Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "LXIX. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.4\069 (1720), pp. 415-419, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1367 [consultado el: ].


Nivel 1►

LXIX. Discours

Cita/Lema► Si fractus illabatur Orbis, Impavidum ferient ruinæ.
Hor. L. III. Ode III. 7

Le Monde en piéces tomberoit sur sa tête, qu’avec la même intrepidité il demeureroit frapé de ses ruines. ◀Cita/Lema

Metatextualidad► De la Confiance qu’on doit avoir en bleu. ◀Metatextualidad

Nivel 2► L’Homme, considéré en lui-même, est une fort chetive & misérable créature. Il est sujet à tout moment aux plus grandes [416] calamitez, & aux plus tristes revers. Mille dangers l’environnent de toutes parts, & un nombre infini d’accidens, qu’il ne sauroit prévoir ni prévenir, peuvent le rendre malheureux.

Ce qui nous console, au milieu de tant de maux & de perils, est d’être sous la protection de celui qui les dirige tous, qui connoit nos besoins, & qui est toûjours prêt à donner son assistance à ceux qui la lui demandent.

L’Homage naturel, qu’une telle Créature doit à cet Etre d’une sagesse & d’une bonté infinie, est d’avoir une entiere confiance en lui & d’atendre, de sa part, non seulement les biens & les commoditez de la Vie, mais aussi la délivrance de tous les dangers & de tous les embarras auxquels nous pouvons être exposez.

Celui qui vit dans cette ferme atente n’a pas les mêmes idées tristes & mélancholiques de la Nature Humaine, que celui qui se considere sans aucun raport à l’Etre suprême. Lors qu’il tourne les yeux sur sa foiblesse & ses imperfections, il se console par l’idée qu’il a de ces Divins Attributs, qui veillent à sa conversation & à sa prosperité. S’il manque de prévoïance ; il s’en trouve bien dédommagé par la route-science de son Créateur. S’il manque de force, il se voit à l’ombre du Tout-puissant. En un mot, celui qui s’appuïe sur le souverain Maître de l’Univers devient sage, puissant & heureux, par la sagesse, le pouvoir & le [417] bonheur de cet Etre infini. Il recueille quelque avantage de tous les attributs de la Divinité, & il perd son insuffisance dans la plénitude de celui qui possede toutes sortes de perfection.

Pour nous rendre la vie plus douce, il nous est ordonné de nous confier en celui qui peut nous aider & nous proteger de cette maniere ; & la Bonté Divine a bien voulu que cette Confiance fut un de nos Devoirs, quoi que nous aurions été malheureux, s'il nous l'eût défendue.

Entre les divers motifs qui peuvent nous engager à la pratique de ce Devoir, je ne m’arrêterai qu'aux suivans.

Le premier & le plus fort naît de la promesse que Dieu nous a faite de ne manquer jamais à ceux qui mettront leur confiance en lui.

Mais, sans avoir égard à la bénédiction surnaturelle qui accompagne la pratique de ce Devoir, nous pouvons observer qu’il rend de lui-même à sa récompense ; ou, pour me servir d’autres termes, qu’il nous aide à nous délivrer de la plûpart des maux, ou à les suporter avec courage. Celui qui est assuré de trouver du secours au besoin, & qui agit sous les yeux de son Ami, ou de son Protecteur, se surpasse souvent lui-même, & fait des actions étonnantes, auxquelles tout autre, qui n’est pas animé de ce principe, ne sauroit jamais ateindre. Je pourrois citer des Exemples tirez de l’Histoire, & montrer que des Généraux, per-[418]suadez qu’il étoient sous la protection de quelque Pouvoir invisible, ont non seulement engagé leurs Soldats à se battre comme des Lions, mais qu’ils ont fait eux-même des choses qu’ils n’auroient jamais tentées sans cette croïance. Je pourrois faire voir de même qu’une telle confiance est l’apui du souverain Arbitre de l’Univers produit naturellement la patience, l'esperance, la bonne humeur, & toutes les autres dispositions de l'Esprit capables de diminuer le poids de ces calamitez, dont il nous est impossible de nous afranchir.

La pratique de cette Vertu est d'une grande éficace pour nous consoler au milieu de la Pauvreté, & des embarras de la Vie ; mais sur tout à l'heure de la Mort. Quand l'Ame est prête à sortir de ce Monde, à entrer dans un nouvel état, à voir des Scènes & des Objets d'une toute autre nature ; de quelles craintes, de quelles fraïeurs, de quels saisissemens n'est-elle pas environnée ? Qu'est-ce qui peut la soutenir dans cette agonie, qu'une entiere confiance en son Créateur, qui l’a conduite au travers de cette Vallée de larmes, & qui sera son Guide dans toute l’étendue de l'Eternité ?

Metatextualidad► On ne peut rien voit de plus beau que la description, que David nous a laissée, de cette ferme confiance en Dieu dans le Psaume XXIII, qui est une espèce de sainte Pastorale, pleine de ces Allusions si ordinaires dans ces sortes de Pièces. D’ail-[419]leurs la Poësie en est exquise, & j’en donnerai ici une traduction, qui a paru depuis quelques années. ◀Metatextualidad

Cita/Lema► 1 Mon Dieu me paît ; sur lui je me repose ;

Je ne saurois manquer d’aucune chose ;
Il m’a choisi les meilleurs pâturages ;
Il me conduit aux paisibles rivages ;
Soûtient ma vie, & sûrement me meine
Par des sentiers, où je marche sans peine.

Je descendrois dans les lieux les plus sombres

Sans m'étonner sous leurs mortelles ombres.
Je sens par tout sa divine presence,
Et ta houlette est ma sûre défense.
J’ai par tes foins, même aux yeux de l’Envie,
Avec les biens, les douceurs de la Vie.

Ta main, Seigneur, comme en un jour Fête,

Remplit ma coupe & parfume ma tête ;
Et cependant, quoi que pour moi tu fasses,
J’attens encor le comble de tes graces :
J’ai tout, mon Dieu, si, dans ta Maison sainte,
Je puis passer tous mes jours en ta crainte. ◀Cita/Lema

C. ◀Nivel 2 ◀Nivel 1

1Voyez un Essai d’une nouvelle Traduction des Psaumes, en Vers, par Mr. Terond : publié à Amsterdam en 1715.