Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "XXVI. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.2\026 (1716), pp. 152-158, edito in: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1550 [consultato il: ].


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XXVI. Discours

Citazione/Motto► Tros Rutulusve fuat, nullo discrimine habebo.

Virg. Æneid. x. 108.

Que ce soit un Troïen ou un Rutule, je ne les distinguerai pas l’un de l’autre. ◀Citazione/Motto

Livello 2► Je viens d’insinuer que les honêtes Gens de tous les Partis, devroient former entr’eux une espèce de Ligue, pour servir à leur propre défense & à l’attaque de leurs Ennemis communs. Dans cette vûë, le Corps de Troupes reglées devroit agir sans avoir aucun égard que pour la Verité & la Justice, & se dépoüiller de ces petites animositez qui regnent dans tous les Partis. Voici d’ailleurs un Formulaire, auquel je vou-[153]drois qu’ils souscrivissent tous, & qui exprime leurs intentions de la maniere la plus simple & la plus nette.

Livello 3► Utopia► « Nous soussignez protestons solemnellement que nous croïons en conscience que deux & deux font quatre ; & que nous prendrons pour notre Ennemi tout Homme qui voudra nous persuader le contraire. Nous sommes aussi résolus de maintenir au péril de tout ce que nous avons de plus cher au Monde, que six sont moins que sept en tout tems & en tous Lieux ; & qu’au bout de trois ans dix ne seront pas au-delà de ce qu’ils sont aujourd’hui. Nous déclarons outre cela que notre ferme résolution est d’apeller toute notre vie noir ce qui est noir, & blanc ce qui est blanc ; que nous nous oposerons en toute sorte de rencontres, au péril de nos Biens & de nos Vies, à tous ceux qui, dans aucun jour de l’année, apelleront noir ce qui est blanc, ou blanc ce qui est noir. »

S’il y avoit une pareille Association d’honêtes Gens, qui, sans aucun égard pour les Emplois, tâcheroient d’extirper tous ces Zélateurs furieux, disposez à sacrifier la moitié de leur Patrie à la vengeance & aux interêts de l’autre, de même que tous ces infâmes Hypocrites, qui ne cherchent que leur avantage, sous prétexte du Bien public ; avec tous ceux qui ménent une vie déréglée & abominable, soit qu’ils adhérent à l’un ou à l’autre Parti, & qui n’ont pour [154] tout mérite qu’une soumission aveugle aux ordres de leurs Conducteurs ; si cela étoit, dis-je, nous verrions bien-tôt éteindre ce violent Esprit de Parti, qui avec le tems, peut nous exposer à la risée & au mépris de toutes les Nations qui nous environnent.

Un Membre de cette Societé, qui s’occuperoit ainsi à faire place au vrai Mérite, par le soin qu’il prendroit d’attaquer & de renverser toutes ces Personnes indignes & dépravées qui s’élevent quelquefois aux plus hautes Charges de l’Etat, & cela sans aucune vûë à son interêt particulier, ne rendroit pas un petit service à sa Patrie. ◀Livello 3 ◀Utopia

Je me souviens d’avoir lû dans Diodore de Sicile, qu’il y a un petit Animal fort actif, qu’il apelle, si je ne me trompe, 1 Ichneumon, qui cherche toujours les Oeufs du Crocodile, & qui les casse. Cet Instinct est d’autant plus remarquable, que l’Ichneumon ne se nourrit pas de la substance de ces Oeufs, & qu’il ne lui en revient aucun avantage. Mais sans le travail continuel de cet industrieux Animal, l’Egypte, à ce que dit l’Historien, seroit pleine de Crocodiles ; parce que les Gens du Païs sont si éloignez de les détruire, qu’ils les adorent comme une Divinité.

Si nous examinons la conduite des Factieux ordinaires, nous trouverons que bien loin de ressembler à ce petit Animal des-[155]intéressé, ils suivent plûtôt l’exemple de ces Tartares sauvages, qui cherchent à se défaire d’un Homme revêtu de grandes & belles qualitez, dans la pensée qu’après sa mort, tout son Mérite, de quelque Emploi qu’il le rendît capable, se transporte à celui qui l’a immole<sic>.

Metatestualità► On peut déja voir, par quelques uns de mes Discours, que j’ai travaillé de toutes mes forces à éteindre ce malheureux Esprit de Faction, qui éclate avec la même violence dans tous les Partis ; & je me sens d’autant plus animé à rendre quelque service à cet égard, s’il y a moïen, qu’il infeste la Campagne plus que la Ville. ◀Metatestualità Il contracte ici une espèce d’air brutal & de férocité rustique, dont les Gens accoûtumez à des manieres plus polies sont tout-à fait incapables. Il s’etend jusqu’aux Reverences & aux coups de Chapeau, & en même tems que les Chefs des Partis gardent un Exterieur civil les uns envers les autres, & qu’ils se font tous les jours des honêtetez, leurs Emissaires, qui sont répandus dans ces Quartiers, ne veulent pas se trouver ensemble à un combat de Coqs. Cette Humeur farouche est la source de plusieurs Rendez-vous périodiques, où l’on ne voit que des Maquignons Whigs, ou des Chasseurs Toris ; pour ne rien dire d’une infinité d’Imprécations, de Rebusades & de Murmures qu’elle produit aux Assises qui se tiennent tous les trois Mois.

Livello 3► Eteroritratto► Je ne sai si j’ai remarqué dans quelqu’un [156] de mes Discours précedens, que mes deux Amis les Chevaliers Roger de Coverly & 2 André Freeport ont des principes oposez ; que le premier est pour l’intérêt de ceux qui possedent les terres, & l’autre pour ceux qui ont l’argent monnoïé. Mais ils sont l’un & l’autre si moderez à cet égard, qu’ils ne passent jamais au-delà des bornes d’une agréable raillerie, qui sert même souvent à divertir le reste de nos Confreres. Quoi qu’il en soit, je trouve que le Chevalier de Coverly est plus zelé Tory à la Campagne qu’à la Ville ; ce qui lui est absolument nécessaire, à ce qu’il m’a confié à l’oreille, pour maintenir son crédit. Livello 4► Racconto generale► Dans tout notre voïage de Londres à sa Maison de Campagne, nous ne bûmes pas un seul verre de vin à un Cabaret Whig ; ou si le Cocher s’arrêtoit par hazard à quelque Lieu suspect, un des Valets du Chevalier ne manquoit pas de venir joindre son Maître au grand galop, pour lui dire à l’oreille que dans la derniere Election l’Hôte avoit donné sa voix contre un tel. Cette Politique nous engagea souvent à être mal regalez, & pour la Table, & pour le Lit ; mais nous ne cherchions pas tant les bons Cabarets que certains Cabaretiers ; & pourvû que les principes de l’Hôte fussent à la mode, nous ne regardions pas de fort près aux méchans vivres qu’il nous donnoit. Ce qu’il y avoit de [157] plus rude, c’est que plus l’Hôte passoit pour zelé, plus nous étions mal-traitez ; bien persuadé que ses Amis se contenteroient de sa maigre chaire & de ses Lits durs. Aussi, pendant que nous fûmes sur la route, je tremblois toutes les fois que nous entrions dans une Hôtellerie, dont le Chevalier m’avoit dit que le Maître étoit un honête Homme. ◀Racconto generale ◀Livello 4 ◀Eteroritratto ◀Livello 3

Depuis mon arrivée à la Campagne, je voi tous les jours de nouveaux Exemples de cette bassesse qui est ordinaire à l’Esprit de Parti. Livello 3► Racconto generale► Je me trouvai l’autre jour sur le Boulingrin d’une Ville du voisinage, où les Gentilshommes d’un certain Parti se rendent une fois la semaine, & j’y remarquai un Etranger, qui avoit l’air & les manieres au-dessus du Commun ; mais je fus bien surpris de voir que personne ne vouloit gager avec lui, quoi qu’il fût très-beau Parieur. On me dit ensuite que dans une Séance de Parlement il n’avoit pas donné sa voix comme on l’auroit souhaité, & que c’étoit pour cela qu’il n’y avoit pas un seul Homme sur le Boulingrin qui voulût avoir la moindre correspondance avec lui, non pas même pour gagner son argent. ◀Racconto generale ◀Livello 3

Entre tous les Exemples de cette nature qui fourmillent ici, je n’en dois pas oublier un qui me regarde moi-même. Livello 3► Racconto generale► Mr. Wimble racontoit l’autre jour bien des choses étranges qu’il avoit aprises je ne sai où, d’un certain grand Seigneur ; & sur ce que je le regardai fixement, comme [158] une Personne étonnée d’aprendre à la Campagne des choses, dont on n’avoit jamais dit un seul mot en Ville, Mr. Wimble abandonna le fil de son Discours ; mais à l’issuë du Dîner, il demanda tout bas à mon Chevalier, s’il étoit bien assuré que je n’étois pas un Fanatique. ◀Racconto generale ◀Livello 3

Je suis penétré d’une vive douleur à la vûë de cet Esprit de Division qui éclate à la Campagne ; non seulement en ce qu’il détruit la Vertu & le Sens commun, & qu’il nous rend en quelque maniere cruels les uns envers les autres ; mais en ce qu’il perpetue nos Animositez, qu’il élargit nos Brêches, & qu’il transmet nos Passions & nos Préjugez à la Posterité. Pour moi, je fremis quelquefois dans la crainte d’entrevoir les semences d’une Guerre civile au milieu de nos Dissensions, & je ne saurois m’empêcher de plaindre par avance les miseres & les calamitez de nos enfans.

C. ◀Livello 2 ◀Livello 1

1C’est une espèce de Blereau, mais plus menu.

2Voïez Tome i. p. 12.