Le Philosophe nouvelliste: Article XXXI.

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Article XXXI.

Du Jeudi 8. au Samedi, 10. Sept. 1709

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Du Caffé de Guillaume. 9.Sept.

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Dialogue

1La Conversation a roulé, ce soir, sur l’Eloquence, & sur l’Action de l’Orateur. Lysandre, qui est un peu singuliere dans sa maniere de penser, & de parler, a soûtenu qu’un Orateur qui n’a point d’action ne sauroit être Eloquent & voici de quelles raisons il s’est servi pour appuyer sa These. Il faut, a-t-il dit, que le Geste, que le mouvement des yeux, & que la modification de la Voix concourent à la perfection de l’Art Oratoire. L’Action est, pour un Homme qui parle en Public, ce qu’est la bonne Mine pour un Homme qui vient en Compagnie. Quand il ne s’agit que d’un bon Mot, ou d’une Pensée badine, il y a de la finesse à le dire avec autant de sang froid que si l’on y étoit soi-même insensible. Mais les grands sentimens ne peuvent être bien exprimés que lors qu’on paroit les sentir soi-même, & c’est de cela seul qu’ils tirent leur graces. Le bon Mot devant être une chose non attenduë, il faut, pour plaire, qu’il n’y paroisse point de dessein, & ce doit être autre chose des Discours préparés, où l’on ne peut reussir à toucher les autres qu’autant que l’on est touché soi-même. L’Histoire nous en fournit un Exemple bien remarquable. Eschine, fameux Orateur d’Athenes, & contemporain de Demosthene y avoit plaidé contre ce dernier une Cause qu’il perdit ; ce qui l’obligea de se retirer dans l’Ile de Rhodes. L’Eloquence étoit alors ce que l’on admiroit le plus dans toute la Grece. Les Magistrats de Rhodes, ayant appris cette avanture, furent curieux d’entendre les deux Harangues, & prièrent Eschine de vouloir bien leur dire l’une & l’autre. Après avoir lû la sienne, il fit aussi la lecture de celle de son Antagoniste. Les Auditeurs temoignerent admirer les deux Pieces, mais ne dissimulerent pas que celle de Demosthene leur paroissoit la plus admirable. Que seroit ce donc, reprit Eschine, si vous la lui aviez ouï réciter, car à ne l’entendre que lire ou en perd la moitié ? Il est certain qu’une Personne qui parle avec grace, ne se retrouve que très imparfaitement dans la lecture ou dans la repetition qu’en fait un autre, parce que chacun a recu de la Nature, certain je ne sai quoi qui est si fort attaché à ses sentimens & à ses pensées, qu’il n’est guere possible que le plus habile Copiste l’attrape. Cela est si vrai que lorsqu’en Compagnie on fait parler des absens à peu près comme ils parlent, il y a toujours quelqu’un qui se recrie aussi-tôt, oui, les voila, on diroit que ce sont eux mêmes. Il n’y a point de gens qui, à cet égard me paroissent plus incomprehensibles que nos Prédicateurs de la Grande-Bretagne. Nôtre Clergé est, sans dispute, le Corps le plus savant qu’il y ait dans le monde. Cependant il neglige entierement l’Art de parler en ce qui concerne la Voix & le Geste. On le peut dire au moins, avec verité, de la plûpart d’entre eux. Je gage qu’un Sourd qui les verroit en Chaire, leur Livre à la Main, ne croiroit pas qu’ils y fissent autre chose que lire un simple Cannevas de quelque Discours encore à faire, & ne pourroit s’imaginer, non pas même lorsqu’ils traitent les sujets les plus touchants, qu’ils prononcent un Sermon dans les Formes. Je viens d’insinuer que cette Règle n’est pas cependant si générale qu’il n’y ait des exceptions à faire.

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Heteroportrait

Je mets au nombre de ces Exceptions 2le Doyen que nous entendimes, il y a quelques jours. C’est-là un Orateur. Il respecte son Auditoire, & ne monte point en Chaire qu’il n’ait bien appris ce qu’il y doit dire. Il y parle avec tant douceur, & tant de grace, qu’il se fait écouter, malgré qu’on en ait. D’ailleurs bien fait de sa personne, cet agrément n’en donne pas peu à son Discours. On ne sauroit que le louer de ce qu’il ne néglige pas cet avantage ; mais ce qui relevé veritablement tout cela, c’est que son Stile est si élégant & si pur que Longin n’y auroit rien trouvé à reprendre, & que son Action est si juste qu’elle auroit merité les Eloges de Demosthenes. Sa Composition est si forte, que la plupart de ses Auditeurs ne pourroient pas le comprendre, s’il ne leur expliquoit pas ce qu’il dit par la maniere dont il l’anime. Il se sert de ce Talent avec toute la delicatesse d’un honnête homme. Jamais il n’entreprend d’emouvoir les Passions, qu’après avoir convaincu la Raison. Il se propose toutes les Objections avec clarté. Il les refuse de même, & ce n’est qu’à la suite de ces discussions, qu’il se met sur le Ton pathétique. Mais quand il s’est rendu Maître de l’Esprit, il attaque le cœur, & le Beau de la Religion ne paroissant ainsi que comme une consequence du vrai, l’impression en est irressistible
. Si tous nos Prédicateurs, s’attachoient à montrer la Verité, & la Vertu dans leur jour naturel, & si l’on voyoit, à leurs efforts pour en convaincre le peuple, qu’ils y prissent eux-mêmes un tendre intérêt, il ne seroit pas possible qu’un impertinent Verbiage attirât tant de monde dans les Assemblées Non-Conformistes, qui ne sont si pleines que parce qu’on y préche de Médication. La plûpart des Hommes ne pouvant être pris que par les Yeux, & les Oreilles, on entreprendroit vainement de gagner leur cœur autrement que par la voye de leur Imagination.

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Heteroportrait

Vous connoissés tous mon Ami 3Daniel. Il est facetieux, & pour lui rendre justice, il scait beaucoup mieux qu’il ne dit. Il n’y a même point de Predicateur, dans son Parti, qui compose mieux que lui, quand il veut s’en donner la peine. Mais il se donne rarement cette peine, parce qu’il compte sur les éclats de sa Voix, & qu’il sait très bien que la Vehemence avec laquelle il parle est le seul moyen d’entrainer son Auditoire. A chaque Période, il crie de toute sa force. Ah ! mes Freres ! mes très chers Freres ! Il enchasse par tout, la Grace, la Regeneration, la Sanctification, la nouvelle lumiere. Il n’a que la Mort, & le jugement à la bouche. Ah, mes Freres, dit-il, le jour, le jour ! oui, mes très chers Freres, le jour ! Disons mieux la nuit ! l’affreuse nuit approche ! le jugement vient lorsque nous y pensons le moins. Daniel connoit ses gens & les sert à leur guise. Aussi lorsqu’il voit entrer Mr. de Chapeauverd qui ne se paye pas de ce jargon, il a l’adresse de lui crier, sans que les autres s’en appercoivent, que ce n’est point pour lui qu’il parle. Ce que je dis, dit-il alors, n’est que pour les Saints ; il n’est que pour les Regenerés. A l’aide de ce Galimathias pathetique, il fait valoir les plus grandes platitudes du monde, & tout en se moquant de l’Evêque, il vit grassement par le moyen des 4Contributions Volontaires, pendant que le Curé est en procez avec la moitié de ses Paroissiens 5pour les Droits légitimes de son Ministere. A cette occasion Daniel dit plaisamment quelquefois, que les Moutons suivent non le Berger qui les mene, mais celui du Troupeau qui porte la Sonnette.
Une autre chose ne me surprend pas moins dans nos Anglicans : C’est qu’ils n’apprennent point à bien lire. Cette partie de l’Eloquence est essentielle pour ce qui regarde la Liturgie. Cette Liturgie est parfaitement belle. Il n’y en eut jamais, ni dans aucune Nation, ni dans aucune Langue, dont les sentimens & les Expressions repondent mieux à la petitesse de l’Homme, & à la grandeur de la Divinité. Cependant la plupart de nos Ecclesiastiques la lisent tant d’indolence & de rapidité, que toutes ces beautez disparoissent.

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Heteroportrait

Une grande preuve du pouvoir de l’Action dans le Discours, est l’exemple du petit 6Dapper. On voit cet Homme dans toutes les Chaires. Il est le Substitut commun de tous les Ministres paresseux de la Ville. Il est jeune, mais vif ; il a la Memoire excellente, la vuë très fine, & sur le tout son Mouchoir est toûjours des plus blancs. Il monte en Chaire, il ouvre proprement la Bible pour y lire son Texte, il la referme ensuite avec la même propreté, & pour montrer qu’il n’a par écrit ni Analyse, ni Memorandum, il presente au Peuple le dedans de ses mains qu’il ouvre toutes deux à la fois. Il débute par un Ton decisif ; il ne hesite en aucun endroit, il prononce avec feu, & bien que depuis le commencement jusqu’à la fin du Discours, son Geste ait été des plus vicieux, chacun se demande tout bas après le Sermon, Qui est cet habile jeune Homme !
Tel est donc le pouvoir de l’Action, que la plus defectueuse se fait mieux écouter, que toutes les raisons, & que tout le bon sens ne peuvent le faire sans elle. Lysandre a fini ses Reflexions en disant qu’à son avis, si nos Predicateurs vouloient apprendre à parler, & nos Lecteurs à lire, en six Mois de temps il n’y auroit pas un seul Protestant non Conformiste 7à la portée des Eglises Nationales, dans toute l’Angleterre.

De mon Cabinet 9. Septembre.

Un jeune inconnu m’a consulté, par lettre, sur l’Embarras assez singulier dans lequel il se trouve. Elevé a vendre des Soyeries & se croyant destiné à ce Négoce, il a eu le malheur d’avoir une succession de mille Livres Sterlin de rente, qui par la mort d’un Oncle, vient de lui écheoir, precisément à la fin de son Apprentissage. Sa peine est de n’avoir pas eu la moindre teinture de l’éducation qui conviendrait à sa nouvelle Fortune. Il avoit si bien attrapé toutes les manieres de la Boutique, qu’il apprehende, avec assez de raison, de n’attrapper jamais celles d’un Homme de quelque façon, & là-dessus il me prie de lui dire ce qu’il doit faire pour prendre les airs d’un honnête Homme, & pour le devenir. Cette partie de sa Lettre merite d’être luë.

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Letter/Letter to the editor

« Quelques unes des Dames, dit-il, que je servois nagueres en qualité des Pratiques, viennent à present rendre visite à ma Mère pour me marchander moi-même, & je crains fort que je ne sois obligé de me marier malgré moi ; car je ne pourrai pas refuser la premiere qui me demandera. Je ne sai point du tout comment me comporter avec Elles. Tant que je n’etois que premier Garçon de Boutique, je ne manquois point de hardiesse, & ces Dames, fussent elles de la premiere condition, je leur presentois la main pour les conduire au Carosse, d’une maniere aussi degagée que leur Gentilhomme. A cette heure je suis tout-à-fait hors de mon Elément, & je ne sai plus que dire quand je suis avec les personnes du Sexe. Elles, me disent en face que j’ai beaucoup de pudeur ; que je serai certainement le meilleur Mari de la Terre ; & que j’ai été élevé avec beaucoup de Sagesse. Il y en a même une qui cherche toutes les occasions d’être seule avec moi. Mon cher Mr. Biquerstaff, rendez moi service. Je vous envoye inclus tous mes Documens à la Succession qui m’est êchuë. Je vous prie de les bien examiner, & de voir s’il n’y auroit point quelque défaut. En ce cas-là le bien iroit à un de mes Parens qui fréquente le Caffé de St. James, qui est assidu à la Maison de White, & qui saura bien tirer parti de cet Heritage. Je lui cederai volontiers, pourvû que j’en puisse avoir seulement un Capital de deux mille Livres Sterling. Avec cette somme je serai content comme un Roi : je m’établirai dans le Negoce, & je demeurai dans un genre de Vie auquel je suis tout fait ; je sens que cela me concient infiniment mieux, que de vivre dans une espece de monde, qui n’est que trop beau pour moi, & où, je ne pourrai jamais servir que de jouet. Si vous pouviez donc donner cet Avis à mon Parent, & lui persuader, sans que personne le sache, d’accepter ce Bien, à la Condition que je viens de marquer, je vous en aurois une extrême Obligation. »
A la première vûë, cette Proposition me parut très bizarre. Mais après y avoir bien pensé, je trouvai que ce jeune Homme avoit beaucoup de Prudence, & de Bon-Sens ; car il n’y a rien de plus ennuyeux que de passer ses jours dans un Genre de Vie pour lequel on n’est pas fait. Mr. Chapeauverd, à qui j’ai communiqué cette affaire, entre si fort dans le gout de celui qui m’écrit, qu’il a eu d’abord quelque pensée de s’accommoder lui même de cette succession aux conditions proposées. Quelques Reflexions lui ont suggeré un autre Expedient, qu’il m’a expliqué de la maniere suivante. Je souhaiterois, m’a-t-il dit, que ce jeune Homme conservât son bien & que pour cet effet nous pûssions trouver quelque biais qui le contente. Mon avis seroit donc que vous lui conseilliez six Mois d’Yvrognerie continuelle. Cette crapule l’abrutira si fort, que son Education sera, de plus belle, à recommencer. Je me fonde sur ce qu’une Personne qui a été mal apprise est en pire condition que celle qui n’a rien du tout appris. Un vrai Butor est donc moins éloigné des manieres d’un Homme de naissance, que ne l’est le plus joli Garçon de Boutique. Par consequent il faut défaire notre Homme, si nous voulons le refaire. A dire le vrai je l’estime de ce qu’il se connoit assez lui-même, pour sentir que c’est un malheur pour lui que d’avoir fait une semblable Fortune. Il paroit avoir compris que la Vie d’un Homme de naissance est de toutes la plus penible quand on en veut soutenir le vrai Caractère. Ce n’est pas le tout que de pouvoir vivre de ses rentes, sans métier, & sans travail. Le plus important est de savoir jouir de son Bien. Aussi voyons nous, des Gentilshommes, qui se conduisent d’une maniere si peu digne de l’honneur de ce Titre, que c’est pour eux le plus grand malheur du monde, que d’avoir à le porter. Cette Consideration m’engage à me servir de mon Autorité pour arranger mieux les choses, par rapport à tant de personnes qui sont déplacées. Le Sieur Lacker est toujours dans les ajustement d’un Maitre à Danser. Je lui assigne donc cette Profession, & je le dépouille de ses grands Biens pour en revêtir son Cadet. Le Sieur Lightfoot est si alerte, & s’en vante si fort, que je ne croi pas le pouvoir mieux mettre, qu’à la tête d’une meute de Chiens courans, en qualité de Veneur. Un autre saura faire valoir de belles Terres qui déperissent entre ses mains. Mais puis que j’en suis sur les bienseances dans l’art de jouir, je fais expresses défenses d’aller en Carosse à six-Chevaux dans le 8Parc de Hie, à toutes Personnes autres que de la premiere qualité, ou de la premiere Consideration. J’estime qu’il est de la derniere insolence de le faire, par la seule raison que l’on en a le moyen. S’il y a pourtant des Gens qui s’imaginent que les Richesses font le premier merite, & tiennent lieu de tout, je veux bien donner quelque chose à ces gens-là. Ils ne pourront, à la vérité, paroitre au Cercle qu’en Carosse à deux Chevaux ; mais je leur permets, en guise d’Armoirie, de charger leur Portieres de la liste des Biens qu’ils possedent. La Pénsée m’en a été suggerée par Mr. Chapeauverd, qui travaille à un Traité pour reformer l’abus des Equipages. Il y donnera des Regles pour cette dépense ; il montrera quels sont les devoirs des Maitres & des Domestiques. Il y examinera distinctement ceux des Maris & des Femmes. Ce sera comme une Methode d’Oeconomie par rapport au dehors, ou l’Art complet de paroitre dans le monde. L’Ouvrage ne pourra être que d’une grande utilité pour les Personnes qui ont promptement fait fortune, & pour celles qui ont honte d’être pauvres. On m’a donné avis d’une Meute de Chiens, d’une espece tout à fait differente de celles dont j’ai parlé jusqu’ici. La lettre suivante qui m’en parle, ne m’apprend pas bien de quelle maniere ils chassent.

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Letter/Letter to the editor

Monsieur. Il y à près de 9Charing-Cross une autre Meute à Vendre. On dit que deux des Chiens, qui la composent, sont nés dans l’Alsace. De quelque endroit qu’ils viennent, ils ne sont en rien moins pernicieux que les autres. Les Anciens connu ceux-ci sous le nom 10d’Heredipetes. La Morsure en est des plus cruelles. S’ils prennent au Collet un jeune Heritier, & sur tout celui dont le Bien est substitué, ils le mettent d’un seul coup de Dent, dans un état à perdre le goût du Pain. On vous prie de prevenir la mulitplication de cette maudite Engeance, & le soin que vous en prendrez n’obligera plus sensiblement personne que celui qui est, Monsieur. Votre très-humble Serviteur Philantrophe.

1Quelques Articles précedens animerent fort les Toris Episcopaux contre l’Auteur, & les porterent à l’accuser d’être Ennemi de l’Eglise Anglicane, & ami des Non-Conformistes. Il se justifie ici en exposant ce qu’il pense & de cette Eglise, & des Separatistes. La verité est que Mr. Steel à toujours été Membre de la Communion Anglicane, & même Membre zélé, mais sans emportement, & avec connoissance.

2Ce Doyen c’est le Dr. Atterbury, qui jouissoit alors du Doyenné de Rochester, & que la Reine Anne, éleva dans la suite au Siége de ce Diocése. Il fut banni sous George I. & mourut à Paris en 1733. Ce Theologie étant des plus zélés pour ce qu’on appelle la Haute Eglise, Mr. Steel affecta de faire ici son Eloge pour servir de preuve à l’impartialité de ses jugemens, & c’est ce qu’il fit remarquer lui-même dans la Préface de son quatriéme Volume. On a de ce Predicateur des Sermons imprimés dont on fait estime.

3Il veut parler d’un Ministre Presbyterien qui faisoit ses Assemblées dans une petite Allée qui n’est pas loin du Commun jardin, & qui y avoit d’ordinaire beaucoup de monde. Ce Ministre s’appelloit Daniel Burgess & étoit fils d’un autre Daniel Burgess, aussi Ministre Prèsbyterien qui l’an 1662. perdit un Benefice de 350. Livres Sterlin de rente pour n’avoir pas voulu se ranger à l’Eglise Episcopale, & à la Liturgie. Mr. Calamy, dans la Continuation de sa Relation &c. Tom. II. reconnoit que le Fils, dont il s’agit ici, étoit un bon Homme qui eut beaucoup d’Ennemis, & qui avoit quelques manières qui lui étoient tout à fait particulieres. Je me souviens d’avoir ouï faire plusieurs contes fort plaisans de ce qui lui échappoit quelquefois dans les Sermons.

4La plupart des Ministres Presbyteriens étant proprietaires des Batimens où se sont leurs Exercices, ils n’ont de gages que le produit des Places que les particuliers y occupent à tant par an ; de sorte qu’ils ne peuvent compter que sur la bonne volonté des Contribuans.

5Les Revenus des Ecclesiastiques Anglicans se forment des Dimes, grandes ou petites, de même que de certains droits pour les Offrandes de Pâques, pour les Mariages, les Batemes, les Enterremens, & autres choses que les Loix de l’Etat ont conservées, ou reglées ; mais sur lesquelles il ne laisse pas d’y avoir mille moyens de Chicane. Un Curé Anglican qui n’est pas aimé de ses Paroissiens est exposé, par cet endroit, a bien des chagrins. Aussi quand il y est aimé on ne compte pas avec lui à la rigueur des Loix & la bien veuillance va beaucoup plus loin que les pretentions juridiques.

6Il s’appelloit Trapp si je ne me trompe, & n’étoit pas un des Anglicans, les moins emportés

7En quelques Villes, & en quelques Bourgs, il n’y a pas assez d’Eglises Nationales, ou celles qu’il y a ne sont pas assez spacieuses pour contenter tous les Paroissiens. Il y en a même qui sont trop éloignées d’une partie du Troupeau. Ces raisons ne contribuent pas médiocrement à entretenir le Parti Presbyterien dont le Ministere devient en quelque façon necessaire a un Peuple qui n’en a point d’autre.

8C’est un Parc, a peu près comme celui de St. James, entre ce dernier & Kinsington.

9C’est un grand Carrefour, non loin du Palais de Whitehall. Il y avoit autrefois une Croix, à la place de laquelle est á present la Sainte Equestre de Jaques II.

10C’est-à-dire, Solliciteurs d’Heritages. L’Auteur veut parler ici des Usuriers qui prêtent aux Mineurs à un intêret si exorbitant, & à des Conditions si onereuses, que presque tout le bien de ces jeunes gens devenus Majeurs s’y en va. Cet Ordre des Chevaliers d’Industrie n’est ni le moins dangereux, ni le moins criminel. Voy. l’Avare de Moliere. Act. II. Sc. I.