Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "VIII. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.5\008 (1723), pp. 47-52, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1397 [consultado el: ].


Nivel 1►

VIII. Discours

Cita/Lema► Nil ego contulerim jucundo sanus amico.
Hor. L. I. Sat. V. 44.

Il n’y a rien, à mon sens, de comparable à un Ami qui est de belle humeur. ◀Cita/Lema

Metatextualidad► Caractere de ce qu’on apelle un Homme agréable en Compagnie. ◀Metatextualidad

Nivel 2► Celui qui est d’une humeur agréable en Compagnie a tant de pouvoir sur tous ceux qu’il divertit, qu’ils ne prenent pas garde à ses défauts, & qu’une certaine indolence, qui est inséparable de toutes les actions, lui réussit beaucoup mieux, que la diligence & l’assiduité des autres qui n’ont [48] pas le même talent qu’il possede. Retrato ajeno► Dacinthe manque de parole en toutes sortes d’occasions, legeres ou importantes ; & lors qu’on l’a bien drapé sur cet indigne défaut, on conclut à la fin, Après tout, c’est un Homme charmant. Dacinthe est un Mari bourru & incommode ; mais cela n’empêche pas que les Femmes qui le blâment là-dessus ne terminent leur critique en ces mots, Après tout, c’est un Homme fort agréable. Dacinthe n’est rien moins qu’exact sur le chapitre de l’Honeur, de la Civilité, ou de la Complaisance, mais tout cela ne mérite aucune atention ; Car c’est un Homme fort divertissant. Lors que cette qualité est accompagnée de sentimens nobles & vertueux, il n’y a rien qui plaise d’avantage ; mais lors qu’elle est seule & qu’elle ne sert qu’à couvrir une foule de mauvaises qualitez, il n’y a personne que l’on doive éviter avec plus de soin que votre Homme de belle humeur. Cet Homme agréable noircira votre réputation par un trait satirique, il vous tournera en ridicule, il débauchera votre Femme ou votre Fille, & malgré tout cela, il est le bien-venu par tout où il paroit. Il lui est assez ordinaire de ne penser qu’à sa propre satisfaction, sans avoir aucun égard à l’état ou à l’intérêt des autres, & de l’acheter même à leurs dépens, quelques chagrins qu’il leur en coûte. Ceux qui ne l’examinent pas ainsi de près risquent de se laisser entraîner à ses douces insinuations. ◀Retrato ajeno Metatextualidad► L’Auteur de la Let-[49]tre suivante porte la chose si loin, qu’il croit que les Libertez & les Privileges de l’Angleterre ont été à la merci d’un de nos Monarques par cela seul qu’il étoit de cette humeur agréable. ◀Metatextualidad

Metatextualidad► Caractere de Charles II. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Carta/Carta al director► Mr. le Spectateur,

« Il n’y a point de foible où les Hommes tombent si naturellement que dans l’Orgueil, ni aucune Passion qui soit si variée : Elle paroit sous toute sorte de formes & d’états. N’est-ce pas même une Question, si elle fait plus de bien que de mal au Monde, & s il n’y a pas un Orgueil qu’on peut apeller vertueux & louable ?

Cette Passion toute seule, mal dirigée, nous expose aux traits de la Flaterie ; & celui qui veut bien se donner la peine de favoriser agréablement notre inclination, ne manque jamais de s’insinuer dans notre Esprit, sur tout s’il est notre Superieur.

On pourroit en fournir divers Exemples, tirez de la conduite d’un de nos Monarques, & en donner un Recueil intitulé, Les bons Mots de Charles II. Retrato ajeno► Ce Prince, d’un naturel à se familiariser & d’un accès facile, aimoit beaucoup à voir & à être vû. Un si heureux temperament qui flatoit au suprême degré la vanité de son Peuple, lui rendit un meilleur service auprès de ses fidéles Sujets, que toutes [50] autres Vertus, quoiqu’il en eut plusieurs ; & il n’y a nul doute que, s’il eut voulu abuser de son pouvoir a cet égard, il n’eût pu obtenir d’eux tout ce qu’il auroit souhaité, quand même la chose auroit tourné à leur préjudice. Mais tout le monde sait que ce bon Prince, qui aimoit à pousser & à soufrir une Raillerie, ne fit aucun mauvais usage de son ascendant ; qu’il préferoit le Plaisir à l’Ambition, & qu’il se piquoit de primer dans le Combat des Coqs, les Courses des Chevaux, les Bals & les Comédies. Il étoit si gai dans ces occasions, qu’il inspiroit la joie à tous ceux qui le voïoient. ◀Retrato ajeno Relato general► Il dina plus d’une fois avec ses bons Citoyens de la Ville de Londres le jour que leur nouveau Maire est installé dans sa Charge, & il étoit de ce repas l’année que le Chevalier Robert Viner fut élevé à cet Emploi. Fidéle Sujet de Sa Majesté, qu’il aimoit tendrement, si vous voulez bien me passer ce terme, le Chevalier, ravi de l’honeur que son Prince lui faisoit, & qui plus est échaufé par les Santez réitérées qu’il buvoit à la Famille Roïale, devint si bon Ami du Roi, qu’il poussa la familiarité un peu au delà des regles de la Bienséance. Le Roi qui savoit très-bien se démêler de toute sorte d’embarras, après avoir insinué quelque chose de son dessein à la Compagnie, s’évada tout doucement, pour éviter le Céremoniel, & aller joindre son Carosse [51] qui l’attendoit dans la Cour de 1 l’Hôtel de Ville. Mais le Maire ne s’en fut pas plûtot aperçu, qu’il courut après lui, le saïsit par la main, lâcha un Serment & lui dit à haute voix, Diálogo► Sire, vous resterez avec nous pour vuider une autre Bouteille. Le Monarque enjoué le regarda par dessus l’épaule, avec un petit souris ; car je le vis alors, & il me semble que je le vois encore. Il ajouta, d’un air gracieux, ce Vers de l’ancienne Chanson,

Tout Homme saoul est aussi grand qu’un Roi. ◀Diálogo

& retourna d’abord à la Salle du Festin, pour complaire à son Hôte. ◀Relato general

Je vous ai raporté ce trait, Mr. le Spectateur, parce que j’en fus moi même le témoin, comme je vous l’ai déja dit, & vous ne devez pas le révoquer en doute, quoi qu’un tel Exemple soit assez rare. Mais vous allez voir par la suite, qu’un motif plus fort m’a engagé dans ce récit. Ce même Lord Maire érigea la Statue Equestre de son Monarque de belle humeur à 2 Stocks-Market ; & rendit, de très-grands services à la Couronne. Ce fut aussi à l’enjouement de ce bon Prince que ses fidéles Sujets dûrent la résolution qu’il prit de fermer l’Echiquier, & de faisir le bien qu’ils y avoient. Tout le monde sait qu’il donna diverses preu-[52]ves de la bonté de son Naturel, & un très-habile Ecrivain, qui a publié son Caractere, a dit de lui fort à propos, Qu’il n’avoit pas été Roi un quart d’heure pendant tout son regne. Il admettoit en sa présence des Idiots & des Fous ; & j’ai vû des gens qui se vantoient de s’être batus à coups de poing, ou avec le Sabre, ou d’avoir pris du poison devant lui. En un mot, il étoit de si bonne humeur, qu’il n’y avoit pas une seule Ame qui osât se plaindre sous son Gouvernement. De là vient qu’il dissipoit, avec la plus grande facilité du monde, tous les soupçons qu’on pouvoit se former contre lui, & que le Peuple, qui le voïoit d’une humeur si agréable, ne craignoit rien de terrible de sa part. En conséquence de la priere que vous avez faite en dernier lieu à vos Correspondans, je vous ai donné ces traits historiques de la Vie de Charles II, & je suis &c. » ◀Carta/Carta al director ◀Nivel 3

T. ◀Nivel 2 ◀Nivel 1

1En Anglois, Guild-Hall.

2C’est un Marché près de la Bourse.