Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "LIII. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\053 (1723), S. 327-335, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1442 [consultado em: ].


Nível 1►

LIII. Discours

Citação/Divisa► Immo duas dabo, inquit ille adolescens, una si paum est :
Et si duarum pœnitebit, inquit, addentur duæ.

Plaut. Stich. Act. IV. Sc. I. 44.

S’il n’en a pas assez d’une, a dit ce jeune Homme, je lui en donnerais deux ; & si deux ne lui sufisent pas ; j’y en ajouterai deux autres. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Lettre d’un jeune Homme, qui se plant de ce que ses Parens le veulent marier avec tout autre qu’avec sa Maitresse. ◀Metatextualidade

Nível 2► Nível 3► Carta/Carta ao editor► Mr. le Spectateur,

« Vous nous avez donné de très-bons Discours sur cette cruelle & dénaturée coûtume des Peres & des Meres, qui obligent leurs Enfans de se marier contre leur inclination. Sans un plus longue préface, je vous exposerai mon Cas à cet égard, & je vous en laisserai le Juge. Mon Pere & ma Mere, qui son déja avancez en âge, souhaiteroient fort de me voir établi, comme ils parlent, moi qui suis leur Fils aîné. Je ne le souhaite pas moins qu’eux ; mais leur malheur est que je dois m’établir à leur fantaisie & non pas à la mienne. C’est là-dessus qu’ils me tourmentent tous les jours, pare que je n’ai pû aimer jusques-ici, malgré moi & mes dents, une des Filles d’un Gentilhomme de notre voisinage, que en a quatre, dont, [328] par un excès de leur générosité, ils veulent bien me donner le choix. Nível 4► Diálogo► Janot, me dit mon Pere, Mademoiselle Cato est une Fille de mérite. Cela est vrai, Monsieur ; mais elle est un peu trop âgée pour moi. Mon fils, elle n’en sera que d’autant plus discrete & bonne Ménagere. Ensuite ma Mere vient à la charge, Est-ce que Mlle Babet n’est pas d’une grande beauté  Oui, Madame ; mais elle n’a point de Conversation, je ne lui trouve ni feu, ni agrément, ni esprit dans le Discours, non plus que dans la Mine. Je l’avouë, mon Fils ; & c’est pour cela même qu’elle fera d’une humeur aisée, douce, obligeante & traitable. Après avoir essuïé cet assaut, une vieille Tante, qui est du nombre de ces bonnes Femmes qui lisent des Comédies avec les Lunetes sur le nez, vient m’en livrer un autre, & me dire, Mon Neveu, que pensez-vous de la grande Mlle Dorothée ? Ce que j’en pense ? Vraiment, je croi qu’elle ne sauroit avoir plus de six pieds & deux pouces de taille. Bon, voilà qui va bien, vous en raillerez tant qu’il vous plairra ; mais une taille avantageuse donne un air noble & majestueux. Allons, laissez-moi faire, dit enfin une de mes Cousines que demeure dans la Maison, je lui trouverai bien ce qu’il lui faut : Vous ne pensez pas à la jolie Mlle Fanchon. Qu’en dits-vous, mon cher Cousin ? Elle ne peut que vous plaire. Ah ! ma chere Cousine, je suis vôtre très-humble serviteur ; [329] il lui manque tout juste ce que sa Sœur aînée a de trop. Est-ce ainsi, replique-t-elle, Monsieur le délicat ? Vous n’avez que vingt deux ans passez, &, dans six Mois, Mlle Fanchon entrera dans sa treiziéme : de sorte qu’elle peut aprendre tout te que l’on voudra. D’ailleurs elle sera si obéissante ; peut-être qu’elle pleurera de tems en tems, mais elle ne sera jamais en colere. ◀Diálogo ◀Nível 4 C’est ainsi que l’on dispose de moi dans une affaire, où je suis plus intéressé que personne. Lors même qu’il m’arrive de parler avec éloge de quelque jeune Demoiselle, on ne manque pas de me dire d’abord que l’une ou l’autre de ces quatre Sœurs a les mêmes bonnes qualitez. Vous voyez, par ce petit échantillon, Mr. le Spectateur, que je dois mener une vie bien agréable. Quoi qu’il en soit, je vous avouerai de bonne foi, qu’il y a déja trois ans passez que je suis éperdûment amoureux d’une jeune Demoiselle, que je nommerai, s’il vous plaît, La Mirabel. Je l’ai souvent proposée à mon Père & à ma Mère avec tout le respect d’un Fils obeïssant ; mais avec toute l’impatience d’un Homme qui est charmé de l’Objet qu’il aime. Je vous prie, Monsieur, de penser à ces trois Années. Quelles inquietudes accablantes ne dois-je pas avoir essuïè ; à quel triste & déplorable état n’ai-je pas été réduit durant un espace de trois longues Années accomplies ? Ah ! c’est-là ce qui me desole. L’air, l’esprit [330] & l’humeur de la Mirabel surpassent tout ce que l’Imagination la plus vive & la plus délicate en peut concevoir, & quoi que vous passiez pour un Juge très-expert de la Beauté, de la Vertu & de la Politesse, entre tous les Caracteres de vos Dames illustres, il n’y en a pas un seul qui soit préferable au sien. En un mot, on ne peut lui reprocher qu’une double injustice, si tant es qu’elle en puisse commettre quelqu’une à mon égard ; je veux dire qu’elle n’est pas moins aveugle pour mes défauts, que pour ses bonnes qualitez. Je suis, &c. »

Tristan le Feru. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Metatextualidade► Lettre d’une jeune Demoiselle engagée dans un Coche public avec des Insolens, que ne lui dirent que des obscénitez. ◀Metatextualidade

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Mr. le Spectateur,

« Lors que vous avez censuré nos jeunes Etourdis qui se piquent de faire les Cochers dans la Ville & à la Campagne, je souhaiterois que vous eussiez emploïe quelques-uns de ces momens à examiner ce qui se passe dans l’interieur de ces Voitures. Je sai bien que j’ai soufert ma bonne part de l’insolence & de la brutalité de quelques-uns de ces Messieurs, avec qui je me suis trouvée en dernier lieu dans un Coche qui alloit d’Essex à Londres. Je ne doute pas même qu’après avoir entendu ma Relation, vous ne conveniez avec moi qu’il y en a plusieurs de ceux qui se disent Gentilshommes qui ne [331] dévroient jamais avoir d’autre place que celle du Cocher. Elevée dès mon enfance dans la Modestie & la Vertu, je n’ai rien oublié, quoi qu’assez jeune, pour maintenir ce Caractere ; mais Lundi dernier il y eut huit jours que je revins par malheur en Ville. Je ne fus pas plûtôt dans le Carrosse, que deux Inconnus, habillez en Gentilshommes, m’attaquerent de la maniere du monde la plus indigne & me tirent des discours si abominables, que je n’oserois vous les répéter, & qu’ainsi je n’aurois pas dû entendre. Il n’y avoit que la briéveté du voïage qui pût me consoler. Imaginez-vous, Monsieur, quelle persécution ce doit être pour un Esprit chaste & vertueux, & afin que vous puissiez traiter ce Sujet d’une maniere aussi vive qu’il le demande, representez-vous votre Femme ou votre Fille, si vous avez l’une ou l’autre, en pareil cas, & jugez du châtiment que mériteroient de tels Dragons. L’un deux, qui se disoit Capitaine, ne nous entretint, durant toute la route, que de Questions fades & ridicules, ou de Chansons obscènes. Prête à crever de dépit & de honte, je blâmois la Nature de ce qu’elle ne nous avoit pas accordé les moïens de fermer nos Oreilles aussi aisément que nos yeux. Mais n’étoit-ce pas une espece d’Enlevement ? Pourquoi faut-il qu’il y ait des Complices à cet égard plûtôt que dans le Meurtre ? Pourquoi est-ce que toute Per-[332]ne qui insulte la Chasteté ne soufriroit pas la mort ? Je suis bien persuadée que ces Diables incarnez la méritoient avec justice. Pouvez-vous trouver une plus belle occasion pour signaler votre zèle ? Si vous ne l’embrassez pas avec ardeur, sachez que je ne lirai plus vos Discours. Est-ce que tout Impertinent aura le privilege de me tourmenter dans un Coche, où je paie ma place aussi bien que lui ? Regardez-nous, s’il vous plaît, réduites à ce cruel état, comme le Sexe le plus foible, qui n’a rien pour se défendre, & je croi qu’il n’est pas moins indigne d’un Gentilhomme d’apeller une Femme en Duel, que de dire des obscénitez en sa presence, sur-tout lors qu’elle ne peut se retirer.

Permettez-moi de vous raconter ici une Avanture, que vous tournerez, s’il vous plaît, â votre maniere, afin qu’elle puisse mieux soutenir la vûe du Public. Narração geral► J’ai connu un Gentilhomme, qui avoit très-bonne opinion des Officiers de l’Armée, & qui un jour en invita dix ou douze à souper chez lui. Il pria en même tems deux ou trois de ses Amis, qui n’étoient fort prévenus contre les Gens de cette Profession, & qui censuroient beaucoup leurs mauvaise mœurs. Un des principaux Officiers y amena deux jeunes Capitaines de son Régiment, qui venoient de prendre le parti des Armes, & qui ne furent pas plutôt à table, qu’ils se mirent [333] à boire des Santez infames, & à tenir les discours les plus impudiques. Leur Hôte, aussi confus qu’il se peut, & chagrin de voir l’embarras de ses Amis, pria la Compagnie de ne trouver pas mauvais qu’il leur aprît une Avanture arrivée à un Homme illustre, à un certain Mr. Locke, dont vous parlez souvent vous-même. 1 Ce Philosophe, leur dit-il, fut prié un jour à diner avec les Seigneurs Hallifax, Anglesey & Shaftsbury, trois des plus beaux Génies qu’il y eut alors en Angleterre. Aussitôt après le repas, on se mit à jouer aux Cartes, & à se livrer aux diférentes passions que le bon & le mauvais succès ont acoûtumé de produire dans le Jeu. Mr. Locke, ennuïé de voir un pareil exercice, se retira vers une Fenêtre, où il s’amusa quelque tems à écrire sur une Feuille de papier. Mylord Anglesey, qui s’en aperçut à la fin, lui demanda ce qu’il écrivoit. Diálogo► Mylord, lui répondit Mr. Locke, le plaisir & l’avantage que je me flatois de trouver aujourd’hui dans la conersation des plus grands Hommes du siécle m’a presque empêché de fermer l’œuil de toute la nuit passé & je viens d’écrire ce que s’est dit depuis une heure ou deux. ◀Diálogo Sensibles à cette raillerie, ils furent bien aises de composer avec lui, & de jetter leurs [334] Cartes dans le feu, s’il y abandonnoit son petit Recueil ; de là-dessus ils lierent une Conversation digne de leurs talens. Vous ne devineriez peut-être pas, si je ne vous le disois, que ce Recit, aprouvé des Officiers superieurs, eut une telle influence sur les deux jeunes Capitaines, que, couverts de honte & de confusion, ils se retirerent d’abord. ◀Narração geral Du reste, s’il vous paroit trop long, & qu’il soit de votre goût, vous n’avez qu’à l’abreger, ou en faire tout ce qu’il vous plaira, mais il me semble qu’il renferme une bonne Moralité.

Ce n’est pas tout, Monsieur ; j’ai oui dire que vous êtes aussi habile Machiniste que célebre Spectateur. Je vous prie donc très-humblement de vouloir inventer quelque sorte de Cadenat, d’accorder un plein Pouvoir, signé de votre main & cacheté de votre Seau, à toutes les Personnes modestes, soit Hommes ou Femmes, de l’appliquer à la bouche de tous les Impertinens de l’ordre de ceux dont je viens de vous entretenir. Je souhaiterois d’ailleurs que vous publiassiez un Edit, par lequel il fut enjoint à toute Personne modeste, qui a quelque estime pour sa contenance, & qui ne voudroit pas ainsi la perdre, de ne pas se hasarder, après un certain jour fixe, à voïager sons avoir un de ces Cadenats dans la poche. Il me semble qu’un de vos Discours un peu severe là-dessus pourroit bien tenir lieu d’un pareil Cadenat ; mais il fau-[335]droit en marquer le prix au bas à deux sols, avec le nom du Libraire qui le debiteroit, & y donner pour Avis que lors qu’une Personne se tendra coupable d’un tel Crime, la Partie lezée aura droit de lui produire cette Piéce, & d’en faire la lecture à haute voix devant toute la Compagnie. Le Criminel seroit bien endurci, s’il pouvoit resister à une telle réprimande ; & si elle ne sufit pas, vous n’avez qu’à ordonner toute autre punition que vous jugerez convenable. Je suis, &c. »

T. Mar. Chastelein. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Voyez de quelle maniere Mr. Le Clerc a raporté ce Fait dans sa Bibliographie choisie, Tome CI. Page 357.