Sugestão de citação: Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele] (Ed.): "Discours CXXII.", em: Le Mentor moderne, Vol.3\122 (1723), S. 169-175, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4381 [consultado em: ].


Nível 1►

Discours CXXII.

Citação/Divisa► Jura neget sibi nata, nihil non arroget armis.

Hor.

Les loix ne sont pas faites pour lui, son droit c’est son Epée. ◀Citação/Divisa

Nível 2► Metatextualidade► Parmi les Lettres que je me suis attiré par mon Discours sur les Brettes, il y a un Billet, dont je ne sai que penser. J’ignore si j’y dois trouver le badinage d’un railleur, ou le ressentiment sérieux d’un Fat, dont la colere s’évapore d’une maniere impertinente. Dans quelque jour qu’on voudra le considerer, il pourra divertir les Lecteurs, & je vai le leur communiquer d’autant plus volontiers, que celui qui me l’écrit fait voir dans un Postscriptum qu’il le souhaite. ◀Metatextualidade

[170] Nível 3► Carta/Carta ao editor► Vieux Penard,

Vos cheveux gris vous dérobberont pour cette fois à ma juste colere, mais soyez averti de n’y plus retourner, si vous ne voulez pas voir punies avec la derniere rigueur les railleries temeraires, par lesquelles vous osez deshonorer la dignité des longues Epées. Prenez garde à vous ; nous savons atteindre de loin nous autres ferrailleurs. Et vous êtes assez vieux pour savoir, qu’il est dangereux de badiner avec des armes. J’avouë que nous autres Batteurs de fer nous sommes d’assez mediocres railleurs ; mais nous suppléons par la pointe, à ce qui nous manque du côté de l’esprit. Ceux qui voudront prescrire des Loix à nos Rappieres, & les renfermer dans des bornes, n’ont qu’à prendre garde de ne pas servir de foureau à ce qu’ils y trouvent de trop. Je ne vous en dis pas davantage, songez que je porte une maitresse épée, & tremblez.

Thomas Rodomont. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Metatextualidade► Cette maniere comique d’accabler de menaces un bon vieillard comme moi, [171] , me paroit supportable, tant qu’elle n’ira pas plus loin, & qu’elle paroitra plus propre à divertir mes amis, qu’a m’effrayer. Mais puisque le spirituel Monsieur Rodomont m’attaque par des quolibets & par des Proverbes je veux bien faire un petit assaut avec lui, & lui pousser quelques bottes avec les mêmes armes. Qu’il sache donc que tel qui menace a grand peur, que qui menace précautionne, que les vieux oiseaux se moquent de l’Epouventail, Beaucoup de bruit & peu de besoigne, il y a loin de dire à faire. Ayant donné de cette maniere son fait à ce mangeur de petits Enfants, je vai montrer au Lecteur le revers de la medaille, dans la Lettre que voici : ◀Metatextualidade

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Monsieur.

Je suis le plus infortuné de tous les hommes, si vôtre puissante protection ne me tire d’affaire, Elle est bien duë à un homme comme moi, qui depuis six mois a fait au peril de sa vie tous ses efforts pour mettre les petites épées à la mode par son propre exemple ; ce n’est pas tout, Monsieur, j’ai diminué la mienne de jour en jour, pour gagner [172] les honnêtes gens pouce après pouce, & pour les engager à la fin à quitter les armes tout à fait. Voici le triste cas où je me trouve ; je fus assez imprudent hier au soir, pour entrer dans un Caffé de Petits Maîtres, un peu échauffé de quelques bouteilles de vin, que j’avois aidé mes Amis à vuider. J’y vis un homme attaché à une Epée monstrueuse, qui traçoit autour de lui un cercle dans le sable quand il se tournoit. En parlant avec chaleur, je fus assez malheureux pour avancer le doit de son côté, sans penser à mal, je vous le proteste ; cependant, le bourreau pretend que par ce geste je l’ai affronté, & dans le moment même il vient de m’envoyer un Cartel. Je suis malade de peur, Mon cher Monsieur, & je tremble à la seule pensée de voir sortir de sa gaine cette brette formidable, qui m’a effrayé tout cachée qu’elle étoit dans le fourreau. Ce sanguinaire Maroufle me prie le plus civilement, & le plus obligeamment du monde de lui faire l’honneur de mesurer l’Epée avec lui. Helas, Monsieur, la mienne avec la garde inclusivement n’a pas plus d’un pied & demi. Je prends la liberté de vous l’envoyer dans ma boëte à Perruques, & je vous serai infine-[173]ment obligé, si la vue de mes armes piteuses vous inspire assez de compassion pour moi, pour vouloir bien négotier mon accommodement avec mon terrible Ennemi. Faites-le, je vous en conjure ; dépeignez-lui si bien ce qu’il y a de honteux dans son dessein, qu’il rentre en lui-même, & sauvez du même coup, la vie & la réputation de vôtre tres humble & tres obeissant serviteur.

Juste de l’Eguille. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Réponse.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Monsieur.

Vous verrez par celle-ci que j’ai reçu vôtre lettre, avec vôtre espece d’Epée renfermée dans une boëte à Perruque, qui lui sert de second fourreau. Je vois clairement par les dimensions de vos armes, que vous ne sauriez exercer vôtre courage que dans des bornes fort étroites. Feriez vous trop mal d’appareiller vôtre épée, & de donner le choix des deux jumelles à ce Breteur, qui paroit avoir si grand envie d’en découdre ? Envoyez les lui toutes deux dans la même [174] boëte, & faites lui dire que vous lui donnez rendez-vous dans vôtre cabinet, & que c’est vôtre coûtume de vous battre toûjours sous la Clef, parce que vous n’aimez point que vos petits duels fassent bruit dans le monde ; peut-être trouverez vous cette proposition un peu hardie, & vous craindrez d’être pris au mot : voici un autre expedient. Je lui ferai porter vôtre épée par mon Laquais avec ordre de lui dire, que vous avez la vûë un peu courte, que pour cette raison vous n’osez pas vous servir d’armes plus longues, & que quelques pouces de vôtre épée dans son corps feront vôtre affaire tout aussi bien qu’une aune entiere. Si cette démarche ne vous semble pas encore assez prudente, je lui ferai savoir de ma part, qu’il s’addresse à des épées de la taille de la sienne, & qu’il s’en serve à cheval en guise de lance. S’il est homme d’honneur, cette raillerie suffira pour le rendre raisonnable ; s’il ne l’est point, comme je suis assez porté à le croire, vous n’avez qu’à vous tranquilliser fondé sur la certitude des remarques, que j’ai faites touchant Messieurs les Epouvantables. Il me vient encore dans l’esprit un autre biais, qui pourroit fort bien reussir ; vous lui en-[175]verrez vôtre propre laquais, avec vôtre Epée ; & une lettre, où vous lui ferez savoir, qu’ayant admiré au Caffé la magnificence, & la grandeur de son Epée, vous avez cru que c’étoit une pitié, qu’un Cavalier si brave ne fut entierement armé à l’Espagnolle, & que pour y suppléer vous prenez la liberté de lui faire present d’un Poignard. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1