Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "IX. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.4\009 (1720), S. 51-56, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter / Fischer-Pernkopf, Michaela (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1307 [consultado em: ].


Nível 1►

IX. Discours

Citação/Divisa► Sed ea animi elatio, quae cernitur in periculis & laboribus, si justitia vacat, pugnátque, non pro salute communi, sed pro suis commodis, in vitio est.
Cicer de Offic. L. I. C. 19.
La Bravoure, qui paroit dans les dangers & les travaux de la Guerre, est un Vice & non pas une Vertu, lors que la justice en est bannie, & qu’elle cherche plûtôt ses intérêts particuliers, que le bien public. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► De la veritable & de la fausse Bravoure, à l’occasion de l’inhumanité d’un Armateur François. ◀Metatextualidade

Nível 2► Narração geral► Hier au soir le Capitaine Sentry se rendit à la Coterie, où il nous lût une Lettre qu’il avoit reçue d’Ipswich, avec ordre de me la communiquer. On y fait le détail d’un Combat qu’il y avoit eu entre un Armateur François, commandé par un certain Dominique Pottiere, & un petit Vaisseau de cette même Ville chargé de grain dont le Maître s’apelle Goodwin. Nível 3► Narração geral► Celui-ci se défendit avec une bravoure incroïable, & repoussa trois ou quatre fois les Ennemis, qui étoient venus á l’abordage. Superieurs en nombre, ils redoublerent leurs éforts dans l’esperance de l’enlever : jusqu’à ce qu’enfin l’Anglois, prêt à couler à fond, baissa le Pavillon : Mais une défense si extraordinaire ne servit qu’à irriter [52] le Capitaine de l’Armateur, & qu’à lui inspirer le desir inhumain de se vanger de la perte qu’il avoit soutenue dans ses diférentes ataques. A la faveur d’un Porte-voix, il dit au Maître du Vaisseau Marchand qu’il ne vouloit pas le prendre sur son Bord, & qu’il attendoit de le voir perir. Là-dessus Goodwin crut remarquer certain desordre sur l’Armateur, qui lui fit conjecturer, avec raison, que l’Equipage desaprouvoit la barbarie de son Capitaine : de sorte qu’il se mit dans sa Chaloupe, & aborda l’Ennemi. Les Matelots le reçurent en dépit de leur Commandant : mais cela n’empêcha pas qu’ils ne le traitassent de la maniere qu’il lui plût. Pottiere le fit tenir par quelques uns de ses Hommes, & lui donna tant de coups de bâton, que le pauvre Goodwin, baigné dans son sang & le cœur plein de rage, s’évanouït : il le mit ensuite aux fers, où il n’eut d’autre nourriture, que celle qu’un ou deux Matelots lui donnoient en cachete, au peril de s’exposer à la bastonnade : Après l’avoir gardé plusieurs jours, au milieu de la puanteur, de la faim & de sa misere, il le descendit à Calais. Le Gouverneur de cette Place, instruit de ce qui venoit d’arriver, cassa Pottiere avec ignominie, & fournit à Goodwin tout le secours qu’un Ennemi cruellement traité peut attendre d’un Homme d’honeur, qui cherche à laver son Prince & sa Patrie d’une pareille tache. ◀Narração geral ◀Nível 3

Lors que le Capitaine Sentry eut a-[53]chevé de lire sa Lettre, où il y avoit plusieurs autres circonstances qui aggravoient la cruauté de l’Armateur François, il se mit à raisonner sur la Grandeur d’ame & le Courage : il nous dit que c’étoient deux qualitez inséparables, & que le Courage, qui n’avoit aucun égard à la Justice ni à l’Humanité, n’étoit autre chose que la Férocité d’une Bête brute. Diálogo► « La véritable Bravoure, continua-t-il, est toûjours animée par la Raison, & un sentiment d’Honeur & d’Equité : au lieu que la fausse éclate dans un air éfronté, une impudence outrée & une disposition à choquer tout le monde. Celle-ci paroit dans tous les Petits Maîtres, qui infectent cette grande Ville, qui parlent fort haut dans les Assemblées, que la presence des Gens sages & vertueux n’intimide point, & qui sont, en un mot, insensibles à toutes les Bienséances de la Vie humaine. Un Impudent s’élevé au-dessus du Mérite accompagné de Modestie & d’une véritable Grandeur d’ame ; il paroit même spirituel & agréable aux yeux de la Populace ; pendant qu’on ne fait aucune atention à l’Homme d’un courage mâle, ou plûtôt qu’on le méprise. Il y a une certaine qualité propre à chaque chose ; & il me semble que ce que vous autres Savans apellez juste & sublime dans le Stile, par oposition à l’enflure du Discours, peut vous donner une idée de ce que j’entends, lors que je dis que la Mo-[54]destie est une marque certaine de la Bravoure, & que l’Impudence en est le Singe. Celui qui écrit d’une maniere solide, & qui ne s’échaufe jamais mal-à-propos, découvre la force d’un bon Genie ; de même, celui qui est égal & tranquille dans toute sa conduite, est soutenu par ce que nous pouvons appeler un véritable Courage. Oh, qu’il n’est pas si facile d’être un Homme de cœur, que la plûpart du monde, qui ne reflechit point, se l’imagine ! Il ne sufit pas d’être hardi & entreprenant. L’Armateur, dont nous venons de parler, avoit assez de hardiesse pour attaquer son Ennemi ; mais il manquoit de grandeur d’ame pour admirer cette même qualité dans la vigoreuse défense de l’Anglois. Son esprit bas & rampant n’étoit occupé que de la prise du Vaisseau qui lui échapa, & de la perte qu’il avoit essuïée lui-même : de sorte qu’il traita un honête Homme, qui défendit le sien contre ses attaques le mieux qu’il lui fut possible, de la même maniere qu’il en pouvoit user avec un Brigand qui l’auroit volé.

D’ailleurs, également déchu de son esperance, il n’eut pas le sens de voir qu’en pareil cas, un certain procedé étoit louable, & que l’autre étoit criminel. Dans le Combat, la Malice, la Rage, la Haine & la Vangeance déchirent le cœur des petits Esprits ; mais la Gloire, l’Honeur & la Clemence animent l’Homme [55] courageux. » ◀Diálogo Le Capitaine finit son Discours par un échantillon de sa Lecture, & nous cita un Auteur François, qui traite de la Valeur guerriere. Diálogo► « J’aime, dit-il, un Critique, qui joint les regles de la Vie civile avec ses Remarques sur les Ecrivains. Mon Auteur, continua-t-il, dans son1 Traité du Poëme Epique, compare la Valeur de Turnus avec celle d’Enée, & voici de quelle maniere il s’exprime là-dessus. ◀Diálogo Nível 3► Citação/Divisa► Exemplum► La Vaillance, dit-il, est le plus bel ornement du Caractere de Turnus, & l’on peut dire que c’est tout ce qu’il a de bon : Mais cette qualité dans Enée le céde à plusieurs autres, & principalement à la Piété. C’est donc la Piété qui doit éclater dans Enée, sa Valeur doit beaucoup moins paroître ; & la Valeur, au contraire, doit être fort illustre & fort éxistante dans la personne de Turnus. Aussi, aime-t-il autant la guerre, qu’Enée aime & recherche la paix. Tout ce que fait Turnus dans les combats, ou pour s’y disposer, est ordinairement fait avec dessein, avec plaisir, & avec des discours magnifiques, & beaucoup d’apareil & d’empressement. Enée agit ordinairement sans bruit & sans affection ; il parle peu ; & s’il entre en colere, c’est moins pour combattre, que parce qu’il est forcé de combattre, & de se défendre ; c’est [56] moins pour vaincre, que pour achever la guerre. Mais si l’éclat & les brillans font paroitre la Valeur de Turnus plus que celle d’Enée : les actions font voir qu’en effet & au fond la Valeur d’Enée l’emporte infinement au-dessus de celle de Turnus  » ◀Exemplum ◀Citação/Divisa ◀Nível 3 ◀Narração geral

T. ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Par le P. Le Bossu. Voïez l’Edition de la Haye en 1714. page 395. On la trouve aussi chez D. Mortier.