Citation: Laurent Angliviel de la Beaumelle (Ed.): "Amusement XXXIII.", in: La Spectatrice danoise, Vol.1\033 (1749), pp. 281-291, edited in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): The "Spectators" in the international context. Digital Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4214 [last accessed: ].


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Amusement XXXIII.

Suite de l’Extrait du Journal d’un Gentilhomme Jutlandois.

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II. Journée.

General account► Je me levai de bonne heure, pour avoir plus de tems à donner à ma parure. Jusques-là j’avois regardé ce soin comme indigne d’un homme : mais, comme l’amour change les idées ! je me figurai dès-lors, que les hommes devoient plaire aux femmes par le mème genre de mérite, que les femmes plaisent aux hommes, par la bonne grace du corps & les agrémens du visage.

Je ne confiai point l’arrangement de ma tête à mon valèt de Chambre. J’envoiai qnerir <sic> un Baigneur. Mon gros Jutlandois en murmura. On m’en amena un François. Je m’en attendois à ètre étourdi de son babil ; mais il s’obstina à donner un démenti à l’idée qu’on a communément, qu’un François ne sauroit se taire. Il ne me parla qu’à propos, & toujours fort laconiquement. En quel goût, Monsieur ! voulés-vous ètre frisé, me dit-il d’abord ? En Marons ? en Pendans ? en Négligé ? en Petit-Maitre ? en grosses boucles ? en petites boucles ? Il attendoit tranquillement que je me fusse décidé. Confus de mon ignorance, qui paroissoit dans mon air également indécis & étonné ; vous n’avés, lui répondis je, qu’à m’accommoder comme il vous plaira. Je ne me repentis point de m’en ètre remis à son goût. Il éleva avec tant d’art l’édifice simétrique de mes cheveux, qu’en me mirant je ne pus retenir un souris de complaisance. Quoique naturellement peu loüangeur, je parodiai en sa faveur ces deux vers de Boileau :

Citation/Motto► Milton, vive Milton ! car dans le monde entier
Jamais Baigneur ne sçut mieux que lui son métier. ◀Citation/Motto

[282] Après avoir donné à mon ajustement toute l’attention coquette d’une femme aimable, je consultai une glace pour savoir à peu près quelle impression je ferois sur Mlle. de * * *. Je me trouvai charmant. Je n’aurois jamais soupçonné ma figure susceptible de tant de graces, capable de tant d’attraits. Mon habit étoit galant, ma taille degagée, mes yeux vifs & brillans, tels qu’ils sont quand l’amour les anime. Une seule chose mortifioit ma vanité. A travers tout cela perçoit mon air villageois. Mes maniéres étoient des plus unies ; & à la cour la simplicité ne fut jamais de mise. J’étois vétu en homme de qualité, & je n’en avois aucunes façons. Ma grossiéreté & mes agrémens faisoient un contraste tant soit peu risible. Je n’avois pas seulement la petite oїe du grand monde. La révérence étoit ma croix. Je l’essaїai cinq à six fois inutilement. Je n’attrapois point cette aisance de la Cour. A la fin j’y renonçai, & je m’occupai de pensées plus sérieuses. Je rougîs de mon ridicule souci. « L’air de Copenhague, me dis-je, auroit-il la vertu de gâter la raison ? Ne faut-il que vingt-quatre heures de séjour pour rendre un homme extravagant, pour le remplir d’objets frivoles, pour lui faire prendre des riens pour des occupations intéressantes ? »

Après quelques soliloques dans ce goût-là, je me jettai sur un Prie-Dieu. A peine avois-je commencé à invoquer l’Etre suprème, l’auteur de la Nature, l’ami du genre humain, que le Courtisan auquel j’étois adressé, entra dans ma chambre, sans s’étre fait annoncer. «  Eh ! Quoi ? s’écria-t-il ; Vous faites votre priére du matin. » « Pourquoi non ? » dis-je froidement. « En Jutlande, passe, reprit-il, mais à Copenhague, y pensés-vous ? A votre âge s’asservir aux usages du bon vieux tems ! Copier le Bourgeois ! Mettés cet usage, re-[283]partis-je, au rang des devoirs, & des devoirs les plus indispensables. Oh ! interrompit-il, si vous continués sur ce ton-là, vous ne prendrés point dans cette ville. Vous passerés pour bigot ; & l’on ne vous fera accueil nulle part. On n’oseroit parler devant vous, on vous regarderoit comme un homme génant, on n’oseroit hazarder un conte gaillard, une chanson libertine, on vous croiroit le censeur général de toutes les cotteries. Et bien des Dames vous trouveroient de trop, mème dans leurs parties de jour. Autant vaudroit-il vous faire afficher pour un franc importun. Vous dirai-je encore, que parmi la jeunesse de la Cour cela n’est plus de mode ? Nous laissons ces pieux éxercices à la vieillesse. Nous avons nos heures si bien réglées, & la journée est si courte qu’il nous est impossible de trouver un seul moment pour faire notre Cour à Dieu. Et n’en trouvés-vous pas, lui dis-je, pour la faire au Roi, pour vaquer à vos plaisirs ? Oh ! pour cela, reprit-il, nous avons du temps de reste ; &, s’il faut vous le dire, C’est cette extrème dissipation qui nous rend odieux le recüeillement. Accoutumés à voler de plaisirs en plaisirs, occupés tantot à plaire au Roi, tantot à courtiser les Ministres & le Favori, toujours à nous avancer dans la carriére de la fortune, nous ne vivons pas pour nous-mèmes, nous n’éxistons que dans l’avenir, nous renvoїons nos devoirs les plus essentiels à l’âge, le moins propre à les remplir. Nous ne connoissons point cette satisfaction intérieure, qui nait du témoignage d’une conscience pure. Mais les plaisirs des sens nous dédommagent par leur variété des plaisirs qui manquent à notre cœur. Nous serions les plus heureux des hommes, si un ennui secret n’empoisonnoit toutes nos joïes, si le dégout se mèloit plus rarement à nos délices, si la fortune, à laquelle nous nous livrons [284] sans réserve, ne souffloit sur nos projets, n’anéantissoit notre bonheur, ne moissonnoit nos plus chéres espérances. Mais, ajouta-t’il, trève de réflexions. Voulés-vous aller faire un tour à Torbek ? Il fait beau. Deux amis seront de la partie. On nous y fera bonne chére. J’ai déjà pourvu au vin. Nous en aurons d’excellent, que j’ai filouté à mon Pére. Nous irons en Carosse ou à Cheval, comme il vous plaira. »

Je ne répondois point à cette proposition. Il s’aperçut de mon embarras. « Cet arrangement, me dit il, dérangeroit-il les mesures, que vous pouvés avoir prises pour passer votre journée agréablement ? Point du tout, répondis-je ? <sic> Pourquoi donc Vous ètes vous adonisé ? à coup sur, il y a du dessein. N’est-il pas vrai ? Vous en voulés à quelqu’une de nos dames ; & il faut avoüer, ajouta-t’il d’un ton ironique, que nous n’en avons guére, dont le cœur puisse tenir contre une parure de si bon goût. Vous allés trainer tous les cœurs après vous. Adieu. Je me ferois conscience de retarder d’un seul jour vos bonnes fortunes. »

Pour démentir cette raillerie, je l’arrétai, & je lui dis, que je ne voulois faire des conquètes qu’à Torbek. Il me prit au mot, me tira de ma chambre, & me fit monter dans son équipage.

Je ne m’ennuiai pas un seul instant : il me sembla, qu’il avoit ramassé tout son babil & tout son esprit pour m’amuser. Je ne sai, si cet esprit étoit de bon alloi, mais je sai bien, que, tant qu’il parloit, l’ennui n’osoit s’approcher de moi. Peut-ètre ses saillies étoient-elles broüillées avec le sens commun ; mais assurément elles étoient dans les bonnes graces du plaisir & du badinage. Toujours vif & leger, il effleuroit trente sujèts & n’en approfondissoit aucun. Tantot c’étoient de jolis contes, tantot l’Histoire des Coquettes de [285] la ville & toujours le mot pour rire. Je n’aurois jamais cru qu’un Petit-Maître put ètre si amusant. J’en fus si charmé, que peu s’en fallut, que je ue <sic> préférasse le brillant au solide, l’esprit au jugement, l’étourderie à la gravité. L’heureux naturel que celui de l’homme enjoüé ! la gaїté est le plus beau présent de ls <sic> nature.

A peine fumes-nous arrivés â Torbek, que les deux personnes dont mon ami m’avoit parlé, vinrent nous joindre. C’étoient deux gentilshommes de la Chambre, en qui je ne trouvai rien de remarquable, sinon que l’un affectoit de grassaier, & l’autre accompagnoit toutes ses phrases d’un souris d’approbation ; deux ridicules, également pardonnables à leur âge.

Tandis-que nous attendions impatiemment le diner, nous vimes arriver un de ces voitures, que le Bourgeois nomme Carosses, en dépit du gentilhomme, qui lui donne un autre nom. Un laquais, à livrée bizare, en déballa une jeune dame & un jeune homme assés lestement mis. Parbleu ! s’écria mon ami ; c’est une bonne fortune qui se présente à nous. Tirons au sort, à qui de nous quatre en profitera.

Nous étions à pousser cette idée, lorsque ce Duo entra. La dame nous adressa une révérence, que nous aurions pris pour une révérence de protection, si elle n’avoit été accompagnée d’un air niais, & d’une rougeur dans laquelle se peignoit son embarras. Le Cavalier nous salua aussi profondément qu’on salue des Cordonbleus. Les premiers complimens furent assortis aux premiers salainelecs. Il nous pria de vouloir bien le souffrir lui & la dame dans notre appartement. Mon ami trancha du grand seigneur ; & lui dit : D’un ton de Sultan : « Monsieur ! nous y consentons volontiers. Madame est si aimable, que c’est bien le moins qu’elle vous serve de passe port. »

[286] Le Petit-Maître bourgeois (car c’en étoit un) ne comprit pas la force de ces expressions : La jeune femme ne les entendit pas mieux. Elle remercia par une révérence muette. Je lui présentai un siége : « Monsieur, me dit-elle, en vérité, vous avés bien de la bonté. » La laide chose, que les beautés brutes ! Celle-ci avoit l’esprit le plus borné sous l’enveloppe la plus brillante. C’étoit un oison sous une figure d’Ange. Grands yeux, noirs, bien fendus, teint à ravir, composé de lis & de roses, beaux bras, bouche de corail, petite, réguliére, &, ce qu’il y a de plus rare ici, garnie de deux rangs de perles ; le tout sans graces, sans ame & sans vie. Je ne vis jamais de visage plus beau ; je n’en vis jamais de plus fade. Au premier coup d’œil, ébloüi, au second j’en fus dégouté. A voir cette statuё, qui ne l’auroit cruё sans sentiment ? On ne pouvoit que le penser, & l’on se trompoit.

Le jeune homme me fit la confidence de ses amours. « Elle n’est pas si bête, me dit-il, qu’elle le paroit. Quand nous sommes tète-à-tète, elle m’agace le plus plaisamment du monde, non qu’elle soit coquette, car je suis son unique amant ; mais c’est qu’elle aime le plaisir ; son mari est à la Chine, c’est à dire bien loin d’ici ; & elle m’a fait la grace de me prendre pour son pourvoїeur. Je m’acquitte de mon emploi en homme qui se pique d’honneur ; & pourtant j’ai peine à y suffire. Vous ne sauriés croire, combien l’attrait du plaisir la rend spirituelle. Telle est sa tendresse pour moi, qu’à proprement parler, ce n’est pas elle qui m’accorde des faveurs ; c’est moi, qui lui accorde mes bontés. Le reste des jeunes gens donnent à leurs maitresses des cadeaux, pour avoir la permission de cueillir les fruits de leurs soins ; mais moi, je n’ai qu’à prendre ; & si je fais à la [287] mienne un présent, c’est par lassitude de volupté, c’est pour me libérer des fatigues d’un plaisir trop fréquent. »

A peine eut-il achevé les derniers mots de cet impertinent discours, qu’on servit le potage. Nous nous mimes à table. Nous fumes bien régalés. Le petit-maitre bourgeois, qui se croioit & beau garçon & beau parleur, s’empara de la conservation. Nous nous divertimes de sa ridicule ingénuité. Il se plaignit amérement de ce qu’il ne lui étoit pas permis de porter du galon ; il nous raconta l’insipide histoire de sa vie ; il commença par les espiégleries qu’il faisoit dans son enfance à ses (*1 ) Francoises, continua par un détail de ses dépenses, & finit par ses avantures galantes durant ses voiages ; son récit nous ennuioit ; mais nous le lui pardonnâmes en faveur de quatre bouteilles de délicieux Côte-Roti, dont-il égaїa notre attention. La belle image n’ouvrit pas la bouche ; nous paiâmes l’hôte ; & partimes, non sans boire le vin de l’étrier.

Mon Ami ne cessa de me vanter l’agréable partie que nous venions de faire. Chacun a son goût. Pour moi, soit que je fusse distrait par le souvenir de Mlle. de * * *, soit que j’appréciasse trop éxactement les choses, je n’y trouvai aucun plaisir. Je ne me livrai à la joїe que par complaisance ; & je maudis vingt fois dans mon moi Philosophique cette tyrannique politesse, qui, forçant les inclinations, impose, sous le beau nom de sociabilité, les devoirs les plus génans à tout homme qui entre dans le monde. Heureux, qui a le courage de secoüer ce joug, & qui, dépendant de lui-mé-[288]me, n’est asservi qu’à ses penchans ! mais plus heureux celui, dont les penchans sont toujours soumis à la raison !

A mesure que nous approchions de la ville, mon ami parloit avec plus de retenuё. En respirant l’air chéri de Torbek, il me sembloit avoir fait provision de belle humeur. Mais sa gaîré <sic> l’abandonnoit insensiblement. Peu s’en fallut, qu’il n’eut la mine d’un homme sage. Il n’a pourtant point de femme, me disois-je. Copenhague, ne doit pas ètre fort agréable, puisque ses habitans y laissent leur enjoûment à la porte.

A peine y fumes-nous arrivés, que nous fumes joints par les deux Cavaliers, qui avoient été de la partie. Ils nous conduisirent chés Madame la Comtesse de * *. Nous y trouvames bonne compagnie. La Comtesse de * *. est une femme respectable par son rang & encore plus par son mérite ; son Hotel est le rendés-vous du beau monde. Le Magistrat s’y va délasser de ses occupations ; l’homme d’etat y perdre de vuё ses affaires ; le Courtisan y respirer l’air de la liberté ; Le Militaire s’y amuser innocemment, le Petit-Maître y désapprendre la fatuité & s’y familiariser avec le bon sens & la modestie.

Level 4► Heteroportrait► Madame la Fille, qui est en possession de faire les honneurs de la maison, me reçut poliment. Comme elle est fort jolie, je l’examinai assés attentivement. Mes regards, quoique lancés à la dérobée, n’échappérent point à mon Ami. Dialogue► « N’est-il pas vrai, me dit-il tout bas, qu’on ne trouve pas en Jutlande de femme aussi aimable ? C’est un présent que votre Province nous a fait : mais vous sentés bien que nous l’avons façonnée. Ce qui m’étonne, répondis-je naivement, c’est qu’elle ne se soit pas gatée parmi vous, c’est qu’elle ait conservé cet air de douceur & de simplicité, qui est l’appanage de nos Jutlandoises. »

[289] Oui, je suis surpris qu’elle n’ait pris des maniéres de la ville & de la cour, qu’autant qu’il en falloit pour compléter ses charmes. Alte-là, interrompit-il ; que vous connoissés mal nos dames ! Vous vous figurés, qu’outrées dans leurs modes, que dégagées & minaudiéres, elles copient les coquettes des Romans. Erreur. Elles donnent dans l’excès opposé. Passionnnées pour les anciennes modes, elles gâtent toujours les nouvelles : elles aiment si fort les usages antiques, que la bonne maniére de faire la révérence n’a pas encore pu s’introduire généralement parmi elles. Quelques-unes prennent un air haut pour un air de qualité, un maintien roide, pour un maintien de Cour, la taciturnité pour la vertu cardinale de leur séxe.

Celle-ci, comme vous voїés, n’a point de roideur. En elle rien d’empesé. Elle doit tout à la nature, & rien à l’art. Elle est maniérée. Elle a cet air uni & aisé, si commun en France, si rare dans ce paїs. C’est delà qu’elle tire ces graces, qui donnent un nouvel éclat au brillant de ses yeux pleins de douceur & de feu, ces graces qui relevent la finesse de son teint, & la délicatesse de ses traits mignons, ces graces qui la rendent un des ornemens de la Cour, & les délices des meilleurs cotteries. Vous en parlés, lui dis-je, en homme enthousiasmé. Point du tout, répliqua-t’il ; savés-vous bien, qu’au gout de nos plus fins connoisseurs, elle brilleroit au beau milieu de Versailles, où l’on est & si critique & si délicat ? Voulés-vous le détail de ses qualités ? Son cœur est droit, vertueux, compatissant, & tendre, mais tendre uniquement pour l’heureux mortel qui la posséde. Ceux qui la connoissent à fonds, disent qu’il y a peu de femmes qui plaisent autant, & qui aient moins d’envie de plaire. Elle hait à mort la coquetterie, & peut ètre un [290] peu de cette haine rejaillit-elle sur les coquettes. La plupart des femmes ont besoin d’étaier leur vertu d’un grand nombre de réfléxions. Pour elle, naturellement portée au bien, elle n’a qu’à se livrer au penchant qui l’y conduit. Le <sic> sagesse sistématique est à la vérité plus méritoire ; mais elle est infiniment moins sure. Les Maris ne s’y fieront jamais. Qu’une femme est foible, quand elle a son tempérament à combattre !

Une qualité, dont on ne doit pas mettre tout le mérite sur le compte de la nature, c’est l’empressement avec lequel elle sert ses amis, rend service à ceux qu’elle affectionne, protège ceux qui ont eu l’art de la gagner. Ajoutés à cela, qu’elle donne quelquefois en badinant à notre jeune noblesse de sages conseils, malheureusement peu suivis. Je m’en suis bien trouvé. L’année passée, je m’étois attaché, faute de mieux, à une A - - - I - -. Elle me persuada (une jolie femme persuade aisément) d’y renoncer.

Son esprit, quoique peu cultivé, est tel qu’il le faut pour le <sic> société. Bien des dames apportent en compagnie migraine, mauvaise humeur, contrainte. Elle y apporte tonjours <sic> l’enjoûment. Avec elle on sent qu’on est à son aise. Cette égalité d’humeur, qui fait le plus doux agrément du commerce de la vie, ne l’abandonne jamais. On diroit qu’elle a fait un pacte avec la gaieté. Elle a quelque fois les plus heureuses saillies ; & beaucoup d’usage du monde, & de naiveté supplée à ce qui lui manque du côté de la lecture. Quoique d’un caractére égal, elle se plie à toutes sortes de génies & s’y plie sans effort ; sa souplesse coule de source. Aussi la vieille Cour en fait-elle autant de cas que la nouvelle.

[291] Venons à ses défauts ; car elle n’est pas parfaite. 10. Elle n’a point de gout pour quelque spectacle que ce soit ; grand défaut dans une ville où il y en a trois. 20. Elle se repose quelque fois avec tant de confiance sur ses charmes, qu’elle en néglige sa parure ; cette méthode viole le 2. règlement des statuts de la Toilette, qui porte formellement ; qu’une jolie femme ne doit paroitre qu’après avoir passé deux heures au moins devant son miroir. On lui pardonne cette faute ; mais en dix années d’ici, elle sera obligée de se conformer au réglement. 30. Elle trouve jolies toutes les femmes laides. Ce défaut est assés singulier, mais il est réel. Vous voilà sur les voies, ajouta-t’il. A l’aide de ce portrait, vous n’étes plus étranger dans cette maison. Adieu, j’ai affaire. Je vous y laisse. » ◀Dialogue ◀Heteroportrait ◀Level 4

J’y soupai ; & je me retirai une demie heure après, fort satisfait d’acoir <sic> vû une des plus aimables dames de Copenhague, que je trouvois d’autant plus belle, qu’elle etoit Jutlandoise, & fort mécontent de n’avoir pas vu Mlle. de * * * à qui j’avois destiné ma journée. ◀General account ◀Level 3 ◀Level 2 ◀Level 1

1(*) Filles ou Femmes, pour la plupart Danoises, qu’on met auprès des enfans pour leur enseigner le François. Cet usage a son époque dans l’année qui suivit celle de la Révocation de l’Edit de Nantes