Cita bibliográfica: Jacques-Vincent Delacroix (Ed.): "Discours Ier.", en: Le Spectateur françois ou le Nouveau Socrate moderne, Vol.1\001 (1790), pp. 1-28, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4410 [consultado el: ].


Nivel 1►

N° Ier.
Discours Ier.

Portrait de l’auteur.
Plan de l’ouvrage.

Nivel 2► Metatextualidad► Un ouvrage périodique est une conversation littéraire qui excite la curiosité du public : le lecteur veut savoir à qui il a affaire. Pour m’accommoder à ce goût, je vais, à l’exemple du Spectateur Anglois, employer les premieres pages de ce discours à donner mon histoire, ainsi que celles des personnes qui sont intéressées avec moi dans cet ouvrage ; ce qui me servira d’épître dédicatoire, de préface, d’avant-propos, ou de tel autre nom qu’on voudra lui donner. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Autorretrato► Je suis né dans une ville du midi de la France, qui a une savante université de medecine, ville par conséquent moins recommandable par la reputation de ses habitans, que célébre par le nombre de ses morts.

Retrato ajeno► Le génie de mon pere n’étoit taillé pour les hautes sciences. De sa premiere jeunesse, il s’étoit adonné à celle du calcul, où il avoit fait de grands progrès. Barème étoit son auteur favori : il disoit, que de tous les livres faits, les comptes faits étoient le livre le mieux fait.

[2] Il avoit coutume de dire : qu’il ne faut jamais renvoyer au lendemain ce qu’on peut faire la veille ; que l’on ne doit pas négliger les petits profits ; qu’un sol épargné, est un sol gagné. Il appelloit ces maximes, les trois vertus cardinales de la vie civile, parce qu’elles servent à faire valoir les autres.

D’ailleurs il étoit bon citoyen, bon ami, bon époux, bon pere, sur-tout bon catholique romain, ne manquant jamais d’assister tous les dimanches & fêtes à la grand’messe & à vêpres à l’église de Notre-Dame des Tables sa paroisse. ◀Retrato ajeno

Ma premiere enfance n’a rien qui mérite l’attention du lecteur ; si ce n’est que lorsque j’étois à l’école avec de petits garçons & de petites filles de six ans, de mon âge, quand ils faisoient du bruit, qu’ils déchiroient le livre de la croix, qu’ils dansoient au milieu de l’école, ou se cachoient derriere la porte au lieu d’étudier leurs leçons , je leur disois toujours fi fi : ce qui fit dire à notre bonne, que je me distinguerois un jour dans la philosophie morale. Je n’ai pas la vanité de croire que ce pronostic me regardât : mais, soit que les premieres idées que l’on reçoit dans l’enfance se conservent toujours, ou pour d’autres raisons que je ne saurois dire, il est certain, que dans presque tous les états de la vie où j’ai passé depuis, j’ai souvent eu occasion de placer mon fi fi.

On s’apperçut, dès ma tendre jeunesse, que j’avois les idées extrêmement réfléchies sur les objets présens, & que tout ce qui s’opposoit aux préjugés reçus, me choquoit infiniment. Par exemple, je ne pouvois souffrir qu’on mit sur [3] une cheminée, le buste d’un poëte près de celui d’un financier, d’un savant à côté d’un faiseur de romans ; ou que dans un même appartement on plaçât le portrait d’un comédien vis-à-vis celui d’un homme de bien.

Dès que je fus en âge d’apprendre les principes du rudiment, on m’envoya avec d’autres écoliers chez un maître de pension à la campagne, qui, pour cent écus par an, se chargeoit de nous apprendre ce qu’il ne savoit pas : talent bien considérable ; car comme le remarque un auteur moderne, il ne faut pas beaucoup d’esprit pour montrer ce que l’on sait ; mais il en faut infiniment pour enseigner ce qu’on ignore.

Le pédant étoit avare, comme le sont presque tous ceux qui vendent en détail les élemens des langues mortes. Afin de nous accoutumer à manger peu, pour gagner davantage sur nos pensions, tous les matins, après la priere publique, il montoit sur un pupître élevé en forme de tribune, où il nous récitoit à haute voix ce vers de la premiere satyre de Perse : Maester, arter ingenuique largitor venter, qu’il traduisoit ainsi : C’est la faim qui apprend les beaux arts, et donne de l’esprit. Mais il avoit affaire à un auditoire difficile à convertir ; car il n’est pas bien aisé de persuader à de jeunes écoliers, presque toujours devorés d’une faim canine, de manger peu pour apprendre beaucoup.

Comme sur le pied actuel des premieres dignités de l’église & de la robe, il faut savoir un peu de latin, ne fut-ce que pour être évê-[4]que, aumônier, président ou conseiller, au sortir de ma pension, on m’envoya au college des jésuites, où je passai sept ans à apprendre ce que tout homme raisonnable doit savoir en trois. Mais dans cette sorte d’oisiveté classique, je puis dire que je ne perdis pas tout-à-fait mon temps. Je parcourus les meilleurs ouvrages des auteurs anciens & modernes. J’avois un plaisir secret de voir que, dans tous les âges du monde, il s’étoit trouvé des philosophes qui avoient démasqué les vices, & les avoient fait paroître au grand jour.

Après avoir fini mes études, je formai le dessein de voyager dans les différentes parties de la terre, pour connoître les divers caracteres des hommes qui l’habitent.

Je quittai ma patrie avec la réputation d’un homme qui avoit des connoissances & du savoir, mais qui manquoit de cet esprit qu’il faut avoir pour s’enrichir, qui, dans la ville où je suis né, est l’esprit sublime.

L’objet principal de mes voyages étoit de savoir :

1°. Si la partie de la planete que nous habitons, est plus propre aux connoissances & aux arts, que les trois autres du monde.

2° Si en Europe l’esprit n’a pas gâté l’esprit.

3°. Si nos écoles & nos académies ne sont pas contraires à la vraie philosophie.

4°. Si nous n’avons pas plus de vices que n’ont de vertus les peuples qui savent moins que nous.

On sait assez que les qualités des hommes [5] sont les enfans du climat, d’où se forment ces différens caracteres qu’on remarque dans les différens degrés de latitude.

Il faut donc rapprocher les différentes parties de ce climat, pour réunir ces divers caracteres, afin d’en faire un tableau universel, qui renferme ceux de toutes les parties du globe : c’est ce que j’appelle la science du monde, ou pour mieux dire, celle des hommes : connoissance profonde que j’ai cherché à acquérir dans mes longs voyages, où j’ai vu des choses bien différentes de celles qu’on trouve dans les livres : ce qui m’a persuadé qu’il faut voir le monde, & non pas le lire.

De retour de mes voyages, je me suis fixé à Paris, où je réside depuis environ vingt ans. J’ai choisi cette capitale de la France, à cause de la grandeur du théâtre, de la variété de la scène, & de la multiplicité de ses acteurs.

Dans les villes de province, les grands événemens manquent à la haute tragédie de la vie humaine ; on n’y joue guere que des pieces comiques, plus propres à divertir qu’à instruire. Les représentations manquent souvent au théâtre : au lieu qu’à Paris, la scene est toujours ouverte. Les ministres, les intrigans, les chevaliers, les courtisans, les auteurs, les charlatans, le fou, le poëte, le politique, le pauvre, le riche, l’indigent, le partisan, sont acteurs dans la même piece.

A l’égard de mon existence locale, je vais encore ici en régaler le public. Je me promene régulièrement tous les matins depuis dix heures [6] jusqu’à midi, au Luxembourg, aux Tuilleries, aux Champs-Elisées, & à d’autres promenades où mon visage est plus connu que ma personne. Au retour, je me rends dans quelque bibliotheque publique, où je lis environ vingt ou trente minutes.

A deux heures, j’entre dans le premier hôtel à table ronde, où je dîne avec des gens qui ne me connoissent pas, & qui ne s’embarrassent guère de me connoître.

A la suite de mon dîner, je me rends au jardin du Palais-Royal, au café du Caveau, qui étoit autrefois un tombeau, où les preneurs de cette liqueur noire ensevelissoient chaque jour leurs paroles oisives ; mais qui depuis quelques années, est devenu une belle galerie, où l’on voit les bustes des grands hommes (I1 ) qui se sont distingués dans la science sublime des ariettes.

Après avoir pris ma tasse, je me glisse dans le pavillon qui est au milieu du jardin, où je bois un petit verre de liqueur de la composition de l’honnête Jousseran (22 ). Delà, je me rends ordinairement au café militaire, où je goûte un plaisir secret, à la vue de ces braves officiers qui ont servi la patrie avec distinction, & qui portent à leur boutonniere la marque de leur courage & de leur bravoure.

Je passe delà à celui de la Régence, où, debout, derriere les tables du jeu des échecs, [7] je vois des gens plus occupés à pousser en avant, ou retirer en arrierre de petits morceaux de bois, qu’un grand général ne l’est à regler la marche où la contre-marche d’une armée.

Environ les six heures, je parois un moment dans un cabinet à nouvelles, où j’achette pour deux sols de politique. Je fais cette dépense réguliérement chaque jour, pour être au courant des intérêts des princes.

Je destine le reste de ma soirée au théâtre ; je vais ordinairement le vendredi à l’opéra, à moins qu’on n’y chante à grand chœur une piece comique ; car alors je préfere les théâtres des marionnettes ou les ombres chinoises aux grands acteurs de l’académie royale de musique. Il m’arriva dernierement, au sujet de ce spectacle, un accident qui me rendra à l’avenir plus circonspect sur le choix des pieces lyriques ; car faute d’avoir lu l’affiche de l’opéra le matin, je me trouvai le soir dans l’île des Lanternes (I3 ).

Je fréquentois autrefois le théâtre françois ; mais depuis qu’on a associé aux héros de Corneille des barbiers de Séville, des Figaros, & autres imposteurs de la scene, j’y ai renoncé.

Mes voyages, mes réflexions, mes observations sur ce que j’ai vu, lu & entendu dire depuis que j’existe, (& j’existe depuis longtemps) m’ont procuré un amas de connoissances dont j’ai résolu de faire part au public ; ainsi je ferai imprimer un livre tous les lundis [8] & jeudis, rempli de mon savoir, & si je puis par celui-ci corriger ou réformer quelque vice qui trouble l’ordre civil & politique de cette grande capitale, je sortirai de ce monde avec la satisfaction que doit éprouver tout citoyen qui s’est rendu utile à la société dans laquelle il a vécu.

Ceux qui voudront correspondre avec moi pour m’aider dans ce noble dessein, pourront adresser leurs lettres au Spectateur François, chez M. De Bray, Libraire, au Palais-Royal, pourvu que leurs pieces puissent servir au bien général, avertissant le public que les libelles ne seront pas admis.

Quoique je ne sois pas naturellement triste, mon humeur m’éloigne de cette joie immodérée qui se fait remarquer dans quelques-uns de ceux de mon espece, qui font de la vie civile une scene comique, où tout ce qui tombe sous leur main, devient un sujet de dérision. Pour moi, je ne suis gai que sur le papier : je ne sache pas d’avoir ri deux fois en ma vie. J’ai contracté cette habitude pas <sic> la lecture de Catulle, qui dit en termes formels : nam risu inepto, res inepto nulla est.

L’esprit de parti m’est entierement inconnu ; je n’en épouse jamais aucun avec cette véhémence qui se fait remarquer dans la plupart des hommes. Dans la grande révolution qui vient d’arriver, je ne suis ni aristocrate, ni démocrate. Je regarde cet événement comme un décret de la providence qui veille au destin de la France, dont le changement doit contribuer à son bonheur, ainsi qu’à celui de ses [9] sujets. Persuadé de cette vérité, je vis avec sécurité : au lieu de m’inquietter sur ses effets, je remonte à la cause ; ce qui tranquillise mon ame.

Il me reste à demander une grace au lecteur, qui est de me laisser dans l’oubli où je me suis laissé moi-même dans cet essai, à l’égard de ma personne, ma fortune & mon âge. Si l’on savoit qui je suis, on ne manqueroit pas de dire : est-ce là un philosophe ? d’autant mieux qu’il ne faut pas l’être beaucoup pour s’exprimer ainsi. La connoissance de mes facultés me feroit peut-être mépriser de ceux qui ne font cas que des auteurs numéraires : car il s’en faut tout juste d’un million, que je ne sois millionnaire. A l’égard de mon âge, si l’on étoit informé dans qu’elle <sic> année je suis venu au monde, la plupart de mes lecteurs prendroient ces discours pour les rêveries d’un vieux radoteur. Il est vrai qu’à me voir, j’ai l’avantage, (si ç’en est un) de tromper le public au moins de vingt bonnes années. Combien de vieilles femmes voudroient avoir le visage aussi imposteur que le mien ! ◀Autorretrato ◀Nivel 3

Metatextualidad► Voilà pour ce qui me regarde. Je parlerai jeudi prochain de ceux qui sont intéressés avec moi dans cet ouvrage ; car c’est une société de gens de lettres qui en a formé le plan ; mais comme on m’a chargé de compiler, de ramasser, d’en réunir les piéces, il est juste que mon histoire paroisse à la tête, ainsi que celle de Richard Stéel, dans le Spectateur Anglois ; d’autant plus que dans l’histoire, la politique, la finance, ou la morale, il faut un chef ; ainsi j’ai été nommé dans celle-ci par notre comité, nemine contradicente, censeur général de la ville de Paris & de ses fauxbourgs. ◀Metatextualidad

[10] Réflexions préliminaires sur la révolution de Paris

Il n’est point d’événement plus remarquable chez les hommes, que cette révolution ; elle est sans exemple dans les annales du monde. L’Histoire de France nous parle bien des guerres civiles qui ont souvent agité le Royaume ; mais en nous aprenant leur effet, elle nous découvre leur cause. On y voit toujours l’ambition de quelques grands aux prises avec l’autorité souveraine, chercher à diminuer le pouvoir du Roi, pour s’élever au niveau du trône ; mais elle ne dit point que dans aucun siecle, une populace sans plan, sans système, sans armées, ait changé le sort de l’empire.

S’il m’est permis de faire une réflexion sur cet événement, il me semble que nous sommes gouvernés d’une étrange maniere, une monarchie parvient à la grandeur par tous les moyens qui contribuent à élever sa puissance. Au milieu de la plus grande prospérité, où soit jamais parvenue une monarchie, une émeute populaire réduit la nation qui la compose, au rang des hommes errans qui ont besoin d’une constitution pour s’ériger en société.

Les faiseurs de livres qui ont donné cet événement à la politique, ont mal rencontré. Ceux qui ont été témoins de sa naissance, & qui ont vu quelques individus tirés de la populace de Paris, armés de fourches, de bâtons, de piques, de halbardes, rassemblés plutôt pour [11] troubler la ville que pour renverser l’empire, serviront mieux à faire connoître par quels foibles ressorts les affaires de ce monde sont gouvernées.

Quoi ! Pharamond, Charlemagne, Clovis, S. Louis, Philippe-le-Bel, Auguste, Louis XII, François premier, Henri IV, Louis XIV, n’étoient que de vaines images d’une puissance fictive !

La gloire des Condé, des Biron, des Vandomes, des Talars, des Maurice, n’ont donc été que des noms plus propres à occuper une place dans l’histoire, qu’à donner de l’éclat à la France !

Et vous Bossuet, Mézéré, Hainaud, S. Pierre, Montesquieu, Mabli, Voltaire, vous n’avez donc donné à l’univers que le roman politique de la France ! Ces livres écrits avec tant d’art, d’ordre, de méthode, d’éloquence, n’étoient donc qu’un amas de fictions pour amuser l’imagination des hommes !

C’est ici qu’il faut se donner le spectacle des choses humaines, en voyant ce colosse de grandeur & de force, renverser par les bras les plus foibles de la république ! On n’élève donc sa puissance, que pour la voir tomber de plus haut ! Ceci demande qu’on y réfléchisse, sans quoi, ne sentant pas bien la force des situations, nous croirions, en lisant l’histoire ancienne, voir d’autres êtres que nous.

Les hommes, tout inconséquents qu’ils sont, n’agissent pas au hazard, il y a toujours une cause premiere qui les détermine. Souvent cette cause n’est connue que long-tems après [12] qu’elle s’est formée. La France gémissoit depuis long-tems dans les fers du despotisme. Vingt-cinq millions de sujets, obéissoient aveuglément à un homme qui vouloit ; & cet homme ne vouloit pas toujours ce qu’il devoit. Comme la crainte est le ressort du gouvernement despotique, la pâleur étoit répandue sur tous les fronts : le trouble & la confusion régnoient dans tous les états, tous les rangs, toutes les conditions. Chaque François ressembloit à un esclave échappé de la maison de son maître. Les tems ne sont pas toujours propres à secouer le joug de la tyrannie ; ceux qui ont établi l’oppression veulent en profiter. Si l’espérance flatte d’un côté, la crainte retient de l’autre. Cependant les âges s’écoulent, les siècles passent, les générations finissent, & la révolution commence ; alors il suffit de la moindre émeute dans la derniere classe du peuple, pour changer le sort de l’empire. Le grand point consiste à savoir profiter du moment pour détruire toutes les puissances intermédiaires qui lioient les différentes parties de l’ancien systême. La politique est une lime sourde qui va lentement, mais sûrement à ses fins. Lorsqu’une longue suite de menées secrettes, d’oppressions, s’est établie, ce n’est que par un grand effort qu’on peut la détruire. Il ne faut point de remedes lents, tous les plaisirs ne servent qu’à irriter le mal.

La révolution qui vient de se passer sous nos yeux, a tiré encore sa source du dérangement des finances. On sait que depuis que les richesses sont devenues le nerf de la puissance politique, c’est de l’administration économique, que dépend le sort de l’état.

[13] La France depuis deux siecles languissoit dans la pauvreté. Ce n’est pas que le numéraire lui manquât ; elle en avoit plus, elle seule, que six autres états réunis ensemble ; mais il étoit mal administré. La proportion géométrique, d’où dépend la fortune publique, lui manquoit. Ce qui répandoit la misere dans la nation, étoit le spectacle du trône dont l’éclat effaçoit celui des plus grands rois de l’univers ; la dépense de la maison royale absorboit tous les revenus de l’état ; une cour livrée à un luxe prodigieux dépensoit des sommes immenses en fêtes & en divertissemens domestiques ; une administration dispendieuse qui enchérissoit sur les revenus publics ; une main-morte qui appauvrissoit les richesses générales ; un clergé dispendieux qui jouissoit d’une richesse immense qui ne lui appartenoit pas ; une compagnie de financiers qui engloutissoit toute la finance ; une inégalité d’impôts qui appauvrissoit le peuple pour enrichir les grands ; des charges pesantes qui répandoient l’indigence & la misere partout, &c.

Il s’en falloit de cinquante-six millions, que la recette pût suffire à la dépense de l’état, pour ne rien dire de la dette nationale, évaluée à plusieurs milliards.

Ce seroit un morceau de politique bien intéressant que celui qui, en remontant à la source des grandes déprédations des finances, donneroit l’histoire de leur révolution. On auroit obligation à un auteur qui en fixeroit l’origine, ainsi que leurs différens périodes.

C’est aux regnes dispendieux de Louis XIV [14] & de Louis XV, qu’il faut attribuer l’épuisement du numéraire, qui a causé la derniere révolution qui vient de se passer sous nos yeux. On dira peut-être que leur gouvernement est connu, puisque leurs regnes sont dans les mains de tout le monde.

Mais où sont les auteurs qui les ont annalisés exactement ? Voltaire, qui a publié le siecle de Louis XIV, s’est plus attaché à la beauté du style, qu’à la vérité de l’histoire. Les autres auteurs qui ont écrit celle de ces deux monarques, n’ont pas été plus véridiques ; du moins je n’en trouve aucun qui, en parlant de Louis XIV, ait séparé le roi de l’homme, le grand monarque du prince citoyen ; aucun qui n’ait confondu le héros avec le tyran, le conquérant avec l’usurpateur, le prince généreux avec le roi prodigue. Le portrait de Louis XV n’a pas été plus ressemblant ; on n’a pas assez distingué ses vertus de ses vices, ses qualités de ses défauts : tous ont confondu la force de son esprit avec les foiblesses de son ame, sa générosité avec son avarice ; en un mot, les uns ne l’ont pas fait assez roi, les autres l’ont fait trop homme. Je ne trouve aucun historien qui, en écrivant le regne de ces deux rois, n’ait mieux aimé adorer l’idole que renverser l’autel.

Mais si on méconnoît leurs traits dans le portrait qu’on en a donné, ils sont encore moins ressemblans dans leur gouvernement. On y a pris la petitesse pour la grandeur, la pauvreté pour les richesses, l’ambition pour l’élévation. La gloire personnelle de Louis XIV a [15] été plus funeste à la France, que l’ambition de tous ses rois depuis Pharamond : on s’est toujours battu pour le roi, jamais pour la nation. Il s’est donné dans les deux regnes plus de cent batailles générales, & autant de combats particuliers, qui, au lieu d’augmenter la fortune de l’état, l’ont diminuée ; on peut dire que ce sont les plus pauvres sujets de l’état qui ont fait tous les frais de cette guerre. Toutes les conquêtes de Louis-le-Grand furent funestes à la France, à chaque victoire l’état approchoit de sa ruine.

On verra ailleurs les grandes déprédations de ces deux regnes. Ce morceau d’histoire, d’économie politique, est nécessaire pour connoître la cause de la révolution qui vient de se passer sous nos yeux.

Il n’est pas douteux que si ces deux derniers rois avoient gouverné la France avec cette sage administration qui maintient l’ordre dans les finances, la monarchie avec un revenu immense, jouiroit aujourd’hui d’une grande richesse ; & au lieu d’être débitrice de plusieurs milliards, elle seroit créanciere des autres états de plusieurs millions. Il faut donc déchirer le voile qui cache un désordre qu’on n’apperçoit point, parce qu’il est arrivé dans le cours de deux siecles, que les hommes ne sont touchés que de ce qui les affecte dans le moment présent. Ce tableau est d’autant plus nécessaire, qu’en faisant voir les abus de l’ancien systême, il sera une leçon pour le nouveau.

Nivel 3►

[16] Annales Politiques.

Guerre de l’empire de l’Orient avec celui de l’Occident. Son influence sur le Nord de l’Europe

Metatextualidad► Ce n’est point seulement le récit des siéges & des batailles qu’on prétend décrire dans ce journal. On se propose un plus grand objet, celui de connoître les hommes, & ce qui est peut-être plus intéressant, dévoiler le caractere des Rois, ces Alexandres modernes, qui, depuis plusieurs siécles, couvrent la terre de morts.

Il est donc bien moins question de publier la gazette du jour, que d’écrire les annales du tems, livre qui manque totalement à notre monde politique. Il est triste qu’on puisse reprocher au siécle le plus éclairé qui fut jamais, de n’avoir point d’histoire ; car celle qu’on lit dans les feuilles périodiques, ne mérite pas d’en porter le nom ; elle est sans plan, sans ordre, sans méthode, dénuée d’ailleurs de ce clair obscur qui met à sa place chaque figure du tableau de la politique. Il y manque cet esprit philosophique, dont les réflexions morales peuvent seules déchirer le voile qui couvre les causes premieres de ces événemens qui changent continuellement la face de notre monde. Delà vient, que non-seulement nous ne savons pas ce qui se passe au milieu de nous ; mais même la postérité l’ignorera après nous.

Voyez cette guerre qui vient de précipiter dans le tombeau des milliers de mortels. Un prince avide de conquêtes s’allie à une [17] femme ambitieuse, qui veut joindre de nouveaux états à son ancien domaine. Trois ou quatre cents mille hommes partent de la main, fondent sur l’Orient, & précipitent dans le tombeau plusieurs milliers d’Ottomans. Les deux armées chrétiennes sont défaites par le canon & les maladies. Les hôpitaux sont remplis de cadavres. Cependant le Divan est menacé ; le Croissant est en danger. Toutes puissances du Nord en sont alarmées. Cinq ou six Souverains prennent les armes pour balancer les conquêtes qui se font en Orient. On pourroit appeler cette guerre, la guerre des rois, d’où suit la perte de part & d’autre, de deux ou trois cens mille hommes. O ! Providence divine qui dirigez l’univers, quand ôterez-vous la foudre des mains de ces hommes qui s’en servent pour exterminer le genre humain ! Quoi ! n’avez-vous créé le monde que pour le livrer à quelques rois, qui se font un jeu de la nature humaine ? Les états modernes sont si dégarnis par les siéges & les batailles qui se donnent, que bientôt ils ne seront plus que des déserts. Il s’en faut de cent millions d’habitans, que l’Europe ne soit aussi peuplée qu’elle l’étoit du tems des Césars. Il est humiliant pour nous que, malgré les progrès que nous avons faits dans la politique la philosophie, les sciences & les arts, nous soyons réduits à souhaiter de vivre sous cette ancienne domination, dont la tyrannie soumit autrefois l’Univers à ses loix.

Nivel 4► C’eût été un grand bonheur pour le monde, dit un grand politique, que l’agrandissement prodigieux de la république Romaine, s’il n’y [18] avoit pas eu cette différence injuste entre les citoyens Romains & les peuples vaincus ; si l’on avoit donné aux gouvernemens des provinces une autorité moins grande ; si les loix, si saintes pour empêcher leur tyrannie, avoient été observées ; s’ils ne s’étoient pas servis pour les faire taire, des mêmes trésors que leur injustice avoit amassés, &c. ◀Nivel 4

Il est certain du moins qu’il s’est donné plus de batailles dans deux cents ans, que la république Romaine n’en donna en six siecles.

Cependant, voyons quels sont les souverains qui se sont engagés dans la derniere guerre. C’est par les acteurs que l’on connoît les théâtres. Je donnerai d’abord le portrait de Joseph II, qui vient de descendre dans le tombeau, parce qu’il fut le premier instigateur de cette guerre. ◀Metatextualidad

Joseph II, ses défauts, ses vues, ses foiblesses, ses qualités, ses vertus, sa fermeté à sa mort.

Retrato ajeno► On ne peut guères prononcer le nom de Joseph II, sans parler de Marie-Thérese qui le donna au monde. On sait que Charles VI, pere de cette princesse, pour lui assurer tous les biens de sa maison, avoit imaginé un long parchemin, appelé la pragmatique-sanction, au bas duquel il avoit fait signer toutes les puissances de l’europe ; qu’après sa mort elles n’auroient plus d’ambition ; chose impossible aux hommes, & encore plus aux rois : en effet, cet empereur eut à peine fermé les yeux, que [19] ces mêmes puissances les ouvrirent sur ces mêmes biens. Il y a long-tems que les souverains devroient être revenus de ces traités qui veulent mettre des bornes à l’avarice des princes ; mais il est convenu en politique de les faire toujours & de ne les observer jamais.

Marie-Thérese voyant les préparatifs qu’on fait de toutes parts, prend les armes. Elle forme la résolution de s’ensevelir sous les ruines du trône de ses ancêtres, plutôt que de le partager avec aucune puissance étrangere.

L’europe voit avec autant d’admiration que d’étonnement une jeune & belle reine, douée d’ailleurs de tous les agrémens qui rendent le sexe aimable, endosser la cuirasse, & devenir militaire.

Le plus grand de ses ennemis est un petit roi allemand, qui doit la couronne qu’il porte à sa maison ; si la reconnoissance eût été dans son cœur une vertu qui porte à la bienveillance, à l’égard de ceux de qui on tient son état, il se fût lié avec la maison d’Autriche pour la défendre de ses ennemis ; mais on sait assez que cette vertu n’entre pas dans le cœur des hommes, & encore moins dans celui des princes.

Quelques annales ont beaucoup loué cet empereur, mais un prince qui perd le plus beau de ses états par une politique mal-adroite, faute d’un esprit de conciliation, & qui entreprend une guerre au loin, plus pour se donner en spectacle à l’europe, que pour le bien de l’empire & le bonheur de ses peuples, doit être loué avec précaution.

Joseph II fut à peine sur le trône, qu’on [20] s’apperçut qu’il avoit l’ame plus élevée que noble, l’esprit plus vif que droit, le sentiment plus haut que tendre, les mœurs plus remuantes que tranquilles.

Dans toutes ses vues, ses desseins, ses plans, ses projets, il poussa trop loin le desir du grand, ce qui, faute de moyens de le devenir, contribua plutôt à l’affoiblir qu’à l’agrandir.

Quoiqu’il regardât la guerre comme le seul théâtre qui pouvoit lui frayer un chemin à la gloire, il n’y joua jamais un premier rôle. Son héroïsme tint toujours à ses généraux. Il avoit assez de talens militaires pour former un plan de bataille ; mais il lui manquoit le génie nécessaire pour le mettre en exécution. On a dit de Charles XII, qu’il n’étoit pas Alexandre, mais qu’il eût été le meilleur soldat d’Alexandre. C’est une question, si Joseph eût été le meilleur soldat de Charles XII.

Il vit toujours sa puissance dans la guerre, c’est-à-dire, là où elle n’étoit pas, puisque les victoires elles-mêmes contribuent à affoiblir l’état ; & comme les soins de ses armes l’occuperent toujours, il n’eut jamais assez de loisir pour fixer ses regards sur le gouvernement économique qui, dans nos tems modernes, est la premiere administration, parce que les richesses sont la puissance elle-même.

Il n’étoit point financier ; il ignoroit l’art d’ajouter une richesse fictive à la réelle, en mettant dans la circulation un papier qui double & triple le numéraire.

Il regarda comme une erreur la modération dont ses prédécesseurs avoient usé envers ses sujets [21] des Pays-Bas. Son principe étoit qu’il falloit traiter les peuples avec autant de fermeté que de rigueur, & son caractere ne le portoit que trop à cette sévérité.

Il voulut anéantir les priviléges & s’approprier les biens du clergé ; ce qui fit naître cette grande révolution qui le précipita dans le tombeau quelques jours ou quelques mois plutôt qu’il n’y fût descendu.

Tous les soins, toutes les peines, tous les travaux qui pouvoient contribuer à satisfaire son ambition, ne lui coûtoient rien. Cette passion le dominoit si fort, qu’elle alloit jusqu’à lui faire changer de caractere. D’austere, dur & sévère qu’il étoit naturellement, il devenoit doux, affable, prévenant, & quelquefois même rampant, lorsqu’il s’agissoit de son agrandissement.

Comme il vouloit passer pour un prince supérieur à tous les événemens, dans les plus grands coups du sort, il ne permettoit pas à son visage de trahir les secrets de son ame ; il paroissoit tranquille au milieu des plus fortes agitations. En apprenant le mauvais succès d’une entreprise qui lui avoit coûté des soins, des peines & des travaux infinis, il marquoit une indifférence extrême, quoiqu’il en fût affecté jusqu’à la plus vive douleur.

Naturellement soupçonneux, rien ne pouvoit le rassurer contre la méfiance qu’il avoit une fois conçue sur quelqu’un ; & comme il n’avoit pas toujours le loisir d’eclaircir la vérité, cela le rendoit souvent injuste, quelquefois même tyran.

Il permettoit à ses ministres de lui préparer [22] les affaires ; mais il se réservoit à lui seul de les terminer, ne confiant jamais ses derniers secrets à personne, aussi achevoit-il souvent mal ce qu’il avoit bien commencé.

Comme il avoit une armée plus grande que ses revenus ne lui permettoient d’avoir, il fut obligé, pour subvenir à l’extraordinaire des guerres, de mettre des impôts plus grands, que son peuple, presque sans arts & sans commerce, ne pouvoit payer ; ce qui, au milieu des réformes utiles, le fit passer pour tyran. L’autorité absolue étant sa passion dominante, il ne put voir sans s’indigner, que le peuple Hongrois voulût faire valoir ses privileges d’indépendance ; ce qui le rendit ingrat envers une nation à qui sa maison devoit toute sa puissance.

L’envie qu’il eut de la gloire de Frédéric, mit du noir dans sa vie. Le fantôme de son héroïsme le tourmenta jusqu’à la mort de ce prince, & continua en la personne de son successeur, par l’impuissance où il se trouva de reconquérir la Silésie. Il entroit en fureur toutes les fois qu’il réfléchissoit que toute sa puissance étoit trop foible contre celle d’un roi de nouvelle création.

Héritier d’une fortune immense, possesseur d’états & de royaumes considérables, il n’avoit qu’à se contenter de son sort pour être heureux ; mais son ambition ne lui permit jamais de l’être.

Il forma le projet magnanime & impraticable de réunir les deux premieres dignités du monde. Son ambition se trouvant trop à l’étroit dans l’empire d’Occident, il voulut y joindre celui d’Orient, &c. &c.

[23] Mais si cet empereur fit des fautes, & s’égara quelquefois dans la science du gouvernement, il eut aussi des qualités & des vertus qui furent supérieures à ses foiblesses & à ses défauts, & firent quelquefois pencher la balance en sa faveur.

Au travers de son ambition, on voit souvent dans son administration un pere de famille qui veut le bien de ses enfans, & dont les soins & la vigilance tendent à les rendre heureux.

Toutes ses loix politiques, civiles ou économiques, renferment un sens moral ; la plupart sont combinées de manière qu’elles contribuent au bien de l’état & à celui de ses sujets.

Il porta la main sur tous les endroits foibles de son empire, pour en détruire les vices ; & s’il ne les corrigea pas tous, c’est qu’il n’est pas donné aux plus sages des rois de faire tant de bien aux hommes tout-à-la-fois.

Comme il ne pouvoit maintenir la balance du nord que par ses armes, il forma une école militaire, sur le modèle de celle du grand Frédéric : de maniere que ses troupes furent aussi bien disciplinées que les Prussiennes.

Il avoit dans les grandes négociations cette activité, cette pénétration & cette intelligence qui les font réussir. Forme-t-il le projet d’étendre les bornes de son empire ? il commence par en jetter les premiers fondemens. Faut-il empêcher les princes ses voisins de s’opposer à ses desseins ? il en vient à bout par une politique aussi adroite que raffinée ; lui convient-il de faire entrer les premiers souverains de l’europe dans ses vues ? il les y [24] amene par ses insinuations. Veut-il contenir les princes du Nord ? il y parvient en leur présentant un systême d’équilibre dont ils ne voient pas l’issue. A-t-il besoin de calmer les inquiétudes des Anglois sur l’armement qu’il fait, pour s’emparer de Belgrade ? il leur persuade que c’est pour leur sûreté. Est-il nécessaire de tromper la France sur la révolution qui doit arriver par la guerre des Turcs ? il lui fait croire qu’elle est à son avantage. Enfin veut-il traiter avec l’impératrice de Russie sur son alliance contre l’empire Ottoman ? il ne lui envoie point un courrier, il l’est lui-même ; cette princesse est toute étonnée de le voir paroître à la porte de son cabinet, lorsqu’elle le croit à six cents lieues de Saint-Pétersbourg.

Mais voici des vertus, qui, sans avoir l’éclat de celles qui augmentent la puissance des empires, sont d’un ordre supérieur, parce qu’elles tiennent à l’homme moral, bien au-dessus du politique.

Joseph II est le premier qui ôte au trône ce faste ruineux qui est la source de la misere des peuples. Il bannit de sa cour ce cérémonial d’étiquette, qui, dans les autres maisons royales, placent le prince à une distance immense de ses sujets. Joseph II n’est pas seulement le roi de ses courtisans, il l’est aussi de ses peuples, qui ont la liberté de lui parler toutes les fois qu’ils en ont besoin. Il n’imite point ces monarques qui ont une maison militaire, & dont le palais ressemble à une place d’armes remplie de troupes régulieres. Il croit [25] que la meilleure garde est l’amour de ses sujets, & qu’il n’y a point de sûreté pour lui, là où elle n’est point.

Sa table est aussi frugale que ses habits sont modestes. Il pense qu’un monarque qui ne donne pas lui-même l’exemple des loix somptuaires, est indigne d’occuper le trône.

Il n’a point de ces amours clandestins aussi contagieux que dangereux. On ne lui connut jamais de maîtresse en titre, de ces femmes qui, par la faveur du prince, représentent la seconde personne de l’état, & quelquefois même la premiere. Il avoit pour maxime : qu’un roi qui est gouverné par les femmes, gouverne mal. Ce n’est pas qu’il ne fût persuadé du génie & de la capacité de certaines favorites ; mais il croyoit que dans les grandes affaires, les femmes y apportent toujours la foiblesse de leur sexe.

Il voyage sans faste, sans grandeur, sous un autre nom que le sien. En partant, il laisse l’empereur à Vienne, & ne prend avec lui, si l’on peut s’exprimer ainsi, que sa personne, <sic> Il tire cette simplicité de Pierre-le-Grand, qui voyageoit sans suite pour apprendre la science du gouvernement.

Il croit que rien n’est plus contraire à l’instruction d’un prince voyageur, que la magnificence & l’éclat du trône qui l’accompagnent ; c’est qu’alors tout le monde admire le prince, & personne n’instruit l’homme.

Joseph II fut plus grand, les derniers jours qui précéderent sa mort, qu’il ne l’avoit peut-être été pendant toute sa vie. Il la vit venir avec cette fermeté qui ne se trouvoit que dans les [28] ames fortes. Il fit voir à ceux qui y étoient présens, qu’il connoissoit le néant des choses humaines, & qu’il descendoit dans le tombeau, sans former aucun regret sur l’éclat du trône qu’il laissoit après lui. En un mot, quoiqu’en disent la prévention & les préjugés, à l’égard de ce prince, il est certain qu’on ne prononcera jamais son nom à l’avenir, sans une sorte de de <sic> vénération. ◀Retrato ajeno ◀Nivel 3 ◀Nivel 2 ◀Nivel 1

1(I) Les maîtres de musique.

2(2) C’est le premier caffetier de Paris.

3(I) L’opéra de Panurge.