Michel Bréal an Hugo Schuchardt (14-01334)

von Michel Bréal

an Hugo Schuchardt

Paris

07. 07. 1897

language Französisch

Schlagwörter: Universität Paris-Sorbonne Bitte um wissenschaftliche Meinung Einladung Internationaler Orientalistenkongresslanguage Spanisch (Mexiko)language Englisch (Indien) Henry, Victor Meyer, Gustav Kirste, Johann Paris, Gaston Bretagne Schuchardt, Hugo (1897) Schuchardt, Hugo (1898)

Zitiervorschlag: Michel Bréal an Hugo Schuchardt (14-01334). Paris, 07. 07. 1897. Hrsg. von Frank-Rutger Hausmann (2019). In: Bernhard Hurch (Hrsg.): Hugo Schuchardt Archiv. Online unter https://gams.uni-graz.at/o:hsa.letter.7014, abgerufen am 29. 01. 2023. Handle: hdl.handle.net/ 11471/518.10.1.7014.


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Paris, 7 juillet 97

Mon cher et honoré Collègue,

Je voulais déjà vous écrire ces jours-ci pour vous recommander ma Sémantique,1 qui se présente avec quelque timidité devant vos yeux. Vous allez la trouver bien claire, beaucoup trop claire, j’en ai peur. Que voulez-vous ? J’ai horreur de l’obscurité, à tel point que quand le soir j’ai une fois allumé une lumière, ne fût-ce qu’une simple bougie, je ne peux plus prendre sur moi de souffler dessus pour l’éteindre.

Ce n’est donc pas chez moi que vous trouverez des thèses et des antithèses, |2| des synthèses et des raisonnements philosophiques qui vous donnent occasion d’écrire de si savantes récensions. M. Victor Henry2 est un très gentil garçon, une intelligence puissante, mais un esprit fumeux et trop ami des grands mots. Telle est du moins mon opinion ; ce qui n’empêche pas que je l’estime beaucoup. C’est même moi qui l’ai désigné pour venir succéder à la Sorbonne au pauvre Bergaigne.3

Je voudrais bien que vous fissiez à mon livre le même honneur, c’est à dire un article dans une Revue allemande. Quand vous m’aurez lu, vous verrez que mon dessein est autre : je ne reste pas sur les hauteurs, mais je descends aux faits journaliers du langage. Je regrette de n’avoir qu’un petit nombre de langues à ma disposition : mais je pense, moitié avec admiration, moitié en frémissant, à ce que serait un pareil livre écrit par vous, si vous ouvriez l’outre |3| d’Eole,4 je veux dire le magasin où vous renfermez toutes les langues et tous les dialectes de la Création.

Ce que vous m’écrivez du Sprachenkampf m’attriste,5 mais ne m’étonne pas. On fait jouer aux idiomes en cette fin de siècle le même rôle qu’il y a trois cents ans aux différences de religion. Au fond, c’est un prétexte, un mot d’ordre qui cache des intérêts et des ambitions d’une nation beaucoup plus matérielle. C’est la simple et éternelle histoire : « Ôte-toi de là que je m’y mette. »6

Viendrez-vous au Congrès en septembre ?7 Vous savez qu’il y aura une section de linguistique, comme il y en avait une à Genève il y a trois ans. Si vous veniez, je vous inviterais à commencer par faire un tour en |4|Bretagne, et à venir me voir à St. Cast (Côtes du Nord) où je vous ferais voir un beau pays et vous offrirais une hospitalité simple, mais cordiale. J’y resterai jusqu’au 31 août.

J’ai appris avec bien de la peine le malheur de M. Gustav Meyer.8 C’est une véritable perte pour la science.

Peut-être serait-ce le moment de faire quelque chose pour ce bon M. Kirste9 qui se morfond à attendre une position qu’il voit fuir devant lui. En sanscrit, il possède des connaissances peu communes.

Voici M. Gaston Paris académicien10. et tout à fait grand homme. Je suis sûr que vous vous en êtes réjoui avec nous. Son discours de réception a été très brillant.11

Il est temps de finir.

Bonne santé et bonnes vacances !

Votre dévoué

Michel Bréal


1 Bréal, Essai de sémantique; (science des significations), Paris: Hachette, 1897.

2 Schuchardt, „[Rez. von:] Henry, Victor, Antinomies linguistiques“, Literaturblatt für germanische und romanische Philologie 18, 1897, 238-247.

3 Abel Bergaigne (1838-1888), Inhaber des Lehrstuhls für Sanskrit und Vergleichende Grammatik an der Faculté des Lettres der Sorbonne.

4 Aiolos nahm Odysseus gastfreundlich auf und gab ihm vor der Weiterfahrt einen rindsledernen Schlauch mit ungünstigen Winden, der verschlossen bleiben sollte. Die Gefährten öffneten ihn jedoch kurz vor der Ankunft in Ithaka, weshalb die Schiffe wieder zu der Aiolos-Insel zurückgetrieben wurden. Der Windgott weigerte sich allerdings, noch einmal günstige Winde wehen zu lassen ( Odyssee X, 1-76).

5 Schuchardt, „Zur Literatur über die Sprachenkämpfe I-III“, Beilage zur Allgemeinen Zeitung (Augsburg, München) 249, 1898, 1-3; 250; 3-6.

6 Dem Duc de Saint-Simon zugeschriebener Ausspruch, der auf die Legisten gemünzt war, die mit diesem Ausspruch ihren Einfluss legitimieren wollten.

7 Vgl. Actes du Onzième Congrès International des Orientalistes, Paris 1897; Paris: Imprimerie nationale, 1898-99 (5 Bde., 7 Sektionen).

8 Gustav Meyer (1850-1900), Allg. Sprachwissenschaftler, Indogermanist und Balkanologe in Graz, musste 1897 wegen einer schweren Erkrankung seine Professur aufgeben.

9 Johann Kirste (1851-1920), österr. Klass. Philologe, Sanskritist und Indogermanist, 1886 in Wien habilitiert, wurde 1892 als Extradordinarius an die Universität seiner Heimatstadt Graz berufen.

10 Vgl. Brief 07-01327

11 Discours de réception de Gaston Paris: sécance de l’Académie française du 28 janvier 1897, Paris: C. Lévy, 1897.

Faksimiles: Universitätsbibliothek Graz Abteilung für Sondersammlungen, Creative commons CC BY-NC https://creativecommons.org/licenses/by-nc/4.0/ (Sig. 01334)