Sugestão de citação: Justus Van Effen [Joseph Addison, Richard Steele] (Ed.): "Discours XXVI.", em: Le Mentor moderne, Vol.1\026 (1723), S. 244-253, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4057 [consultado em: ].


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Discours XXVI.

Citação/Divisa► Pulvis & umbra sumus. . . Horace.

Nous ne serons après la mort qu’un peu de poussiere. ◀Citação/Divisa

Nível 2► Ce qui me met la plume à la main aujourd’hui c’est un motif de compassion pour ces malheureux mortels, que leur incrédulité a rendu incapables de gouter dans la derniere feste spirituelle, cette espérance & cette joye, qu’elle a répandues dans les cœurs des Chrétiens. Je vais faire tous mes efforts pour leur faire sentir, que la croyance d’une vie à venir a une baze dans l’ame de ceux-là même, qui sont si éloignez d’avoir quel-[245]que sentiment de Religion, qu’ils n’admettent pas seulement l’existence de Dieu.

Que l’incrédule le plus affermi dans l’Irréligion daigne ouvrir les yeux, & qu’il ne fasse qu’un examen superficiel du monde visible ; n’y verra-t-il pas une certaine liaison, un certain arrangement ? Ne découvrira-t-il pas dans tout ce vaste amas de corps, un ordre, une harmonie, qui ne se démentent jamais ? Quelle qu’en puisse être la cause, l’objet dont je parle existe réellement, & se rend sensible, par le moyen de tous nos sens, à toutes les facultez de notre ame. Si l’on entre dans l’éxamen du Méchanisme des animaux, si l’on prend garde à leurs passions, à leurs sensations, au pouvoir qu’ils ont de changer de lieu, on y appercevra sans doute le même plan. Tout ce qu’on y remarque tend à un but fixe ; & ce but change à l’égard de chaque espece, conformément à leurs organes particuliers.

Se peut-il que les moindres corps soient disposez à répondre exactement à leur Nature, d’une manière, qui n’est pas à la portée de l’industrie humaine la plus étendue, & que nos ames soient negligées ou dirigées par des regles si pauvres, & si basses, qu’elles seroient indi-[246]gnes d’avoir pour Auteur un homme médiocrement éclairé ? Quoi ! chaque passion aura un objet réel, elle trouvera de quoi se satisfaire, & le désir de l’immortalité sera déplacé dans nos cœurs ? Il ne sera excité que par un objet imaginaire ? Est-il possible, que l’usage que nous pouvons faire de nos facultez animales, récompense toujours nos soins, & que les genereux efforts d’une ame vertueuse soient inutiles, & n’ayent pas la moindre récompense à attendre ? En un mot, le monde corporel sera-t-il tout plan, tout ordre ; & le moindre spirituel ne sera-t-il que desordre & confusion ? Selon moi, il y a une sotte crédulité, & une espece de bigotterie à se mettre de pareilles chimeres dans l’esprit : c’est renverser entiérement la méthode de raisonner par analogie, & de faire de ce que nous savons deja avec certitude, un principe de raisonnement, à l’égard de ce que nous ne savons pas encore.

S’il y a dans cette vie une seule chose, qui ait l’air d’une récompense de la vertu accablée de malheur, c’est la certitude d’obtenir par elle la protection de Dieu, ou bien l’estime des honnêtes gens. Pour ce qui regarde cette certitude consolan-[247]te, nos Esprits-forts, à qui la supériorité de leur génie inspire tant de charité pour le genre humain, sont tous leurs efforts pour la déraciner de notre cœur, & pour nous la faire regarder comme la plus grande des chimeres. A ce compte-là, tout ce qui nous reste, c’est la réputation ; mais, par malheur, il est presque impossible de la dispenser avec justice dans cette vie, où, selon les fausses maximes de la coutume, plusieurs mauvaises actions sont suivies de la gloire, tandis que l’infamie est souvent le prix des actions les plus essentiellement vertueuses. Ici une Hypocrisie bien ménagée est placée quelquefois dans le jour le plus beau, pendant que le véritable mérite reste caché sous le voile de la modestie, qui est sa compagne inséparable. Ici le cœur & l’ame se dérobent à la pénétration des hommes, & mille faux jours font illusion à nos foibles yeux. C’est ce que Platon exprime parfaitement dans son Dialogue intitulé Gorgias, ou il introduit Socrate parlant de cette maniere.

« Dans le Regne de Saturne, les Dieux firent une Loi qui subsiste encore, par laquelle ceux qui avoient [248] couru le chemin de la vertu & de la piété, devoient après leur mort jouir d’une vie agréable dans certaines Isles destinées à être le séjour des bienheureux. Ceux, au contraire, qui avoient passé leurs jours dans le crime devoient être transportez à la demeure des ames coupables, nommée le Tartare, afin d’y soufrir la punition de leur impieté. Pendant tout le regne de Saturne, & même au commencement de celui de Jupiter, c’étoient des Juges vivans, qui décidoient du sort de chaque personne, pendant qu’elle vivoit encore, & le même jour qu’elle devoit mourir. Il arrivoit par là, que les sentimens de ces Juges étoient souvent peu conformes à la Justice & à la Vérité. Pluton, qui présidoit dans le Tartare, s’apperçut de cet abus, aussi bien que les Gouverneurs des Isles des bienheureux, qui étoient obligez d’y recevoir un grand nombre de gens destituez des qualitez nécessaires pour en gouter les delices. Ils s’en plaignirent à Jupiter, qui leur promit de remedier à cet inconvenient.

Il voulut bien même leur en découvrir la source. Ces procedez irregu-[249]liers, leur dit-il, viennent de ce que les hommes sont jugez pendant que leur ame est enveloppée encore d’un voile corporel ; & que la richesse, la naissance, & la beauté, peuvent cacher les taches, & les défectuositez, qui avilissent le fond de leur cœur. Ajoutons, que lorsqu’ils sont examinez, ils se trouvent souvent soutenus par une foule de témoins, qui sont intéressez à donner bonne opinion de leur conduite passée ; Voilà ce qui trompe les Juges les mieux intentionez, qui d’ailleurs, étant eux-mêmes du nombre des vivans, sont environnez de leur propre corps, qui empêche la vérité d’aller librement jusqu’à leur ame. Pour toutes ces raisons, je trouve à propos, qu’à l’avenir les hommes ne seront jugez qu’après leur mort, & qu’ils paroitront devant le Tribunal, depouiliez du corps & de tout ce qui pouvoit leur prêter un faux lustre : je veux que le Juge lui-même soit une Intelligence pure, capable de contempler l’ame toute nue de ceux qui paroitront devant lui. Pour cet effet, j’établis pour Juges souverains mes fils Minos, & Rhadamante, qui [250] sont nez en Asie, avec Æaque, qui est né en Europe. Ils seront obligez de tenir leur Cour dans une vaste prairie, dans laquelle il y a deux chemins, dont l’un mene au Tartare, & l’autre aux Iles des Bienheureux. »

De ce Passage de Platon, & d’un nombre infini d’autres, dont ses livres fourmillent, il est aisé de conclure, quelle fut l’opinion de ce grand homme touchant l’immortalité de l’ame. C’est un sujet si consolant par rapport à nous, si beau, si juste en lui-même, si convenable au systême general de la Nature, si fortement appuié sur les Notions des hommes de tout rang, de tout païs, & de tout âge, qu’il est inconcevable, qu’un petit nombre d’hommes s’avise de faire tous leurs efforts pour le décréditer. Il est naturel de croire, qu’ils y sont portez par quelque raison qui leur paroit de grand poids. Je m’imagine l’avoir trouvée, & j’en appelle aux pensées les plus secrettes des Esprits-forts, s’ils ne raisonnent pas sur cet article de la maniere, que voici : Citação/Divisa► Les Sens, [251] dont je fais usage dans cette vie, sont destinez visiblement à réparer les forces de mon corps, ou à le préserver de tous les accidens nuisibles où il est exposé. Dans une vie simplement spirituelle, ou les forces ne seront sujettes à aucune diminution, où nous ne serons menacez d’aucun fâcheux accident, où nous n’aurons ni chair, ni sang, ni nerfs, ni vaisseaux, nous serons indubitablement destituez de ce qu’on appelle sens. Or une vie, qui n’a rien à demêler avec les sens, est une chose absolument incompréhensible. ◀Citação/Divisa

Cette maniere de raisonner a sa source dans une certaine stérilité d’imagination, & dans un esprit extrémement borné. Je veux bien remedier à ce défaut de lumiere de nos Esprits-forts, & étendre la sphere de leur pénétration, en leur mettant devant les yeux un cas naturellement possible, & propre à leur applanir la croyance d’un Dogme, qui nous est revélé d’une maniere surnaturelle.

Supposons un homme né sourd & aveugle, qui parvenu à l’âge de maturité perd tout d’un coup par une Apoplexie le Tact, le gout, & l’odorat ; & acquiert en même tems les facultez de voir & d’entendre. Avant ce tems, le Tact, l’odorat, & le gout étoient pour lui tout ce que les cing sens sont pour nous : toutes les autres sensations plus déliées, & plus étendues, étoient par rapport à lui de la [252] même nature, dont sont à notre égard ces plaisirs, dont nous seront rendus un jour capables ; ces plaisirs, que l’œuil n’a point vus, que l’oreille n’a point entendus, & qui ne sont point montez au cœur de l’homme.

Dans son prémier état, il étoit tout aussi autrorisé à soutenir, que la perte de ces trois sens ne pouvoit pas être réparée, par l’acquisition de quelques sensations nouvelles, qu’un esprit-fort est en droit de soutenir, que la vie ne sauroit subsister, si on la dépouilloit des sens, dont nous jouissons dans ce monde. Supposons encore que les yeux de cet homme, dans le même instant qu’il les ouvre pour la prémiere fois, soient frappez d’une grande variété d’objets agréables, & que ses oreilles soient flattées d’un concert mélodieux de vois & d’instrumens : il sera étonné, ravi, extazié, & il vous donnera une idée foible & obscure des transports où se livrera une ame, dans l’instant que sortant de la prison, qui l’a renferme, il entrera dans le séjour de l’immortalité, & de la gloire.

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Avertissement.

Il a été observé par des Chrétiens, qu’un [253] certain spirituel Etranger, qui a publié depuis peu un Recœuil de Turlupinades à l’usage des mourans, n’a pas été de fort bonne humeur dans une maladie, qu’il vient d’avoir ; & qu’il n’a été plaisant, que lorsqu’il a commencé de se porter mieux. ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1