Le Philosophe nouvelliste: V. Piece.

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Nível 1

V. Piece.

Citação/Lema

Metatextualidade

Preface du iv. Volume imprimé en 1711. après que Mr. Steele eut avoué cet Ouvrage, & qu’il y eut mis son Nom.

Nível 2

Metatextualidade

J’ai promis, dans un1endroit de cet Ouvrage, d’expliquer quelques Faits qui regardent les Personnes dont j’y ai voulu parler, & d’apprendre au Public qui sont les Amis de qui j’ai reçu quelque assistance. Je le ferai en peu de mots ; car lorsque l’on n’a rien à dire que la vérité toute pure, on peut dire beaucoup de choses en peu de paroles.
Dans l’Epitre dédicatoire du I.Volume, je témoignai l’obligation que j’avois au Dr. Swift, dont les Ecrits divertissans, publiez sous le faux nom d’Isaac Bickerstaff, avoient prévenu le monde en faveur de tout ce qui auroit paru sous ce titre. A présent je dois avouer quelque chose de plus. Lors que j’entrepris cet Ouvrage, la fréquentation d’un Homme si enjoué me fut d’un grand secours. Le talent qu’il a de penser d’une certaine maniére qui n’est rien moins que vulgaire, & de donner à la Conversation un tour fort singulier, ce talent, dis-je, mettoit en jeu mon Imagination, qui n’avoit à rouler que sur des sujets très-communs, mais qu’il falloit traiter d’une façon peu commune. Les Vers, où il a décrit un2Orage de pluie, &3le Matin dans la Ville, prouvent la facilité de son génie, qui, d’une matiere qui paroîtroit sterile à tout autre, a sû tirer tant de jolies pensées. Avant que de perdre de vûe les Bickerstaffs, je ne dois pas oublier que l’Arbre4Généalogique de cette Famille, que l’on m’envoya par la Poste, a été écrit par Mr. Twisden, à ce que j’ai appris depuis ce tems-là. Ce galant Homme fut tué à la Bataille de Mons, & on lui a érigé, dans l’Abbaïe d’Westminster, un Monument qui marque l’estime où il étoit & du côté du Cœur, & du côté de l’Esprit. Il y a aussi dans cet Ouvrage quantité d’autres petits Morceaux que je tiens de Personnes qui me sont inconnues. Il faut mettre en ce rang,5le Remede pour les Dames, la6Lettre de Mr. Downes, & plusieurs Pièces semblables, que le Public a reçues très-favorablement. Le seul secours que j’ai eu de plus est celui d’un Bel Esprit qui ne veut pas me permettre que je le nomme. Il ne sauroit pourtant trouver mauvais que je le remercie des fréquens services qu’il m’a rendus. Il est vrai que je n’ai dû en attendre, avec autant de raison, de qui que ce soit que d’une Personne avec qui j’ai été lié très-intimement dès l’enfance, & à qui d’ailleurs les plus belles choses ne coûtent presque rien. Peu s’en faut que sa générosité ne m’ait été nuisible. Il regne, dans tout ce qu’il écrit, tant d’invention, d’enjoûement, d’esprit, & de savoir, qu’il m’en a pris comme aux Princes que le malheur de leurs affaires oblige à implorer la protection d’un puissant Voisin. J’ai été presque détruit par mon Protecteur, & après l’avoir appellé à mon secours, il n’y a plus eu moyen de me soûtenir sans lui. C’est de sa main que viennent ces Portraits si finis d’Hommes & de Femmes, sous les differens titres,7des Instrumens de Musique, de8l’Embarras des Nouvellistes,9de l’Inventaire du Théatre, de la10description du Thermomêtre, qui font, à mon avis, les principales beautez de cet Ouvrage. Voilà tout ce que je trouve à propos de dire des habiles gens qui m’ont fourni quelque chose. On peut juger par-là du prix de mon travail ; & ce n’est rien moins que par Modestie que je fais ici l’aveu public de ce que je dois à ces Messieurs. Ce que l’on tient de l’estime, & de l’amitié des Hommes distinguez par un grand mérite, fait infiniment plus d’honneur que tout ce que l’on pourroit tirer de son propre fonds. Cependant tout l’esprit que ces illustres Personnes m’ont prêté, n’a pû expier, auprès de certaines gens, la faute qu’ils m’attribuent de lâcher, en faveur de Mr. Hoadley, quelques mots qui tournent en ridicule ses Adversaires. Mais où est le mal ? Ce11Mr. Hoadley, qui témoigne tant de zèle pour la liberté de l’Etat, n’est-il pas le même Homme qui a défendu, avec tant d’érudition, le Gouvernement de l’Eglise Anglicane ? En quoi consiste donc la partialité que l’on me reproche ? Si l’on veut me rendre justice, on verra que j’ai loué le vrai mérite par tout où je l’ai trouvé ; c’est-à-dire, dans les Personnes même qui sont le plus contraires au Parti pour lequel je me suis déclaré. En faut-il des preuves ? Que l’on examine le Caractére avantageux12du Dr. Smalridge que j’ai peint sous le nom supposé de Favonius, et le Portrait d’un Doïen, que l’on sait à présent être le13Dr. Atterbury. Je puis dire avec confiance que j’en ai toujours usé en Homme d’honneur, & que j’ai été sensiblement affligé de ce que l’on a pû penser le contraire. L’esprit me paroit la plus frivole, & la plus méprisable de toutes les qualitez, lorsqu’on en abuse ; & j’aurois honte du peu que la Nature m’en auroit donné, si j’avois eu le malheur de m’en être servi pour de mauvaises fins. Quant à ce dernier point, j’en appelle aux soins que j’ai pris pour combattre la fureur du Jeu & des Duels. Jamais Heros de Roman ne se porte avec plus de chaleur contre les Géans, & même à l’heure qu’il est, semblable aux Chevaliers errans, je ne puis penser à ces Monstres, que mon imagination n’en soit échauffée. Je briserai donc tout court là-dessus, puis que je possede encore mon sens froid, & que je ne suis pas d’humeur d’aller, comme Don Quichotte, attaquer des Moulins à vent. Je dois pourtant me vanter d’avoir été le seul, qui, malgré la force de la coûtume & des Préjugez, ai déploré la condition des Gentilshommes Anglois, dont le bien & la vie ne sont plus en sûreté. Par une fausse idée de Justice, leur bien passe à des Brélandiers de profession, & par un faux point d’honneur, leur vie est à la merci de quelques Faquins de Breteurs. J’ai tant parlé des prémiers, que je n’ai plus rien à en dire ; & pour les autres, je conclurrai ce que j’en ai dit, en leur appliquant ce que le Docteur South a dit quelque part du Menteur, qu’il craint les Hommes, & qu’il brave Dieu.

1Ce fut dans la derniére Feuille volante datée du 2. Janvier 1711. N.S.

2On les trouve dans le IV. Volume, No. 238, de l’Anglois.

3On les trouve dans le I. Vol. No. 9.

4On le trouve dans le I. Vol. No. 11.

5On le trouve dans le I. Vol. No. 2.

6IV. Vol. No. 193.

7Vol. III. No. 157.

8Vol. I. No. 18.

9Vol. I. No. 42.

10Vol. IV. No. 220.

11Le Dr. Benjamin Hoadley, fait Evêque de Bangor par le Roi George, transferé depuis en 1721. à l’Evêche de Hereford, & en 1723. à celui de Salisbury.

12Vol. II. No. 114. le Dr. Smalridge fut fait Evêque de Bristol par le dernier Ministere de la Reine, & est mort en Octobre 1719.

13Fait Evêque de Rochester, dans les dernieres années de la Reine, mais degradé & banni par Acte du Parlement en 1723.