Cita bibliográfica: Anonym (Ed.): "XXIX. Discours", en: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.4\029 (1720), pp. 169-176, editado en: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Los "Spectators" en el contexto internacional. Edición digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1327 [consultado el: ].


Nivel 1►

XXIX. Discours

Cita/Lema► Non tu prece poscis emaci,
Quae nisi seductis nequeas committere Divis.
At bona pars procerum tacitâ libabit acerrâ. Haud cuivis promptum est, murmurque humilesque susurros
Tollere de Templis; et aperto vivere voto.
Mens bona, fama, fides, haec clarè, et ut audiat hospes.
Illa sibi introrsùm, et sub lingua immurmurat: ô si Ebulliat patruus praeclarum funus! Et, o si
Sub rastro crepet argenti mihi seria dextro
Hercule! pupillumve utinam, auem proximus haeres
Impello, expungam!
Pers. S. II. 3-13.
Vous ne prétendez pas acheter, si j’ose parler ainsi, par de somptueux sacrifices, certaines graces qu’on ne demande aux Dieux qu’après avoir tâché de les corrompre. La plûpart de nos grands Seigneurs ne vous ressemblent pas ; ils viennent presenter de l’encens aux Dieux ; mais leur vœux & leurs prieres se font sans que personne sâche ce qu’ils disent, ils ont pour cela leurs raisons. Hélas ! [170] Il n’est pas facile de bannir des Temples ces sortes de prieres , qui se font à voix basse & à petit bruit. Voici ce qu'ils demandent tout haut, & que tout le monde entend : Grands Dieux, donnez-nous de l’esprit, du crédit, de la reputation. Et que demandent-ils tout bas, & marmotant entre leurs dents ? Ah ! dit l’un, si mon Oncle mouroit subitement ! que je plaindrois peu la dépense d'un superbe Convoi ! Ah, dit l’autre, si je pouvois, à la faveur d’Hercule, trouver un trésor en labourant ma terre ! Si je pouvois, dit celui-ci, supplanter ce Pupille, substituer, dans ce Testament, mon Nom à la place du sien ! ◀Cita/Lema

Metatextualidad► Allegorie des payens sur la Priere. ◀Metatextualidad

Nivel 2► Relato general► Lors qu’Homere, introduit Phoenix sur la Scène, pour engager Achille à bannir son ressentiment, & à se rendre aux instances de ses Compatriotes, il le fait parler d’une maniere conforme à son Caractère, & il lui prête un Dicours plein de ces Fables & de ces Allégories que les Vieillards se plaisent à raconter, & qui sont d’ailleurs fort instructives. Nivel 3► Allegorie► « 1 Les Dieux, dit Phoenix à son Eleve, ne se laissent-ils pas fléchir, eux à qui appartiennent proprement la Vertu, la Force & la Gloire ? Tous les jours les Hom-[171]mes, après les avoir offensez par des transgressions crimmelles, parviennent enfin à les appaiser par des vœux, par des presens, par des sacrifices, par des libations & par des prieres ; car vous devez savoir, mon Fils, que les Prieres sont Filles de Jupiter ; elles sont boiteuses, ridées, toûjours les yeux baissez, toûjours tampantos, & toûjours humilées ; elles marchent tôujours après l’Injure ; car l’Injure altiere, pleine de confiance en ses propres forces, & d’un pié leger, les devance toûjours, & parcourt la Terre pour offenser les Hommes, & les humbles Prieres la suivent pour guérir les maux qu’elle a faits. Celui qui les respecte & qui les écoute en reçoit de grands secours ; elles l'écoutent à leur tour dans ses besoins, & portent ses vœux aux piez du trône du grand Jupiter ; mais celui qui les refuse & les rejette éprouve à son tour leur redoutable courroux ; elles prient leur Pere d'ordonner à l’Injure de punir ce cœur barbare & intraitable, & de venger le refus qu'elles en ont reçu. » ◀Allegorie ◀Nivel 3 Cette noble Allégorie n'a pas besoin d'explication ; car, soit que la Déesse Até, qui est le mot de l'Original, signifie l’Injure, comme Madame Dacier l’a traduit ; ou le Crime en général, comme d’autres l’entendent ; ou la Justice Divine, comme je le croirois plûtôt ; il est facile d’en pénétrer le sens.

[172] Metatextualidad► Je vais inserer ici une autre Fable Païenne, qui regarde les Prieres & qui est d'un tour plus divertissant. Si l'on en jugeoit par quelques endroits qu’il y a, on croiroit que Lucien en est l’Auteur, ou du moins qu’un autre a tâché d’imiter son Stile ; mais comme les recherches de cette nature sont plus curieuses que d’une grande utilité, je donnerai cette Fable sans m’embarrasser de son Auteur. ◀Metatextualidad

Nivel 3► Fabel► « Lors que JUPITER eut introduit, pour la seconde fois, le Philosophe Menippe dans le Ciel, il voulut fournir de la matiere à ses speculations, & leva une Trape qui étoit placée tout auprès de son Marche-pié. Il sortit d’abord de cet endroit un si grand bruit & tant de cris, que le Philosophe en fut étonné. Sur ce qu’il demanda ce que c’étoit ; Jupiter lui dit que c’étoit les Prieres que les Hommes lui adressoient. Au milieu de cette confusion de Voix, que la seule Oreille de Jupiter pouvoit distinguer, Menippe entendit repéter, en différens Tons & Langages, les mots Richesses, Honeurs & une longe Vie. Lors que le premier charivari de ces Voix, qui montoient en foule, eut passé, on les entendit d’une maniere plus distincte. La premiere, qui venoit d’Athènes, fut remarquable par sa grande singularité ; elle demandoit à Jupiter qu’il voulût bien augmenter la Sagesse & la Barbe de son très-humble Supliant. Menippe connut, [173] au ton de la Voix, que c’étoit la Priere de son Ami Licandre le Philosphe. Celle-ci fut suivie de la Requête d’un autre qui venoit de charger un Vaisseau, & qui promettoit à Jupiter que, s’il avoit soin de le ramener heureusement au Port avec de grandes richesses, il lui ofriroit une Coupe d’argent. Jupiter n’en fit pas le moindre cas ; mais il inclina son oreille avec plus d’atention qu’à l’ordinaire, pour entendre une Voix qui se plaignit de la cruauté d’une Veuve Ephesienne, & qui le pria de vouloir exciter la compassion dans son cœur. Celui-ci, dit Jupiter, est un fort galant Homme, j’ai reçu beaucoup d’Encens de sa part, je ne veux pas avoir la cruauté d’exaucer sa Priere. Il fut alors interrompu par une volée entiere de Vœux qu’on lui adressoit pour la santé d’un Tyran, & que ses Sujets faisoient en sa presence. Menippe, qui remarqua l’ardeur & le zèle dont ces Vœux étoient accompagnez, fut bien surpris d’entendre de petits Murmures qui venoient de la même Assemblée, qui se plaignoient à Jupiter de ce qu’il laissoit vivre un pareil Tyran, & qui lui demandoient s’il n’avoit point de Foudres pour l’écraser ? Jupiter fut si choqué de l’hypocrisie de ces Marauts, qu’il admît les premiers Vœux, & qu’il soufla les autres. A la vûe d’un gros Nuage qui montoit vers le haut de la Trape, le Philosphe lui demanda ce que [174] c’étoit. Ceci, dit Jupiter ; est la fumée d’une Hétacombe qu’un Général vient de m’ofrir, il me sollicite beaucoup afin que je l’aide à tailler en piéces une Armée de cent mille Hommes qui est rangée en bataille contre la sienne : Qu’est-ce que ce miserable Impudent croit que je trouve en lui pour s’être mis dans l’esprit que j’immolerai à sa gloire la vie de tant de Mortels qui le valent bien lui-même ? Mais prêtez l’oreille, ajouta-t-il, il y a une Voix que je n’ai jamais entendue que lors qu’une Personne se trouve en danger ; Oh ! c’est un Maraut qui a fait naufrage dans la Mer d’Ionie : Il n’y a que trois jours que je le sauvai sur une Planche, sur ce qu’il me promit de changer de train ; Le perfide qu’il est ne vaut pas quatre deniers, & avec tout cela il a l’impudence de m’ofrir un Temple, si je veux l’empêcher de couler à fond. ――

Qui est-ce donc que je voi là-bas, continua-t-il ? Oh ! C’est un jeune Gaillard, qui me suplie de retirer son Pere des calamitez de la Vie Humaine, pour jouïr lui-même d’un bien considerable. Mais qu’il ne s’y atende pas ; malgré lui & ses dents, le bon Homme vivra plusieurs années pour le faire enrager. Là-dessus on entendit la douce voix d’une Dame pieuse, qui demandoit à Jupiter la grace de paroitre aimable & charmante aux yeux de son Empereur. Dans le tems que le Philosophe ruminoit sur cette demande [175] extraordinaire, un petit Vent s’éleva du fond de la Trape, qu’il prit d’abord pour un Zéphir ; mais qu’il s’aperçut bientôt n’être qu’une Brize de Soupirs : Ils avoient une odeur forte d’Encens & de Fleurs, & ils furent suivis de Plaintes les plus tragiques sur des blessures & des tourmens, des feux & des flammes, la Cruauté, la Rage, le Desespoir & la Mort. Menippe s’imagina que tous ces Cris lamentables venoient de quelque Execution genérale, ou de quelques Malheureux qui soufroient la Torture ; mais Jupiter lui dit qu’ils venoient de l’Isle de Paphos, & qu’il recevoit tous les jours de pareilles plantes de cette Engeance de Visionaires, qu’on apelle des Amans. Je suis si distrait, continua-t-il, par la Génération présente de l’un & de l’autre Sexe, & il est si difficile, pour ne pas dire impossible, de leur plaire, soit que j’accorde ou que je refuse leurs demandes, qu’à l’avenir j’ordonnerai à un Vent d’Ouest de les intercepter dans leur passage, & de les répandre à tout hasard sur toute la surface de la Terre. J’entendis en dernier lieu la requête d’un Vieillard qui après de cent ans ; il me demandoit encore une année de vie, & prometoit qu’alors il mourroit content. C’est le plus impertinent Corps qu’il y ait au Monde ; il m’a fait la même Priere plus de vingt années de suite. Lors qu’il n’avoit que cinquante ans, il souhaita de [176] pouvoir vivre jusqu’à ce que son Fils fut établi ; j’y donnai les mains. Alors il demanda la même grace pour sa Fille, & ensuite qu’il pût voir l’éducation d’un petit-Fils : Il a obtenu tout cela & il voudroit à present achever une maison qu’il a commencé à bâtir. En un mot, c'est un vieux Penard, qui n'est pas raisonnable, & qui ne manque jamais de prétextes ; je ne veux plus entendre parler de lui. Là-dessus Jupiter en colere ferma la Trape tout-d'un-coup, & résolut de ne donner plus audience le reste de la Journée. » ◀Fabel ◀Nivel 3 Malgré la singularité de cette Fable à certains égards, ou le ridicule, si l'on veut, la Morale en est très-bonne, & mérite bien notre atention. C'est la même qui a été inculquée par Socrate & par Platon pour ne rien dire de Juvenal & de Perse, qui ont fait là-dessus la plus belle de toutes leurs Satires. On y découvre la vanité des souhaits de l'esprit humain, qui sont une espèce de Prieres naturelles, de même que le ridicule de plusieurs actes secrets de la dévotion que les hommes ofrent à la Divinité. Entre les différentes raisons qu'on allégue pour avoir une Liturgie fixe dans le Service public, j'ai toûjours cru qu'une des meilleures étoit, qu'on-retient par-là dans de justes bornes la folie & l'extravagance de nos desirs, & qu'on les empêche de s’évaporer en demandes absurdes & impertinentes. ◀Relato general ◀Nivel 2

I. ◀Nivel 1

1Voïez l’Iliade traduite par Mad. Dacier, Tome II. Liv. IX. P. 114. &c. de l’Edition d’Amsterdam en 1712.