Le Nouveau Spectateur français: No. 20
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No. 20
Zitat/Motto
Dulce est desipere in
loco. Hor. Il est agréable de renoncer à la sagesse en
tems & lieux.
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Brief/Leserbrief
Lettre à Monsieur le
Nouveau Spectateur François. Monsieur, « Vous
permettés à votre Sage de badiner ; mais vous ne voulés
pas, à ce qui me paroit, qu’il aille jamais jusqu’à la
bouffonerie. Il me semble pourtant qu’un peu de bouffonerie de tems en tems a bien son
mérite. J’ai lû quelque part que dans tout homme il y a
deux personnages ; il y a un sage & un fou, & le
menagement le plus delicat de la raison consiste à faire
vivre ces deux Messieurs-là en bonne intelligence. Quand
le sage tient toûjours la ferule haute, quand il est
toûjours à tarabuster son Compagnon, à le chicaner sur
ses moindres faillies, & à le moriginer sur ses
moindres escapades, le fou se mutine, il fait enrager le
sage á son tour, & il est assés fin pour prendre son
tems justement, quand son concitoyen s’éforce à
s’occuper aux affaires les plus importantes. Pour faire
ensorte qu’il soit joli ; il faut le traiter en enfant,
& l’amuser innocemment à quelque jouet ; il s’y
attache, il s’y fatigue, il s’endort, & le sage se
sert de ce tems, pour s’acquiter tranquillement de ses
devoirs. Il est bon pourtant que le sage ne l’abandonne
pas entièrement à lui-même ; Il fait bien de venir voir
un peu de tems en tems ce que son camarade fait, quand
il s’emancipe trop, de le redresser doucement, & de
le remettre, sans qu’il s’en apperçoive lui-même sur les
voyes de l’Innocence. Le sage doit se cacher, mais non
pas s’absenter tout-à-fait ; il doit être toûjours prêt
à accourir au moindre desordre ; quand il s’écarte trop,
mon fou se jette quelque fois etourdiment dans le
quartier des passions ; il y cause un
remu-menage terrible, & fécondé par cette bande
seditieuse, il se rend souvent maitre du logis, &
jette le sage par la fenêtre. Le plan de prudence que je
viens de tracer, est suivi avec exactitude par une
societé de joueurs de boule, de laquelle je me trouve
depuis quelque tems membre indigne. Nous sommes tous
gens grave, ou par notre âge ou par notre profession,
honnêtes gens, gens de bien, & je ne croi pas même
être trop vain, en vous assurant que nous avons quelques
lumières. Deux ou trois fois par semaine, nous nous
donnons rendés-vous dans quelque joli Jardin, dans
l’intention de renoncer au bon sens par un principe de
sagesse. C’est là que nous mettons chacun à notre fou
une boule à la main, & que nous lui permettons de
crier à tue-tête, de faire des grimaces, des
contorsions, des fanfaronades, des doléances & des
chicanes. Vous ne sauriés vous imaginer l’épouvantable
tapage que font tous ces fous ensemble, tandis que nos
sages qui ne les perdent pas de vuë, rient sous cape de
les voir tirer leur poudre aux moineaux, & jetter
tout leur feu, sans causer le moindre dommage à ame qui
vive. Il ne vous sera pas difficile de concevoir le
profit considérable qui nous revient de cette folie
sensée. Chaque accès débarrasse nos ames, du moins pour
deux ou trois jours de toutes leurs
petitesses, de toutes leurs puerilités ; elle en vuide
tout le fond, & au sortir de notre amusement, nous
rentrons dans la societé des gens sages, plus doux, plus
fermes, plus faciles, moins glorieux, moins chicaneurs,
moins entêtés. C’est une espèce de medecine que nous
donnons à notre bon sens ; en y causant un léger
désordre, elle le défait de toutes ses mauvaises
humeurs. La force de la vérité m’oblige à avouer
ingenuement, que mon fou n’est pas si habile-homme, que
ceux de mes compagnons ; c’est le moindre des frères,
c’est la mazette de la troupe ; aussi faut il voir comme
il est étrillé par ses camarades, & comme on
l’accable de censures & de railleries. Mais il ne
s’en met guère en peine, & il se dédommage de tout
cela, en se donnant de plus grands airs que tous les
autres, en suivant sa boule avec plus d’ardeur, en
faisant un plus grand nombre de gambades & de
postures grotesques, & en attribuant plus
effrontément ses fautes au hazard, & ses coups
heureux à son adresse. Comme mon bon sens a besoin d’une
medecine plus forte que celui de mes illustres
confrères, j’ai soin , comme vous voyez, Monsieur, de
lui en donner de bonnes dozes. Je fais plus, quand au
sortir du jardin je ne trouve pas ma raison suffisamment
nettoyée, je prens encore quelque chose chés moi pour
précipiter le remède, & pour en animer
l’operation. J’ai poussé même la cure jusqu’à tracer
dans mon cabinet, un tableau en Vers, d’une partie
merveilleuse, que j’avois eu la gloire de finir par un
coup des plus surprenants. Avant que de vous communiquer
ce badinage, il est néceffaire de vous donner une idée
du jeu en question. Imaginés-vous, Monsieur, une allée
d’une vingtaine de toises, le terrein en est ferme,
& elle est bordée de deux rangées de buis de la
hauteur de quatre ou cinq pouces. C’est là le champ de
bataille, où la fortune, qui dispose au gré de ses
caprices des affaires humaines, nous procure tour à
tour, ou les palmes les plus glorieuses, ou les plus
mortifiantes défaites. Les armes dont nous nous servons
sont des boules en forme de fromage, elles ont du plomb
d’un coté, & ce coté s’apelle le fort de la boule ;
on les nomme boules Normandes, soit à cause qu’elles
sont originaires du paës de sapience, soit parce
qu’elles vont au but en faisant semblant de s’en
éloigner. Supposés à present notre partie reglée ; nous
sommes quatre contre quatre : c’est à nos ennemis à
jouer les premiers. Mes gens semblent ne se pas soucier
beaucoup de ce desavantage ; ils sont un peu fachés
seulement de m’avoir pour compagnon : mais ils sont
accoûtumés de faire à mauvais jeu bonne mine. Il faut
que je vous dise encore, pour faciliter l’intelligence
de cette fameuse partie à vos Lecteurs,
& à vous, que j’ai distingué, par un différent
Caractère, les discours de nos adversaires & les
notres ; vous verrés aussi que quand ceux du même parti
parlent ensemble, leur entretien est separé par des
guillemets. Ne vous étonnés pas au reste de ce qu’en
parlant d’une boule, je dis quelquefois il au lieu
d’elle. Vous saurés que dans le jeu, la boule est le
joueur, & le joueur est la boule ; ils ne sont qu’un
seul personnage. Voila des préparatifs de reste ;
faisons venir les Acteurs sur la scène ; ce sont nos
Antagonistes qui commencent à jouer & à babiller. »
Dialog
Allons, voila le but ;
commencerai-je moi ? « Non, que plutôt Monsieur
commence,
Sa boule pour ces coup est plus propre, je
pense. Allons, mon Cher, faites un coup de Roi.
A
gauche, votre fort ; très-bien ; entrés en
dance.
Trop doux, trop doux, vous restez en
chemin ;
Aussi vous lui donnés un fichu tour de
main.
Elle avance pourtant, avance donc,
avance.
Deux ou trois tours de plus ;
Et vous
etiés dessus.
Le coup cependant est passable,
Il
s’en fera de plus mauvais. »
Dialog
Vous, gardés vous pourtant de
faire un coup semblable. « Je sai le jeu, Mon Cher » Eh
fort bien je me tais. Si de vous conseiller
pourtant j’étois capable, Je vous conseillerois de
pouser un peu fort. « Un peu fort ? Eh bien soit,
Parbleu vous avés tort. Elle passe mardi. » vous poussés
comme un Diable ; C’est bien le moyen de gagner. Quelle
chienne de force. Eh faites vous saigner. C’est au
premier. C’est au premier sans doute. Vous, qui savés
jouer, prenés la même route ;
Un tour plus fort que
jeu, le but vous sert d’appui.
Venés juste à mon
pied, fort bien, l’aimable boule ! Entrés precisement
entre le but & lui. Eh ! roule donc, mignonne,
encore, encore, eh roule ! Elle y vient, l’y voila ;
Qu’il suit bien ma leçon ! Ah ! l’habile-homme ! Ah le
joli garçon !
Dialog
Le Peste soit du coup ! Frere
Arnaud, comment faire ? « Comment faire ? Pardi voila
bien du mistere ! Il faut tirer dessus, il faut la
débusquer. Ouï Dea, mais si je manque. Il ne faut pas
manquer. Emportés moi le but, eh rien n’est si facile. »
Dialog
Lui, l’emporter ! Bon, bon, je
le lui donne en mille. Voyés comme il l’emporte, il en
est à cent pas.
Dialog
Tirerai-je aussi moi, « Non
prenés par le bas. Frisés un peu le buis, à
côté de la mienne. Elle m’échappe aux doits, peste soit
de la chienne ! » Cette boule, morbleu, ne valut jamais
rien, Avant de commencer, je vous le disois bien. Ca,
c’est à Frere Arnaud à redresser la chose. « Je voudrois
bien tirer ; mais, par ma fois, je n’ose. » Tirons
pourtant, c’est le jeu, je le crois. « Non pas ; le but
manqué, peut leur en donner trois. Songés plûtôt, s’il
vous plait, à defendre. Que voila bien jouer !
parsambleu c’est l’entendre. Ne trouve rien, Mami, Eh
tourne, eh tourne un peu. Elle trouve la mienne, au
Diantre soit le jeu.
Dialog
Nous sommes deux encor,
faisons chacun le notre. La mienne entre ; fort bien !
bon ! vous faites le votre. Trois à point, mes amis ;
tout commence á souhait. Vîte, achevons de leur donner
leur fait. Voila le but encor : bon ; ma boule le baise.
Elle meur tout dessus ; je ne me sens pas d’aise. A vous
le dé, Messieurs, il m’otteront de lá ; S’ils le
peuvent, s’entend, Le grand coup que voila ! Il n’en est
qu’à vingt pieds. Encore à nous ; Encore. Toujours à
nous.
Dialog
Eh voyés la pecore ; Il
s’enfonce en ce buis, il y paroît cloué. « Que Diantre
voulez vous ? Mon sort n’a pas joué. Pas
joué, pas joué, quelle excuse il nous donne ? »
Dialog
Faisons en quatre, nous ;
bonne celle-ci, bonne ; En voila deux ; … & trois ;
… & quatre,
Dialog
s’il vous plait, Trois, trois,
tout doucement, quatre, non pas ;
Dialog
si fait ; Ouvrés les yeux ;
quatre, quatre, vous dis-je ; Voyés ; à mesurer ce
chicaneur m’oblige.
Dialog
Hé bien ; là, gagnés vous, il
s’en faut de six doits ; Qui chicane à present ?
Dialog
contentons nous de trois ;
Nous en avons toûjours six à point ; à bon compte.
Allons sur nouveaux frais…
Dialog
Ils l’ont encore de deux.
Comme nous jouons mal ! si donc, c’est une honte. Huit à
point, c’en est trop. Ils nous siflent entre eux. Allons
donc, Pere Arnaud, montrés leur qui vous étes. « Il
falloit bien un peu rejouir ces mazettes ; Quoiqu’ils
soient prèts, encor rabattons leur caquet. Je vais droit
sur le but, je l’emporte tout net, Et j’y reste
attaché ; Parbleu qu’ils m’en détachent. Ils font tout
de travers ; voyés vous ? Ils se fachent. Ils ne jouront
plus rien qui vaille tout le jour. Vous, faites comme
moi. Ma chere, mon amour, Approche donc, friponne, un
petit tour, de grace. Fort bien. Vous, joliment suivés
la même trace ; Et vous, quatre ? Non, trois ; la chanca
va tourner. Trois à huit, quel honneur, morbleu, de les
gagner ! « Avec leur huit à point ; j’en
creverois de rire ; »
Dialog
Eh joués, Franfaron, joués, je
vous admire. Fiés vous en à moi, vous n’en creverés pas.
Nous voulons reculer en peu votre trepas…
Dialog
En voila deux pourtant, Frere
Arnaud se reveille ; Quand il s’y met, il fait
merveille. Cinq à huit : d’un encor ; nous allons,
Messieurs, courage. Voila le but jetté, pour le coup
faisons rage. J’y suis collé, ma foi, qu’on m’ote si
l’on peut. Tirés vous ; « vous manqués ; » n’attrape pas
qui veut. Ils tirent tous, sans qu’aucun en approche.
Jouer avec ces gens c’est de l’argent en poche. J’en
pretens quatre au moins. Quatre ? ouï tout au plus.
Quatre, une cochonnée. Ah nos gens sont tendus ; La
fortune à la fin se racroche au merite ; Nous faisons
dix points tout de suite. Dix à huit. Comment donc ?
huit-à-huit ; huit-à-huit Oh ! dix à huit, je n’en puis
rien rabattre, Je croi que nous en avions six ; Et nous
venons d’en faire quatre ; Or par tout l’univers, à mon
petit avis. Six & quatre font dix.
Dialog
Ils ont raison ; nous en avons
dans l’aile. « Fi donc, vous avés peur, ranimons notre
zéle. Dejà le grand Arnaud fait un coup malheureux. Il n’est, il est vrai, que d’une toise ou
deux. Je prendrai par le haut, bon, m’y voila tout
contre. C’est dans les grands perils que la valeur se
montre. »
Dialog
Allons, vous, notre ami, joués
donc comme il faut.
Dialog
Bon, sa boule a trouvé celle
du Frere Arnaud. Ah, que celle-ci marche, amis, faisons
lui place.
Dialog
Elle touche.
Dialog
Non pas, elle passe, elle
passe. Ils n’on plus qu’une boule.
Dialog
Elle n’est pas trop mal.
Dialog
Vous, Messieurs, par ici, ce
terrein est égal. En voila deux … & trois ; Nous
finirons, je gage. C’a, l’ami, finissés ; trop doux,
trop doux, trop doux. Hé, vous n’y venés pas, le
mal-adroit ! j’enrage. « Nous avons onze à dix, allons,
consolons-nous.
Il faut bien leur laisser quelque
peu d’esperance. »
Dialog
Voyés un peu cette arrogance.
Que je serois ravi de les humilier ! Achevons, rira
bien, qui rira le dernier. Commencés donc, Messieurs de
la Garonne.
Dialog
Je le veux bien, elle est
bonne, assés bonne. Le but est loin. Fort bien, mais
celle-ci vaut mieux. Je n’en sais rien. Bon ! cela saute
aux yeux. Non pas, c’est au premier, encor la même
chose.
Dialog
Ne restés pas du moins ;
passés plûtôt, pour cause. C’est toûjours au premier.
Frere Arnaud un effort. Faites leur faire ici naufrage
dans le port. Il prend le but, il le prend, il
l’entraine. Ah, l’habile-homme ! il me l’ameine. De deux, Mardi, que nous avons beau
jeu !
Vous devant, moi derriere, & le but au
milieu, A quatre doits de nouveau ; le coup n’est pas
gagnable. Il en faut convenir, c’est un homme impayable.
Celui-ci pour le moins, ne nous sera point tort. Ni
celui-là non plus, il se noye, il est mort ; Rien
desormais ne m’inquiette. Il ne leur reste plus que leur
pauvre mazette.
Dialog
Mazette, nous verrons,
mazette.
Dialog
Allons, poussés. Il en a trop.
Dialog
Hé non, il n’en a pas assés.
Dialog
Il en a trop, vous dis-je ; il
passera sans doute.
Dialog
Point du tout, point du tout.
Ah, qu’il prend bien la route ! Tourne vers le milieu,
deux petits tours mignons. Il entre, il est entré, nous
gagnerons, nous gagnons
Dialog
Ils gagnent, quel hazard
extrême !
Dialog
Hazard, comment hazard,
Monsieur, hazard vous-même. Tenés ; je prens ma boule,
& je vous la conduis, Tout doucement, du côté de ce
buis ; Tout en chemin faisant, là la force s’emousse ;
Le buis aidant mon fort, droit dans le jeu me pousse.
J’esquive votre boule & courant entre deux, J’ote le
but ; le coup, vous dis-je, est merveilleux. Frere
Arnaud cependant plus défait & plus blême. Qu’un
austere devot à la fin du Carême, Lance d’abord un
regard vers les Cieux : Ensuite sur ma boule il attache
ses yeux ; A les en detourner il ne peut se resoudre,
Pour lui ce coup vainqueur tient lui
d’un coup de foudre.
Metatextualität
Je remercie très-humblement
l’Auteur de cette Lettre du plaisir qu’il m’a procuré par
ses vers & sur tout par sa prose. C’est dommage
seulement que sa partie de boules ne puisse pas procurer au
public un amusement général ; elle ne divertira guères que
ceux qui seront initiés dans les mystères de ce jeu fécond
en babil & en contorsion. Je ne say si leur nombre est
fort grand dans ce païs ; mais n’importe ; il faut que tout
le monde vive, dit le Proverbe ; il faut bien aussi que tout
le monde se divertisse. Les joueurs de boule ont à present
leur tour, & à l’avenir je tacheray de faire en sorte,
que toutes les differentes classes d’hommes trouvent dans
mon Spectateur des amusemens qui leur conviennent. Qu’en
attendant, le reste de mes Lecteurs ne prenne ceci, s’il
veut, que pour une demi feuille ; je ne crois pas pourtant
qu’ils ayent lieu de se plaindre ; il arrive assés souvent
qu’on leur donne des feuilles entieres, qui contiennent,
s’il m’est permis de parler ainsi, moins d’étoffe, que les
quatre ou cinq pages de prose qui servent de préambule aux
vers. Ce que j’y trouve de meilleur, c’est qu’il me semble
que le bon sens, qui regne dans les réfléxions, ne souffre
point du tout du badinage qui anime le tour &
l’expression. Je rempliray ce qui me reste de vuide dans mon cahier, d’une petite lettre qui m’est
écrite par un homme, qui peut-être n’est pas aussi simple
qu’il veut le paroitre. Le public en jugera.
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Brief/Leserbrief
Monsieur, Je viens d’un païs
où l’on veut enseigner aux gens, à coup de baton, à
raisonner juste c’est-à-dire à raisonner comme la
plûpart de leurs concitoyens, & où on les tue
quelquefois, pour leur apprendre à vivre selon les
maximes de la bonne Religion. Je n’ai pas la moindre
étude ; mais je n’ai pas laissé de croire que le sens
commun n’avoit rien à démêler avec cette conduite. Dans
cette persuasion j’ay quitté ma patrie, & je suis
venu ici pour troquer ma Religion contre une meilleure,
ce que je n’ai pas cru fort difficile. Voyés pourtant
jusqu’à quel point les apparences sont trompeuses ;
l’experience m’a fait voir que cette affaire n’est
nullement de plein pied. D’honnêtes-gens qui ne sont
guères plus habiles que moi m’ont recommandé deux
Docteurs d’une grande reputation, & très capables de
me mettre d’un plein saut dans la bonne voye. J’ai été
d’abord très-satisfait d’eux & de leurs discours. Le
premier a l’air d’un ange, l’autre à la mine d’un homme
de bien ; celui-ci paroit un bon vivant, vertueux :
celui-là represente un saint deja à demi glorifié. Le
croiriez vous<sic>, Monsieur ? Ces braves gens ne
s‘aiment pas beaucoup au bout du compte. Le
Beat regarde l’autre avec horreur, comme un homme
très-pernicieux, & il est consideré par le Bon
Vivant, comme un petit esprit digne de pitié. La cause
de cette petite aversion mutuelle, c’est que leurs idées
ne sont pas tout à fait à l’Unisson. J’ai assez de
penetration, pour avoir compris cela par ce qu’ils m’ont
dit. L’un m’a soutenu que, pour trouver la vente, il est
bon de se défier beaucoup de la raison : que du moins il
faut l’employer avec une très-grande économie ; &
que le plus sûr moyen de s égarer, c’est de pousser trop
loin les consequences contenues dans les principes les
plus indubitables. Avec tout cela, il ne laisse pas de
raisonner à perte de vuë, même quand il s’agit de
prouver que la raison ne vaut pas grand chose. Il est
vrai, qu’il prétend que ses raisonnements ne sont pas du
ressort de la raison, & je croirois assez que cette
prétention est fondée. Pour le second Docteur, il
m’affure qu’on ne sauroit pénétrer dans la véritable
Theologie sans être Philosophe, & même sans être
Philosophe Cartesien. Il n’y a, dit-il, que la raison
habillée à la Cartesienne, qui puisse découvrir le sens
de quelques parolles que ce puisse être, & par
consequent des parolles des Livres sacrez. Jusques là,
cela ne va pas mal, ce me semble ; mais il conclut de
là, je ne sai comment, que les parolles de l’Ecriture
Sainte signifient tout ce qu’elles peuvent signifier,
& qu’elles contiennent réellement tous
les sens, dont elles sont susceptibles. Tenez, Monsieur,
je ne trouve rien là de naturel. Cela ne voudroit il pas
dire, par hasard, que ces livres respectables signifient
tout ce qu’on voudroit qu’ils signifiassent ? Parlez
moi<sic> sincèrement, je vous prie. Tous les
livres, à ce compte là, ne pourroient ils pas bien être
des Bibles dans la forme ? La règle de mon Docteur
Philosophe, qu’il ne lâcheroit pas pour tous les biens
du monde, va droit là, à ce qu’il me paroit ; & s’il
a raison, il se pouroit bien qu’il fut impossible
d’avoir jamais tort. Donnez moi un Conseil charitable,
mon cher Monsieur, à qui de ces habiles gens trouvés
vous bon que je m’en rapporte ? Le doute est un état
violent ; je voudrois bien croire quelque chose, sans le
croire à la boule vue, & je m’imagine jusques à
présent que ces Messieurs enseignent tous deux à ne rien
croire du tout. Je suis &c.
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Brief/Leserbrief
Lettre à Monsieur le
Nouveau Spectateur François.
Dialog
Allons, voila le but ;
commencerai-je moi ? « Non, que plutôt Monsieur
commence,
Sa boule pour ces coup est plus propre, je pense. Allons, mon Cher, faites un coup de Roi.
A gauche, votre fort ; très-bien ; entrés en dance.
Trop doux, trop doux, vous restez en chemin ;
Aussi vous lui donnés un fichu tour de main.
Elle avance pourtant, avance donc, avance.
Deux ou trois tours de plus ;
Et vous etiés dessus.
Le coup cependant est passable,
Il s’en fera de plus mauvais. »
Sa boule pour ces coup est plus propre, je pense. Allons, mon Cher, faites un coup de Roi.
A gauche, votre fort ; très-bien ; entrés en dance.
Trop doux, trop doux, vous restez en chemin ;
Aussi vous lui donnés un fichu tour de main.
Elle avance pourtant, avance donc, avance.
Deux ou trois tours de plus ;
Et vous etiés dessus.
Le coup cependant est passable,
Il s’en fera de plus mauvais. »
Dialog
Vous, gardés vous pourtant de
faire un coup semblable. « Je sai le jeu, Mon Cher » Eh
fort bien je me tais. Si de vous conseiller
pourtant j’étois capable, Je vous conseillerois de
pouser un peu fort. « Un peu fort ? Eh bien soit,
Parbleu vous avés tort. Elle passe mardi. » vous poussés
comme un Diable ; C’est bien le moyen de gagner. Quelle
chienne de force. Eh faites vous saigner. C’est au
premier. C’est au premier sans doute. Vous, qui savés
jouer, prenés la même route ;
Un tour plus fort que jeu, le but vous sert d’appui.
Venés juste à mon pied, fort bien, l’aimable boule ! Entrés precisement entre le but & lui. Eh ! roule donc, mignonne, encore, encore, eh roule ! Elle y vient, l’y voila ; Qu’il suit bien ma leçon ! Ah ! l’habile-homme ! Ah le joli garçon !
Un tour plus fort que jeu, le but vous sert d’appui.
Venés juste à mon pied, fort bien, l’aimable boule ! Entrés precisement entre le but & lui. Eh ! roule donc, mignonne, encore, encore, eh roule ! Elle y vient, l’y voila ; Qu’il suit bien ma leçon ! Ah ! l’habile-homme ! Ah le joli garçon !
Dialog
Le Peste soit du coup ! Frere
Arnaud, comment faire ? « Comment faire ? Pardi voila
bien du mistere ! Il faut tirer dessus, il faut la
débusquer. Ouï Dea, mais si je manque. Il ne faut pas
manquer. Emportés moi le but, eh rien n’est si facile. »
Dialog
Lui, l’emporter ! Bon, bon, je
le lui donne en mille. Voyés comme il l’emporte, il en
est à cent pas.
Dialog
Tirerai-je aussi moi, « Non
prenés par le bas. Frisés un peu le buis, à
côté de la mienne. Elle m’échappe aux doits, peste soit
de la chienne ! » Cette boule, morbleu, ne valut jamais
rien, Avant de commencer, je vous le disois bien. Ca,
c’est à Frere Arnaud à redresser la chose. « Je voudrois
bien tirer ; mais, par ma fois, je n’ose. » Tirons
pourtant, c’est le jeu, je le crois. « Non pas ; le but
manqué, peut leur en donner trois. Songés plûtôt, s’il
vous plait, à defendre. Que voila bien jouer !
parsambleu c’est l’entendre. Ne trouve rien, Mami, Eh
tourne, eh tourne un peu. Elle trouve la mienne, au
Diantre soit le jeu.
Dialog
Nous sommes deux encor,
faisons chacun le notre. La mienne entre ; fort bien !
bon ! vous faites le votre. Trois à point, mes amis ;
tout commence á souhait. Vîte, achevons de leur donner
leur fait. Voila le but encor : bon ; ma boule le baise.
Elle meur tout dessus ; je ne me sens pas d’aise. A vous
le dé, Messieurs, il m’otteront de lá ; S’ils le
peuvent, s’entend, Le grand coup que voila ! Il n’en est
qu’à vingt pieds. Encore à nous ; Encore. Toujours à
nous.
Dialog
Eh voyés la pecore ; Il
s’enfonce en ce buis, il y paroît cloué. « Que Diantre
voulez vous ? Mon sort n’a pas joué. Pas
joué, pas joué, quelle excuse il nous donne ? »
Dialog
Faisons en quatre, nous ;
bonne celle-ci, bonne ; En voila deux ; … & trois ;
… & quatre,
Dialog
s’il vous plait, Trois, trois,
tout doucement, quatre, non pas ;
Dialog
si fait ; Ouvrés les yeux ;
quatre, quatre, vous dis-je ; Voyés ; à mesurer ce
chicaneur m’oblige.
Dialog
Hé bien ; là, gagnés vous, il
s’en faut de six doits ; Qui chicane à present ?
Dialog
contentons nous de trois ;
Nous en avons toûjours six à point ; à bon compte.
Allons sur nouveaux frais…
Dialog
Ils l’ont encore de deux.
Comme nous jouons mal ! si donc, c’est une honte. Huit à
point, c’en est trop. Ils nous siflent entre eux. Allons
donc, Pere Arnaud, montrés leur qui vous étes. « Il
falloit bien un peu rejouir ces mazettes ; Quoiqu’ils
soient prèts, encor rabattons leur caquet. Je vais droit
sur le but, je l’emporte tout net, Et j’y reste
attaché ; Parbleu qu’ils m’en détachent. Ils font tout
de travers ; voyés vous ? Ils se fachent. Ils ne jouront
plus rien qui vaille tout le jour. Vous, faites comme
moi. Ma chere, mon amour, Approche donc, friponne, un
petit tour, de grace. Fort bien. Vous, joliment suivés
la même trace ; Et vous, quatre ? Non, trois ; la chanca
va tourner. Trois à huit, quel honneur, morbleu, de les
gagner ! « Avec leur huit à point ; j’en
creverois de rire ; »
Dialog
Eh joués, Franfaron, joués, je
vous admire. Fiés vous en à moi, vous n’en creverés pas.
Nous voulons reculer en peu votre trepas…
Dialog
En voila deux pourtant, Frere
Arnaud se reveille ; Quand il s’y met, il fait
merveille. Cinq à huit : d’un encor ; nous allons,
Messieurs, courage. Voila le but jetté, pour le coup
faisons rage. J’y suis collé, ma foi, qu’on m’ote si
l’on peut. Tirés vous ; « vous manqués ; » n’attrape pas
qui veut. Ils tirent tous, sans qu’aucun en approche.
Jouer avec ces gens c’est de l’argent en poche. J’en
pretens quatre au moins. Quatre ? ouï tout au plus.
Quatre, une cochonnée. Ah nos gens sont tendus ; La
fortune à la fin se racroche au merite ; Nous faisons
dix points tout de suite. Dix à huit. Comment donc ?
huit-à-huit ; huit-à-huit Oh ! dix à huit, je n’en puis
rien rabattre, Je croi que nous en avions six ; Et nous
venons d’en faire quatre ; Or par tout l’univers, à mon
petit avis. Six & quatre font dix.
Dialog
Ils ont raison ; nous en avons
dans l’aile. « Fi donc, vous avés peur, ranimons notre
zéle. Dejà le grand Arnaud fait un coup malheureux. Il n’est, il est vrai, que d’une toise ou
deux. Je prendrai par le haut, bon, m’y voila tout
contre. C’est dans les grands perils que la valeur se
montre. »
Dialog
Allons, vous, notre ami, joués
donc comme il faut.
Dialog
Bon, sa boule a trouvé celle
du Frere Arnaud. Ah, que celle-ci marche, amis, faisons
lui place.
Dialog
Elle touche.
Dialog
Non pas, elle passe, elle
passe. Ils n’on plus qu’une boule.
Dialog
Elle n’est pas trop mal.
Dialog
Vous, Messieurs, par ici, ce
terrein est égal. En voila deux … & trois ; Nous
finirons, je gage. C’a, l’ami, finissés ; trop doux,
trop doux, trop doux. Hé, vous n’y venés pas, le
mal-adroit ! j’enrage. « Nous avons onze à dix, allons,
consolons-nous.
Il faut bien leur laisser quelque peu d’esperance. »
Il faut bien leur laisser quelque peu d’esperance. »
Dialog
Voyés un peu cette arrogance.
Que je serois ravi de les humilier ! Achevons, rira
bien, qui rira le dernier. Commencés donc, Messieurs de
la Garonne.
Dialog
Je le veux bien, elle est
bonne, assés bonne. Le but est loin. Fort bien, mais
celle-ci vaut mieux. Je n’en sais rien. Bon ! cela saute
aux yeux. Non pas, c’est au premier, encor la même
chose.
Dialog
Ne restés pas du moins ;
passés plûtôt, pour cause. C’est toûjours au premier.
Frere Arnaud un effort. Faites leur faire ici naufrage
dans le port. Il prend le but, il le prend, il
l’entraine. Ah, l’habile-homme ! il me l’ameine. De deux, Mardi, que nous avons beau
jeu !
Vous devant, moi derriere, & le but au milieu, A quatre doits de nouveau ; le coup n’est pas gagnable. Il en faut convenir, c’est un homme impayable. Celui-ci pour le moins, ne nous sera point tort. Ni celui-là non plus, il se noye, il est mort ; Rien desormais ne m’inquiette. Il ne leur reste plus que leur pauvre mazette.
Vous devant, moi derriere, & le but au milieu, A quatre doits de nouveau ; le coup n’est pas gagnable. Il en faut convenir, c’est un homme impayable. Celui-ci pour le moins, ne nous sera point tort. Ni celui-là non plus, il se noye, il est mort ; Rien desormais ne m’inquiette. Il ne leur reste plus que leur pauvre mazette.
Dialog
Mazette, nous verrons,
mazette.
Dialog
Allons, poussés. Il en a trop.
Dialog
Hé non, il n’en a pas assés.
Dialog
Il en a trop, vous dis-je ; il
passera sans doute.
Dialog
Point du tout, point du tout.
Ah, qu’il prend bien la route ! Tourne vers le milieu,
deux petits tours mignons. Il entre, il est entré, nous
gagnerons, nous gagnons
Dialog
Ils gagnent, quel hazard
extrême !
Dialog
Hazard, comment hazard,
Monsieur, hazard vous-même. Tenés ; je prens ma boule,
& je vous la conduis, Tout doucement, du côté de ce
buis ; Tout en chemin faisant, là la force s’emousse ;
Le buis aidant mon fort, droit dans le jeu me pousse.
J’esquive votre boule & courant entre deux, J’ote le
but ; le coup, vous dis-je, est merveilleux. Frere
Arnaud cependant plus défait & plus blême. Qu’un
austere devot à la fin du Carême, Lance d’abord un
regard vers les Cieux : Ensuite sur ma boule il attache
ses yeux ; A les en detourner il ne peut se resoudre,
Pour lui ce coup vainqueur tient lui
d’un coup de foudre.
Metatextualität
Je remercie très-humblement
l’Auteur de cette Lettre du plaisir qu’il m’a procuré par
ses vers & sur tout par sa prose. C’est dommage
seulement que sa partie de boules ne puisse pas procurer au
public un amusement général ; elle ne divertira guères que
ceux qui seront initiés dans les mystères de ce jeu fécond
en babil & en contorsion. Je ne say si leur nombre est
fort grand dans ce païs ; mais n’importe ; il faut que tout
le monde vive, dit le Proverbe ; il faut bien aussi que tout
le monde se divertisse. Les joueurs de boule ont à present
leur tour, & à l’avenir je tacheray de faire en sorte,
que toutes les differentes classes d’hommes trouvent dans
mon Spectateur des amusemens qui leur conviennent. Qu’en
attendant, le reste de mes Lecteurs ne prenne ceci, s’il
veut, que pour une demi feuille ; je ne crois pas pourtant
qu’ils ayent lieu de se plaindre ; il arrive assés souvent
qu’on leur donne des feuilles entieres, qui contiennent,
s’il m’est permis de parler ainsi, moins d’étoffe, que les
quatre ou cinq pages de prose qui servent de préambule aux
vers. Ce que j’y trouve de meilleur, c’est qu’il me semble
que le bon sens, qui regne dans les réfléxions, ne souffre
point du tout du badinage qui anime le tour &
l’expression. Je rempliray ce qui me reste de vuide dans mon cahier, d’une petite lettre qui m’est
écrite par un homme, qui peut-être n’est pas aussi simple
qu’il veut le paroitre. Le public en jugera.
Ebene 3
Brief/Leserbrief
Monsieur, Je viens d’un païs
où l’on veut enseigner aux gens, à coup de baton, à
raisonner juste c’est-à-dire à raisonner comme la
plûpart de leurs concitoyens, & où on les tue
quelquefois, pour leur apprendre à vivre selon les
maximes de la bonne Religion. Je n’ai pas la moindre
étude ; mais je n’ai pas laissé de croire que le sens
commun n’avoit rien à démêler avec cette conduite. Dans
cette persuasion j’ay quitté ma patrie, & je suis
venu ici pour troquer ma Religion contre une meilleure,
ce que je n’ai pas cru fort difficile. Voyés pourtant
jusqu’à quel point les apparences sont trompeuses ;
l’experience m’a fait voir que cette affaire n’est
nullement de plein pied. D’honnêtes-gens qui ne sont
guères plus habiles que moi m’ont recommandé deux
Docteurs d’une grande reputation, & très capables de
me mettre d’un plein saut dans la bonne voye. J’ai été
d’abord très-satisfait d’eux & de leurs discours. Le
premier a l’air d’un ange, l’autre à la mine d’un homme
de bien ; celui-ci paroit un bon vivant, vertueux :
celui-là represente un saint deja à demi glorifié. Le
croiriez vous<sic>, Monsieur ? Ces braves gens ne
s‘aiment pas beaucoup au bout du compte. Le
Beat regarde l’autre avec horreur, comme un homme
très-pernicieux, & il est consideré par le Bon
Vivant, comme un petit esprit digne de pitié. La cause
de cette petite aversion mutuelle, c’est que leurs idées
ne sont pas tout à fait à l’Unisson. J’ai assez de
penetration, pour avoir compris cela par ce qu’ils m’ont
dit. L’un m’a soutenu que, pour trouver la vente, il est
bon de se défier beaucoup de la raison : que du moins il
faut l’employer avec une très-grande économie ; &
que le plus sûr moyen de s égarer, c’est de pousser trop
loin les consequences contenues dans les principes les
plus indubitables. Avec tout cela, il ne laisse pas de
raisonner à perte de vuë, même quand il s’agit de
prouver que la raison ne vaut pas grand chose. Il est
vrai, qu’il prétend que ses raisonnements ne sont pas du
ressort de la raison, & je croirois assez que cette
prétention est fondée. Pour le second Docteur, il
m’affure qu’on ne sauroit pénétrer dans la véritable
Theologie sans être Philosophe, & même sans être
Philosophe Cartesien. Il n’y a, dit-il, que la raison
habillée à la Cartesienne, qui puisse découvrir le sens
de quelques parolles que ce puisse être, & par
consequent des parolles des Livres sacrez. Jusques là,
cela ne va pas mal, ce me semble ; mais il conclut de
là, je ne sai comment, que les parolles de l’Ecriture
Sainte signifient tout ce qu’elles peuvent signifier,
& qu’elles contiennent réellement tous
les sens, dont elles sont susceptibles. Tenez, Monsieur,
je ne trouve rien là de naturel. Cela ne voudroit il pas
dire, par hasard, que ces livres respectables signifient
tout ce qu’on voudroit qu’ils signifiassent ? Parlez
moi<sic> sincèrement, je vous prie. Tous les
livres, à ce compte là, ne pourroient ils pas bien être
des Bibles dans la forme ? La règle de mon Docteur
Philosophe, qu’il ne lâcheroit pas pour tous les biens
du monde, va droit là, à ce qu’il me paroit ; & s’il
a raison, il se pouroit bien qu’il fut impossible
d’avoir jamais tort. Donnez moi un Conseil charitable,
mon cher Monsieur, à qui de ces habiles gens trouvés
vous bon que je m’en rapporte ? Le doute est un état
violent ; je voudrois bien croire quelque chose, sans le
croire à la boule vue, & je m’imagine jusques à
présent que ces Messieurs enseignent tous deux à ne rien
croire du tout. Je suis &c.
