Le Philosophe nouvelliste: IV. Piece.

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IV. Piece.

Zitat/Motto

Metatextualität

Epitre Dedicatoire de l’Auteur, mise à la tête des deux Volumes imprimez en 1710, sous le nom d’Isaac Bickerstaff Ecuïer.

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A Monsieur1Maynwaring.

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Brief/Leserbrief

Monsieur, Il y a long tems que le prétexte de la Politique & du Bel Esprit a rempli le Monde de petits Tyrans sans mérite qui sont très-incommodes dans les Conversations, & dans les Assemblées. La plupart des Hommes ont besoin qu’on leur dessille les yeux pour voir l’imposture, & j’ai cru que je rendrois un bon service au Public, si je lui donnois un Ouvrage qui fit connoître les Mœurs du Siècle & par rapport aux Plaisirs, & par rapport aux Affaires. Pour engager toute sorte de gens gens <sic> à lire cet Ouvrage, je trouvai à propos de le tourner en forme de Nouvelles & d’y faire entrer tous les sujets qui peuvent exciter la curiosité des personnes des deux Sexes, & de toutes les Conditions. Il étoit à craindre qu’il ne fallût beaucoup de tems pour répandre le bruit de mon travail, & que ce2délai ne me fût préjudiciable. Mais il arriva heureusement pour moi que je fus connu dans le Monde avant que d’y paroître. Je n’avois pas encore bien digeré le Projet que je méditois, lors qu’un Auteur s’avisa d’emprunter mon Nom, pour faire imprimer des Prédictions, & deux ou trois autres Pièces qui rendirent ce Nom fameux dans toute l’Europe, & qui, par leur mérite, l’éleverent au plus haut point de reputation où il pût être porté. Je profitai de cette bonne fortune. Le seul nom d’Isaac Bickerstaff me fit d’abord écouter de tous les Gens d’Esprit & de bon goût ; & pour attirer les autres, je n’eus que la peine d’ajouter à mon Ouvrage quelque chose qui lui donnât un petit air de Journal Historique. Il est pourtant vrai que la Ville ne fut pas long-tems dans l’erreur, & que l’on s’y apperçut bientôt que ces Nouvelles ne venoient pas de la même Plume qui avoit écrit les Pièces, dont je viens de parler. Mais on s’en apperçut trop tard pour que cela me fit du tort. Le coup étoit frappé en ma faveur, & je perdis la part que l’on m’avoit donnée à la reputation de l’Auteur, sans rien perdre dans l’opinion publique de l’avantage que m’y avoit donnée cette reputation empruntée. Le but général que je me propose est de demasquer les Hommes, de combattre la Vanité, le Déguisement, l’Affectation, & de ramener, s’il y a moyen, la simplicité par tout, dans nos Habits, dans nos Conversations, & dans notre Conduite. Personne ne connoit mieux que vous, Monsieur, le ridicule des Défauts que je blâme, & la beauté des Vertus que je loue. A qui pouvois-je m’adresser, dont le Nom dût paroître, avec autant de justice que le vôtre, à la tête de cet Ouvrage ? De quelque maniére que j’aie exécuté mon dessein, le succès en a été si grand, qu’il n’y a presque pas une seule Personne dans le Royaume, qui soit considerée pour le Rang, l’Esprit, la Beauté, la Valeur, ou la Sagesse, qui n’ait souscrit pour les fraix de l’Impression des deux Volumes. L’honneur que l’on m’a fait en cela passe toutes les expressions de ma reconnoissance, & la seule chose qui peut ajouter au plaisir que j’en ai, est l’avantage de profiter de l’occasion la plus brillante que je puisse jamais avoir de vous assûrer que je suis, Monsieur, Votre &c. Isaac Bickerstaff.

1C’étoit un Gentilhomme de mérite, Auditeur de l’Echiquer & Membre de la Chambre des Communes. Il publia, durant quelque toms, une Feuille volante sur les affaires d’Etat, intitulée, The Medly, c’est à-dire Le Melange, qui servoit de réponse à une autre Feuille d’un Ecrivain Tory, appellée, The Examiner, c’est-à-dire, L’Examinateur. La premiére de ces Feuilles volantes étoit bien écrite & fort estimée.

2Les deux ou trois premiéres Feuilles furent distribuées gratis, aux dépens de l’Auteur qui n’étoit pas alors fort à son aise.