Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "XLIII. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\043 (1723), pp. 263-268, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1432 [consultado el: ].


Nivel 1►

XLIII. Discours

Cita/Lema► —— Miserum est alienæ incumbere famæ,
Ne collapsa ruant subductis tecta columnis.

Juv. Sat. VIII. 76.

C’est un grand malheur de n’être appuïé que sur le mérite d’autrui ! Ces bâtimens soutenus de colomnes tombent dès qu’en les a retirées. ◀Cita/Lema

Nivel 2► Metatextualidad► Distrait aujourd’hui par d’autres occupations, il faut que j’entretienne mes Lecteurs à la maniere de ceux qui entrent dans une nouvelle Maison, qui régalent leurs Convives de ce qu’ils aportent eux-mêmes. Le premier Plat que je leur servirai est une Lettre, que je viens de recevoir tout fraichement. ◀Metatextualidad

Metatextualidad► Lettre sur quelques Epitaphes. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Carta/Carta al director► Mr. le Spectateur,

« C’est avec une douleur extrême que j’ai apris la Mort de Mr. de Coverly ; & je m’intéresse de tout mon cœur à l’a-[264]fliction que vous en témoignez. Il me semble que vous auriez dû noircir les bords de la Feuille volante, où vous nous anoncesz une si triste Nouvelle, & que l’Impression en auroit dû être en Caractere Gothique. On s’atend à voir son Epitaphe écrite de votre main, & que vous remplirez sa place, dans la Coterie, d’un Membre aussi digne & aussi divertissant, s’il est possible d’en trouver un tel. Je ne doute pas que le Public ne vous recommande bien des gens qui aspireront à ce Poste d’honneur.

Puis que nous en sommes sur le chapitre de la Mort, & que j’ai parlé d’une Epitaphe, je vous dirai, Monsieur, que j’ai découvert un Cimetiere, où je croi que vous passeriez une après-midi, avec une grande satisfaction pour vous-même & pour le Public : Il apartient à l’Eglise de Stebon Heath, qu’on apelle communément Stepney. Je ne sai si les Habitans de cette Paroisse ont un génie tout singulier pour les Epitaphes, ou s’il y a quelque Poëte chez eux qui entreprenne cet Ouvrage en gros ; mais il est certain qu’il y a plus d’Inscriptions remarquables dans cet Endroit, que je n’en ai jamais vû aucun autre part, & je puis dire sans vanité qu’il n’y a point d’Homme en Angleterre qui s’entende mieux que moi en Pierres sépulcrales : Aussi ai-je fait une bonne partie de mes études dans les Cimetieres. Qu’il me soit permis de vous [265] envoïer deux de ces Epitaphes, qui serviront d’Exemple pour toutes les autres. Elles sont écrites d’un stile bien diférent ; la premiere est d’un stile difus & prolixe, la seconde d’un stile concis & ferré. La premiere tient du simple & du pathétique ; la seconde a quelque chose de leger, mais de vif & de nerveux. Metatextualidad► La premiere est conçue en ces termes : ◀Metatextualidad

Cita/Lema► Dans la nouvelle York Thomas Sapper nâquit.
Mais vint mourit à Londre, & çi-dessous il gît.
Unique fils, des huit, que son Pere Jean eut
De sa Mere Marthe, qui tous les ans conçut.
Il possedoit déja la faveur de son Prince,
Lors qu’envié de tous, & que chacun en grince.
La petite Vérole, en secondant leurs vœux,
L’attaque en un instant & le fauche à leurs yeux.
Depuis neuf ans ce Mal avoit tué sa Mere ;
Et mis dans le tombeau son jeune & dernier Frere.
Ainsi le Pere est seul à déplorer son fort,
Sans Femme, sans Enfans, & sans aucun suport. ◀Cita/Lema

Metatextualidad► Voici l’autre Epitaphe : ◀Metatextualidad

Cita/Lema► Ci gît le Corps de Paul Arnout
Ouvrier en foie, & puis c’est tout. ◀Cita/Lema

[266] Metatextualidad► Je ne saurois finir sans vous communiquer une autre Epitaphe courte, que j’ai vûe quelque part, quoi que je ne puisse pas me rapeller en quel endroit. ◀Metatextualidad La pensée en est sérieuse, &, selon moi, la plus belle qu’on ait jamais emploïée en pareil cas. Vous savez, Monsieur, qu’il est ordinaire, après qu’on nous a dit le Nom de la Personne inhumée, de s’atacher à son Eloge. Celle-ci, que la Personne intéressée fit elle-même quelque tems avant sa Mort, est d’un tour bien oposé.

Cita/Lema► Hîc jacet R. C. in exspectatione diei simpremi.
Qualis erat dies iste indicabit.

C’est-à-dire, « Ici git R. C. dans l’atente du dernier Jour, qui découvrira ce qu’il étoit. » ◀Cita/Lema Je suis &c. » ◀Carta/Carta al director ◀Nivel 3

Metatextualidad► Lettre écrite de Cambrige sur la Physionomie. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Carta/Carta al director► Monsieur,

« Après avoir relû dernierement votre 1 Discours sur la Physionomie, je ne doute pas que, si vous veniez faire un tour dans cette ancienne Université, vous n’y pussiez recevoir de grandes lumieres là-dessus ; puis qu’il n’y a presque pas un jeune Etudiant qui ne donne des marques certaines de son Humeur & de ce qu’il tient, suivant les régles de cet Art. Dans les Cours & dans les autres Villes chacun fait violence à sa Mine, & tâche de paroître comme le reste du mondé ; mais la [267] Jeunesse de ce Lieu, qui n’est pas encore formée par la Conversation & l’usage du beau monde, donne un mouvement libre & négligé à toutes ses allures.

Vous avez si bien épluché tous les ressorts de la Nature Humaine, que vous savez mieux que moi, sans doute, qu’il y a une liaison fort intime entre l’Homme extérieur & l’intérieur, & que la moindre pensée n’a pas plûtôt commencé à s’élever, dans l’Esprit, qu’il se fait une révolution proportionnée au dehors, qu’un Adepte en Physionomie peut découvrir aisément. De là vient que la valeur intrinseque & le mérite d’un Fils de notre bonne Mere l’Université se manifeste par les traits de son Visage, la tournure de sa Personne, le méchanisme de les Habits, la disposition de ses Membres, sa démarche, son air, & par un nombre infini d’autres circonstances aussi remarquables. Ceux qui sont experts dans cet Art profitent souvent des yeux d’un Homme, pour connoître l’état de son cerveau ; l’examen de son Nez leur sert à juger de ses Facultez intellectuelles ; une Oreille trop visible & impertinente passe chez eux pour une marque infaillible de réprobation, & que celui qui en est le maître ne craint ni Dieu ni les Hommes. Suivant ce Système, un sourcil froncé, un regard morne & pesant, une démarche lente & compassée, avec les deux mains dans les poches de la Culote, désignent un Esprit tourné du cô-[268]té de la Logique, de la Métaphysique & des Mathématiques. C’est ainsi qu’une démarche irreguliere, qu’une Perruque chargée de poudre, dans l’un des coins est jette sur l’épaule, qu’un Main dans le Gousset, & l’autre qui brandille d’un air négligé, avec une pincée de véritable Tabac de Barcelonne entre le pouce & le premier doigt, & une bonne quantité du même sur la lévre superieure, font le Type d’un Homme qui possede les belles Lettres. D’ailleurs, un pas grave, lent & cadencé marque un Esprit tourné au Poëme Héroïque & à la Politique ; un pas égal marque un Génie qui est propre à l’Ode & à la Ballade moderne & une Veste déboutonnée, avec une Chemise de toile de Hollande, qui éblouït les yeux des passans & qui morgue le froid, est le signe d’un penchant fatal pour l’Art militaire.

Je pourrois m’étendre beaucoup plus sur tous ces Articles ; mais je sai à qui j’écris. Si vous pouvez y gréfer quelque Discours à votre mode, ou les tourner à l’avantage des Personnes intéressées, vous ferez une action digne du Spectateur de la Grande Bretagne, & vous obligerez en particulier &c. » ◀Carta/Carta al director ◀Nivel 3 ◀Nivel 1 ◀Nivel 1

1Voyez le LXVIII. du I. Tome.