Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XXIX. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\029 (1723), S. 177-183, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1418 [consultado em: ].


Nível 1►

XXIX. Discours

Citação/Divisa► Ægritudinem laudare, unam rem maxime destabilem, quorum est tandem Phisophorum ?

Cic.Tulcul. Quæst. l. iv. c. 25.

Quels sont donc ces Philosophes qui louent la Tristesse & le Chagrin, une des choses les plus détestables qu’il y ait au monde ? ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► La Tristesse & la Chagrin ne sont pas l’essence de la Pieté qui inspire toujours la bonne Humeur. ◀Metatextualidade

Nível 2► Il y a un Siécle ou environ que tous ceux qui vouloient passer pour religieux en [178] Angleterre, & suivre la Mode qui étoit alors en vogue, devoient affecter un air aussi dévot qu’il étoit possible, & abstenir de toutes les apparences de joie & de plaisanterie, qu’on regardoit comme une marque certaine de réprobation & d’un Esprit charnel. L’Homme saint, attaqué d’ordinaire du mal de Rate & d’une profonde mélancolie, avoit l’air triste & abatu. Narração geral► Retrato alheio► 1 Un de nos plus habiles Ecrivains, qui a été un des plus beaux Ornemens du Monde savant, m’a diverti plus d’une fois par le récit d’une avanture qui lui étoit arrivée dans sa jeunesse. Sorti tout fraichement de l’Ecole, farci de Grec & de Latin, il se voïoit en état d’aller étudier à l’Université. Ses Parens même jugerent à propos qu’il y allât tenter fortune à une Election qui devoit se faire dans un College, dont un fameux Ministre Indépendant étoit le Chef. Il se rendit ainsi auprès de ce Docteur, pour en être examiné, suivant la coûtume. Il fut reçu à la Porte par un Valet, fidèle Disciple de cette sombre Génération alors à la Mode, qui le conduisit, avec un grand silence & un air fort serieux, à travers une longue Galerie obscurcie en plein midi, & qui n’étoit éclairée que d’une simple Chandelle. Après une courte station dans cet endroit lugubre, il fut mené dans une Chambre tendue de noir, où il s’entretint quelque tems de es propres pen-[179]sées à la clarté d’une Bougie, jusqu’à ce qu’enfin le Principal, sorti d’une Chambre intérieure, parut avec une demi-douzaine de Bonnets de nuit sur la tête, & une sainte horreur sur le visage. Frapé de ce spectacle, le jeune Homme trempla depuis la tête jusqu’aux piez ; mais sa crainte fut bien redoublée, lors qu’au lieu de s’entendre interroger sur les Humanitez, il se vit examiné sur le progrès qu’il avoit fait dans la Grace. Son Latin & son Grec ne lui servoient de rien, il faloit qu’il rendît compte de l’état de son Ame, à quelle occasion il s’étoit converti ; dans quel jour du Mois & à quelle heure du jour cela croit arrivé ; de quelle maniere il avoit poussé cet Ouvrage, & en quel tems il l’avoit consommé ? Tout l’Examen fut récapitulé & se réduisit à cette seule Question, savoir, S’il étoit bien préparé pour mourir ? Elevé chez des Parens sensez, qui lui avoient donné d’autres Principes, il fut & éfraïé à la vue de cette solemnité, & sur tout à l’ouïe de la derniere demande, qu’après être sorti de cette Maison de deuil, ou ne pût jamais l’engager à subir un second Examen, incapable d’en essuïer les terreurs. ◀Retrato alheio ◀Narração geral

Quoi que ce dehors afecté d’une Dévotion extraordinaire soit presque banni de chez nous, il y a bien des Gens, qui, par une tristesse naturelle, de faussés idées qu’ils ont de la Pieté, ou la foiblesse de leur Esprit, se plaisent à mener une vie desagréable, & s’abandonnent au Chagrin & à la [180] Melancolie. Des craintes supersticieuses & des scrupules mal fondez les privent des plaisirs de la Conversation, & de tous les agrémens de la Societé qui ne sont pas moins innocens que dignes de recherche ; comme si la Joie n’etoit que pour les réprouvez, & que la Gaieté de l’Esprit dût être interdite à ceux-là seuls qui y ont le plus de droit.

Retrato alheio► Sombrieu est un de ces Misanthropes. Il se croit obligé en conscience d’être pâle, triste & mélancolique. Il s’imagine qu’un subit éclat de rire est une violation du Vœu fait à son Batême. Une Raillerie innocente l’émeut autant qu’un Blasphême. Parlez-lui d’un Homme qui vient d’obtenir quelque Titre d’honeur, il leve les mains & les yeux au Ciel ; si vous lui décrivez une Cérémonie publique, il secoue la tête ; si vous lui montrez un Equipage leste, il se félicite de ce qu’il n’en a point. Tous les petits ornemens de la Vie ne sont que Pompe & que Vanité. La Joie est une Folie & les traits d’Esprit tendent à la Profanation. Il se scandalise de ce que la Jeunesse est pleine d’ardeur, & de ce que les Enfans aiment le badinage. Il asiste au Festin d’un Batême, ou à des Nôces, comme à la Cérémonie d’un Enterrement ; il soupire à la fin d’un Conte agréable, & la dévotion le faisit lors que le reste de la Compagnie est en train de s’égaïer. Après tout, Sombrieu a de la pieté, & sa conduite n’auroit pas été mal-séante, s’il [181] eût vécu durant les grandes Persécutions de l’Eglise Chrétienne. ◀Retrato alheio

D’ailleurs je ne voudrois pas taxer d’Hypocrisie les Personnes de ce Caractere, comme on le fait trop souvent, puis qu’il faudrait connoître les secrets des cœurs pour attribuer ce Vice à un autre, s’il n’y en a des preuves qui reviennent à une Démonstration. D’un autre côté, l’on voit tant de Personnes d’un mérite distingué entraînées par une longue habitude à s’afliger de cette maniere, qu’elles sont plûtôt dignes de compassion que de nos reproches. Je souhaiterois, avec tout cela, qu’elles voulussent bien examiner, si une telle conduite n’éloigne pas les Hommes d’une Vie sainte & religieuse, puis qu’ils se la representent alors comme un état peu sociable, qui étoufe la Joie & le Plaisir, qui obscurcit toute la face de la Nature, & qui leur ôte même le goût de leur propre Existence.

J’ai déja fait voir2 , dans quelques-uns de mes Discours que la Pieté contribue beaucoup à la bonne Humeur, & que cette disposition d’Esprit, dans une Personne vertueuse, est non seulement la plus aimable, mais la plus digne de nos Eloges. Exemplum► En un mot, ceux qui nous donnent de la Pieté une idée si triste & si mélancolique ressemblent aux Espions que Moïse envoïa pour découvrir la Terre de promission, & qui, par leur mauvais raport, découra-[182]gerent le Peuple d’y entrer. Mais ceux qui nous font voir la Joie, la Gaieté & la bonne Humeur, qui naissent de cet heureux état, ressemblent aux Espions qui raporterent des Grapes de Raisin & des Fruits délicieux, pour animer le Peuple à la conquête du charmant Païs qui les produisoit. ◀Exemplum

Exemplum► Un célébre Auteur Païen a écrit un Discours pour montrer que l’Athée, qui nie l’existence d’un Dieu, le deshonore moins que celui qui, après avoir admis son existence, le supose cruel, difficile à plaire, & terrible aux Homme. Pour moi, ajoute-t-il, j’aimerois mieux qu’on dit à mon égard, que Plutarque n’a jamais été, que si l’on disoit que Plutarque étoit d’un mauvais naturel, capricieux ou inhumain. ◀Exemplum

Si nous en croïons nos Logiciens, l’Homme est distingué de tout les autres Animaux par la faculté qu’il a de rire. Son Esprit est capable de joie, & il y est naturellement disposé. La Vertu ne doit pas être emploïée à extirper les Afections de l’Esprit, mais à les régler. Elle peut moderer & restraindre la joie, mais elle n’a pas été destinée à la bannir du cœur de l’Homme. La Piété rétrécit le Cercle de nos Plaisirs ; mais elle y soufre assez d’étendue pour s’y égaïer, pour y être au large & à son aise. La contemplation de l’Etre suprême & la pratique des Vertus Chrétiennes tendent si peu à bannir la Joie du cœur, qu’elles en sont les sources intarissables. En un mot, une Piété solide réjouït & tranquilise l’Ame : il est [183] vrai qu’elle exclut toute sorte de conduite legere, toute sorte de joie vicieuse & déréglée ; mais en échange elle produit une sérénité continuelle, un enjouement qui n’est jamais interrompu, un desir habituel de plaire à tout le monde, & une satisfaction que rien ne peut nous ravir. ◀Nível 2

O. ◀Nível 1

1Je ne sai si l’Auteur ne voudroit point parler de Mr. Locke, qui mourut le 28. d’Octobre (vieux style) 1704.

2Voyez Tome iv. p. 127-133.