Sugestão de citação: Jean-François de Bastide (Ed.): "Discours VI.", em: Le Nouveau Spectateur (Bastide), Vol.2\006 (1758), S. 195-209, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.2001 [consultado em: ].


Nível 1►

Discours VI.

Nível 2► Metatextualidade► Pline écrivoit à Maxime:1 ◀Metatextualidade Nível 3► Carta/Carta ao editor►« Je crois être en droit de vous demander, pour mes amis, ce que je vous offrirois pour les vôtres, si j’étois à votre place. Retrato alheio► Arrianus Maturius tient le premier rang parmi les Altinates. Quand je parle de rangs, je ne les regle pas sur les biens de la fortune, dont il est comblé, mais sur la pureté des mœurs ; sur la prudence. [196] Ses conseils dirigent mes affaires ; & son goût, mes études. Il a toute la droiture, toute la sincérité, toute l’intelligence qui se peut désirer. Il m’aime (je ne puis dire rien de plus) autant que vous m’aimez vous même. Comme il ne connoît point l’ambition, il s’est tenu dans l’ordre des Chevaliers, quoique aisément il eût pu montrer aux plus grandes dignités. ◀Retrato alheio Je voudrois pourtant le tirer de l’obscurité où le tient sa modestie. J’ai une sorte de passion de l’élever à quelque grade, sans qu’il y pense, sans qu’il le scache, & peut-être même sans qu’il y consente ; mais j’en veux un qui lui fasse beaucoup d’honneur & peu d’embarras ; c’est une faveur que je vous demande pour lui, à la premiere occasion qui s’en présentera : lui & moi en aurons une parfaite reconnoissance : car quoiqu’il ne souhaite point ces [197] sortes de graces, il les reçoit comme s’il les avoit fort souhaités. Adieu. » ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Narração geral► Je lisois hier cette Lettre touchante, & je la finissois à peine, lorsqu’un homme, que je connoissois fort peu, entra dans ma chambre, & fit succéder, par son discours, au sentiment dont elle m’avoit pénétré, un sentiment bien différent. Nível 3► Diálogo► Je viens, Monsieur, me dit cet homme, vous demander une grace que tout mon bien pourroit à peine payer. Je sçais que vous êtes bienfaisant ; je ne viens pas avec des lettres de recommandation, persuadé que la plus forte ne vaudroit pas votre penchant à obliger. . . . Il est certain, Monsieur, répondis-je, que rien ne me recommande autant un honnête homme, que ma sensibilité & mon estime pour le mérite ; je ne ferai pas plus longtemps à vous le prouver qu’à vous le [198] dire, si vous voulez m’en fournir l’occasion. C’est ce que je vais faire, reprit-il. M. de * * * * vient de mourir ; le poste qu’il occupoit est à la nomination du Prince de * * dont vous êtes extrêmement considéré ; si je pouvois l’obtenir, ma fortune seroit faite, & je l’obtiendrois, si vous vouliez le demander pour moi. . . . Ce discours me glaça. Vous m’étonnez, Monsieur, lui dis-je ; vous m’étonnez beaucoup : mais ce poste est presque dû au pauvre F * *, qui l’attend, qui en a besoin pour vivre ; & F * * est votre ami depuis dix ans. Cela est vrai, répondit-il, sans se déconcerter, ou plutôt ayant trop peu d’ame pour se déconcerter, mais F * * n’a pas un ami auprès du prince, & d’ailleurs il est si peu attaché à la fortune. . . . Je le connois mieux que vous, lui dis-je ; il n’est point attaché à la fortune, c’est-à-dire, il pense assez bien, il est assez [199] sensé pour s’éloigner de la foule des ambitieux ; pour ne pas se permettre cette sorte d’idolâtrie qui les distingue aujourd’hui : pour penser que si c’est un bonheur d’être riche, c’en est un, plus grand peut-être, dans le raisonnement simple de l’honneur, de pouvoir se dire, qu’on n’a rien fait de bas ni d’injuste pour le devenir ; mais il sent tout autant qu’un autre le besoin d’une meilleure situation ; ce n’est pas une prétention, une fureur, un délire ; c’est un desir raisonné, & par là il mérite encore plus qu’on ne lui fasse pas d’injustice ; c’est un homme sans intrigue, sans défiance ; il a d’ailleurs un droit acquis à la chose, comme je viens de vous le dire. . . Mon homme se leva. Je vois, me dit-il, que je me suis mal adressé ; vous envisagez les choses avec des yeux qui me sont tout-à-fait défavorables ; vous vous imaginez que je cherche à supplanter mon [200] ami ? Et ce n’est point cela ; il est vrai que je demande une place qu’il espere obtenir : mais tant de d’autres que moi la demanderont ; son droit se trouvera si contesté, si obscurément apperçu par le Prince, au milieu de tant d’intrigans déliés, & F * * est si peu capable de s’intriguer lui-même, qu’assurément il y a tout à parier qu’il n’obtiendra rien. N’importe, lui dis-je, toujours plus indigné, il est votre ami, je dois être scrupuleux, je dois considérer le mal que vous lui auriez fait, si je réussissois, sans chercher d’avance une excuse dans le raisonnement spécieux que vous me faites : c’est pour moi autant que pour vous, que je vous refuse mes services en cela ; je ne serosi pas tranquille après avoir empêché un honnête homme d’être heureux. . . . Il est donc inutile que j’insiste ! me demanda-t-il impudement : Oh, très-inutile, répondis-je, [201] avec une sorte de colere ; je ne veux pas vous exposer au remords d’avoir trahi votre ami malheureux. . . . ◀Diálogo ◀Nível 3 Il se retira, en me saluant avec peine. ◀Narração geral

Metatextualidade► Voici une Lettre qui demande une attention suivie. Si on la lit attentivement, on trouvera que ma fidélité à la publier, doit me faire quelque honneur. ◀Metatextualidade

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Monsieur le Spectateur,

Je ne sçais pas si le suffrage d’un Curé de campagne sera capable de flatter votre amour propre ? je dois souhaiter que cela soit ; c’est, je m’imagine, le seul moyen de vous engager à lire jusqu’au bout une lettre où moi-même je vois d’avance beaucoup de bavardage. Je lis vos feuilles, Monsieur, & en vérité j’ose dire que pour me procurer ce plaisir, il m’en coûte la plus claire partie de mon casuel. Vous me voyez déja à découvert d’un côté ; [202] un homme pauvre, & qui achete des Livres, est un être à peu près pensant. Oui, Monsieur, je pense ; mais je pense dans les bois ; & si quelquefois je raisonne juste, rarement il se présente à mon esprit des choses sur lesquelles je puisse raisonner. L’esprit est certainement partout, & partout il y a de certaines idées qui viennent le trouver, & de certaines combinaisons qu’il peut faire ; mais quelque vivacité qui l’anime, de quelque sagacité qu’il soit doué, il lui faut des objets présens ; il ne réfléchit guere, s’il n’est frappé ; & de plus il imagine très-peu. Les rapports, les dépendances, les enchaînemens, les principes même n’existent pas pour lui. Il faut avoir vu quelque chose, pour soupçonner les choses qui peuvent être, & dans les bois on ne voit rien : des machines qui levent les yeux au Ciel pour y chercher l’heure de leur repas [203] grossier, & qui les baissent ensuite vers la terre pour conduire les efforts du bœuf leur compagnon & leur image. Voilà ce qu’on voit. Jugez, Monsieur, de l’étonnante impression que peuvent faire sur moi vos feuilles. Elles m’offrent un monde tout nouveau. Je sens que j’ai de l’esprit en les lisant, & le globe singulier qu’elles présentent à mon imagination, me devient très-possible à croire, quoique je n’aie rien vu. J’étois allé faire une visite, lorsqu’elles parurent, au Seigneur de mon village, homme que je fréquente très-peu, parce que c’est un vieux reste de machine qui ne connut jamais d’autre bonheur que de marcher sur deux pattes. Un de ses neveux y vint, qui parla du Nouveau Spectateur. Le titre, l’objet, & ce qui en avoit paru, dont il me rendit compte, me séduisirent ; je m’informai de la demeure de votre Libraire, [204] & je lui écrivis sur le champ. Je ne m’en répens pas, Monsieur, quoiqu’en vérité ce soit me dépouiller. Je retrouve bien l’intérêt de mon argent dans le plaisir. Ce plaisir est inexprimable ; car figurez-vous un homme né pour adorer l’harmonie, condamné à ne connoître que celle que forment deux méchans violons, le Dimanche, pour faire danser les plus affreuses bergeres qu’il y ait au monde, & transporté tout à coup à l’Opera. Le pendant de cet homme, c’est moi. J’adore les réflexions, & celles surtout que peut fournir la connnoissance du cœur humain. Jusqu’ici, élevé dans les champs, je ne connoissois du cœur que ces brutalités qui éclatent le Dimanche après la Messe, devant la porte de mon Presbytere, & finissent par quelques coups de poings : ces caresses sans goût, qui échappent quelquefois à mes rustres, pour leurs moitiés dé-[205]goûtantes ; ces petites façons grossieres d’aimer & de plaire, que chaque jeune garçon fait éclater pour sa maîtresse aussi sotte que lui : voilà ce que je connoissois du cœur ; ajoutez-y cette monotonie des plaisirs, cette constance éternelle qui la cause, cette ignorance des plaisirs défendues, qui, à ce que je vois à présent, vient plus des la bêtise que de l’innocence. Quelles réflexions un pareil spectacle peut-il fournir ? Quelles connoissances peut-il procurer ? aucunes <sic>, sans doute. La bêtise me gagnoit moi-même ; je croyois de bonne foi qu’à la politesse près, tous les hommes étoient les mêmes, pour la galanterie surtout, & n’avoient pas plus de génie l’un que l’autre pour inventer des plaisirs ; car, me disois-je (& voyez ma turpitude), comment pourroient-ils inventer ? & pourquoi inventeroient-ils ? La nature ne doit-elle pas les avoir prévenus à cet égard ? [206] Jalouse de ses droits, voudroit-elle leur avoir laissé quelque chose à imaginer pour tout ce qui peut les rendre heureux ?. . . ce pitoyable raisonnement ne doit pas vous surprendre ; il est impossible qu’un homme, qui n’a rien vu, ne pense pas faux quand il voudra juger des hommes sur l’opinion que les bienfaits de la nature lui donnent d’eux. Mais vous détruisez mon erreur, & vous me guérissez de la sottise de juger sur les vraisemblances. Me voilà transporté à l’Opera. Ah ! Monsieur, que je vous sçais bon gré d’avoir brisé les indignes violons de mon village. Je m’exprime encore ainsi, pour continuer le parallele que j’ai commencé ; mais je vais quitter ce langage affecté. Quel spectacle s’offre à mes yeux ? Pourrai-je vous dire le plaisir & la surprise que me causent toutes ces femmes si jolies & si tendres, qui s’engagent avec tant d’ingé-[207]nuité, se donnent avec tant d’esprit, & se dégagent avec tant de bonne foi ? oui, je vois bien que la nature n’a pas tout fait pour nous ; car, c’est sans doute un grand bonheur que de se donner, & de se dégager avec si peu de façons ; & vous m’apprenez qu’il y a cent ans, on ne connoissoit point cette simplicité charmante ? Depuis tant de milliers d’années que le monde subsiste, les hommes ont donc vécu dans un cruel ennui ! En vérité, Monsieur, je ne donnerai plus à la nature le nom de mere ; celui de marâtre lui convient mieux : & ces hommes qui courent après toutes les femmes avec tant de certitude de leur plaire ; qui se les disputent sans jalousie, se les cedent sans ingratitude, sont si glorieux quand ils ont réussi, si contens quand ils ont changé ? En vérité, tout cela est réellement admirable & délicieux à considérer. Con-[208]tinuez, Monsieur, d’enchanter mon cœur & ma solitude ; vous êtes mon père, vous me donnez le jour. Je ne vivois pas, je n’extistois point. . . . Je prévois pourtant que la retraite & l’innocence vont me paroître des êtres bien tristes, & peut-être l’éprouvé-je déjà ; car au milieu de tant d’objets de séduction, comment n’être pas tenté quand on voit tout le monde succomber ? je contemple ces objets charmans avec tant de plaisir, je les trouve si aimables, & je les vois si heureux, qu’il est difficile que je résiste à l’appât de leur bonheur ; il me semble même que les plaisirs qu’ils me montrent sont des signes qu’ils me font . . . . . Une petite réflexion vient me troubler ; & il faut que je vous la communique. Si je succombe, je serai malheureux, malgré les immenses connoissances dont vous m’aurez enrichi ; & vous aurez des re-[209]proches à vous faire, malgré ma reconnoissance ; vous serez obligé de vous dire : je connois un homme, qui avoit la paix avec son cœur ; qui condamné à vivre dans les bois, ignoroit les passions, & de tous les malheurs n’y éprouvoit que celui qui sauve de tous les autres, qui est le défaut de connoissances : il a perdu sa tranquillité ; il est devenu la proie des desirs, il ne pourra plus entendre parler d’une jolie femme, sans éprouver. . . . . . Je finis, Monsieur, car à la fin vous jetteriez ma Lettre au feu. Je suis, &c. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Traduction de M. de Sacy. IIe Lettre de III. Livre