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      <titleStmt>
        <title>No. 23</title>
        <author>Justus Van Effen</author>
      </titleStmt>
      <editionStmt>
        <edition>Moralische Wochenschriften</edition>
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          <name>Hannah Bakanitsch</name>
          <resp>Editor</resp>
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          <name> Michaela Fischer</name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name> Karin Heiling</name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
        <respStmt>
          <name> Sabine Sperr<hi rend="smallcaps"></hi>
          </name>
          <resp>Editor</resp>
        </respStmt>
      </editionStmt>
      <publicationStmt>
        <publisher>Institut für Romanistik, Universität Graz</publisher>
        <date when="2015-04-27">27.04.2015</date>
        <idno type="PID">info:fedora/o:mws.3362</idno>
      </publicationStmt>
      <sourceDesc>
        <bibl>Justus Van Effen: Le Nouveau Spectateur ou Discours dans lesquels on voit un
                    Portrait naïf des Mœurs de ce Siecle. Tome Second. Auquel on a joint les Veritez
                    Satyriques en Dialogues. La Haye: Jean Neaulme 1726, 31-43, </bibl>
        <bibl type="Einzelausgabe" xml:id="NS1">
          <title level="j">Le Nouveau Spectateur
                        français</title>
          <biblScope type="vol">2</biblScope>
          <biblScope type="issue">003</biblScope>
          <date>1725</date>
          <placeName key="#GID.1">Frankreich</placeName>
        </bibl>
      </sourceDesc>
    </fileDesc>
    <encodingDesc>
      <editorialDecl>
        <interpretation>
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            <interpGrp type="Narrative_Darstellungsebenen">
              <interp xml:id="E1">Ebene 1</interp>
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              <interp xml:id="AE">Allgemeine Erzählung</interp>
              <interp xml:id="SP">Selbstportrait</interp>
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              <interp xml:id="EX">Exemplarisches Erzählen</interp>
              <interp xml:id="UT">Utopische Erzählung</interp>
              <interp xml:id="MT">Metatextualität</interp>
              <interp xml:id="ZM">Zitat/Motto</interp>
              <interp xml:id="LB">Leserbrief</interp>
            </interpGrp>
          </ab>
        </interpretation>
      </editorialDecl>
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        <name type="place">Graz, Austria</name>
      </creation>
      <langUsage>
        <language ident="fr">French</language>
      </langUsage>
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        <keywords scheme="http://gams.uni-graz.at/mws">
          <term>
            <term xml:lang="de">Theater Literatur Kunst</term>
            <term xml:lang="it">Teatro Letteratura Arte</term>
            <term xml:lang="en">Theatre Literature
                            Arts</term>
            <term xml:lang="es">Teatro Literatura Arte</term>
            <term xml:lang="fr">Théâtre Littérature Art</term>
          </term>
        </keywords>
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        <keywords scheme="cirilo:normalizedPlaceNames">
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            <item>
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                <name ref="http://geonames.org/3017382" type="fcode:PCLI">France</name>
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          </list>
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  <text>
    <group>
      <text ana="layout">
        <body xml:space="preserve">
                    <p rend="SO"><milestone unit="E1" xml:id="FR.1"></milestone></p>
                    <div1>
                        <head>No. 23.</head>
                        <div2>
                            <head><milestone unit="MT" xml:id="FR.2"></milestone> Suite des Reflexions
                                Precedentes. <milestone rend="closer" unit="MT"></milestone></head>
                            <p><milestone unit="E2" xml:id="FR.3"></milestone> Voici encore une autre
                                imperfection, qui se decouvre dans les Fables de <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.1">Monsieur De la Motte</persName> ; Hé ! dans quelles
                                productions de l’esprit humain ne s’en rencontre-t’il pas ? Pour la
                                faire sentir. Je me sers de la même idée, <pb n="32"></pb> &lt;34&gt;
                                que je viens d’employer. L’Allégorie de la Fable est une Engime,
                                &amp; la Morale en est le mot ; ou bien c’est une suite d’expression
                                figurées qui enveloppent une maxime de devoir. Une Enigme seroit
                                bien imparfaite si tous les traits en étoient appliquables, avec la
                                même justesse, à differents sujets. Des expressions quelque figurées
                                qu’elles soient, seroient certainement defectueuses, si avec une
                                facilité égale on y pouvoit puiser deux idées differentes, quoique
                                voisines. Il en est de même de la Fable ; pour que le fond en soit
                                parfait il faut que toute l’enchainure d’images, qu’on met en œuvre,
                                ne developpe dans l’esprit qu’un même précepte, qu’une même maxime.
                                J’avouë, que sans rendre une Fable vitieuse, il se peut que ce tissu
                                d’images, outre une verité principale, qui s’offre à la justesse
                                d’esprit de la maniere la plus frappante, indique encore de veritez
                                subalternes, plus éloignées &amp; moins sensibles. Mais une Fable
                                est indubitablement imparfaite quand deux véritez sortent avec une
                                égale force de la même Allegorie, laissant le Lecteur incertain, sur
                                leur choix, &amp; qu’on a besoin de l’interprétation de l’Autheur
                                pour deviner la maxime, que, par le secours de son imagination, il a
                                voulu faire passer de sa raison dans la notre. <persName corresp="#NS1" key="de la Motte,Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.2">Monsieur De la Motte</persName> a encore senti cette
                                verité dans la Theorie sans avoir la force de la suivre toujours
                                dans l’exécution ; cet écart est encore rare chez <pb n="33"></pb> lui,
                                mais il est réel ; qu’on en juge par ces quatre Vers, qui font
                                l’application d’une de ces Fables. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.4"></milestone> Le prudent fait
                                    tirer son bien </l>
                                <l rend="GF">Même de l’Ennemi qui pense à le détruire. </l>     
                           <l rend="GF">Autre Morale y viendroit aussi bien. </l>
                                <l rend="GF">Tel nous sert, en voulant nous nuïre. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">L’Autheur se décele ici lui-même, mais il y a quelques
                                autres endroits de ses Fables où il fait la même faute sans la
                                déclarer, &amp; apparemment sans la sentir lui-même. </p>
                            <p>Je remarquerai encore que dans quelques-unes de ces piéces, la Morale
                                ne tient pas tout à-fait ce que l’Allégorie avoit promis. On
                                l’interesse à l’action, qui sert d’enveloppe ; les images sont
                                agréables, arrangées avec art, assaisonnées de pensées justes &amp;
                                fines ; tout ce riche appareil fait attendre des maximes qui lui
                                sont proportionnées, &amp; après avoir préparé &amp; ouvert son ame
                                à quelque précepte d’une utilité peu commune, on est surpris &amp;
                                choqué de ne rencontrer qu’une regle de conduite, qui n’a rien que
                                de trivial. Cette maniére de surprendre a quelque chose de
                                burlesque ; Elle produit à peu près le même effet que cette fin d’un
                                Sonnet de <persName corresp="#NS1" key="Scarron, Paul" subtype="H" xml:id="PN.3">Scarron</persName> : </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.5"></milestone> Faut il donc
                                    s’étonner qu’un méchant pourpoint noir</l>
                                <l rend="GF">Que j’ai porté trois ans soit percé par le coude.
                                        <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p><pb n="34"></pb> Je n’approuve pas non plus l’interpretation de certaines
                                Allegories, dont le sens faute aux yeux, &amp; qu’une seule
                                expression vive d’un des Interlocuteurs fait sentir de reste.
                                L’Autheur remarque lui même que le plus grand plaisir que font les
                                Fables c’est de procurer aux Lecteurs la satisfaction touchante de
                                se féliciter de leur pénétration, qui en devine le sens. Si ce sens
                                sort de la Fable même, avec assez de justesse &amp; de force, on ne
                                fait qu’en diminuer l’impression, en le développant d’avantage,
                                &amp; l’on chagrine le Lecteur, en se défiant de ses lumieres. Le
                                défaut n’est que trop rémarquable dans la Fable du <persName corresp="#NS1" key="Ciron" subtype="U" xml:id="PN.4">Ciron</persName>, qui voyage avec le bœuf, &amp; qui par bonté
                                d’ame craint de le faire succomber sous le poids de son petit
                                corps ; ce défaut dis-je est remarquable dans cette piéce. L’Autheur
                                le remarque lui-même, &amp; il ne s’en cache pas dans la courte
                                explication qu’il donne de son Allégorie. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.6"></milestone> Je laisseroie le
                                    Fable toute nue, </l>
                            </lg>
                            <p>Qu’ici plus d’un <persName corresp="#NS1" key="Ciron" subtype="U" xml:id="PN.5">Ciron</persName> se reconnoitroit bien. </p>
                            <lg>
                                <l rend="GF">Tel qui se grossit à sa vuë</l>
                                <l rend="GF">Se croit quelque chose &amp; n’est rien ? <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">N’auroit-il pas fini d’une maniere plus brillante, plus
                                vive, &amp; plus propre à remplir ses Lecteurs d’images &amp;
                                d’idées, en se contentant du discours dédaigneux du Bœuf.</p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><pb n="35"></pb>
                                    <milestone unit="ZM" xml:id="FR.7"></milestone> On arrive pourtant jusqu’à
                                    la Capitale: </l>
                            </lg>
                            <p><persName corresp="#NS1" key="Cadet Ciron" subtype="U" xml:id="PN.6">Cadet Ciron</persName> sain &amp; sauf arrivé</p>
                            <lg>
                                <l rend="GF">Demande excuse au bœuf, qu’il croit avoir crevé. </l>
                                <l rend="GF">Que me parle la haut ? dit d’une voix brutale Messire
                                    Bœuf, <hi rend="italic">C’est moi.</hi> Qui ? <hi rend="italic">Me voila.</hi>
                                </l>
                                <l rend="GF">Eh l’ami qui te savoit là ? <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">Rien ne fait plus languier un ouvrage qu’une abondance
                                inconsiderée ; &amp; l’art le plus grand en matiere d’écrire c’est
                                l’art de finir. C’est d’ordinaire l’amour propre qui le fait
                                négliger. On a fait quelques Vers, dont on est content ; ils sont
                                superflus, mais on ne veut pas les perdre, par la grande raison
                                qu’on les a faits. C’est une verité que je sai par expérience. </p>
                            <p>Ma derniére critique roulera sur le stile ; c’est le grand &amp;
                                souvent l’unique objèt de la censure Françoise, quoiqu’il trouve
                                beaucoup d’indulgence chez les Nations qui croient le bon sens le
                                caractere essentiel de l’Esprit humain. Décrediter un Ouvrage &amp;
                                l’accabler de railleries, c’est mépriser un batiment, parce qu’on y
                                decouvre quelques pierres inégales, ou parce que la peinture n’en
                                est pas en quelques endroits assez uniforme. </p>
                            <p>Je conviens que de s’attacher uniquement à cette censure vetilleuse,
                                est pardonnable à des personnes dont la vuë ne s’étend pas plus
                                loin ; que vouloit-on que critiquât <hi rend="italic">Momus
                                    fabliste ?</hi> l’essentiel même des Fables de son adversaire ?
                                Il n’y entendoit <pb n="36"></pb> rien. Les piéces qu’il a fait lui-même
                                dans ce genre le démontrent. Mais ses critiques sont-elles du moins
                                fondées ? pas toujours, selon moi ; mais trop souvent, je trouve
                                dans le stile des Fables nouvelles du bas, du pueril, &amp; du
                                recherché ; mais ces défauts n’y choquent que dans un très petit 
                               nombre d’endroits. Pour ce que regardent le bas. <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.7">Monsieur de la Motte</persName> impose en quelque
                                sorte silence là-dessus à ses Lecteurs ; <hi rend="italic">Les
                                    nuances, dit-il, qui par rapport à la Fable distinguent le
                                    familier du bas ne sont pas assez déterminées, &amp; il n’y a
                                    qu’une vuë délicate &amp; exercée qui puisse les appercevoir ;
                                    l’ignorance les confond aisément</hi> &amp;c. Je crains bien que             
                   semblable à la plûpart des Lecteurs, je n’aye pas cette <hi rend="italic">vuë délicate &amp; exercée</hi>. Mais il me semble
                                que l’Autheur auroit du épargner à notre ignorance l’occasion de se
                                méprendre, &amp; qu’il auroit agi quelquefois prudemment, en ne
                                saisissant pas la nuance du familier la plus voisine du bas. Du
                                moins étoit-il obligé de suivre cette regle en adressant ses leçons
                                aux Princes. Il auroit dû s’y porter, en vertu d’une de ses propres
                                maximes, qui permet aux fabulistes d’élever un peu leur stile, avec
                                le sujèt. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.8"></milestone> Princes, à vous le
                                    dé. . . </l>
                                <l rend="GF">Rois vous aimez la gloire, &amp; c’est bien fait à
                                    vous. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p>J’ai bien de la peine à ne pas trouver ces <pb n="37"></pb> expressions
                                basses, sur tout dans les endroits où elles sont placées. Rien
                                n’étoit plus aisé, sur tout à un Autheur qui versifie aussi
                                facilement que <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.8">Monsieur De la
                                    Motte</persName>, que de menager ici à la simplicité de son
                                stile un peu plus de Noblesse. S’il avoit dit </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><hi rend="italic"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.9"></milestone>
                                        Rois, vous aimez la gloire, &amp; c’est avec raison</hi>.
                                        <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">Je m’imagine que personne ne se seroit avisé de trouver du
                                bas dans cette Apostrophe, quoique familiaire. </p>
                            <p>L’Autheur donne encore qulequefois dans le pueril, &amp; même dans le
                                plat ; ce malheur lui arrive sur tout, quand il veut répandre <hi rend="italic">du riant</hi> dans le <hi rend="italic">familier</hi> ; c’est-à-dire quand il veut être plaisant ; Il
                                est aisé de le lui pardonner c’est un petit desastre assez commun.
                                De cette source vient son <name corresp="#NS1" key="Gressier solaire" type="work" xml:id="WT.1">Gressier solaire</name>,
                                qui affadit, au lieu de faire rire. </p>
                            <p>Peut être ne suis-je pas assez difficile ; mais j’avouë que je ne
                                trouve pas le même défaut dans ces Vers</p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.10"></milestone> Dom Jugement,
                                    Dame Mémoire</l>
                                <l rend="GF">Et Demoiselle imagination, <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">J’avouë ingenument que je n’ai pas le gout assez fin, pour
                                comprendre que dans ces titres de <hi rend="italic">Dom</hi> de <hi rend="italic">Dame</hi> &amp; de <hi rend="italic">Demoiselle</hi> appliquées aux facultez personalisée de l’ame,
                                il y ait quelque chose de plus fade, <pb n="38"></pb> que dans les
                                dénominations humaines données aux Animaux qui sont les acteurs des
                                Fables. Telles sont <hi rend="italic">Maitre Corbeau, Jean Lapin,
                                    Compere Renard</hi>. Je remarquerai encore, que ces derniers
                                noms n’enrichissent pas de la moindre idée accessoire les Fables où
                                ils se trouvent ; Au lieu que les dénominations appliquées ici au
                                jugement, à la Mémoire &amp; l’imagination ont avec les sujets une
                                assez fine convenance, qui les caracterise. </p>
                            <p>On s’est moqué de notre Autheur sur ce compliment ; qu’il addresse à
                                    <persName corresp="#NS1" key="de Lambert, Anne-Thérèse" subtype="H" xml:id="PN.9">Madame la Marquise de
                                    Lambert</persName>. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.11"></milestone> Le fait est de ta
                                    compétence</l>
                                <l rend="GF">J’y peins le disgrace d’un Chien. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p>S’il y avoit là de la faute, elle viendroit ou d’un grossier manque
                                de jugement, ou d’une ridicule envie de plaisanter ; certainement il
                                n’y a rien de si bouffon, que de faire de <hi rend="italic">la
                                    disgrace d’un Chien</hi>, <hi rend="italic">un fait de la
                                    competence d’une Dame</hi>, à qui on donne un merite
                                extraordinaire. Heureusement pour <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.10">Monsieur De la Motte</persName>, cette censure est de mauvaise
                                soi, s’il y en eut jamais, &amp; le ridicule apparent qu’on trouve
                                dans ces Vers doit retomber sur la grossiere &amp; indigne malice du
                                Critique. </p>
                            <p>Il déchire ces deux Vers de la période dont ils ne sont qu’une
                                partie, &amp; il fait un sens à part de ce qui ne fait que conduire
                                    <pb n="39"></pb> &lt;36&gt; au sens véritable. Il est contenu dans
                                ces quatre Vers. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.12"></milestone> Lis ma Fable ; le
                                    fait est de ta compétence ; </l>
                                <l rend="GF">J’y peins la disgrace d’un Chien </l>
                                <l rend="GF">Qui fera voir à tous ce que tu sais si bien, </l>
                                <l rend="GF">Qu’amitié veut de la prudence. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">Le fait est de la compétence de la Marquise, par ce qu’il
                                confirme une Maxime, dont la pratique lui est familiaire. Rien de
                                plus claire ; il ne laisse pas d’y avoir des gens plus integres, à
                                qui les deux premiers Vers déplaisent, pour ainsi dire, par
                                impatience, &amp; qui sont choquez du burlesque apparent qui s’y
                                trouve ; Mais est-ce la faute de l’Autheur qu’ils ayent si peu de
                                flegme ? </p>
                            <p>Ses Critiques lui reprochent encore qu’il est souvent trop recherché
                                dans ses tours, &amp; dans ses expressions. Mais tous les exemples
                                qu’ils en alleguent ne prouvent pas selon moi la justesse de leur
                                censure. </p>
                            <p>Dans la Fable intitulée la <name corresp="#NS1" key="Syrene" type="work" xml:id="WT.2">Syrene</name>, l’Autheur introduit
                                un homme qui ne voyant de cette Nymphe que les parties supérieures
                                en devient amoureux. Neptune l’accorde à ses desirs, mais dès que
                                cet Amant la possede il n’a plus d’yeux pour les beautez de sa
                                maitresse ; Il ne voit que ce qu’elle a de difforme : </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.13"></milestone> Le <hi rend="italic">désirant</hi> ne vit que la tête &amp; le
                                    corps</l>
                                <l rend="GF">Le <hi rend="italic">jouissan</hi>t ne vit que la queuë
                                    &amp; l écaille &lt;sic&gt;, <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO"><pb n="40"></pb> J’avouë que dans l’usage ordinaire on ne dit
                                pas le <hi rend="italic">desirant</hi> &amp; le <hi rend="italic">jouissan</hi>t. Mais si l’Autheur s’étoit prêté à la disette de
                                la langue, il auroit été obligé de se servir d’une circonlocution
                                qui eut noyé &amp; affoibli son sens ; Et heureux le Lecteur, s’il
                                en avoit été quitte pour quatre Vers au lieu de deux. Il me semble
                                qu’on devroit savoir gré à un Autheur de ce qu’il nous épargne des
                                paroles vuides &amp; que dans cette occasion il y a de la partialité
                                dans la déclatesse de ne pouvoir pas soufrir qu’il sorte un peu des
                                bornes étroites de l’usage. </p>
                            <p>Ces termes extraordinaires ne doivent être accusez d’affectation, que
                                lorsqu’ils contiennent un sens, que des expressions simples &amp;
                                usitées auroient exposé avec la même précision &amp; avec la même
                                force. Conséquemment à cette regle j’ose censurer ici deux tours
                                d’expression empruntez du barreau, sans la moindre nécessité. Dans
                                la Fable des deux songes l’un blanc l’autre noir dont le premier
                                divertissoit l’imagination d’un esclave, tandis que l’autre
                                répandoit l’amertume sur toutes les nuits d’un grand Sultan.
                                    <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.11">Monsieur De la
                                    Motte</persName> l’exprime ainsi : </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.14"></milestone> D’un Esclave le
                                    blanc s’étoit fait domestique </l>
                                <l rend="GF">Et le noir avoir pris le grand Seigneur à bail </l>
                                <l rend="GF">Même à bail emphithéotique. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p>Ne valoit-il pas mieux dire naturellement <pb n="41"></pb> que ce songe
                                s’étoit emparé pour toujours du sommeil du grand Seigneur. <hi rend="italic">Bail emphithéotique</hi> dit-il quelque chose de
                                plus. Dans <name corresp="#NS1" key="Les Facheux" type="work" xml:id="WT.3">les facheux</name> de <persName corresp="#NS1" key="Molière, Jean Baptiste Poquelin" subtype="H" xml:id="PN.12">Moliere</persName> un maitre dit à son valet. </p>
                            <p rend="CI"><hi rend="italic"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.15"></milestone>
                                    T’es-tu de ce chapeau pour jamais emparé. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></hi></p>             
               <p rend="SO">Y auroit-il beaucoup d’esprit à remplacer ces termes
                                naturels par ceux-ci. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.16"></milestone> Le chapeau
                                    l’as-tu pris à bail </l>
                                <l rend="GF">Même à bail emphithéotique. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p rend="SO">Je sens bien que cette figure cherchée de loin ne
                                s’accorderoit pas à l’impatience du Maitre, en question ; mais outre
                                que je croi qu’elle seroit par tout mal placée, excepté dans la
                                bouche d’un practicien ; il est difficile qu’elle convienne plus mal
                                à qui que ce soit, qu’à un Autheur occupé à exposer le sujet d’une
                                Fable.</p>
                            <p>Une affectation de la même nature faute aux yeux dans le prologue
                                d’une autre Fable destiné à exalter le merite de l’invention : </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.17"></milestone> Les Fictions
                                    d’autrui n’excitent point ma veine </l>
                                <l rend="GF">Si le fond n’est à moi j’y batis avec peine. </l>
                                <l rend="GF">Je craindrois toujours que le dol</l>
                                <l rend="GF">Ne m’en dépossédât sous ombre de justice, </l>
                                <l rend="GF">Et qu’un jour le maitre du Sol</l>
                                <l rend="GF">Ne revendiquât l’édifice. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p>Il m’est difficile de comprendre comment <pb n="42"></pb> l’Autheur a pu
                                donner dans ces figures recherchées. Je ne saurois que le mettre sur
                                le compte d’un vif desir d’établir son habileté, en cherchant les
                                fleurs Poëtiques jusques dans le terroir éloigné &amp; ingrat du
                                barreau ; Mais il n’a pas songé qu’en associant ainsi Baldus à
                                    <persName corresp="#NS1" key="Apoll" subtype="F" xml:id="PN.13">Apollon</persName> il jettoit une obscurité impénétrable même à
                                des gens fort éclairez, dans un stile, qui de son propre aveu doit
                                être familier &amp; populaire ; Est il naturel de s’imaginer que
                                pour entendre des Fables il faille avoir étudié le Practicien
                                François. <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.14">Monsieur De la
                                    Motte</persName> n’est pas plus heureux à chercher ses manieres
                                de parler dans la discipline militaire, qu’à les emprunter du
                                Palais. Témoin ce début d’un de des Prologues. </p>
                            <lg>
                                <l rend="G1"><milestone unit="ZM" xml:id="FR.18"></milestone> Alte là, Lecteur,
                                    &amp; qui vive ;</l>
                                <l rend="GF">Es-tu le Partisan ou l’envieux du beau. <milestone rend="closer" unit="ZM"></milestone></l>
                            </lg>
                            <p>J’ai de la peine à croire que cette incartade Soldatesque plaise
                                d’avantage aux <hi rend="italic">Partisans du beau</hi>, qu’à ceux
                                qui en sont <hi rend="italic">envieux</hi>. Mais j’y trouve pourtant
                                un Tableau vif du personage que <persName corresp="#NS1" key="de la Motte, Antoine Houdar" subtype="H" xml:id="PN.15">Monsieur De la Motte</persName> joue dans la plûpart de ces
                                discours Préliminaire ; Il y est toujours sur le qui vive. C’est un
                                Soldat en sentinelle ; Le poste qu’il garde c’est son livre, avant
                                que d’en permettre l’entrée, il demande le<hi rend="italic">
                                    mot</hi> à tout le monde. A qui se déclare <hi rend="italic">Partisan du beau</hi>, il laisse le passage libre, pour l’aller
                                    <pb n="43"></pb> trouver dans les <hi rend="italic">Fables
                                    nouvelles</hi>, Mais &lt;sic&gt; il fait tous ses efforts, pour
                                repousser ceux qui ne sont pas pour le <hi rend="italic">beau</hi>
                                &amp; pour <hi rend="italic">son livre</hi> dans de si favorables
                                dispositions. <milestone rend="closer" unit="E2"></milestone>
                                <milestone rend="closer" unit="E1"></milestone></p>
                            <p></p>
                        </div2>
                    </div1>
                </body>
      </text>
      <text ana="framings">
        <body xml:space="preserve">
                    <div>
                        <ab> No. 23 1725 <seg synch="#FR.1" type="E1">
                                <seg type="U1">No. 23.</seg>
                                <seg type="U2"><seg synch="#FR.2" type="MT"> Suite des Reflexions
                                        Precedentes. </seg></seg> 
                               <seg synch="#FR.3" type="E2"> Voici encore une autre imperfection,
                                    qui se decouvre dans les Fables de Monsieur De la Motte ; Hé !
                                    dans quelles productions de l’esprit humain ne s’en
                                    rencontre-t’il pas ? Pour la faire sentir. Je me sers de la même
                                    idée, <pb n="32"></pb>&lt;34&gt; que je viens d’employer.
                                    L’Allégorie de la Fable est une Engime, &amp; la Morale en est
                                    le mot ; ou bien c’est une suite d’expression figurées qui
                                    enveloppent une maxime de devoir. Une Enigme seroit bien
                                    imparfaite si tous les traits en étoient appliquables, avec la
                                    même justesse, à differents sujets. Des expressions quelque
                                    figurées qu’elles soient, seroient certainement defectueuses, si
                                    avec une facilité égale on y pouvoit puiser deux idées
                                    differentes, quoique voisines. Il en est de même de la Fable ;
                                    pour que le fond en soit parfait il faut que toute l’enchainure
                                    d’images, qu’on met en œuvre, ne developpe dans l’esprit qu’un
                                    même précepte, qu’une même maxime. J’avouë, que sans rendre une
                                    Fable vitieuse, il se peut que ce tissu d’images, outre une
                                    verité principale, qui s’offre à la justesse d’esprit de la
                                    maniere la plus frappante, indique encore de veritez
                                    subalternes, plus éloignées &amp; moins sensibles. Mais une
                                    Fable est indubitablement imparfaite quand deux véritez sortent
                                    avec une égale force de la même Allegorie, laissant le Lecteur
                                    incertain, sur leur choix, &amp; qu’on a besoin de
                                    l’interprétation de l’Autheur pour deviner la maxime, que, par
                                    le secours de son imagination, il a voulu faire passer de sa                                  
  raison dans la notre. Monsieur De la Motte a encore senti cette
                                    verité dans la Theorie sans avoir la force de la suivre toujours
                                    dans l’exécution ; cet écart est encore rare chez <pb n="33"></pb>lui, mais il est réel ; qu’on en juge par ces quatre Vers, qui
                                    font l’application d’une de ces Fables. <seg synch="#FR.4" type="ZM"> Le prudent fait tirer son bien Même de l’Ennemi
                                        qui pense à le détruire. Autre Morale y viendroit aussi
                                        bien. Tel nous sert, en voulant nous nuïre. </seg> L’Autheur
                                    se décele ici lui-même, mais il y a quelques autres endroits de
                                    ses Fables où il fait la même faute sans la déclarer, &amp;
                                    apparemment sans la sentir lui-même. Je remarquerai encore que
                                    dans quelques-unes de ces piéces, la Morale ne tient pas tout
                                    à-fait ce que l’Allégorie avoit promis. On l’interesse à
                                    l’action, qui sert d’enveloppe ; les images sont agréables,
                                    arrangées avec art, assaisonnées de pensées justes &amp; fines ;
                                    tout ce riche appareil fait attendre des maximes qui lui sont
                                    proportionnées, &amp; après avoir préparé &amp; ouvert son ame à  
                                  quelque précepte d’une utilité peu commune, on est surpris &amp;
                                    choqué de ne rencontrer qu’une regle de conduite, qui n’a rien
                                    que de trivial. Cette maniére de surprendre a quelque chose de
                                    burlesque ; Elle produit à peu près le même effet que cette fin
                                    d’un Sonnet de Scarron : <seg synch="#FR.5" type="ZM"> Faut il
                                        donc s’étonner qu’un méchant pourpoint noir Que j’ai porté
                                        trois ans soit percé par le coude. </seg>
                                    <pb n="34"></pb>Je n’approuve pas non plus l’interpretation de
                                    certaines Allegories, dont le sens faute aux yeux, &amp; qu’une
                                    seule expression vive d’un des Interlocuteurs fait sentir de
                                    reste. L’Autheur remarque lui même que le plus grand plaisir que
                                    font les Fables c’est de procurer aux Lecteurs la satisfaction
                                    touchante de se féliciter de leur pénétration, qui en devine le
                                    sens. Si ce sens sort de la Fable même, avec assez de justesse
                                    &amp; de force, on ne fait qu’en diminuer l’impression, en le
                                    développant d’avantage, &amp; l’on chagrine le Lecteur, en se
                                    défiant de ses lumieres. Le défaut n’est que trop rémarquable
                                    dans la Fable du Ciron, qui voyage avec le bœuf, &amp; qui par
                                    bonté d’ame craint de le faire succomber sous le poids de son
                                    petit corps ; ce défaut dis-je est remarquable dans cette piéce.
                                    L’Autheur le remarque lui-même, &amp; il ne s’en cache pas dans
                                    la courte explication qu’il donne de son Allégorie. <seg synch="#FR.6" type="ZM"> Je laisseroie le Fable toute nue,
                                        Qu’ici plus d’un Ciron se reconnoitroit bien. Tel qui se
                                        grossit à sa vuë Se croit quelque chose &amp; n’est rien ?
                                    </seg> N’auroit-il pas fini d’une maniere plus brillante, plus             
                       vive, &amp; plus propre à remplir ses Lecteurs d’images &amp;
                                    d’idées, en se contentant du discours dédaigneux du Bœuf. <pb n="35"></pb><seg synch="#FR.7" type="ZM"> On arrive pourtant
                                        jusqu’à la Capitale: Cadet Ciron sain &amp; sauf arrivé
                                        Demande excuse au bœuf, qu’il croit avoir crevé. Que me
                                        parle la haut ? dit d’une voix brutale Messire Bœuf, C’est
                                        moi. Qui ? Me voila. Eh l’ami qui te savoit là ? </seg> Rien
                                    ne fait plus languier un ouvrage qu’une abondance inconsiderée ;
                                    &amp; l’art le plus grand en matiere d’écrire c’est l’art de
                                    finir. C’est d’ordinaire l’amour propre qui le fait négliger. On
                                    a fait quelques Vers, dont on est content ; ils sont superflus,
                                    mais on ne veut pas les perdre, par la grande raison qu’on les a
                                    faits. C’est une verité que je sai par expérience. Ma derniére
                                    critique roulera sur le stile ; c’est le grand &amp; souvent
                                    l’unique objèt de la censure Françoise, quoiqu’il trouve             
                       beaucoup d’indulgence chez les Nations qui croient le bon sens
                                    le caractere essentiel de l’Esprit humain. Décrediter un Ouvrage
                                    &amp; l’accabler de railleries, c’est mépriser un batiment,
                                    parce qu’on y decouvre quelques pierres inégales, ou parce que
                                    la peinture n’en est pas en quelques endroits assez uniforme. Je
                                    conviens que de s’attacher uniquement à cette censure
                                    vetilleuse, est pardonnable à des personnes dont la vuë ne
                                    s’étend pas plus loin ; que vouloit-on que critiquât Momus
                                    fabliste ? l’essentiel même des Fables de son adversaire ? Il
                                    n’y entendoit <pb n="36"></pb>rien. Les piéces qu’il a fait lui-même
                                    dans ce genre le démontrent. Mais ses critiques sont-elles du
                                    moins fondées ? pas toujours, selon moi ; mais trop souvent, je
                                    trouve dans le stile des Fables nouvelles du bas, du pueril,
                                    &amp; du recherché ; mais ces défauts n’y choquent que dans un
                                    très petit nombre d’endroits. Pour ce que regardent le bas.
                                    Monsieur de la Motte impose en quelque sorte silence là-dessus à
                                    ses Lecteurs ; Les nuances, dit-il, qui par rapport à la Fable
                                    distinguent le familier du bas ne sont pas assez déterminées,
                                    &amp; il n’y a qu’une vuë délicate &amp; exercée qui puisse les
                                    appercevoir ; l’ignorance les confond aisément &amp;c. Je crains
                                    bien que semblable à la plûpart des Lecteurs, je n’aye pas cette
                                    vuë délicate &amp; exercée. Mais il me semble que l’Autheur
                                    auroit du épargner à notre ignorance l’occasion de se méprendre,
                                    &amp; qu’il auroit agi quelquefois prudemment, en ne saisissant
                                    pas la nuance du familier la plus voisine du bas. Du moins
                                    étoit-il obligé de suivre cette regle en adressant ses leçons
                                    aux Princes. Il auroit dû s’y porter, en vertu d’une de ses             
                       propres maximes, qui permet aux fabulistes d’élever un peu leur
                                    stile, avec le sujèt. <seg synch="#FR.8" type="ZM"> Princes, à
                                        vous le dé. . . Rois vous aimez la gloire, &amp; c’est bien
                                        fait à vous. </seg> J’ai bien de la peine à ne pas trouver
                                    ces <pb n="37"></pb>expressions basses, sur tout dans les endroits
                                    où elles sont placées. Rien n’étoit plus aisé, sur tout à un
                                    Autheur qui versifie aussi facilement que Monsieur De la Motte,
                                    que de menager ici à la simplicité de son stile un peu plus de
                                    Noblesse. S’il avoit dit <seg synch="#FR.9" type="ZM"> Rois,
                                        vous aimez la gloire, &amp; c’est avec raison. </seg> Je
                                    m’imagine que personne ne se seroit avisé de trouver du bas dans
                                    cette Apostrophe, quoique familiaire. L’Autheur donne encore
                                    qulequefois dans le pueril, &amp; même dans le plat ; ce malheur
                                    lui arrive sur tout, quand il veut répandre du riant dans le
                                    familier ; c’est-à-dire quand il veut être plaisant ; Il est
                                    aisé de le lui pardonner c’est un petit desastre assez commun.
                                    De cette source vient son Gressier solaire, qui affadit, au lieu
                                    de faire rire. Peut être ne suis-je pas assez difficile ; mais
                                    j’avouë que je ne trouve pas le même défaut dans ces Vers <seg synch="#FR.10" type="ZM"> Dom Jugement, Dame Mémoire Et
                                        Demoiselle imagination, </seg> J’avouë ingenument que je
                                    n’ai pas le gout assez fin, pour comprendre que dans ces titres
                                    de Dom de Dame &amp; de Demoiselle appliquées aux facultez
                                    personalisée de l’ame, il y ait quelque chose de plus fade, <pb n="38"></pb>que dans les dénominations humaines données aux
                                    Animaux qui sont les acteurs des Fables. Telles sont Maitre
                                    Corbeau, Jean Lapin, Compere Renard. Je remarquerai encore, que
                                    ces derniers noms n’enrichissent pas de la moindre idée
                                    accessoire les Fables où ils se trouvent ; Au lieu que les
                                    dénominations appliquées ici au jugement, à la Mémoire &amp;
                                    l’imagination ont avec les sujets une assez fine convenance, qui
                                    les caracterise. On s’est moqué de notre Autheur sur ce
                                    compliment ; qu’il addresse à Madame la Marquise de Lambert.
                                        <seg synch="#FR.11" type="ZM"> Le fait est de ta compétence
                                        J’y peins le disgrace d’un Chien. </seg> S’il y avoit là de
                                    la faute, elle viendroit ou d’un grossier manque de jugement, ou
                                    d’une ridicule envie de plaisanter ; certainement il n’y a rien
                                    de si bouffon, que de faire de la disgrace d’un Chien, un fait
                                    de la competence d’une Dame, à qui on donne un merite
                                    extraordinaire. Heureusement pour Monsieur De la Motte, cette
                                    censure est de mauvaise soi, s’il y en eut jamais, &amp; le
                                    ridicule apparent qu’on trouve dans ces Vers doit retomber sur
                                    la grossiere &amp; indigne malice du Critique. Il déchire ces
                                    deux Vers de la période dont ils ne sont qu’une partie, &amp; il
                                    fait un sens à part de ce qui ne fait que conduire <pb n="39"></pb>&lt;36&gt; au sens véritable. Il est contenu dans ces quatre
                                    Vers. <seg synch="#FR.12" type="ZM"> Lis ma Fable ; le fait est
                                        de ta compétence ; J’y peins la disgrace d’un Chien Qui fera
                                        voir à tous ce que tu sais si bien, Qu’amitié veut de la
                                        prudence. </seg> Le fait est de la compétence de la
                                    Marquise, par ce qu’il confirme une Maxime, dont la pratique lui
                                    est familiaire. Rien de plus claire ; il ne laisse pas d’y avoir
                                    des gens plus integres, à qui les deux premiers Vers déplaisent,
                                    pour ainsi dire, par impatience, &amp; qui sont choquez du
                                    burlesque apparent qui s’y trouve ; Mais est-ce la faute de
                                    l’Autheur qu’ils ayent si peu de flegme ? Ses Critiques lui
                                    reprochent encore qu’il est souvent trop recherché dans ses
                                    tours, &amp; dans ses expressions. Mais tous les exemples qu’ils
                                    en alleguent ne prouvent pas selon moi la justesse de leur
                                    censure. Dans la Fable intitulée la Syrene, l’Autheur introduit
                                    un homme qui ne voyant de cette Nymphe que les parties
                                    supérieures en devient amoureux. Neptune l’accorde à ses desirs,
                                    mais dès que cet Amant la possede il n’a plus d’yeux pour les
                                    beautez de sa maitresse ; Il ne voit que ce qu’elle a de
                                    difforme : <seg synch="#FR.13" type="ZM"> Le désirant ne vit que
                                        la tête &amp; le corps Le jouissant ne vit que la queuë
                                        &amp; l écaille &lt;sic&gt;, </seg>
                                    <pb n="40"></pb>J’avouë que dans l’usage ordinaire on ne dit pas le
                                    desirant &amp; le jouissant. Mais si l’Autheur s’étoit prêté à
                                    la disette de la langue, il auroit été obligé de se servir d’une
                                    circonlocution qui eut noyé &amp; affoibli son sens ; Et heureux
                                    le Lecteur, s’il en avoit été quitte pour quatre Vers au lieu de
                                    deux. Il me semble qu’on devroit savoir gré à un Autheur de ce
                                    qu’il nous épargne des paroles vuides &amp; que dans cette
                                    occasion il y a de la partialité dans la déclatesse de ne
                                    pouvoir pas soufrir qu’il sorte un peu des bornes étroites de
                                    l’usage. Ces termes extraordinaires ne doivent être accusez
                                    d’affectation, que lorsqu’ils contiennent un sens, que des
                                    expressions simples &amp; usitées auroient exposé avec la même
                                    précision &amp; avec la même force. Conséquemment à cette regle
                                    j’ose censurer ici deux tours d’expression empruntez du barreau,
                                    sans la moindre nécessité. Dans la Fable des deux songes l’un
                                    blanc l’autre noir dont le premier divertissoit l’imagination
                                    d’un esclave, tandis que l’autre répandoit l’amertume sur toutes
                                    les nuits d’un grand Sultan. Monsieur De la Motte l’exprime             
                       ainsi : <seg synch="#FR.14" type="ZM"> D’un Esclave le blanc
                                        s’étoit fait domestique Et le noir avoir pris le grand
                                        Seigneur à bail Même à bail emphithéotique. </seg> Ne
                                    valoit-il pas mieux dire naturellement <pb n="41"></pb>que ce songe
                                    s’étoit emparé pour toujours du sommeil du grand Seigneur. Bail
                                    emphithéotique dit-il quelque chose de plus. Dans les facheux de
                                    Moliere un maitre dit à son valet. <seg synch="#FR.15" type="ZM"> T’es-tu de ce chapeau pour jamais emparé. </seg> Y
                                    auroit-il beaucoup d’esprit à remplacer ces termes naturels par
                                    ceux-ci. <seg synch="#FR.16" type="ZM"> Le chapeau l’as-tu pris            
                            à bail Même à bail emphithéotique. </seg> Je sens bien que
                                    cette figure cherchée de loin ne s’accorderoit pas à
                                    l’impatience du Maitre, en question ; mais outre que je croi
                                    qu’elle seroit par tout mal placée, excepté dans la bouche d’un
                                    practicien ; il est difficile qu’elle convienne plus mal à qui
                                    que ce soit, qu’à un Autheur occupé à exposer le sujet d’une
                                    Fable. Une affectation de la même nature faute aux yeux dans le
                                    prologue d’une autre Fable destiné à exalter le merite de
                                    l’invention : <seg synch="#FR.17" type="ZM"> Les Fictions
                                        d’autrui n’excitent point ma veine Si le fond n’est à moi
                                        j’y batis avec peine. Je craindrois toujours que le dol Ne
                                        m’en dépossédât sous ombre de justice, Et qu’un jour le
                                        maitre du Sol Ne revendiquât l’édifice. </seg> Il m’est
                                    difficile de comprendre comment <pb n="42"></pb>l’Autheur a pu
                                    donner dans ces figures recherchées. Je ne saurois que le mettre
                                    sur le compte d’un vif desir d’établir son habileté, en
                                    cherchant les fleurs Poëtiques jusques dans le terroir éloigné
                                    &amp; ingrat du barreau ; Mais il n’a pas songé qu’en associant
                                    ainsi Baldus à Apollon il jettoit une obscurité impénétrable
                                    même à des gens fort éclairez, dans un stile, qui de son propre
                                    aveu doit être familier &amp; populaire ; Est il naturel de
                                    s’imaginer que pour entendre des Fables il faille avoir étudié
                                    le Practicien François. Monsieur De la Motte n’est pas plus
                                    heureux à chercher ses manieres de parler dans la discipline
                                    militaire, qu’à les emprunter du Palais. Témoin ce début d’un de
                                    des Prologues. <seg synch="#FR.18" type="ZM"> Alte là, Lecteur,
                                        &amp; qui vive ; Es-tu le Partisan ou l’envieux du beau.
                                    </seg> J’ai de la peine à croire que cette incartade Soldatesque
                                    plaise d’avantage aux Partisans du beau, qu’à ceux qui en sont
                                    envieux. Mais j’y trouve pourtant un Tableau vif du personage
                                    que Monsieur De la Motte joue dans la plûpart de ces discours
                                    Préliminaire ; Il y est toujours sur le qui vive. C’est un                                
    Soldat en sentinelle ; Le poste qu’il garde c’est son livre,
                                    avant que d’en permettre l’entrée, il demande le mot à tout le
                                    monde. A qui se déclare Partisan du beau, il laisse le passage
                                    libre, pour l’aller <pb n="43"></pb>trouver dans les Fables
                                    nouvelles, Mais &lt;sic&gt; il fait tous ses efforts, pour
                                    repousser ceux qui ne sont pas pour le beau &amp; pour son livre
                                    dans de si favorables dispositions. </seg>
                            </seg>
                        </ab>
                    </div>
                </body>
      </text>
    </group>
  </text>
</TEI>
