens bien que
cette figure cherchée de loin ne s’accorderoit pas à
l’impatience du Maitre, en question ; mais outre que je croi
qu’elle seroit par tout mal placée, excepté dans la bouche d’un
practicien ; il est difficile qu’elle convienne plus mal à qui
que ce soit, qu’à un Autheur occupé à exposer le sujet d’une
Fable. Une affectation de la même nature faute aux yeux dans le
prologue d’une autre Fable destiné à exalter le merite de
l’invention : Il m’est
difficile de comprendre comment l’Autheur a pu
donner dans ces figures recherchées. Je ne saurois que le mettre
sur le compte d’un vif desir d’établir son habileté, en
cherchant les fleurs Poëtiques jusques dans le terroir éloigné
& ingrat du barreau ; Mais il n’a pas songé qu’en associant
ainsi Baldus à Apollon il jettoit une obscurité impénétrable
même à des gens fort éclairez, dans un stile, qui de son propre
aveu doit être familier & populaire ; Est il naturel de
s’imaginer que pour entendre des Fables il faille avoir étudié
le Practicien François. Monsieur De la Motte n’est pas plus
heureux à chercher ses manieres de parler dans la discipline
militaire, qu’à les emprunter du Palais. Témoin ce début d’un de
des Prologues. J’ai de la peine à croire que cette incartade Soldatesque
plaise d’avantage aux Partisans du beau, qu’à ceux qui en sont
envieux. Mais j’y trouve pourtant un Tableau vif du personage
que Monsieur De la Motte joue dans la plûpart de ces discours
Préliminaire ; Il y est toujours sur le qui vive. C’est un
Soldat en sentinelle ; Le poste qu’il garde c’est son livre,
avant que d’en permettre l’entrée, il demande le mot à tout le
monde. A qui se déclare Partisan du beau, il laisse le passage
libre, pour l’aller trouver dans les Fables
nouvelles, Mais <sic> il fait tous ses efforts, pour
repousser ceux qui ne sont pas pour le beau & pour son livre
dans de si favorables dispositions.
Citação/Lema
Le prudent fait tirer son bien Même de l’Ennemi
qui pense à le détruire. Autre Morale y viendroit aussi
bien. Tel nous sert, en voulant nous nuïre.
Citação/Lema
Faut il
donc s’étonner qu’un méchant pourpoint noir Que j’ai porté
trois ans soit percé par le coude.
Citação/Lema
Je laisseroie le Fable toute nue,
Qu’ici plus d’un Ciron se reconnoitroit bien. Tel qui se
grossit à sa vuë Se croit quelque chose & n’est rien ?
Citação/Lema
On arrive pourtant
jusqu’à la Capitale: Cadet Ciron sain & sauf arrivé
Demande excuse au bœuf, qu’il croit avoir crevé. Que me
parle la haut ? dit d’une voix brutale Messire Bœuf, C’est
moi. Qui ? Me voila. Eh l’ami qui te savoit là ?
Citação/Lema
Princes, à
vous le dé. . . Rois vous aimez la gloire, & c’est bien
fait à vous.
Citação/Lema
Rois,
vous aimez la gloire, & c’est avec raison.
Citação/Lema
Dom Jugement, Dame Mémoire Et
Demoiselle imagination,
Citação/Lema
Le fait est de ta compétence
J’y peins le disgrace d’un Chien.
Citação/Lema
Lis ma Fable ; le fait est
de ta compétence ; J’y peins la disgrace d’un Chien Qui fera
voir à tous ce que tu sais si bien, Qu’amitié veut de la
prudence.
Citação/Lema
Le désirant ne vit que
la tête & le corps Le jouissant ne vit que la queuë
& l écaille <sic>,
Citação/Lema
D’un Esclave le blanc
s’étoit fait domestique Et le noir avoir pris le grand
Seigneur à bail Même à bail emphithéotique.
Citação/Lema
T’es-tu de ce chapeau pour jamais emparé.
Citação/Lema
Le chapeau l’as-tu pris
à bail Même à bail emphithéotique.
Citação/Lema
Les Fictions
d’autrui n’excitent point ma veine Si le fond n’est à moi
j’y batis avec peine. Je craindrois toujours que le dol Ne
m’en dépossédât sous ombre de justice, Et qu’un jour le
maitre du Sol Ne revendiquât l’édifice.
Citação/Lema
Alte là, Lecteur,
& qui vive ; Es-tu le Partisan ou l’envieux du beau.
