Ohne Titel, in: Mercure de France (Paris, 1890), 1907,
(T. LXVI, N° 236, 15 avr.), p. 606-608.
M. Louis Gumplowicz
Professeur à l’Université de Gratz
Chacun sait que
Copernic a
délogé le Bon Dieu. Seulement on ignorait où était son domicile. Alors vint
Spinoza qui déclara l’avoir découvert : ce serait «l’Espace et le Temps»,
chose qui se trouve partout. C’était là une bonne plaisanterie. Mais la prêtraille
n’est pas sotte et ne permet pas qu’on plaisante avec elle. Les cardinaux romains
mirent à l’Index l’ouvrage de
Copernic, qui
sentait le fagot, et les rabbins d’Amsterdam jetèrent l’interdit sur Spinoza.
Et de quoi s’agissait-il dans ces affaires De la religion?
Que non ! Mais de la
domination des Eglises. Car la Religion
est une «moment» psychique intérieur et non pas une institution extérieure. La
Religion est un ensemble de représentations, naissant dans l’esprit de l’homme comme
une réaction des nerfs qui ont troublés, au milieu des énigmes du monde, et qui,
grâce à ces représentations, trouvent le repos. Le con
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tenu de ces
représentations est indifférent, pourvu qu’elles remplissent leur office, qui est de
calmer notre système nerveux. Mais chaque besoin humain, qui veut se satisfaire,
fait naître toujours une classe d’hommes, dont le métier est d’apporter celte
satisfaction : ainsi le besoin religieux créa toujours et partout la classe des
serviteurs de la religion, de même que le besoin de se faire raser créa les
barbiers. Tant qu’ils ne sont que des serviteurs, il n’y a rien à objecter là contre
et on n’a pas à leur refuser un salaire honorable. Hélas! Ils ne se contentent pas
de ce rôle; mais ils s’organisent, forment des
Eglises et des
Hiérarchies, et veulent
dominer.
Cela leur réussit parce que les hommes sont faibles et sots. C’est à l’Eglise
Romaine que cela a réussi de la façon la plus grandiose, à cette église qui, sur la
hase de la religion, voulut fonder la domination du monde et, de fait, étendit sa
domination sur de nombreux Etats.
Mais, avec le temps, après que les
Copernic et les
Spinoza eurent éclairé beaucoup d’entre eux sur les mensonges de la
prêtraille, les hommes devinrent plus avisés et se dirent : «Que les serviteurs de
la religion vaquent à leur service! Mais leurs organisations et leurs églises, qui
veulent nous dominer, sont superflues. C’est déjà suffisant d’avoir la domination de
l’Etat, qui est indispensable ; mais la domination des Eglises, nous pouvons nous en
passer.» Aussi les Etats qui sont arrivés au sommet de la culture moderne se
délivrent-ils de la domination des Eglises et laissent les particuliers satisfaire
suivant leur goût leurs besoins religieux, s’ils ont de semblables besoins, de même
qu’ils se font, suivant leur goût, raser et couper les cheveux par les barbiers.
Une telle victoire remportée sur les églises est dans
l’évolution sociale naturelle. C’est une des nombreuses étapes vers la liberté. La
France qui, de fait, en Europe, marche à la tête de là civilisation, atteint
aujourd’hui cette étape et elle s’est vivement débarrassée de toutes les Eglises.
Ainsi elle vient de prouver son rôle de guide dans la voie de la libération de
l’humanité, Les autres Etats la suivront lentement, comme ils l’ont suivie dans la
voie de la libération politique des hommes. Sur ce point, il n’y a aucun doute ; car
les besoins religieux des hommes ne peuvent donner aucun prétexte à les faire tomber
en servitude par des hiérarchies organisées, comme jusqu’ici
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c’était
partout le cas. La France, par son acte le plus récent, par la séparation de l’Etat
et des Eglises, n’a pas rendu à l’humanité européenne un service moins important que
par sa grande Révolution. Vive la République Française!