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Hallucinations sociales, in: La revue des revues, 15. Mars / March 1895, s. 502-508.
Hallucinations sociales.
Ludwik Gumplowicz
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Dans son étude récente que le professeur Gumplowicz vient de publier dans la Neue Deutsche Rundschau, le savant autrichien insiste sur les erreurs dont la sociologie moderne n’a pas encore pu se défaire. Il s’efforce de prouver, par des exemples tirés du passé aussi bien que du présent de la vie sociale, que ces erreurs, qu’il nomme hallucinations, nous rendent incapables de distinguer le vrai du faux, et que beaucoup de maux, dont notre organisme social pâtit, disparaîtraient aussitôt si nous devenions conscients de la réalité des phénomènes sociaux et si, par conséquent, notre diagnostic devenait correct. M. Louis Gumplowicz, professeur à la Faculté de droit de l’Universfté de Gratz (Autriche), est un des sociologues les plus distingués des pays allemands. Il a publié plusieurs importants ouvrages politiques, historiques et juridiques. Son essai sur la question des nationalités en Autriche et sur les races en général au point de vue de la sociologie fut extrêmement remarqué dans le temps. Gumplowicz brille, non seulement par son érudition remarquable, mais aussi par ses opinions originales, courageuses et indépendantes. On peut contester certaines de ces conclusions, on ne peut pas se défendre de les trouver originales au possible.
Malheureusement, l’humanité a toujours poursuivi sa marche dans les ténèbres, entourée de spectres de toute sorte. De temps à autre, un grand esprit a allumé un flambeau pour regarder de près un de ces spectres et immédiatement celui-ci a disparu à tout jamais. Copernic, Giordano Bruno et Galilée ont de cette manière banni le spectre du « géocentrisme », qui faisait de notre pauvre petite planète le centre de l’univers. On sait quelle fut leur récompense et l’humanité ne pourra jamais trop honorer leur mémoire. Darwin a chassé le spectre de « l’anthropocentrisme » qui nous fit croire que l’homme était le centre de la création. Grâce à Darwin, nous savons à l’heure
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qu’il est ce que nous sommes. Il nous a fait voir que l’homme est l’être le plus cruel sur la terre et qu’il est d’autant plus dangereux qu’il est en même temps l’être le plus raffiné. Avant Darwin, l’homme n’éprouvait aucun remords en commettant les crimes les plus atroces; les juges et les inquisiteurs torturaient, brûlaient et décapitaient au nom de la justice et de la religion. Aujourd’hui, nous savons que nous sommes les fils des orangs-outangs, nous sommes plus modestes et nous tâchons de devenir enfin des « hommes ».
Mais deux spectres nous arrêtent encore sur cette nouvelle route. L’un est « l’ethnocenlrisme », cette déplorable erreur des peuples qui pensent tous que chacun d’eux forme le centre ou le sommet de l’humanité. Les Chinois se croient le peuple du centre ; les Juifs se disent le peuple élu ; les Français veulent marcher à la tête de la civilisation ; aux Allemands, leur philosophe Hegel affirmait qu’ils étaient « l’incarnation de l’esprit objectif », ce qui leur assignait « la place de Dieu parmi les peuples ». L’esprit moderne commence à jeter sa lumière sur ce spectre et on peut espérer qu’il disparaîtra un jour.
L’autre spectre, qui est encore plus dangereux, pourrait se nommer « l’acrochronisme » [1] , c’est-à-dire l’erreur funeste de tous les siècles passés que l’époque du « dernier bateau » est la plus avancée et civilisée. Nous aussi, nous croyons fermement que notre époque représente le plus haut degré de la civilisation et que les temps de la barbarie sont derrière nous ; nous croyons vivre dans le siècle de la raison et nous disons qu’auparavant on vivait dans la superstition. Mais ce n’est qu’une hallucination sociale ; nous sommes encore aussi barbares que nos ancêtres, mais nous le sommes d’une manière différente et nous appliquons des méthodes différentes. Les critiques importuns de notre vie sociale ne sont pas crucifiés ni brûlés vifs; on les envoie simplement en prison. C’est la méthode de XIVe siècle ; c’est... fin de siècle, comme disent les décadents.
Et nous sommes absolument inconscients de la barbarie qui prive des hommes de leur liberté parce qu’ils onlémis une opinion, ou prononcé des parolesqui n’ontpas l’heurdeplaireaux classes dirigeantes. Nous croyons fermement que les hommes qni n’aiment pas l’ordre social établi sont des malfaiteurs, des révolutionnaires pernicieux. Et si ces hommes nous prouvent que notre ordre social est injuste et plein d’abus, nous appelons le sergent de ville pour les arrêter. On ne peut cependant pas nier que nous ne nous trouvions pas dans le meilleur des mondes et qu’il faille d’abord discuter au sujet des réformes à introduire si ou veut améliorer la vie sociale. C’est justement cette discussion libre qu’on empêche à l’aide de la police et des tribunaux, qui invoquent l’hallucination que notre ordre social est le meilleur possible et qu’on ne doit pas y toucher.
Mais ces malheureux qui s’attaquent à l’ordre social, ne sont que des
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manœuvres inconscients de l’évolution historique, qui poursuit incessamment la destruction de tout ce qui existe pour le remplacer par des produits perfectionnés. Le progrès historique ne connaît que l’axiome de Méphistophélès : que tout ce qui existe mérite de périr. Les soi-disant révolutionnaires sont des Cassandres qui prédisent des destructions inévitables ; au lieu de les poursuivre, on devrait les écouler attentivement pour savoir quelle direction on doit donner à la vie sociale. Nous ne nous trouvons pas sur le sommet de l’évolution de l’humanité, comme nous le croyons à la suite d’une hallucination funeste, mais sur une pente abrupte, et nous ne voyons même pas le sommet vers lequel nous montons sans pouvoir l’atteindre. Nous devrions nous inspirer de ce fait et reconnaître que tout homme qui nous pousse en avant mérite notre gratitude, car il nous aide à faire des progrès.
Nous nous moquons, à l’heure qu’il est, des procès qu’on intentait autrefois aux soi-disant sorcières et nous nous récrions contre la barbarie, l’ignorance de ces temps qui se défendaient contre les malheurs purement imaginaires que les prétendues sorcières attiraient aux braves gens. Les malheurs que nos révolutionnaires peuvent nous attirer à nous par leurs propos ne sont pas moins imaginaires, et nos codes ne sont pas moins barbares que ceux du moyen âge. Si on voulait abolir, pour un jour seulement, les lois qui garantissent aux représentants du peuple l’immunité pour leurs discours et aux savants la liberté de la science, le premier substitut de procureur venu pourrait envoyer en prison l’élite de la nation. Il pourrait prouver à tous les députés, à tous les professeurs et penseurs, que leurs idées et leurs paroles tendent à amener une « révolution » et leur appliquer les articles du Code pénal qu’on invoque contre les soi-disant « révolutionnaires ».
En examinant les faits matériels, pour lesquels on enferme encore de pauvres diables, on est vraiment stupéfié. L’un a excité « à la haine mutuelle des classes sociales », comme dit le Code (autrichien). Parbleu ! comme ces classes sociales s’aimeraient mutuellement, si un malheureux ouvrier ne leur prêchait pas la haine ! C’est le comble de l’hypocrisie, car tout le monde sait que la haine existe entre les classes sociales, que cette haine est absolument naturelle et que les discours des socialistes ne peuvent l’augmenter ni la diminuer. L’exploitation des couches inférieures du peuple par les couches supérieures produit forcement cette haine et les manifestations ouvertes du peuple sont moins dangereuses que la haine contenue et silencieuse. Quand on discute, on peut au moins entrevoir la possibilité d’une amélioration de l’étal social. Toute réforme commence par une discussion ouverte et ceux qui aiment cette discussion sont plutôt des bienfaiteurs de l’humanité. Les procès actuels contre les socialistes forment un digne pendant des procès qu on intentait jadis aux sorcières. Un siècle à venir ne manquera pas de les placer au même niveau de civilisation et de bon sens.
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On envoie en prison des gens qui critiquent les institutions de l’État moderne; on leur reproche d’exciter à l’aversion contre l’État, de rendre l’État méprisable. Hé bien ! Est-ce que l’État, tel qu’il était constitué avant 1789, n’était pas méprisable? La condition des paysans, les tortures, les lettres de cachet, les privilèges de la noblesse et du clergé, tous les abus innombrables de l’ancienne monarchie ne rendaient-ils pas l’État méprisable et haïssable ? Qu’est-ce qui nous prouve que notre État actuel est meilleur au point de vue de l’absolu? Sommes-nous réellement arrivés au sommet de la perfection? Ne pouvons-nous plus faire de progrès ? C’est une hallucination pernicieuse qu’on doit combattre autant que possible que de croire que l’État moderne n’est plus à perfectionner. Aux critiques du XXe siècle,il paraîtra aussi méprisable que l’ancien régime à nous. Quiconque s’efforce d’abolir l’État actuel pour faire place à un État meilleur, est un bienfaiteur de l’humanité. Les pauvres diables qu’on condamne en justice de ce chef d’accusation, rallongent la longue théorie des martyrs de l’humanité, parmi lesquels on trouve des hommes comme Socrate et Jésus de Nazareth.
Qu’on ne vienne pas nous dire que ce ne sont pas toujours des philosophes qui attaquent l’État moderne, mais pour la plupart des ouvriers en rupture d’atelier, et des étudiants de vingtième année, ou des chasseurs de mandat législatif. La personne qui parle est absolument indifférente ; il ne s’agit que de ce qu’elle dit. Car au point de vue de la sociologie, l’individu est sans importance ; c’est son époque, son entourage social qui parle par sa bouche. Ce qu’il dit n’est pas à lui; ses idées ne sont pas sa propriété. La sociologie ne reconnaît pas le droit d’auteur sous ce rapport; l’individu qui prend la parole dans les assemblées publiques est un être représentatif, (mi exprime les idées de son temps et de son monde. Au point de vue juridique, on ne peut donc pas lui imputer un dolus, un mauvais dessein punissable.
Il est indéniable que, partout et dans toutes les classes de la société, les hommes de bonne volonté sont mécontents de l’organisation actuelle de la société. Comment doivent-ils manifester leur état d’âme? Tous ne peuvent pas parler publiquement; autrement, toutes les prisons du monde ne suffiraient pas pour les loger. Certainement, les jeunes gens partent en petit nombre et nous nous imaginons que ce sont eux qui provoquent le mouvement, qui leur est communiqué par leur entourage. Cette erreur est énorme ; elle est encore confirmée par les fausses idées que nous nous formons au sujet de la prétendue liberté de notre volonté. Mais nous arriverons un jour à reconnaître que l’individu n’est que l’expression des faits sociaux qui se forment en dehors de sa personnalité, qu’il n’est que le foyer dans lequel se concentrent les rayons de la vie sociale. Quand nous voulons nous emparer de ce foyer, les rayons con
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tinuent à briller et rien ne nous reste entre les mains. Les rayons se concentrent dans un nouveau foyer et les tentatives d’emprisonner le foyer doivent recommencer.
Quand on compare les procès des socialistes avec ceux des sorcières, les derniers sont encore plus raisonnables. Car les partisans de la suggestion hypnotique peuvent toujours parler de l’ensorcellement, mais aucun homme d’état ne peut avancer sérieusement qu’une poignée de socialistes serait à même de renverser l’État moderne. Où sont leurs fusils du dernier modèle, où leurs canons ? L’État est une nécessité inéluctable de l’existence sociale; aucune action individuelle ne pourrait amener le renversement de l’État. Des hallucinations pareilles ne peuvent hanter que ces esprits médiocres, qui s’imaginent que l’État est une œuvre des hommes et que cette œuvre a besoin de gardiens. Ces pauvres esprits timorés sont au même niveau intellectuel quelessoi-disants anarchistes, qui s’imaginent de leur côté qu’ils pourront un jour appliquer quelques bons coups de pied à l’Étal pour l’achever à tout jamais. Les gardiens de l’État ne sont pas plus intelligents que ses démolisseurs.
Nos législateurs devraient enfin étudier un petit peu la sociologie. Ils verraient d’abord que l’individu, avec sa prétendue volonté libre, n’est jamais la cause, mais toujours la conséquence inéluctable des faits sociaux. Si on veut neutraliser un individu et annihiler son action, il faut d’abord détruire la raison d’être de cet individu. Si on laisse persister les faits dont l’instinct est le produit, sa destruction ne servira à rien; immédiatement il sera remplacé par un autre instinct qui parlera et agira comme le premier. Ensuite nos législateurs apprendraient que l’État, comme produit social, ne peut être renversé; il peut être modifié, non pas aboli. Si un État plus puissant s’empare d un État plus faible, par l’annexion, l’État faible est transformé, mais pas aboli.
L’existence de l’État est donc toujours hors de question et il ne s’agit que de la transformation, de l’amélioration, de l’existence sociale. Ceux qui s’occupent de ce problème devraient plutôt être récompensés que punis, car deux possibilités seulement existent : ou le réformateur dit la vérité el alors il conseille directement le progrès, où il est dans l’erreur et alors il provoque par la discussion indirectement la découverte de la vérité. Les discours les plus saugrenus et stupides ne peuvent pas faire de mal, car aucune évolution naturelle et nécessaire ne peut être entravée par les opinions des hommes. Les lois qui veulent garantir l’État contre les orateurs ressemblent aux anciennes lois contre les sorcières. Si l’État était une institution qui pourrait aussi bien ne pas exister dans la société humaine, il n’existerait plus depuis longtemps, car il a toujours eu contre lui beaucoup d’ennemis. L’existence de l’État prouve qu’aucun individu quel que soit son génie et sa puissance ; et qu’aucune réunion d’individus, quel que soit leur nombre et leur force, ne pourront jamais « renverser » l’État, comme une simple marmite. Les per
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sonnes qui secouent l’organisme social pour le forcer à un mouvement salutaire, au progrès, ont plus de mérite que les personnes qui se tiennent tranquilles et subissent, sans murmurer, la décomposition sociale. Au XXe siècle, ou plus tard peut-être, on se moquera joliment de nous, car nous réservons tous les honneurs et toutes les assiettes au beurre, aux individu qui arrêtent les progrès de l’humanité, tandis que nous emprisonnons et martyrisons ceux qui veulent nous procurer un peu d’air et de lumière. Il est vrai que nous ne les brûlons plus en place publique, comme jadis les sorcières. Voilà tout le progrès du XIXe siècle !
Nous avons heureusement un grand avantage sur les siècles passés: la presse, qui propage la discussion des idées. Cette propagande des idées chasse les spectres qui s’opposent au progrès. Toutes les mesures qu’on prend contre la liberté de la discussion et de la presse entravent le progrès. C’est absurde de vouloir justifier ces mesures coercitives par les prétendus abus de la discussion de la presse et les dangers qui peuvent en résulter pour la sécurité de l’Etat. Ce prétendu danger n’est qu’une hallucination sociale ; aucun mot parlé ou imprimé, fût-il le plus violent, ne pourrait mettre en danger l’existence de l’Etat.
On continue toujoursà confondre la cause avec l’effet. Les pensées et les discours des hommes sont les effets des faits sociaux ; les individus sont le produit de ces faits, ils n’en sont jamais la cause. Même les « révolutionnaires » qui ont occupé un trône puissant et ont régné sur des millions d’hommes n’ont pu échapper à cette loi. L’exemple de l’empereur Joseph II d’Autriche est probant. S’il avait été un simple particulier et s’il avait osé émettre publiquement ses opinions, qui étaient cependant de son temps, on l’aurait sans doute enfermé dans les mêmes prisons du Spielberg que le patriote italien Silvio Pellico a rendues célèbres. Etant le chef de l’Etat, il a échappé à la prison, mais il n’a cependant pas pu réaliser ses idées. Il a pu renverser ce qui était vermoulu et se serait écroulé sans lui, mais il était impuissant en face des idées et mœurs du peuple. Il n’a pas pu abolir ni les différentes langues de l’empire, ni les couvents et la puissance du clergé catholique. Au contraire, aujourd’hui, cent ans après sa mort, ces langues sont plus développées que jamais et les couvents sont plus florissants. Même le révolutionnaire couronné n’a pas réussi à faire sa révolution. Joseph II avait eu aussi l’hallucination de l’acrochronisme ; il ne l’aurait plus, s’il pouvait revoir aujourd’hui son ancien empire.
Cet état de choses ne finira que quand l’hallucination de l’acrochronisme nous aura quittés. Quand les générations qui nous suivront ne croiront pas qu’elles se trouvent sur le sommet de la civilisation et que les siècles précédents étaient plongés dans la plus terrible barbarie, ils subiront plus facilement la critique de leur état social et la discussion libre des progrès à accomplir. On restera calme en face des pires divagations de quelques individus, car on saura que
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l’état social ne se transforme que par des faits sociaux et que les opinions et les faits des individus n’ont aucune influence réelle. Nous sommes encore sujets aux erreurs de l’individualisme ; nous sommes encore aveuglés par les hallucinations provoquées par nos fausses idées sur la puissance de l’individu. Nous ne voyons pas encore avec assez de netteté les mille fils mystérieux qui relient l’individu avec son temps et son entourage.
Rien de plus caractéristique que le sort des individus qui se mêlent au commencement d’un mouvement social et de ceux qui s’associent à ce mouvement quand il est arrivé à son apogée. Ceux qui ont lutté, après la chute de Napoléon Ier, pour l’unité de la nation allemande furent emprisonnés par centaines et beaucoup de patriotes ont du s’expatrier ; mais Bismarck est comblé d’honneurs et de richesses et peut voir sa statue de son vivant. En Italie, Cavour a triomphé après le martyre de patriotes innombrables. Nous n’avons pas encore l’intuition que les individus n’ont aucun mérite et qu’aucune faute ne leur incombe, et nous continuerons toujours d’emprisonner les individus qui seront mêlés au commencement d’une évolution sociale. Cela n’arrêtera jamais cette évolution, car elle trouvera toujours de nouveaux défenseurs et arrivera à son apogée. Celui qui réussira à se placer à la tête de l’évolution, au moment de son triomphe naturel et obligatoire, sera le héros et le monde s’inclinera devant lui. La peur et la vengeance d’un côté, l’adulation d’un héros de l’autre – entre ces deux extrêmes flottera encore pendant longtemps l’humanité. Et elle croira toujours se trouver au sommet de la civilisation que les générations précédentes n’ont pas pu atteindre. Les spectres de l’humanité et les hallucinations sociales sont malheureusement encore loin d’être vaincus et la sociologie aura encore fort à faire avant de pouvoir conduire l’humanité à la véritable civilisation.
1Ce mot est composé spirituellement des mots grecs : ἂχρον (le sommet) et χρονοξ (le temps).