Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XLIX. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\049 (1723), S. 303-310, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1438 [consultado em: ].


Nível 1►

XLIX. Discours

Citação/Divisa► Ὁδ᾿ εἴς τὸ σῶφρον ἐπ᾿ ἀρετὴν τ᾿ ἄγων ἔρως,

Ζηλωτὸς ἀνθρώποισιν

Eurip. Oedip. v. 17.

L’Amour qui conduit à la Chasteté & à la Vertu est digne de la recherche des Hommes. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Nouvelles Réflexions sur l’état du Mariage. ◀Metatextualidade

Nível 2► Metatextualidade► Je m’informe, de tems en tems, du succès que mes Discours ont dans la Ville, & j’ai apris avec plaisir que ceux en particulier qui roulent sur le Mariage y ont été bien reçus. ◀Metatextualidade Narração geral► En effet, un de mes Amis, qui est Membre du Collége des Docteurs en Droit Civil, m’avertit qu’en dernier lieu il s’y est expédié plus de Licences pour les Mariages qu’à l’ordinaire. J’aprens aussi qu’il y a divers jeunes & beaux Messieurs qui ont résolu d’embrasser la premiere bonne occasion qui se presentera pour de-[304]venir Chefs de Familles. L’un d’eux m’écrit qu’il est sur le point de s’engager dans cet heureux état, pourvû, que je le cautionne, comme je le fais ici, qu’un Homme peut se montrer en bonne Compagnie, après qu’il est marié, & qu’il ne doit pas avoir honte de marquer de la tendresse à une Femme, qui s’est mise en sa puissance pour le reste de ses jours. ◀Narração geral

J’ai reçu d’autres Lettres sur le même sujet, qui m’accusent de chercher à faire une Révolution dans le Monde Galant, & à bannir de la Societé une bonne partie du feu, de l’esprit, de la vivacité, des traits satiriques & facétieux qui régnoient dans le dernier siécle. Ce n’est pas tout, elles se plaignent de ce qu’à l’avenir un jeune Homme n’aura plus honte d’avoir changé d’état, & qu’il ne sera plus déconcerté par les railleries de ses Amis, ni contraint d’avouër qu’il s’est marié uniquement pour jouir du Bien d’une riche Héritiere, ou de suposer qu’il la maltraite, pour ne s’atirer pas le ridicule Nom de tendre Epoux.

S’il m’est permis de dire ma pensée à l’égard d’une infinité d’Ecrits qui étoient autrefois en vogue parmi nous, & qui passoient pour enjouez, spirituels & galants, ils sont tels, qu’on seroit presque tenté de croire qu’il y avoit une Conspiration entre les beaux Esprits de ces tems là pour bannir toute Naissance légitime de notre Isle. L’état du Mariage servoit de But ordinaire à toute sorte de Boufons & de Comédiens, de [305] même qu’à tous les Barbouilleurs de Satiresse & de Libelles, qui s’exerçoient à y lancer leurs traits ; & il n’y avoit point d’agréable Coterie, qui n’en est une espece de jouet & d’amusement. Ces Critiques badins & de bonne humeur avoient décidé entre eux que le titre de Sober Man, c’est-à dire, d’Homme sage & modeste, ne signifieroit qu’un Sot ou un Hébêté. Ce fut à peu près vers le même tems, si je ne me trompe, que le mot Good-nature, qui est une si grande emphase dans notre Langue, qu’on ne sauroit guére bien l’exprimer dans une autre, & qui désigne un bon Naturel, doux, humain, &c. que ce mot-là, dis-je, commença à devenir suspect, & qu’il risqua d’être emploïe pour signifier tout le contraire, je veux dire Bêtise.

Metatextualidade► Le but que je me suis proposé, dans tous mes Ecrits, a été de rétablir, autant qu’il m’étoit possible, les justes idées des choses. Je l’ai essaïé déja sur l’Atricle du Mariage ; plusieurs de mes Discours ont roulé là dessus, & j’y vais ajouter ici quelques nouvelles Observations. ◀Metatextualidade

Il semble que nos Gentilshommes bien faits & polis ne trouvent rien de plus indispensable, ni qui leur donne plus de relief, dans le beau monde, que d’être amoureux. Un Chevalier errant, dit le célèbre Don Quichote, sans Maitresse est comme un Arbre sans feuilles ; & parmi nous, un Homme à la mode, qui ne soupire pas auprès de quelque Belle, pourrait aussi bien se flater [306] d’être mis de pied en cap, sans avoir sa Perruque sur la tête. Nous avons une infinité d’Amoureux en Prose : Tous nos Versificateurs le sont de profession ; & à peine y a-t-il un seul Poëte, bon ou mauvais, qui n’ait quelque Dulcinée, feinte ou réelle, pour exercer sa Veine.

Si l’Amour donne quelque plaisir délicat, l’Amitié conjugale en doit procurer sans doute de plus vifs, de plus rafinez & de plus longue durée. Il n’y a point de Comparaison entre l’envie ridicule d’attirer les yeux des Dames, dont vous ne devenez l’Esclave que pour vous amuser, ou perdre le tems, & dont vous ne connoissez peut être que les seuls traits du visage, & un éfort régulier & sincere de vous rendre estimable, en qualité d’Ami & d’Amant, à celle que vous avez choisie pour vous servir de fidèle Compagne le reste de vos jour. L’un est la source de mille fadaises, d’artifices impertinens, de mensonges & peut-être de cruautez ; ou tout au plus il ne s’éleve qu’à une espece d’Education qu’on reçoit dans une Ecole de Danse, & qui donne à la Personne un air plus dégagé. L’autre est la racine de plusieurs Vertus solides & de Qualitez agréables ; elle cultive l’Esprit, & sert, en même tems à polir les manieres. La Passion qu’on a pour une Maitresse, lors même que la plus grande sincérité se met de la partie, ressemble trop à l’ardeur de la Fiévre ; mais celle qu’on a pour une Femme ressemble à la chaleur naturelle.

[307] Il m’est venu souvent dans l’Esprit que, si les Lettres écrites à des Femmes, par des Maris d’un bon naturel, étoient comparées avec celles que des Galans écrivent à leurs Maitresses, les premiers, malgré l’inégalité du Stile, l’emporteroient de beaucoup sur les autres. L’Amitié, la Tendresse & la Constance, exprimées d’une maniere impie, ont plus d’éloquence noble & naturelle, que tous les Transports amoureux, les Eloges extravagans & les viles Adorations d’un Esclave. Si nous étions admis à fouiller dans le Cabinet de la belle Narcisse, parmi les tas des Lettres qu’elle a reçues de ses diférens Admirateurs, & qu’elle y garde toutes avec le même soin, combien n’y en trouverions-nous pas, dont la lecture souleveroit le cœur de tout autre que de celle qui s’y voit flatée ? Mais que le sage Benevole, dont la Conversation avec ses Amis est si pleine le bon sens & de gaieté, écriroit bien d’un autre stile à sa Femme, qui est le digne Objet de toute sa tendresse ! En public & en particulier, dans toutes les occasions de la Vie, il paroit orné de toutes les bonnes qualitez qui forment l’honnête Homme. Hors de chez lui, il est estimé & respecté de tout le monde, on l’adore dans la Maison & il y jouit d’un bonheur tranquile. La fatisfaction qu’il y goûte produit en lui une complaisance, qui se tourne en Habitude, qui éclate sur son visage, donne de la vivacité à son Esprit, & assaisonne toute sa Conversation.

[308] Ceux-là même qui le connoissent, sans l’avoir jamais vû dans son Domestique, ont part aux douces influences de l’heureux état où il s’y trouve : Du moins, s’il est le plus fidéle de tous les Amis & d’un entretien si agréable, on le doit en grande partie à ce qu’il est le meilleur & le plus aimé de tous les Maris.

Il y a un plaisir très-sensible à voir de si beaux Exemples de la Vie domestique. Lors que deux Personnes qui ont l’Esprit & le coeur bien-fait sont non seulement unies dans les mêmes intérêts & les mêmes afections ; mais aussi dans leur goût pour les mêmes qualitez, les mêmes plaisirs & les mêmes divertissemens, il semble que le bonheur du Lien conjugal ne puisse jamais s’élever plus haut. Pline le jeune, un des Hommes les mieux faits & des Ecrivains les plus polis qu’il y eut dans le Siécle où il vivoit, nous a laissé, dans sa Lettre à Hispulla, Tante de sa Femme, une des plus agréables Pieces en ce genre que j’aie lû de ma vie. Metatextualidade► Je vais en donner ici la traduction, qui servira de clôture à mon Discours ; & je ne doute pas que mes Lecteurs ne conviennent avec moi que l’Amitié conjugale y est dépeinte d’une maniere naïve & si délicate, qu’elle paroit telle que je l’ai representée, c’eest-à-dire un Ornement aussi bien qu’une Vertu. ◀Metatextualidade

[309] Metatextualidade► Pline à Hispulla. ◀Metatextualidade

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Narração geral► 1 « Persuadé que vous êtes d’un très-bon naturel ; que vous aimiez autant votre Frère qu’il vous aimoit ; que sa Fille n’a pas seulement trouvé en vous une amitié de Tante, mais toute la tendresse du Pere qu’elle a perdu ; je vais vous dire des choses qui vous plairont infiniment. Votre Niéce ne dégenere point. Chaque joue elle se montre digne de son Pere, digne de son Ayeul, digne de vous. Elle a beaucoup d’esprit, beaucoup de retenue, beaucoup de tendresse pour moi, marque d’une Vertu bien pure. D’ailleurs elle aime les Lettres, & c’est l’envie de me plaire qui a tourné ses inclinations de ce côté-là. Elle a continuellement mes Ouvrages entre les mains, elle ne cesse de les lire ; elle les aprend par cœur. Vous ne pouvez vous imaginer, ni son inquiétude avant que je plaide, ni sa joie lors que j’ai plaidé. Elle charge toujours quelqu’un de venir en diligence lui aprendre, quels aplaudissemens j’ai reçus, quel succès a eu la Cause. S’il m’arrive de lire quelque Piéce en public, elle sait se ménager une place, où derriere un rideau elle écoute avidement les louanges que l’on me donne. Elle chante mes Vers ; & instruite par l’Amour seul, le plus ex- [310] cellent de tous les maîtres, elle fait redire à sa Lyre, ce qu’exprime sa voix. J’ai donc raison de me promettre que le tems ne sera que cimenter de plus en plus notre union. Car elle n’aime en moi ni la jeunesse ni la figure, qui déperissent chaque jour ; mais la gloire qui ne périt jamais. Eh que pouvois-je atendre autre chose d’une personne élevée sous vos yeux, formée par vos leçons, qui n’a rien pris que de vertueux & d’honnête dans votre commerce, & donc les éloges perpétuels, qu’elle vous entendoit faire de moi, ont fait naître l’amour ? Vos sentimens pour ma Mere que vous respectiez comme la vôtre, & la part que vous preniez à mon éducation, vous ont accoutumée à me vanter dès ma plus tendre enfance ; & dès lors à promettre de moi, tout ce que ma Femme s’en imagine aujourd’hui. Nous vous remercions à l’envi. Moi, de ce qu’elle est ma Femme ; elle, de ce que je suis son Mari : tous deux, de ce que vous avez uni deux perfonnes faites l’une pour l’autre. Adieu. » ◀Narração geral ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Cette Lettre est la XIX. du IV. Livre.