Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "X. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\010 (1723), pp. 59-72, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1399 [consultado el: ].


Nivel 1►

X. Discours

Cita/Lema► Auream quisquis mediocritatem
Diligit, tutus caret obsoleti
Sordibus tecti, caret invidenda
Sobrius aulâ.
Hor. l. ii. Ode x. 5.

Celui que se contente de la Médiocrité si rare & si difficile à trouver, vit en sûreté & à convert de l’Envie : sa Maison n’a pas la magnificence des Palais, mais elle en a la propreté. ◀Cita/Lema

Metatextualidad► Sur les effects de la Pauvreté & des Richesses. ◀Metatextualidad

Nivel 2► Je goûte un plaisir incroïable à trouver, dans un ancien Auteur Grec ou Latin, quelque passage qui n’a pas été observé, ou que je n’ai vû cité aucune part. Telle est cette belle Sentence de Theognis, qui dit, que les Richesses font disparoitre le Vice, [60] & que la Pauvreté obscurcit la Vertu ; ou pour la traduire mot à mot, qu’entre les Hommes, il y en a quelques-uns dont les Vices sont couverts par les Richesses, & d’autres dont les Vertus sont cachées par la Pauvreté. Il n’y a personne qui ne se puisse rapeller divers Exemples de Gens riches, qui ont divers défauts, qu’on ne releve pas, ou plûtôt qu’on ne voit point du tout, par cela même qu’ils sont riches. D’un autre côté, je ne croi pas qu’on puisse trouver une description plus naturelle d’un pauvre Homme, dont le Mérite est englouti par la Pauvreté, que dans cet endroit de l’Ecclesiasie, où il est dit : Cita/Lema► 1 Il y avoit une petite Ville, avec peu d’habitans, contre laquelle est venu un grand Roi, qui l’a environnée, & qui a bâti de grand Forts contre elle : Mais il s’y est trouvé un pauvre Homme sage, qui l’a délivrée par sa prudence, & nul ne s’est souvenu de ce pauvre Homme-là. Alors j’ai dit, la prudence vaut mieux que la force ; & cependant la prudence de ce pauvre homme a été negligée, & l’on n’entend point parler de ces faits. ◀Cita/Lema

Un milieu entre les deux extrêmitez semble être la situation la plus avantageuse pour aquerir la Sagesse. La pauvreté occupe trop nos pensées á la recherche de nos besoins, & les Richesses les emploient trop à jouïr du superflu ; de sorte que, pour me servir des paroles de Cowley dans une autre occasion, il est difficile qu’un Homme ne détourne [61] jamais les yeux de la Vérité, lors qu’il est toujours engagé dans une Bataille ou dans un Triomphe.

Si nous regardons la Pauvreté & les Richesses comme capables de produire des Vertus & des Vices dans l’Esprit de l’Homme, on peut remarquer qu’il y en a des unes & des autres qui naissent de la Pauvreté, mais qui diférent des Vertus & des Vices qui doivent leur origine aux Richesses. L’Humilité & la Patience, l’Industrie & la Temperance sont très-souvent les bonnes qualitez d’un Pauvre. L’Humanité & le Naturel bien-faisant, la Magnanimité & 1’Honneur font aussi souvent le partage du Riche. D’ailleurs, la Pauvreté est presque toujours accompagnée d’Envie, de Fraude, d’une Complaisance aveugle & rampante, de Murmures, de Soucis & d’Inquiétudes. Les Richesses exposent un Homme à l’Orgueil & à la Débauche, à une sote Vanité & à un grand attachement aux Plaisirs du Monde. Ainsi un état mitoïen, comme je l’ai déja insinuée, est le parti le plus sûr & le plus avantageux pour s’éclairer l’Esprit & se former à la Vertu. C’est là-dessus qu’Agur fondoit sa Priere, qui est si pleine de sagesse, qu’elle nous a été conservée dans la sainte Ecriture. 2 Je t’ai demandé deux choses, disoit-il à Dieu, ne me les refuse pas durant ma vie. Eloigne de moi la Vanité & le Mensonge : ne m donne ni pauvreté ni richesses ; nourri-moi du pain de mon [70] ordinaire ; De peur que je ne te renie dans l’abondance, & que je ne dise, Qui est l’Eternel ? de peur aussi que devenue pauvre, je ne dérobe, & que je ne prenne en vain le nom de mon Dieu.

Metatextualidad► Aristophane, dans une de ses Comédies, a mis en oeuvre une charmante Allégorie, que je vais raporter ici en abregé. Quoi qu’elle ne semble renfermer d’abord qu’une Satire contre les Gens riches, il y a quelques endroits, où l’on trouve une espece de Comparaison entre la Pauvreté & les Richesses, qui aproche de celle que nous venons de voir. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Allegorie► « Chremyle, qui étoit un Vieillard, honnête Homme & fort pauvre, eut envie de laisser de grands biens à son Fils. Il consulta là-dessus l’Oracle d’Apollon, qui lui répondit de suivre le premier Homme, qu’il trouveroit à la sortie du Temple. Le Personnage qu’il rencontra, étoit aveugle & paroissoit un Vieillard sordide ; mais après l’avoir suivi de lieu en lieu, il trouva enfin que c’étoit Plutus, le Dieu des richesses, qui venoit du logis d’un Avare. Plutus lui dit qu’étant petit Garçon il avoit souvent déclaré tout haut, que devenu majeur il ne distribueroit les richesses qu’aux honêtes Gens, que là-dessus Jupiter, qui craignit les fâcheuses conséquences de cette résolution, le priva de la vûe & le laissa courir par le Monde dans l’état où il le voïoit. Chremyle ob-[71]tint avec assez de peine qu’il allât chez lui, où il trouva une vieille Femme couverte de haillons, qui avoit été sa fidéle Compagne depuis bien des années, & qui se nommoit la Pauvreté. Sur ce que cette bonne Vieille refusa de se retirer aussi vite qu’il auroit voulu, il la menaca de la chasser, non seulement de sa Cabane, mais aussi de toute la Grece. La Pauvreté plaide alors sa Cause avec beaucoup de vigueur, & represente à son ancien Hôte, que, si elle est forcée, à sortir du Païs, tous les Métiers ; les Arts & les Sciences seront bannis avec elle ; & que, si tout le monde étoit riche, il n’y auroit plus la Pompe, les Ornemens & les Commoditez de la Vie qui faisoient souhaiter les Richesses. Elle parle ensuite de tous les avantages qu’elle procure à ses Adorateurs, soit à l’égard de la santé ou de l’activité, en ce qu’elle prévient la Goute, l’Hydropisie, la Pesanteur & l’Intempérance. Mais quelque bonnes raisons qu’elle alléguât pour soutenir ses droits, elle se vit enfin réduite à décamper. Chremyle pensa d’abord aux moyens de redonner la vûe à Plutus, & le conduisit pour cet effet dans le Temple d’Esculape, qui étoit célébre pour des Miracles de cette nature. Le succès répondit à son atente ; Plutus recouvra la vûe, & il ne manqua pas d’en faire aussi-tôt un bon usage ; il enrichit tous ceux qui se distinguoit par [72] leur piété envers les Dieux, & leur justice envers les Hommes ; & tout au contraire il dépouilla de ses biens les Impies & les mal-honnêtes Gens. Cela produit plusieurs incidens agréables jusqu’à ce qu’enfin, dans le dernier Acte, Mercure vient faire de grandes plaintes, de la part des Dieux, sur ce qu’ils n’avoient point reçu d’Ofrandes ni de Victimes, depuis que les Gens de bien étoient devenus riches. Un Prêtre de Jupiter confirme la même chose, & ajoute que, depuis cette innovation il est réduit à la derniere mendicité, & qu’il ne sauroit plus vivre de sa charge. Chremyle, qui dès le commencement de la Piéce avoit paru dévoué au service des Dieux, propose à la fin une démarche, qui fut adoptée de tous ceux qui étoient devenus riches aussi-bien que lui, c’est-a-dire que Plutus seroit porté en grande cérémonie dans le Temple, & qu’on l’installeroit à la place de Jupiter. » ◀Allegorie ◀Nivel 3

Cette Allégorie enseignoit deux choses aux Athéniens, l’une, que la Province ne mérite pas d’être blâmée dans la distribution des biens temporels, & l’autre, que les Richesses tendent â corrompre les bonnes mœurs de ceux qui les possedent. ◀Nivel 2

C. ◀Nivel 1

1Chap. ix. 14, 15, 16.

2Prov. xxx. 7, 8, 9.