Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "XXVII. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.4\027 (1720), pp. 157-162, edito in: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1325 [consultato il: ].


Livello 1►

XXVII. Discours

meliora pii docuere parentes.
Citazione/Motto► Mon Pere & ma Mere qui avoient de la Pieté, m’ont enseigné de meilleures choses. ◀Citazione/Motto

Metatestualità► Réflexions sur l’Atheisme, les Athées, & la manière de les punir. ◀Metatestualità

Livello 2► Il n’y a rien qui ait plus étonné les Savans d’Angleterre, que le prix excessif où l’on poussa en dernier lieu, dans une Vente publique, un petit Livre intitulé, 1 La Destruction de la Bête triomphante. Il y fut vendu trente Livres Sterlin. L’Auteur nommé Jordanus Brunus, ou Bruni, un Achée de profession, l’a écrit pour tourner la Religion en ridicule & chacun étoit disposé à conclure, de ce haut prix, qu’il doit y avoir des Argumens fort redoutables.

J’en ai lû moi-même un Exemplaire, qui m’étoit tombé entre les mains, avec ce préjugé ; mais il y a si peu à craindre de cette lecture, que je me hazarderai à rendre ici un fidéle compte de tout le Plan que l’Auteur a suivi dans cette merveilleuse Pièce.

Fabel► Il supose d’abord que Jupiter, resolu d’en venir à une Reforme entre les Constellations, les assembla toutes un jour ; qu’il se plaignit à elles de ce que le Culte [158] des Dieux étoit fort négligé, & qu’il trouva cela d’autant plus rude qu’il avoit donné les noms des Divinitez du Paganisme à plusieurs de ces Corps célestes, & fait ainsi du Ciel, en quelque maniere, un Livre de la Théologie Païenne. Momus lui dit là-dessus, qu’on ne doit pas s’en étonner, puis qu’il y a tant de Contes scandaleux à l’égard de ces Divinitez ; d’où l’Auteur prend occasion de critiquer toutes les autres Religions, & conclud<sic>, que Jupiter, après avoir bien examiné toutes choses, bannît les Divinitez du Ciel, & imposa aux Etoiles les Noms des Vertus morales. ◀Fabel

Cette courte Fable, où l’on ne voit aucune ombre de Raisonnement, & où il n’y a que très-peu d’Esprit, ne roule que sur l’Impieté d’un bout à l’autre, & c’est pour cela même qu’elle est devenue l’Idole de ces foibles Genies, qui voudroient se distinguer par la singularité de leurs Opinions.

Il y a deux Faits qu’on a souvent allegués contre les Athées, & dont ils n’ont pû se tirer jusques-ici. L’un est, que les Hommes les plus sages & les plus habiles de tous les Siécles ont été contre eux, & qu’ils ont toûjours suivi le Culte public reçu dans leur Païs, lors qu’il n’y avoit rien d’opposé à l’honeur de l’Etre infini, ou de préjudiciable aux intérêts du Genre Humain.

Les Platons & les Cicerons entre les [159] Anciens ; les Bacons, les Boyles & les Lockes entre nos Compatriotes modernes nous fournissent tous de beaux Exemples de ce que je viens d’avancer, pour ne rien dire des célébres Théologiens, puisque nos Antagonistes les récusent, sous prétexte qu’ils ont trop d’intérêt dans la Cause dont il s’agit, pour être admis à y servir de Témoins.

L’autre fait que l’on a poussé contre eux, qui paroit d’un plus grand poids, n’est pas la seule opinion des plus sages, mais le consentement universel de tous les Hommes, qui ne peuvent avoir reçu cette importante Verité que par l’un ou l’autre de ces trois moïens ; soit par l’Idée d’un Dieu que la Nature ait gravée dans leur Esprit, ou par le Raisonnement, qui a dû être facile & à la portée des moindres Genies ; ou enfin par une Tradition descendue jusques à nous depuis le premier Homme.

Les Athées sont également confondus, à laquelle de ces trois Causes que l’on atribue l’idée que nous avons d’un Dieu. Aussi, pour se tirer de cet embarras, ont-ils prétendu à la fin avoir découvert un Peuple entier de ces habiles Philosophes, qui n’admettent aucune Divinité, je veux dire la Nation polie des Hotentots.

Je craindrois de choquer mes Lecteurs, si je m’avisois de les entretenir ici des coûtumes & des mœurs de ces Barbares, qui sont à peine un degré au-dessus des Bêtes brutes, & qui n’ont entre eux qu’un mise-[160]rable Jargon, qu’ils n’entendent presque pas eux-mêmes

On ne sauroit croire avec tout cela jusqu’où va le triomphe des Athées, lors qu’ils s’aplaudissent de ces bons Amis & fidéles Alliez. Si nous nous vantons d’un Socrate, ou d’un Seneque, ils leur peuvent d’abord opposer les illustres Hotentots.

Quoi qu’on soit fondé, en quelque maniere, à revoquer en doute la créance de ce Peuple, je ne voi pas qu’il en pût revenir aucun mal à la Religion, si l’on abandonnoit aux Athées cette noble partie du Genre Humain.

Il me semble qu’il n’y a rien qui découvre mieux la foiblesse de leur Cause, que de les avoir réduits à se joindre avec une Societé d Hommes, qui, de leur propre aveu, ont presque éteint les lumieres de la Raison, & qui ne se distinguent des Bêtes que par leur Figure Humaine.

Il est vrai qu’outre ces pauvres malheureux, il y a eu, de tems en tems, chez différentes Nations, un petit nombre de Cerveaux foibles, qui ont nié l’existence d’une Divinité. Livello 3► Racconto generale► Mais Vanini, le plus célébre de tous leurs Champions, déclara, devant ses Juges, qu’il la croïoit : après avoir même levé une paille de terre, il soutint qu’elle sufisoit pour l’en convaincre ; & il allegua diverses preuves pour montrer qu’il étoit impossible que la Nature seule pût créer aucune chose. ◀Racconto generale ◀Livello 3

[161] Livello 3► Racconto generale► Je lisois l’autre jour une Relation sur le chapitre de Carsimir Liszynski, Gentil-homme Polonais, qui fut convaincu d’Athéïsme & executé pour ce Crime. La maniere dont on le punît a quelque chose de bien singulier. Aussitôt qu’on eut brûlé son corps, les cendres en furent mises dans un Canon, & tirées en l’air vers la Tartarie. ◀Racconto generale ◀Livello 3

Je suis fort disposé à croire, que si un pareil Châtiment s’introduisoit dans la Grande Bretagne, il y a tant de bon Sens naturel parmi nous, que, soit qu’on mît un’Athée tout entier dans une Pièce d’Artillerie, ou qu’on le pulverisât, comme on fait en Pologne, nous aurions très-peu de charges.

Avec tout cela, pendant que cette Munition dureroit, je voudrois proposer qu’au lieu de braquer nos Canons vers la Tartarie, nous en eussions toûjours deux ou trois pointez vers le Cap de Bonne Esperance, afin d’envoïer nos Incrédules dans le Païs des Hotentots.

Selon moi, une Sentence de Mort prononcée judiciairement fait trop d’honeur à un Athée, quoi que l’usage de le tirer en l’air, comme on le pratique dans cette espéce de Martyre, ait quelque chose d’assez proportionné à la nature de son Crime.

D’un autre côté, il faut avouer qu’il y a une grande Objection contre une pareille Méthode. Le Zèle pour la Religion est si plein d’ardeur, qu’il ne sait presque jamais où il doit se borner ; c’est pour cela même qu’après avoir déchargé nos Athées, je [162] craindrois qu’on n’en vint à charger nos Sectaires, & qu’eu égard à la vicissitude des choses humaines, nous ne fussions un jour exposez à sortir de la bouche d’une demi Couleuvrine.

Si quelcun de mes Lecteurs croit que j’ai traité ces Messieurs d’un air trop badin & trop méprisant, qu’il me soit permis de lui dire que, selon mes idées, on fait trop d’honeur à ces Incrédules de vouloir raisonner avec eux sur un Point qui choque le Sens commun de tous les Hommes, que c’est leur donner du relief dans le Monde, & insinuer qu’il y a quelque probabilité dans leur Système, quoi qu’il n’y aît rien de plus absurde.

Pour ce qui est des Personnes, qui admettent un Culte Religieux, & que je crois être dans l’Erreur, je voudrois en user à leur égard avec une grande circonspection, & tâcher de les ramener de leurs égaremens avec tout le calme & toute la douceur possibles ; mais pour ces Inifidèles, qui ne cherchent qu’à détruire toute sorte de Religion, qu’à dépouiller les Hommes de ce qu’ils avouent eux-mêmes être d’un excellent usage dans toutes les grande Societez, sans rien substituer à la place, je croi que le meilleur est de les battre de leurs propres armes ; c’est-à-dire de les traiter avec mépris & de les tourner en ridicule.

X. ◀Livello 2 ◀Livello 1

1En Italien, Spaccio delle Bestia triomfante