Sugestão de citação: Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele] (Ed.): "Discours CXLII.", em: Le Mentor moderne, Vol.3\142 (1723), S. 343-349, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4401 [consultado em: ].


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Discours CXLII.

Citação/Divisa► Fuit ista quondam in hac Republica Virtus, ut viri fortes acrioribus suppliciis Civem perniciosum, quam acerbissimum hostem coërcerent.

C’étoit autrefois une coûtume excellente dans nôtre République de punir plus sévérement un Citoyen pernicieux, que l’Ennemi le plus acharné. ◀Citação/Divisa

Nível 2► La bravoure & le succès, avec lesquels j’ai attaqué les longues Brettes m’ont attiré je ne sai combien de Lettres de félicitation de la part de tous les Maîtres de nos plus fameux Caffez. Ils me disent, qu’au lieu, qu’auparavant toutes leurs Chambres étoient trop petites, leurs Chalands y ont à present leurs coudées franches, & peuvent passer d’une table à l’autre sans aucun obstacle considerable. D’autres honnêtes gens me congratulent encore sur le bonheur, que j’ai eu, d’élargir toutes nos petites ruës, & de débarrasser le Cours & toutes les Promenades publiques. Mais ce qui me satisfait le plus, ce sont les Billets doux, que m’ont écrits les [344] personnes les plus aimables d’entre le Beau Sexe ; elles me remercient, de la maniere du monde la plus obligeante, de leur avoir épargné une bonne somme par an, que pendant long-tems elles ont été obligées d’employer à la reparation de leurs falbalas & de leurs Jupes de Baleine exposées aux continuelles attaques de la garde & de la pointe.

Un Espion habile, à qui j’avois donné ordre d’aller reconnoître l’Ennemi, & de m’informer de ses desseins les plus secrets, vient de mettre le comble à ma joye, en m’assurant que toute la Ligne terrible est battue à plate couture, & que la déroute de ces Bâtards de Mars est générale. Je suis pourtant informé, par le canal de mon Lion, qu’un petit nombre d’Epées enormes subsiste encore dans la Ville ; mais par bonheur on ne les voit guéres que dans les Brelans, & dans ces réduits obscurs qui servent de Chapelles à Venus la Saloppe.

Metatextualidade► Je ne saurois m’empêcher de régaler ici mes Lecteurs d’une Avanture qui est arrivée il y a quelques jours à mon spirituel Antagoniste, dont on a vû dans un de mes Discours un Billet adressé à moi, & tout rempli de menaces burlesques. ◀Metatextualidade Ce Cavalier se trouvant par hazard dans [345] un même Cabaret, avec un fameux Membre de nôtre Bande de Gladiateurs, fut pris par ce Champion, à son habillement, & à son air, pour un brave homme de la même profession. Ce rude Joueur, qui craignoit apparemment que la vigueur de son bras ne se perdit dans le repos, s’avança d’un aire déterminé vers nôtre Capitaine de la Bande terrible, & l’invite à haute voix à se battre avec lui sur le theatre ordinaire avec les armes accoûtumées ; mon Ennemi fut assommé par ce défi comme par un coup de massuë ; il trouva cet affront tellement insupportable pour un homme de sa naissance, qu’il se déroba à la Compagnie, la confusion peinte sur le visage, & qu’on ne l’a pas revû depuis dans aucun des lieux, qu’il frequentoit auparavant.

Comme rien n’est fait en vain, & que les Plantes & les Animaux, quelques inutiles, quelques pernicieux même, qu’ils paroissent, ne laissent pas de servir à quelque chose, il est certain qu’on peut tirer quelque usage de nos hommes terribles, & qu’il y a des moyens pour les faire figurer dans le grand monde.

Ces moyens m’ont été découverts par [346] un étranger de mes Amis, qui reside à Londres pour avoir soin des affaires les moins importantes de plusieurs Souverains. Il m’a dit que les Guerres continuelles, qui ravagent nôtre Europe, ont tellement débarassé les Cantons Suisses de leurs Sujets superflus, qu’il est presque impossible desormais d’en trouver pour garder l’entrée des Cours, & des Hôtels ; mais il s’est mis dans l’esprit, qu’on pourroit les remplacer, en choisissant ici les mieux faits d’entre le grand nombre de gens à longue Brette, que je viens de chasser des ruës, & de tous les lieux publics, excepté de ceux qui sont hors de la sphere de mes soins. Dans cette idée il a résolu de publier bien-tôt un Avertissement, dont il croit pouvoir tirer de grands avantages, & qui sera conçû à peu près dans les termes, que voici : Nível 3► Citação/Divisa► Si quelques personnes de belle taille, & d’un air fier, tant Membres de la Coterie des redoutables, qu’autres dignes d’en être, cherchent des moyens sûrs pour déployer leurs talens & pour satisfaire leur unique ambition, ils n’ont qu’à me venir trouver chez moi, en compagnie de leurs grandes épées. Ils y seront fournis de Baudriers, de grands Chapeaux, de Plumets rouges, & de Hallebardes, [347] afin d’être transportez dans differentes Cours, ou placez chez les plus grands Seigneurs de l’Europe, où ils pourront, sans courir le moindre danger, & sans qu’il leur en coûte un sol, manger, boire, & effrayer les honnêtes gens. ◀Citação/Divisa ◀Nível 3

Puisque ce dessein ne m’a pas été confié comme un secret, je crois rendre un service important à ceux, qui en sont les objets, de le leur communiquer, afin que se préparant de leur mieux à la destinée qu’on leur prépare, & pour laquelle ils paroissent nez, ils ayent soin de changer leur levre superieure d’une belle paire de moustaches bien garnies ; je suis persuadé c’est là tout ce qui leur manque pour s’acquiter bien de l’Emploi d’un véritable Suisse.

Lettre.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Monsieur,

Il y a déja long-tems que j’attends avec impatience l’Erection de la Licorne, que vous avez promise au Beau-Sexe ; mais puis qu’elle ne vient pas, il faut bien que je me serve d’une autre voye, pour vous communiquer mes [348] pensées, & si je l’ose dire mes conseils ; par malheur pour les grandes gorges l’Hyver approche à grands pas ; mais, dites-moi, je vous en conjure, si la rigueur de cette Saison est moins à craindre pour les hommes, qui paroissent vouloir devenir de vrais Adamites en se débraillant jusqu’à la ceinture dans le tems le plus froid. Je vous avouë, Monsieur, que je me persuade fortement qu’il n’y a que cette coûtume, qui nous a portées, par un principe d’émulation, à donner une si grande étendue à nos gorges. Croyez moi, Monsieur, ces fouilles veloutées, que vous avez destinées à l’habillement des Vieilles, seroient excellentes pour couvrir l’estomac des petits Maîtres. Faites en sorte qu’ils s’en servent, si vous voulez emprisonner de nouveau les charmes de nôtre sein dans un tour de gorge ; tant que les hommes se feront un honneur d’exposer leurs vilaines poitrines aux yeux de tout le monde, vous auriez mauvaise grace de nous empêcher d’étaler des seins de neige & d’albatre ; je sai bien que nous sommes le Sexe le moins vigoureux, mais vous m’avouerez bien aussi, que nous sommes le Sexe le plus beau, & que le Spectacle qu’ils donnent [349] au Public n’est pas si agréable, que celui que nous lui prodiguons, quoi que bien souvent aux dépens de nôtre santé. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1