Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "LXI. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.6\061 (1726), pp. 378-382, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1632 [consultado el: ].


Nivel 1►

LXI. Discours

Cita/Lema► Ό έλαχίστων δεόμενος έγγιστα θεων.

Socrates apud Xenoth.

Celui qui a besoin de moins de choses approche la plus de la Divinité. ◀Cita/Lema

Metatextualidad► La Vertu consiste à imiter Dieu ◀Metatextualidad

Nivel 2► Les Philosophes Païens se vantoient d’ordinaire, que leurs préceptes servoient à rendre les hommes semblables à la Divinité. Quelque erreur qui se trouvât dans les moïens qu’ils emploïent pour arriver à ce but, il faut avoüer que leur dessein étoit noble & glorieux. Les plus beaux Ouvrages de l’Invention Humaine sont d’un très-petit poids, lors qu’on les met en balance avec ce qui sert à rafiner l’Esprit. Longin excuse fort joliment Homere, lorsqu’il dit que ce Poëte a fait ses Dieux semblables aux hommes, afin de rendre les hommes semblables aux Dieux. Mais on doit convenir que plusieurs des anciens Philosophes ont travaillé plutôt au dernier de ces deux articles, qu’à l’autre ; ce que Ciceron auroit voulu qu’Homere eût fait.

Suivant cette maxime générale de la Philosophie, quelques-uns d’entre eux ont tâché d’élever les hommes à ce haut [379] point de plaisir, ou du moins d’Indolence, en quoi ils croient mal-à-propos que consistoit le Bonheur de l’Etre suprême. D’un autre côté, la secte la plus vertueuse de ces Philosophes se formoit l’idée chimérique d’un Sage, exempt de Passions & de Douleur, capable de se rendre heureux par lui-même, sans avoir besoin d’aucun secours étranger.

Ce dernier Caractère, dépouillé de l’éclat qui l’environne & qui frape d’abord, se réduit à ceci, qu’un homme sage & vertueux doit s’armer de patience, & ne céder pas facilement à la violence des Passions & de la Douleur ; qu’il doit aprendre à étoufer ses désirs & à les borner, pour avoir peu de besoins, & qu’il doit nourrir dans son Ame des Vertus capables de lui procurer toûjours de nouveaux plaisirs.

Le Christianisme exige de nous, qu’après nous être formez de Dieu la plus haute & la meilleure idée qu’il nous est possible ; nous travaillions ensuite à l’imiter autant que notre foiblesse nous le permet. Je pourrois citer là-dessus quantité de passages de la sainte Ecriture, aussi-bien que plusieurs Maximes & Sentences morales qui se trouvent dans les Auteurs Grecs & Romains.

[380] Cependant, je n’en produirai qu’un seul Exemple tiré des Césars de Julien. Après que cet illustre Auteur a fait passer en revûe, devant les Dieux, tous les Empereurs Romains, avec Alexandre le Grand, qui disputoient entre eux de la supériorité, il les abandonne tout d’un coup, & ne parle plus que d’Alexandre, de Jule Cesar, d’Auguste, de Trajan, de Marc Aurele, & de Constantin. Chacun de ces Héros de l’Antiquité fait valoir le droit qu’il prétend avoir au plus haut rang, & pour l’obtenir, il étalé ses actions de la maniere la plus avantageuse qu’il peut. Mais, les Dieux, au lieu d’être éblouis par l’éclat de leurs actions, s’informent, par la voie de Mercure, des principes qui les ont gouvernés dans tout le cours de leur vie, & de leurs Exploits. Alexandre leur dit, que son but étoit de faire des Conquêtes ; Jule Cesar avouë que le sien étoit de s’élever au plus haut dégré d’honneur qu’il y eut dans sa Patrie ; Auguste, qu’il avoit cherché à bien gouverner ses Etats ; Trajan, qu’il avoit eu la même ambition qu’Alexandre. Enfin, Marc Auréle, interrogé à son tour, répondit, avec beaucoup de modestie, qu’il avoit toujours eu grand soin d’imiter les Dieux. Cette conduite lui gagna la pluralité des [381] voix, & la meilleure place dans toute l’Assemblée. Quand on vint à lui demander en quoi il imitoit les Dieux, il declara, que c’étoit dans l’usage de ses Facultez intellectuelles, & que d’ailleurs il tâchoit d’avoir aussi peu de besoins qu’il lui étoit possible, & de faire aux autres tout le bien qu’il pouvoit.

Entre les diférens moyens que la Revélation a mis en usage pour l’avancement des bonnes mœurs, un des principaux est, qu’elle nous donne une juste idée de l’Etre suprême, que toutes les Créatures raisonnables doivent imiter. Un jeune Débauché pouvoit, dans une Comédie Païenne, justifier ses déreglemens par l’Exemple de Jupiter ; & il n’y a presque aucun Crime, qu’on ne pût défendre suivant les idées que le commun Peuple du Paganisme se formoit des Dieux. La Revelation nous offre un Objet digne d’être imité, je veux dire celui qui est le Modéle – aussi bien que la source, de toutes les perfections spirituelles.

Durant cette vie, nous sommes exposez à un nombre infini de Tentations, qui ne peuvent, si nous leur prêtons l’oreille, que nous détourner du sentier de la Raison & de la Vertu, les seules choses en quoi nous pouvons imiter le souverain Monar-[382]que de l’Univers. Mais dans le siécle à venir, il n’y aura point d’Objet qui ne se rapporte à ses inclinations, & qui ne soit digne de les captiver. Je poserai donc pour Maxime, que notre Bonheur dans ce Monde vient de la suppresion de nos desirs, & dans l’autre, de leur pleine satisfaction. ◀Nivel 2 ◀Nivel 1