Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "XXXIII. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\033 (1723), pp. 198-204, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1422 [consultado el: ].


Nivel 1►

XXXIII. Discours

Cita/Lema► —— —— —— —— nimis uncis
Naribus indulges. —— —— ——

Pers. Sat. I. v. 40.

Vous poussez la raillerie trop loin. ◀Cita/Lema

Nivel 2► Metatextualidad► Il y a plus de six Mois que mon Ami Mr. Honycomb m’avoit dit qu’il mouroit d’envie d’écrire un Discours de la nature des miens & de l’inferer dans mon Ouvrage ; Mais je n’ai reçu sa Lettre que ce matin, & je vais la donner au Public, après y avoit corrigé quelques petites fautes d’Orthographe. ◀Metatextualidad

Metatextualidad► Sur l’Amitié conjugal des Hommes & des Femmes. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Carta/Carta al director► Mon cher Specateur,

Relato general► « Il y a deux ou trois jours que je me trouvai dans une Compagnie fort agréable, où il y avoit de jeunes Gens de l’un & de l’autre Sexe. On y parla de quelques uns de vos Discours, qui roulent sur l’Amitié conjugale, & l’on y disputa pour savoir si le nombre des méchans Maris ne l’emporte pas sur celui de méchantes Femmes. Un Gentilhomme, qui servoit d’Avocat aux Dames, en prie occasion de nous dire ce qui s’étoit passé à un fameux Siege en Alle-[199]magne, & que j’ai lû depuis dans mon Dictionnaire Historique, à peu-près en ces mots : Nivel 4► 1 Lors que l’Empereur Conrad III. assiegea Guelphe, Duc de Baviere, dans Hensberg, & que cette Ville étoit sur le point de se rendre, les Femmes, qu’il y avoit, suplierent l’Empereur, qu’il leur permît d’en sortir avec ce qu’elles pourroient emporter. Sa Majesté Imperiale, qui crut que leur charge n’aboutiroit pas à grand chose, y donna les mains : mais Elle fut bien surprise de voir que chacune en sortit avec son Mari sur le dos. L’Empereur ému, à la vûe de ce spectacle, en versa des larmes ; &, après avoir comblé d’éloges la tendresse de ces Femmes, il pardonna à leurs Maris, & reçut même le Duc dans les bonnes grâces. ◀Nivel 4

A l’ouïe de cette Avanture, les Dámes nous demanderent, d’un air triomphant, Si <sic> nous croïions en conscience qu’il y eut aucune Ville dans la Grande Bretagne, dont les Hommes, en pareil cas, se voulussent charger de leurs Femme ; ou plûtôt, s’ils ne seroient pas bien aises de trouver une si bonne occasion pour s’en débarrasser ? Là-dessus mon Ami Gaillard, qui s’érigea en Orateur de notre Sexe, répondit qu’ils seroient très-blamables, s’ils ne rendoient [200] pas un tel service aux Femmes, puis sur tout que leur force seroit plus grande, & leur fardeau plus leger. Vous savez que les Soirées commencent à être longues : Nous avions déja passé une partie de celle-ci à des entretiens de cette nature, lors que nous en vinmes à cet ancien & louable Jeu, qu’on apelle des Questions & des Commandemens. Je n’eus pas plûtôt l’Autorité roïale en main, que j’enjoignis à toutes les Dames, sous peine d’encourir mon indignation, de nous dire, de bonne foi, ce que chacune d’elles auroit emporté & cru de plus grande valeur, si elles se fussent trouvées dans cette Ville assiegée, & qu’on leur eut accordé la même grâce qu’aux femmes qui y étoient ? Ma Demande fut suivie de plusieurs Réponses enjouées, qui servirent à nous divertir jusqu’à ce qu’on se retirât. ◀Relato general Metatextualidad► Mais j’eus la tête si pleine de toutes ces idées, qu’il en résulta le Rêve suivant presque aussi-tôt que je fus endormi. ◀Metatextualidad

Nivel 4► Traum► Il me sembla donc que je ne voïois une de nos Villes, que je ne nommerai pas pour certaines raisons, investie de tous côtez par une grande Armée & réduite si à l’étroit, que les Habitans furent obligez de capituler. Mais ils ne purent jamais obtenir d’autres termes que ceux que l’Empereur Conrad avoir accordez à la Ville de Hensberg, c’est-à-dire que les Femmes mariées en sortiroient [201] avec tout ce qu’elles pourroient emporter. Un ouvrit aussi tôt les Portes de la Ville, & l’on vit paroître une rangée de Femmes, qui se suivoient les unes après les autres, & qui chanceloient sous le poids de leur fardeau. Curieux d’examiner ce qu’elles portoient, je me plaçai, dans le Camp des Ennemis, sur une Eminence destinée à leur Rendez-vous général. La premiere, qui vint s’y délasser, avoit un grand Sac sur les épaules, qu’elle mit à terre avec beaucoup de soin, & qu’elle ne manqua pas d’ouvrir au plus vite ; mais lors que je croïois d’en voir sortir son Epoux, je ne le trouvai rempli que de Porcelaine de la Chine. La seconde parut d’une maniere plus décente avec un jeune Homme bien-fait sur le dos : Je ne pûs m’empecher d’abord de louer sa tendresse conjugale ; mais je fus bien étonné d’aprendre qu’elle avoit laissé le bon Homme au Logis, & qu’elle avoit porté son Galand. Je vis la troisiéme à quelque distance, avec un petit Museau froncé qui lorgnoit par-dessus son épaule, & que je prenois pour celui de son Mari, jusqu’à ce qu’à son arrivée je l’entendis nommer sa Friponne, qui se trouva en effet sa chere Guênon. La quatriéme portoit un gros Balor de Cartes, & la cinquiéme un Chien de Boulogne. Son petit Cupidon, qui l’embarrassoit moins que n’auroit fait son Epoux, qui étoit un peu lourd. La sixiéme étoit la Femme d’un [202] riche Usurier, chargée d’un Sac plein d’Or ; elle nous dit que son Epoux ètoit fort âgé ; que, suivant le cours de la Nature, il ne vivroit pas long-tems, & que, pour lui donner des preuves de sa tendresse, elle avoit bien voulu sauver ce que le pauvre Homme aimoit plus que sa Vie. La septiéme nous aborda avec son Fils aîne sur le dos, qui étoit le plus grand débauché, à ce que l’on nous dit, qu’il y eut dans toute la Ville ; mais si chéri de sa Mere, qu’elle avoit abandonné son Epoux, avec plusieurs Filles & Garçons d’un très-bon naturel, pour l’amour de ce malheureux.

Je ne finirois pas si je m’arrêtois â décrire toutes les Femmes qui m’apparurent dans cette étrange Vision, avec leurs diferentes attitudes & leur équipage. Tout le terrain, autour de moi, fut couvert de Paquets de Rubans, de Brocards, d’Etoffes brodées, & de mille autres Galanteries, qui auroient sufi pour remplir toutes les Boutiques d’une Rue. Une de ces Femmes, dont le Mari n’étoit pas des plus pesans, le portoit sur les épaules avec un gros Paquet de Dentelle de Flandres sous le bras ; mais surchargée de ce double fardeau & incapable de les sauver l’un & l’autre, elle se debarrassa du bon Homme & conserva le Paquet. En, un mot, je ne trouvai qu’un seul Mari entre tout cet amas de Bagage ; c’étoit un Savetier vigoureux, qui talonna sa Fem-[203] me tout le tems qu’il fut sur son dos, & qui avoit à peine, à ce que l’on nous dit, passé un jour de sa vie, sans lui donner la Discipline avec son tire-pié. ◀Traum ◀Nivel 4

Pour le dernier de mes Articles, je vous dirai, mon cher Ami, une plaisante imagination qui me vint dans ce Rêve. Je crus voir une douzaine de Femmes occupées à sauver un Homme : Je ne pûs discerner d’abord qui c’étoit, mais à leur aproche je découvris la briéveté de votre Museau. D’ailleurs toutes ces Femmes déclarerent que c’étoit à cause de vos Ouvrages, & non pas de votre Personne, qu’elles vous sauvoient, & à condition que vous continueriez le Spectateur. Si vous croïez que ce Rêve y puisse être admis, il est bien à votre service, de même que celui qui sera toute sa vie, soit qu’il veille, ou qu’il dorme &c. »

Guill. Honycomb. ◀Carta/Carta al director ◀Nivel 3

Metatextualidad► Les Dames verront, par cette Lettre, que mon Ami Honycomb est tel que je l’ai souvent représenté, je veux dire un de ces Hommes d’Esprit & de ces agréables Débauchez à la vieille mode, qui s’exerce à railler sur le Mariage, & qui a tenté plus d’une fois en vain d’y parvenir lui-même. Avec tout cela je ne sautôis congédier sa Lettre sans observer que le trait d’Histoire, sur lequel il l’abâti, fait [204] honneur au Sexe, & qu’il n’a pû l’attaquer sans avoir recours au Songe & à la Fiction. ◀Metatextualidad ◀Nivel 2

O. ◀Nivel 1

1Morery apelle ce Duc Henry le Superbe, & la Ville, Veinsburg. D’ailleurs il raporte la chose un peu differemment.