Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XXV. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.4\025 (1720), S. 145-149, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1323 [consultado em: ].


Nível 1►

XXV. Discours

Citação/Divisa► Cum tristibus severè, cum remissis jucundè,
cum Senibus graviter, cum Juventute comiter vivere.
Cic.
Il étoit morne avec les Personnes tristes, gai avec les Enjouez, serieux avec les Vieillards, & agréable avec la Jeunesse. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Le Caractère d’un Homme, qui est agréable en compagnie, & son oposé. ◀Metatextualidade

Nível 2► Metatextualidade► Le Passage Latin que je viens de citer fait partie d’un Caractère très-vicieux ; mais je n’ai raporté que ce qui s’accorde avec les régles de la Justice & de l’Honeur. Ciceron y dépeint Catilina, & il ajoute á ces traits, Citação/Divisa► qu’il étoit bard avec les Méchans, & lascif avec les Débanchez. ◀Citação/Divisa Je ne m’arrêterai point à ces deux derniers traits, puis que je n’ai en vûe que cette Complaisance honête qui rend un Homme de bonne compagnie, & non pas celle d’un Homme d’intrigue & à Projets ambitieux. ◀Metatextualidade Cette souplesse d’Esprit, qui s’accommode à l’humeur de tous les autres, ne peut être agréable, à moins qu’elle ne soit naturelle ; si on l’affecte pour se distinguer, c’est la prostitution la plus inutile & la plus indécente que l’on puisse jamais concevoir. Jouer un rôle qui n’est pas naturel, [146] dans la seule vûe de s’attirer les éloges de ceux qui n’ont aucun discernement, c’est, de tous les desseins que l’on puisse former, le plus digne de mépris. Pour devenir la joie des autres, ou ne pas interrompre leur plaisir, il faut se plaire avec eux de bonne foi : Aussi n’y a-t’-il rien de plus triste que de voir bien des Gens, qui devroient être seuls, chercher la compagnie. Les Personnes qui reflechissent le moins sont celles qui panchent le plus de ce coté-là ; quoi qu’elles feroient beaucoup mieux de rester au Logis, & de s’ennuïer toutes seules, plûtôt que de fatiguer les autres pour se .mettre de bonne humeur. Ce n’est pas qu’on ne doive décharger son cœur à un Ami, lors qu’on se trouve dans quelque embarras, ou une grande affliction ; mais je veux dire seulement qu’on doit être disposé à prendre le tour de la compagnie où l’on va, ou s’en bannir tout-à-fait. C’est sans doute un heureux Temperament que de pouvoir vivre avec toute sorte d’Humeurs ; puis que cela marque un Esprit disposé à recevoir tout ce qui plait aux autres, & qui n’est pas entêté de ses propres idées.

Retrato alheio► De là vient que je suis charmé du Caractère de mon Ami Acasto. Vous le trouvez dans la compagnie & à la table des Sages, des Impertinens, des Personnes graves, des Badins & des beaux Esprits, quoi qu’il n’ait rien en lui-même qui le puisse rendre agréable en particulier à aucun de [147] tous ces Genies ; mais il a un bon sens naturel, le cœur bon, & il est discret, en sorte que chacun peut faire valoir son talent avec lui, & que sans contribuer presque à la conversation, il n’a jamais été dans un Endroit, où il ne soit le bien-venu une seconde fois. On peut dire même qu’un Homme qui a de l’esprit & du savoir, au lieu de plaire, deviendroit incommode à la plûpart des autres, s’il ne possedoit ces bonnes qualitez d’Acasto. Les Gens d’esprit le flatent d’être agréables par cela même qu’ils sont tels ; & c’est ainsi qu’ils deviennent la plus sote compagnie du monde ; ils se moquent des absens, ou raillent les presens d’une maniere fort désobligeante, & ils ne prennent pas garde que, si vous pincez ou chatouillez un Homme jusqu’à ce qu’il perde la tramontane, ou si vous l’attaquez lui seul, & le distinguez ainsi de tous les autres, vous ofensez également. ◀Retrato alheio

Le plus sûr moïen de se rendre agréable aux Personnes avec qui l’on se trouve, est de marquer se plaire à leur compagnie, & prendre plûtôt part à leur entretien, que leur en fournir soi-même. Un Homme de cette trempe n’est pas à la verité ce qu’on apelle d’ordinaire un Homme agréable en Compagnie ; mais il est tel dans le fonds ; & il a, dans tout ce qu’il dit ou qu’il fait, quelque chose d’aimable, qui lui gagne plûtôt les Cœurs, que ne le feroient les faillies d’Esprit les plus vives, ou les badinages les mieux tournez. La foiblesse de l’â-[148]ge, dans un Homme de ce Caractère, à je ne sai quelle simplicité naïve, qui doit lui attirer du respect, quand même il ne seroit pas d’ailleurs fort venerable. La présomption des jeunes Gens, qui naît de la vivacité & non pas de l’insolence, mérite aussi d’être excusée. L’Homme que la Nature a formé, pour être agréable en Compagnie, rend à chacun ce qui lui est, il extenue leurs défauts, & fait louer leurs bonnes qualitez ; il paroit recevoir la loi des autres, & non pas la leur donner.

Que doit-on donc penser de ces Hommes, qui, sans avoir aucun égard à ce qui se dit dans la Compagnie où ils arrivent, prennent un air de Messager, & racontent au long ce qu’ils viennent de voir ou d’entendre, comme s’ils avoient été envoïez exprès pour s’en informer ? Ceux qui se voient, pour s’entretenir ensemble de bonne amitié, ne sauroient pardonner un nouveau venu, qui tombe des nuës qui leur rompt la tête de ses avantures, & qui leur ferme à tous la bouche. Si cet Homme vient de la Bourse, il vous aprendra, bongré malgré que vous en aïez, sur quel pié sont les fonds publics ; &, quoi que vous traitiez d’un sujet beaucoup plus grave, un jeune Godelureau, de l’autre côté de la Ville, viendra s’asseoir auprès de vous, pour vous dire qu’une telle Demoiselle est d’une beauté charmante, parce qu’il vient justement de la voir.

Ciceron nous dit, dans un de ses [149] Livres de l’Orateur1  , Citação/Divisa► « qu’on peut enseigner toutes choses, à la reserve du Caractère facétieux, que la Nature donne & qui n’a besoin d’aucun art ». ◀Citação/Divisa Il en est de même Caractère dont je parle ; on peut aquerir toutes les bienséances de la Vie civile, mais ce je ne sai quoi qui plait à tout le monde, qui est toûjours de saison, & qui paroit dans les moindres actions, est un talent de la Nature. Il en est ainsi des Préceptes que l’on donneroit là-dessus comme des Règles sur la Poësie, qui peuvent bien, à ce qu’on dit, prévenir les mauvais Poëtes ; mais qui ne sauroient jamais en faire un bon.

T. ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Factia qua, etiamsi alia omnia tradi arte possunt, nature sunt propria certè, neque ullam artem desiderant. Lib. II. De Orat. c. 54.