Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XV. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\015 (1723), S. 94-100, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1404 [consultado em: ].


Nível 1►

XV. Discours

Citação/Divisa► Turpe est difficiles babere nugas,
Et stultus labor est ineptiarum.
Mart. l. ii. Epig. lxxxvi.

Il est indigne de s’occuper à des bagatelles épineuses, & de se fatiguer beaucoup pour expliquer des niaiseries. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Remarques sur une Chanson, pour se moquer de la pédanterie & du mauvais goût de quelques Commentateurs. ◀Metatextualidade

Nível 2► Depuis quelques années, j’ai eu le chagrin de me voir fort éloigné de mon [95] compte, lors qu’après avoir examiné la nouvelle édition d’un Auteur classique, j’ai trouvé plus de la moitié du Volume remplie de différentes leçons. Au lieu d’une savante Note que j’atendois sur un Passage douteux d’un Poëte Latin, j’y ai simplement apris que, dans tels ou tels anciens Manuscrits, à la place d’un on lisoit un ac, ou quelque autre découverte de la même importance. Lors qu’une diférente Leçon nous donne un nouveau sens, ou qu’elle est plus élégante, l’Editeur fait três-bien de la noter ; mais lors qu’il se borne à nous entretenir de la diférente maniere dont un Mot est orthographié, & qu’il ramasse les diférentes bévûes de vingt ou trente Copistes, cela ne sert qu’à faire perdre le tems aux Lecteurs habiles & qu’à causer de l’embarras aux ignorans. Je me suis representé bien des fois la rage où seroit un ancien Auteur Latin, s’il voïoit toute les absurditez, à l’égard du sens & de la construction Grammaticale, qu’on lui atribue par l’une, ou l’autre de ces diférentes Leçons. Dans l’une il parle Galimathias ; dans l’autre il emploie un Mot qui n’a jamais été en usage. En effet, il n’y a presque pas un Solecisme, où le meilleur Ecrivain ne soit tombé, s’il nous est permis de suivre quelqu’un des Manuscrits que le laborieux Editeur a jugé à propos de consulter pour l’exécution de son dessein.

Metatextualidade► Je ne doute pas que les Dames & les Messieurs du bel air ne soient fort curieux d’aprendre ce que signifie tout ce que j’ai [96] dit jusques-ici. Pour leur en donner une idée, je tâcherai d’imiter le Stile de plusieurs Savans, qui font belle figure dans la République des Lettres. Nous suposerons d abord que la Chanson qui suit est une ancienne Ode, dont je publie une nouvelle Edition, avec les variétez qui se trouvent dans les précédentes, & dans les anciens Manuscrits. Ceux qui n’auront pas du goût pour les diverses Leçons seront peut-être bien aises de voir la Chanson même, qui n’avoit jamais été imprimée, & qu’on peut nommer à juste titre le Chef d’oeuvre d’un Inconnu. La voici mot à mot : ◀Metatextualidade

Citação/Divisa► Autrefois mon Amour, inconstant & rebelle,

Ne put jamais se fixer dans mon cœur ;
Mais en courant toujours de Belle en Belle.
De tous leurs traits je sentois la rigueur.

Je fus d’abord épris d’un beau Corsage ;

Ensuite un Œuil fripon me friponna ;
Enfin Cloris m’ayant rendu plus sage,
A sa Vertu mon cœur se cramponna.

Mais aujourd’hui je languis, je soupire

pour l’Enchanteresse Beauvoir ;
tous momens je me plains & j’expire,
Sans esperance de l’avoir.

Car l’Inconstante & la Perfide,

M’aïant montré tous ses atraits,
Les varie chacun & par là m’intimide,
Avec plus de cent mille traits. ◀Citação/Divisa

Nível 3► Metatextualidade► Diferentes Leçons.

Stance i. Vers i. & rebelle, ] Dans un Manuscrit de la Bibliothèque du Chevalier Cotton, la Particule conjonctive & se trouve écrite en deux lettres séparées ainsi et ; mais, dans presque tous les autres Manuscrits, elles sont jointes ensemble. C’est aussi pour cela que nous l’avons observé de même dans cette nouvelle Edition.

Vers 2. -- se fixer -- ] Quoi qu’Alde, Scaliger & quelques autres aient lû se ficher, il y a toutes les apparences du monde que c’est une bévûe de Copiste, puis que tous les Manuscrits, qui me sont tombez entre les mains, ont, se fixer, qui est plus naturel en cet endroit, & qui répond mieux au stile de toute la Piéce.

Vers 4. -- la rigueur. ] Le Manuscrit du Vatican lit la vigueur ; mais c’est encore ici une méprise du Copiste, qui a confondu une lettre avec une autre, à cause de la proximité de leur figure ; ce qui arrive très-souvent.

Stance ii. Vers 2.-- un œuil -- ] Sciopius, Saumaise, & plusieurs autres Critiques célebres lisent un air ; mais j’ai sui-[98]vi la Leçon ordinaire, qui est fondée sur la plûpart des Manuscrits.

Vers 3. – Cloris ...] Quelques Manuscrits ont Philis; mais la cacophonie, ou ou <sic> le mauvais son de la même syllabe qui choque l’oreille, est une preuve convaincante qu’on doit retenir Cloris.

Stance iii. Vers i. – je soupire ] Le Manuscrits d’Allemagne lit, je me páme ; mais la Rime ne permet pas qu’on adopte cette Leçon.

Vers 2. Pour l’Echanteresse Beauvoir ; ] Il y a divers Manuscrits qui ont, la chanteuse de Beauvoir ; & le célébre Mathanasius les a suivis ; mais n’en déplaise à ce Maître-Fat, les plus anciens & les meilleurs lisent de même que nous.

Vers 3. A tous momens- ] Quelques-uns lisent, A tout moment, & j’aurois de la peine à détérminer lequel vaut le mieux, puis que chacune de ces Leçons est appuïee sur de grandes Autoritez.

Vers 4. -- de l’avoir. ] Les Etiennes, Père & Fils, ont lû, de la voir ; mais, quoi que plusieur Savans aient embrassé leur opinion, je ne saurois l’adopter moi-même. Il me semble du moins qu’un Amant passionné souhaite quelque chose de plus que la vûe de sa Maitresse ; & le dernier Couplet insinue qu’il n’en étoit pas privé. Du telle, de quelque manière qu’on lise, le son des mots est le même quand on les prononce ; & c’est peut-être de là qu’est née la diférénce qu’on voit dans les Manuscrits,

[99] Stance IV. Vers 2. M’aïant montré tous ses atraits, ] Il y a ici deux grandes varietez : Les uns lisent, M’aïant fait voir &c. les autres, M’aïant décoché tous ses traits. La première Leçon m’est suspecte, à cause de la rime qu’il y a entre cet Hemistiche & le derniers Vers de la iii. Stance ; défaut, dont l’Auteur me paroit incapable, eu égard à l’exactitude qui regne dans toute la Piéce. Pour la séconde Leçon, je n’oserois l’adopter ; parce que la varieté, qui est ensuite attribuée à ces traits, ne leur quadre pas trop bien, dès qu’ils sont décochez ; & que d’ailleurs le même mot se trouve, dans tous les Manuscrits, à la fin du quatrième Vers ; ce qui est contre les règles de la bonne Poësie. La Leçon, que j’ai admise, n’est guére plus de mon goût ; parce que montré, joint avec atraits, dans le même Vers, forme un son rude qui choque l’oreille. Ainsi je laisse à chacun la liberté de prendre celle des trois qui l’accommodera le mieux, si tant est qu’il n’y en ait pas une quatriéme, inconnue jusques-ici à nos plus habiles Critiques.

Vers 4. Avec plus de cent mille traits, ] La moitié des anciens Manuscrits ont dix mille. D’où je conjecture que ce nombre étoit d’abord écrit en chiffrés, & que les Copistes y ont ajouté ou retranché un Zero, par inadvertance. Je laisse aux Savans à déterminer lequel des deux est le plus probable ; quoi que le plus grand nom-[100]bre me paroisse plus conforme au génie d’un Amant, à qui 1’Hyperbole ne coûte rien. ◀Metatextualidade ◀Nível 3 ◀Nível 2

C. ◀Nível 1