Sugestão de citação: Jean-François de Bastide (Ed.): "Chapitre XI.", em: Le Monde, Vol.4\011 (1760-1761), S. 235-240, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4485 [consultado em: ].


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Chapitre XI.

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Lettre.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Monsieur,

Il m’arriva avant-hier une chose qui sans doute eut embarrassé un homme de plus d’esprit que moi. Le privilége des personnes qui n’ont que peu d’idées ou peu de connoissances est de croire, lorsqu’elles ont eu une pensée bonne en elle-même, qu’elles ont pensé tout au mieux, & qu’il n’y a rien à leur répliquer : les gens d’esprit au contraire, les bons Logiciens, ceux qu’on appelle sceptiques, sont persuadés, qu’il n’y a point de systême qui ne soit faux, & qu’on ne peut voir dans aucune circonstance, nulle pensée, nulle idée, qui ne souffre des objections infinies : aussi les voit-on bien peu hardis à dire [236] leurs avis, & le plus souvent même finissent-ils par n’en avoir aucun après une longue dispute ou une longue réflexion. Pour moi qui ne suis point de cette classe privilégiée, je pense d’abord quelque chose sur le sujet qui se présente, & comme j’ai assez de ce jugement qui auprès du véritable esprit n’est que de l’instinct, ce que je pense est assez généralement ce qu’une tête commune peut imaginer de plus raisonnable, & je dis mon sentiment avec cette sécurité d’honnête homme qu’on a toujours quand les intentions sont droites, & qu’on ne songe pas à se faire des objections à soi-même à fonce d’en être incapable.

Après cet aveu, Monsieur, je crois que je suis très parfaitement connu de vous, & je vais hazarder de vous faire part de mon aventure sans craindre que vous m’accusez de témérité en voyant le peu d’obstacle que je trouvai en moi [237] pour prononcer hardiment dans cette circonstance.

Nível 4► Une Calêche étoit embourbée jusqu’au moyeu ; deux foibles chevaux y étoient attelés & n’auroient jamais pu la tirer de-là. Je passois dans ce même moment & je dis au Cocher, la Ferme n’est pas loin, allez chercher trois forts chevaux & votre embarras finira bientôt : il me crut, & un quart-d’heure après je vis arriver le renfort puissant. Cette voiture appartenoit à un homme de beaucoup d’esprit, à un de ces hommes qui sçavent douter, & pour qui la vérité la plus géométrique n’est longtems qu’une raison d’approfondir avant que de croire. Cet homme arriva au même instant qu’on atteloit les trois chevaux, il demanda la raison de cet échange, je la lui dis : eh ! Monsieur, s’écrira-t-il, ma voiture va casser, ne voyez-vous pas que ces chevaux ont des reins & des jarrets terribles : oui, Mon-[238]sieur, répondis-je, je vois cela, mais votre Calêche est neuve, les roues en sont très-solides, & l’effet en est très-fort ; elle n’éprouvera aucun dommage, d’ailleurs il n’y a pas à balancer ; pour la tirer de-là il faut une force supérieure à celle qui l’y retient . . . Eh ! Monsieur, reprit-il un peu brusquement, voilà comme on raisonne quand on n’approfondit point, tous les systêmes sont faux ; un expédient est contrarié par un danger, il arrive tous les jours des accidens qu’on n’avoit pas prévus, parce qu’on suit la premiere idée, l’instinct trompeux . . . Eh bien, Monsieur, vos chevaux sont trop foibles pour tirer la voiture, ceux-ci sont trop forts pour les y employer sans risque, faites venir des paysans ; ils auront bientôt . . . notre systême, dit-il, & toujours des systêmes ! l’esprit humain est bien borné & bien présomptueux ; & si ces hommes se blessent ! si leurs efforts sont [239] supérieurs à leur force, si la voiture (en se détachant du bourbier massif qui l’enveloppe) tombe sur eux & les écrase ? vous ne prévoyez pas cela, Monsieur, où est donc l’humanité ? voulez-vous immoler dix hommes à l’honneur d’un systême spécieux ? . .

Ma conception infidelle se déroboit aux éclats de lumiere qu’il lançoit sur l’erreur de mon raisonnement ; je le quittai de peur de le mettre en colere, & sans espoir de m’éclairer au flambeau de son génie. Pour lui, il prit le parti de faire ramener tous les chevaux dans l’écurie, & de laisser la voiture dans le bourbier après l’avoir fait mettre en pieces, de peur que quelque rustre avide ne tentât pour se l’appropier, les moyens qu’il avoit cru devoir s’interdire. ◀Nível 4 Je crois, Monsieur, qu’on ne peut pas pousser la prudence & le septicisme plus loin. Depuis ce moment j’ai compris que c’étoit une très-belle [240] chose que de sçavoir douter ; je voudrois cependant qu’il n’en coutât pas une voiture pour avoir cet honneur-là.

J’ai celui d’être, &c. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Avis.

Metatextualidade► L’Auteur François s’est justifié au sujet du morceau sur les Assassins : il l’a traduit mot pour mot d’une Gazette angloise, intitulée : The London cronicle. C’est donc l’Auteur Anglois qui a tort ; c’est aussi que j’avois pensé. ◀Metatextualidade ◀Nível 2 ◀Nível 1