Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XXXV. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\035 (1723), S. 210-216, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1424 [consultado em: ].


Nível 1►

XXXV. Discours

Citação/Divisa► Non habeo denique nauci Marsum augurem;
Non vicanos Haruspices, non de Circo Astrologos,
Non Isiacos Conjectores, non Interpretes somnium:
Non enim sunt ii aut sciencia, aut arte Divini,
Sed superstitiosi Vates, impudentésque Harioli,
Aut inertes, aut insani, aut quibus egestas imperat:
Qui sui quæstus causa sictas suscitant sententias,
Qui sibi semitam non sapiunt, alteri monstrant viam;
Quibus divinitas pollicentur, ab iis drachmam petunt,
De divitiis deducant drachmam, reddant cætera.

Ennius, Telamone, ap. Cicer. Lib. I. de Divinat. c. 58.

1 Enfin je ne fais nul cas, ni des Augures du Païs des Marses ni des Haruspices de Village, ni des Astrologues du Cirque, ni des Prêties d’Isis, que se donnent pour Devins, ni des [211] Interprétes des Songes ; car tous ces gens-là n’ont ni art ni connoissance qui puissent les éclairer sur rien. Ce sont des Ignorans, des faincans & des fous que la misere gourmande : Ils ne saveni par où aller, & ils veulent montrer le chemin à tout le monde. Ils promettent des monts d’or, & en même temps ils demandent une dragme. Qu’ils la prennent par avance sur les richesses qu’ils promettent, & qu’ils fassent avoir de reste. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Contre les Erreurs de Superstitieux, & en particulier contre des Interprétations des Songes. ◀Metatextualidade

Nível 2► Ceux qui soutiennent que les Hommes seroient plus misérables que les Bêtes, si leurs Esperances se bornoient à cette Vie, observent, entre autres choses, que les Brutes ne sentent que le mal present, au lieu que les Hommes s’afligent par le souvenir du passé, & par la crainte de l’avenir. Cette crainte est si naturelle à nos Esprits, que, si l’on suppuruit, à la fin de nos jours, tous nos chagrins & toutes nos inquiétudes, il se trouveroit en général que nous avons plus soufert par l’aprehension des maux qui ne sont jamais arrivez, que par le sentiment de ceux que nous avons effuïé. On peut ajouter à cela, qu’entre les maux qui nous arrivent, i y en a plusieurs que paroissent plus terribles de loin que de près.

Cette impacience naturelle de connoître l’avenir, & de savoir ce qui nous arrivera dans la suite, a été l’origine de quantité d’Arts & d’Inventions ridicules. Quelques-uns fondent leurs prédictions sur les lignes de la main, ou les traits du visage ; d’autres [212] sur les signes de la Nature a imprimez en quelque endroit du corps, ou sur la maniere dont on écrit : Quelques-uns lisent la bonne ou la mauvaise fortune des Hommes dans les Astres, comme d’autres l’ont cherchée dans les entrailles des Bêtes, ou dans le vol des Oiseaux. Les meilleurs Esprits ont été plus ou moins sensibles à ces craintes chimériques & à ces présages de l’avenir, fondez sur l’examen des opérations les plus communes de la Nature. Y a-t-il rien de plus surprenant que de voir Ciceron, qui brilloit plus qu’aucun autre dans le Barreau & dans le Senat de la République Romaine, & qui d’ailleurs ocuppé à écrire dans son Cabinet, éclipsoit tous les Philosophes de l’Antiquité ; y a-t il rien, dis-je, de plus surprenant que de le voir, dans le College des Augures, observer, avec une atention religieuse, de quelle maniere les Poulets bequetoient les grains de bled qu’on leur donnoit ?

Quoi que ces extravagances ne soient plus admises aujourd’hui par les Philosophes & les Savans, il y a une infinité de Personnes foibles & ignorantes qui en sont encore les esclaves. Entre les gens du commun, on voit cent & cent diverses manieres de prédire l’avenir, qui sont trop frivoles pour en donner le détail ; ils sont mille observations sur les Jours, les Nombres, les Sons & les Figures, qu’ils regardent comme autant de Présages & de Pronostics. En un mot, sout fournit des Oracles au Supersti-[213]stieux : A peine trouve-t-il une Paille, ou un morceau de Fer rouillé sur son chemin, par un simple effet du Hazard.

On ne sauroit concevoir jusqu’ou va le nombre des Sorciers, de Devins & des Bohemiennes, qui sont répandus dans les Provinces, les Villes & les Bourgs de la Grande Bretagne sans parler de ceux que se mêlent de dire l’horoscope ; & des Astrologues, que vivient fort à leur aise de la Curiosité de plusieurs Personnes bien disposées dans les Villes de Londres & d’Ouestminster.

Entre toutes les prétendues manieres de Divination, in n’y en a point qui amuse tant que celle qui est fondee sur les Songes. Il est vrai que, dans 2 un de mes derniers Discours, j’ai observé qu’en des Cast fort extraordinaries, Dieu a prédit quelque-fois l’avenir à certaines Personnes durant leur sommeil ; mais, puis que mon but est ici de combatre les Erreurs populaires, je dois m’attacher à faire voir la sotise & le ridicule de ces Superstitieux, qui, dans le train le plus commun de la Vie, s’apuïent sur des choses d’une nature aussi frivole, chimérique & incertaine que les Rêves. Pour y bien réussir, je n’ai qu’à publier la Lettre suivante, écrite d’un Quartier de la Ville, qui a toûjours été la memeure de quelque célébre Pronostiqueur, & où, de tems immémorial, tous ceux qui on perdu l’Esprit [214] ont accoûtumé de se rendre pour obtenir leur guerison ou être informez de l’avenir.

Au 3 Moor-Fiels le 4 d’Octobre 1712.

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Mr. le Spectateur,

« Après avoir examiné lomg-tems s’il ne manque aucun Métier dans cette grande Ville & parcouru tous les Ordres & toutes les Professions, je n’y trouve point d’Oneirocritique, ou pour le dire en François, d’Interpréte des Songes. Faute d’une Personne si utile, il y a quantité d’honnêtes gens fort embarrassez à cet égard, que rêvent d’un bout de l’année à l’autre, sans en être plus avancez pour cela. Je me flate d’avoir toutes les qualitez requises pour cet Emploi, puis que j’ai étudié à la Chandelle touts les Régles qu’on a données d’un si bel Art. Mon grand-Oncle du côté de ma Femme étoit un Montagnard d’Ecosse, qui avoit la seconde vûe, c’est-à-dire qui prévoïoit l’avenir par certaines visions qu’il avoit en plein jour, ou durant la veille. J’ai quatre doigts & deux pouces à une Main, & je suis né dans la plus longue nuit de toute l’Année. Mon Nom de Batême & mon Surnom commencent & finissent par les mêmes lettres. Je longe au Moor-Fields [215] dans une Maison, ou, depuis cinquante ans, il y a toûjours eu quelque fameux Devin.

Si vous aviez fréquenté, autant que moi, les Femmes de la Ville, vous sauriez qu’il y en a plusieurs qui, tous les jours du monde, à la vûe ou à l’oüie de quelque chose d’inopiné, s’ecrirent, Voilà mon Songe accompli ; & qui ne peuvent s’aller coucher en repos le lendemain, jusqu’à ce qu’il soit arrivé quelque chose qui leur serve à expliquer les Visions de la nuit précedente. Il y en a d’autres qui s’afligent de ce quelle ne peuvent ratraper les circonstances d’un Rêve, dont elles étoient fort émues pendant qu’il duroit. En un mot, il y en a plusieurs que ne pensent le jour qu’à ce qu’elles ont rêvé la nuit. En faveur donc de ceux de mes Compatriotes, soit Hommes ou Femmes, qui on quelque curiosité à cet égard, je leur dirai en premier lieu quel a été le sujet de leurs Rêves quoi qu’ils s’imaginent de ne rêver jamais. En deuxiéme lieu, à l’oüie d’une seule circonstance d’un Rêve, je le déveloperai tout entier ; & enfin je leur déclarerai nettement la bonne ou la mauvaise Fortune que leurs Rêves présagent. S’ils ne leur annoncent quelque chose de bon, je ne demanderai rien pour ma peine ; mais aussi je ne doute pas que ceux qui me consultent ne soient assez raisonnables pour m’allouer une juste portion de quelque bel Héritage, Profit ou Emolu-[216]ment que je leur découvrirai de cette maniere. Je n’exige pas la moindre chose des Pauvres, si ce n’est que leurs Noms soient insérez dans mes avertissemens publics pour certifier la vérité de mes Interprétations. A l’égard des Personnes de qualité ou autres qui se trouvent indisposées, & qui ne veulent pas comparoitre elles-mêmes, elles n’ont qu’à m’envoïer de leur Urine, dont la seule vûe me sufit pour expliquer leurs Songes. J’ai un Jour fixe dans la semaine pour les Amans ; & j’interpréte en gros pour toutes les femmes qui ont soixante ans passez, sur le pied d’un demi Ecu par semaine, avec le plus ordinaire en cas qu’elles aient quelque bonne fortune. Enfin j’ai diverses Chambres garnies, que je loue à un prix raisonnable, pour ceux qui n’ont pas la commodité de rêver à leur aise chez eux. D’ailleurs, je ne suis pas muet. »

O. Titus 4 Trophonius. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3 ◀Nível 2 ◀Nível 1

1J’ai suivi la Traduction de Mr. L’Abbé Regnier Desmarais.

2C’est le XXVI. de ce Volume.

3C’est une Place dans la Ville de Londres, où sont les petites Maisons, qu’on apelle Bedlam, ou Bublem.

4C’est le Nom d’un fameux Devin de l’Antiquité, que les Païens disoient être fils d’Apollon, & qui rendoit des Oracles.