Zitiervorschlag: Anonym (Hrsg.): "XLIII. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.6\043 (1726), S. 275-283, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1607 [aufgerufen am: ].


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XLIII. Discours

Zitat/Motto► Studiis florentem ignobilis otî.

Virg. Georg. L. IV. 564.

Je profite du loisir que le travail des autres me donne. ◀Zitat/Motto

Ebene 2► Un Homme qui veut toûjours avoir le Dépasse pour incivil. Pour éviter donc ce défaut, & puis que j’ai l’honneur d’entretenir le Public trois jours de la semaine, je suis bien aise de le ceder de tems en tems à mes Amis. Tout le monde y peut trouver son avantage. D’un côté, les jeunes Ecrivains douez de quelque modestie ont occasion par-là de se faire imprimer : De l’autre, la Ville jouït du plaisir de la diversité, &, à la faveur de ces petits traits qui servent à dépeindre la vie domestique, [276] mes Descendans auront de plus justes idées de l’humeur de notre siécle. Metatextualität► J’en retire moi-même beaucoup de profit : Par exemple, il me reste plus de loisir pour travailler à de nouvelles Speculations ; Cela me fournit des Ouvertures, que je tourne à l’avantage du Public ; je m’en sers à donner des Avis, à reformer des Abus, &, par les espaces convenables que les habiles Imprimeurs laissent toûjours entre les différentes Lettres que je publie, ma Feuille se remplit à peu de fraix & avec grande ostentation. ◀Metatextualität

Metatextualität► Lettre à l’occasion du XL. Discours. ◀Metatextualität

Ebene 3► Brief/Leserbrief► Mr. le Spectateur,

« J’ai lû avec un plaisir extrême un de vos derniers Discours. Les sentimens en sont nobles, & tout y est énoncé d’une maniere capable de faire une vive impression sur vos Lecteurs. Mais permettez-moi de vous dire que, pendant que vous décrivez en des termes si énergiques le bonheur de la Vie privée & de la Retraite, vous fomentez la Mélancholie, & vous decouragez les Actions les plus glorieuses. Les Titres & les Honeurs sont la récompense de la Vertu : C’est pour cela même que nous devons y être sensibles : Et quoi que les petits Esprits s’enorgueuillisent trop de la [277] pompe exterieure, je ne vois pas qu’un Philosophe ne puisse admirer l’éclat d’un Rubis, ou le verd brillant d’une Emeraude, aussi bien que les foibles couleurs de la Rose ou du Myrte. S’il y a de grands Genies dans le Monde qui n’y sont pas connus, je leur en atribuerois la faute à eux-mêmes, & je regarderois l’obscurité où ils vivent comme une tache à leur caractére, si je ne croïois que cela vient plutôt de la bassesse de leur fortune que de la timidité de leur Esprit. Cowley lui-même, qui nous raconte avec tant de plaisir l’histoire d’Aglaüs, n’étoit pas ennemi de la Cour, ni insensible aux louanges ; puis qu’il s’écrie dans un endroit :

Zitat/Motto► Que ferai-je pour être à jamais estimé,
Et des siecles futurs avec respect nommé ! ◀Zitat/Motto

Cest <sic> là le trait d’une noble ambition ; & ce ne fut qu’après avoir essuïé bien des revers, qu’il se donna l’épithete du mélancholique Cowley ; il ne fit l’éloge de la Solitude, que lors qu’il desespera de briller à la Cour. L’Esprit de l’Homme est un Principe actif. Celui-là donc qui se retire du Monde avant qu’il ait achevé d’y jouer son Rôle merite d’être siflé, & ne sauroit passer pour vertueux, [278] parce qu’il ne veut pas repondre à sa fin. J’avouë qu’une honête ambition m’enflamme & me porte à vouloir imiter tout ce qui me paroit illustre. Les Batailles de Blenheim & de Ramilies m’ont fait souhaiter plus d’une fois d’être Soldat ; & lors que j’ai vû ces actions si dignement celebrées par nos Poëtes, j’ai aspiré en secret à être un de cet Ordre distingué. Mais c’est en vain que je soupire, c’est en vain que je languis d’entrer en action ; je me vois enchainé dans l’obscurité, & le seul plaisir que je goûte est de voir tant de beaux Génies plus brillans que le mien, réunir toutes leurs vives lumieres ensemble pour augmenter l’éclat du Thrône. Adieu, donc, mon cher Spectateur, & croïez que je suis, avec beaucoup d’émulation, quoi que sans envie, votre Admirateur déclaré, »

Guill. Sansespoir. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Metatextualität► Lettre sur l’Eloquence des Mendians. ◀Metatextualität

Ebene 3► Brief/Leserbrief► Monsieur,

« Quoique l’Eloquence ait servi autrefois de sujet à un ou à plusieurs de vos Discours, je ne sâche pas que vous aïez jamais reflêchi sur celle que possedent certaines Gens, qui sont si éloignez de suivre à cet égard les Regles de Quintilien, que j’ose cautionner pour eux, [279] qu’ils n’ont pas même entendu parler d’un tel Homme, & qui avec tout cela n’y sont pas moins habiles que Ciceron ou Demosthene entre les Anciens, ou le plus grand Orateur qu’il vous plaira de nommer entre les Modernes. Les Rhétoriciens, dont je veux parler, sont nos Mendians publics, & pour la confirmation de cette verité, j’en appelle au témoignage de tout Homme qui a un peu moins de dureté qu’un caillou. Pour moi, qui ne pretends pas avoir plus de charité que les autres, il m’est arrivé bien des fois de sortir du Logis avec la poche assez bien garnie, & d’y retourner sans avoir ni sou ni maille, après avoir distribué tout mon argent, à ces sortes d’Objets qu’on croit dignes de compassion. En un mot, j’ai vû plus d’éloquence dans un regard d’un de ces miserables, que dans un coup d’œuil de la plus celebre de nos Beautez, quoi qu’il n’y ait personne qui admire plus que moi le beau Sexe. Tout ce que j’ai à vous demander, Monsieur, est de vouloir nous donner quelques Avis, qui servent à nous garantir des pieges que nous tendent ces puissans Orateurs, ou je me verrai forcé, bongré, malgré, que j’en aie, à quiter ma Profession d’Avocat, [280] pour apprendre l’Art de mendier, qui me paroit un Exercice plus lucratif. Mais dans lequel de ces deux états que je brille, je me ferai toûjours un vrai plaisir de lire vos Discours, & d’être, &c. »

J. B. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Metatextualität► Lettre de Monimie sur l’effet qu’eut la petite Verole à son égard & à celui de ses Amans. ◀Metatextualität

Ebene 3► Brief/Leserbrief► Monsieur,

« Occupée la semaine derniere à lire celui de vos 1 Discours, ou vous avez inseré la Lettre de Mlle de St. Leger, qui s’en remet à votre décision pour le choix d’un Amant à vie, je crus avoir le même droit de vous demander votre avis sur une affaire de la même nature, quoi que beaucoup plus difficile. Là-dessus je pris la plume pour vous donner le caractére de sept de mes très-humbles Serviteurs, que j’ai tous également encouragez pendant quelques tems. Mais helas ! lors que j’étois remplie d’un si agréable sujet, & que je meditois une description avantageuse de celui de tous, que je favorisois le plus, il m’arriva de jetter les yeux sur mon Miroir. La vûe de la petite Verole, dont je viens de relever, me penetra de douleur, & me fit sentir tout-à-la fois la perte de mes charmes & celles de mes Captifs. Je ne saurois vous exprimer le desordre oú me [281] plongea cette malheureuse découverte, qui venoit d’ailleurs si mal à propos. Soïez persuadé, Monsieur, que frapée du Cas de votre belle Correspondante, & qu’uniquement attentive à l’execution de mon dessein, je me croïois aussi sûre de mes triomphes, que je l’eusse jamais été.

Cependant, après y avoir un peu reflechi, & vû que je ne devois plus me flater d’une si agréable idée, j’ai resolu de m’adresser à vous, ou à votre Casuiste en fait d’Amour, pour savoir qu’elle doit être ma conduite dans la situation où je me trouve. Je n’ignore pas que la blancheur de mon teint & la regularité de mes traits, que ma cruelle Maladie vient d’alterer, sont irreparables ; mais je me flate qu’avec votre secours, je puis remedier en quelque maniere à cette perte, s’il vous plait de me fournir les moïens de recouvrer un seul de mes Fugitifs.

Il y en a un en particulier qui m’est plus obligé que les autres, en ce que, pour certaines raisons, je lui permettois d’être mon Amant incognito, & de m’écrire des billets doux ; dont j’eus tant de soin au milieu de mon mal, que je mis la clef de la Cassette où ils étoient enfermez sous mon Oreiller, & qu’un jour, sur ce [282] que j’entendis ouvrir une ferrure dans ma Chambre, je sautai de mon Lit au péril de ma vie, dans la crainte qu’on ne découvrit cette Intrigue amoureuse.

Je me suis autrefois servie de tous les artifices que notre Sexe pratique tous les jours à l’égard du vôtre, pour attirer, comme sans dessein, les yeux de toute une Assemblée sur mon Banc ; j’ai mis toute ma gloire à voir une foule d’Admirateurs l’après midi à mon lever ; mais je suis à present une tout autre Créature. Si je pouvois ratraper mes anciens charmes, & avoir une Légion de Soupirans, il me semble que je n’en voudrois jamais admettre qu’un seul. J’ai presque conçu de l’Antipathie pour les fades Discours des Amoureux transis ; quoi qu’il m’ait paru fort étrange en dernier lieu de voir quelques Messsieurs oublier leur Civilité ordinaire, disputer de politique en ma presence, ou me fatiguer par la repetition ennuïeuse de leur Compliment à l’égard du bonheur que j’avois d’être si bien revenue de ma funeste Maladie. Je ne suis pas insensible à ce Bonheur, & j’en benis Dieu ; mais je desaprouve leur felicitation, parce qu’elle semble plutôt insulter que me consoler, & qu’elle me rapelle trop mon premier état ; triste [283] & fatale idée, que je ne saurois vaincre, si vos bons avis ne m’aident à me la rendre suportable.

Pour vous montrer d’ailleurs l’estime que j’en fais, je declare ici aux Personnes interessées, qu’à moins que l’un d’eux ne revienne à son Drapeau, (si une telle fierté m’est permise aujourd’hui) avant que l’Hiver soit passé, je renoncerai au Monde, & je m’amuserai dans ma retraite à les punir tous à la pointe de mon Aiguille. Je les representerai au naturel dans un Ouvrage de Tapisserie, où abatus à mes piez, en posture de Suplians, ils tacheront d’obtenir mes bonnes graces, & où j’aurai le plaisir de les renvoïer avec un air dedaigneux. Si vous condamnez ce dessein, parce qu’il renferme un peu trop de malignité, je vous prie de m’en donner un autre qui soit plus de votre goût, & il sera fidelement executé par l’infortunée.

Monimie. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3 ◀Ebene 2 ◀Ebene 1

1C’est le XXXVI.