Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "LIV. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\054 (1723), pp. 335-341, edito in: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1443 [consultato il: ].


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LIV. Discours

Citazione/Motto► Rarus enim fermè sensus communis in illâ Fortunâ.

Juv. Sat. VIII. 73

Il est fort rare qu’on conserve le Sens commun dans une si haute fortune. ◀Citazione/Motto

Metatestualità► Lettre de Mlle. Riche sur la sote complaisance qu’on a pour les Filles de qualité, & en particulier pour les belles & les riches. ◀Metatestualità

Livello 2► Livello 3► Lettera/Lettera al direttore► Mr. le Spectateur,

Eteroritratto► « Je n’ai que dix neuf ans, je suis Fille unique d’un Pere & d’une Mere fort riches, & l’on m’a traitée jusques-ici avec une indulgence qui n’a pas trop favorisé mon Education. J’ai peut-être une envie extraordinaire d’aprendre ce qui [336] est convenable à mon Sexe & ma Qualité ; mais la dispute à mon égard, d’aussi loin que je puis me souvenir, a toûjours été de savoir s’il étoit à propos que l’Enfant fît ou ne fît pas telle chose ? Si telle ou telle nourriture étoit la plus saine pour la jeune Demoiselle ? Ce mêts ne valoit rien pour ma taille, cet autre pour mon teint, & ce troisiéme pour mes yeux. J’ose vous dire, sans aucune exagération, que, depuis l’âge de dix ans, je ne sache pas avoir jamais touché la Terre avec mes pieds : un Carosse ou une Chaise à Porteurs ont toûjours servi à me faire passer d’un lieu à un autre. Tous ceux que se méloient de m’instruire prônoient par tout les jolies choses que je disois ; & la maniere sensée dont je m’étois conduite en telle & telle occasion. Voilà quel a été mon sort jusque’à ce que j’aie aproché de l’adolescence ; & depuis l’âge de quinze ans, on n’en a pas mieux usé à mon égard, quoi qu’on aît pris un autre tour. Je suis devenue si terrible, ne vous en déplaise, que tout Homme qui me parle risque de perdre sa liberté. Il y en a plusieurs qui ont de l’esprit & du savoir qui se rendent chez nous, & lors que je me trouve en si bonne Compagnie, je me plais à leur faire diverses Questions ; mais, au lieu de m’y répondre, on me dit je ne sai quoi sur mes yeux brillans. Il semble, Monsieur, qu’on ait inventé un Langage exprès [337] pour entretenir les Femmes ; & il n’y a que le petit nombre de ceux qui ont véritablement ce qu’on doit appeller une bonne Education, & que je ne trouve guére en mon chemin, qui nous puissent parler sans flater notre Sexe. Entre la plûpart de ceux qui se qualifient Gentils-hommes, il m’est impossible d’ouvrir la bouche sur aucun sujet, sans exciter l’un ou l’autre à me dire, Oh ! un tel Gentil-homme, qui es si bien tourné, doit savoir à fonds tout ce que vous demandez : il n’y a personne qui ne se fasse un vrai plaisir de vous instruire là-dessus. En un mot, je suis d’une si grande beauté, que je tue tous ceux que m’aprochent ; si habile, que je n’ai besoin d’aucune instruction ; & si bien élevée, qu’on me traite comme une Innocente, puis qu’on ne daigne pas me répondre sur le pied d’Amie, ou de simple Connaissance. Aïez la bonté, Monsieur, d’avoir égard au déplorable état où nous autres Beautez & riches Partis nous voïons exposées, & de ne permettre pas qu’on nous fasse tourner la cervelle par les flateries indignes.

J’ai une Femme de Chambre qui est adonnée à ce malheureux métier, & qui l’exerce avec beaucoup d’art. Je me divertissois d’abord de certaines absurditez dont elle accompagnoit tous ses éloges. Elle me disoit quelques fois, suivant le stile de sa Province, qu’il n’y avoit person-[338]ne qui ne reconnût que sa jeune Dame étoit émaillée du plus beau rouge & du plus beau blanc que l’on puisse voir au monde. Elle ajoutoit une autre fois que j’avois tout l’air d’une certaine Babet Dobson de son Village, qui fut cause que le Meunier se pendit, & qu’ensuite il hanta un Champ, où ils avoient accoûtumé de se promener ensemble. Avec tout cela, cette fine Mouche peut faire tomber des Lettres sous mes yeux, glisser un Billet dans l’un de mes Gands, & me soutenir en face qu’elle ne fait rien de tout ce manége. Depuis mes plus tendres années jusques à ce jour, je ne sache pas que personne en ait jamais usé envers moi comme il auroit dû ; & si je ne m’étois apliquée à la lecture de quelques bons Livres qui me plaisent, il ne me resteroit pas aujourd’hui une étincelle de Sens commun. Ne seroit-il pas digne de vous de fixer les régles pour nous diriger en tel cas, & d’avertir le Public que nous autres Belles atendons, aussi bien que les autres, qu’on nous réponde clairement & avec franchise ? Pourquoi faut-il qu’on me donne de fausses idées du Bien & du Mal, par cela seul que je possede les avantages de la Beauté & de la Fortune, comme si c’étoit un Crime ? [339] En verité, Monsieur l’homage ridicule que nous rendent les Personnes dont je viens de vous parler, joint au peu de soin qu’on prend de notre Education, ne peut que nous exposer à l’ignorance & à l’Orgueuil, si ce n’est pas même au Vice. ◀Eteroritratto Je soûmets très humblement à vos sages reflexions tout ce que vous venez de lire, & je suis, &c. »

Charlote Riche. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 3

Metatestualità► Lettre d’un Epicier amoureux.◀Metatestualità

Livello 3► Lettera/Lettera al direttore► Mr. le Spectateur,

Racconto generale► Eteroritratto► « J’étois un riche Epicier de la Ville, & aussi heureux que diligent ; mais je n’étois pas marié, & vous savez qu’il y a des Femmes. ◀Eteroritratto J’aurois bien souhaité qu’une en particulier, qui venoit à ma Boutique, voulût être la mienne, mais je craignois qu’elle n’y consentiroit jamais. Cependant pour réussir à lui faire ma Cour, je lui vendois à meilleur marché que je n’achetois, dans l’esperance d’acheter à meilleur marché que je ne vendois. Vous ne devez pas douter qu’elle ne revînt souvent elle-même, qu’elle ne me procurât plusieurs Chalands au prix que je donnois mes Densées, & qu’elle ne crut me rendre un bon ofice. Vous ne douterez pas non plus que ce ne fut là un merveilleux Négoce, & qui ne dût bien m’enrichir. En un mot, j’étois sur le point de faire Banquerote, lors que lui dé-[340]clarai mon Amour, & qu’elle me répondit qu’elle étoit mariée. Il me restoit alors tout juste dequoi ne pas mourir de faim, & je compte aujourd’hui de rétablir ma fortune par la perte de tous ces Chalands. Je suis, &c. » ◀Racconto generale

Jeremie Actionaire. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 3

Metatestualità► Lettre d’une Idole de Caffé sur un Avocat qui lui en consoit ◀Metatestualità

Livello 3► Lettera/Lettera al direttore► Mr. le Spectateur,

Racconto generale► « Je suis du nombre de ces Idoles1 , dont il vous a plu de parler dans un de vos Discours, & j’ai ma Niche dans le Réduit d’un Caffé. Il seroit inutile de vous dire les égards que je dois avoir pour vos Chalands, & les Importunitez que j’en soufre. Mais il y en a un sur tout qui me serre d’aussi près que les François serroient Bouchain. Sa gravité le rend fort circonspect, & il fait ses aproches avec toute la régularité d’un habile Ingenieur. Vous ne devez pas douter de son Eloquence, puis qu’il est Avocat, & comme il n’a guére occasion de l’emploïer à Westminster, il en a d’autant plus pour m’en regaler moi-même.

Que peut donc faire un pauvre Créature fragile : Je suis bien disposée à me rendre ; mais il voudroit que ce fût à discrétion, & moi je voudrois que ce fût avec discrétoin. D’ailleurs, pendant que [341] nous parlementons ainsi l’un & l’autre, nous négligeons nos intérêts réciproques. A mesure que son ataque se renforce, mon Thé s’afoiblit ; & lors qu’il s’amuse à plaider à mon Barreau, il n’y a personne qui le vienne consulter que des miserables qui le païent d’un grand-merci. Conseillez-lui, mon cher Monsieur, de n’insister pas sur de rudes conditions, & de ne pas contredire, par des desirs déréglez, l’heureuse physionomie de son visage. Si nous étions d’accord, nous pourrions nous fixer à quelque chose, aussitôt que nous aurions déteriminé quel parti nous seroit le plus aventageux, ou de consulter à la Maison, ou de tenir Caffé, ou de plaider à Westminster. Je suis &c. » ◀Racconto generale

Lucinda Parlementier. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 3

T. ◀Livello 2 ◀Livello 1

1Voïez Tome I pag. 447. ¿?