Zitiervorschlag: Pierre Carlet de Marivaux (Hrsg.): "Avis de l’Imprimeur au Lecteur", in: Le Spectateur français (Marivaux), Vol.1\000 (1752), S. NaN-III, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1240 [aufgerufen am: ].


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Avis de l’Imprimeur au Lecteur :

Ebene 2► Metatextualität► Les Ouvrages de Monsieur de Marivaux portent presque tous l’empreinte d’une pénétration peu commune ; personne n’a fait plus subtilement que lui l’analyse des mouvemens du cœur : il en connoît les ressorts les plus déliés, il a la vûe si perçante, pour découvrir les objets moraux, qu’un Lecteur est étonné d’appercevoir ce que souvent il n’auroit pas vû sans lui : ces sortes de découvertes ont exigé de sa part un style convenable à ce qu’il appercevoit : C’est ce style particulier, & le seul qui convenoit à la chose, qui l’a fait regarder comme un Auteur singulier dans ses expressions ; on n’a pas [II] sçu sentir d’abord que la finesse de ses pensées ne pouvoit être rendue autrement ; on a mis sur le compte du style ce qui appartenoit à sa pénétration, & j’ose dire qu’alors on le condamna sans l’entendre. Depuis longtems les personnes judicieuses sont revenues à la vérité, & l’on sçait gré à M. de Marivaux d’avoir pû assujettir son style au genre des matieres qu’il traitoit. Il sera chez la postérité un Auteur singulier, qu’on lira avec plaisir & utilité, mais qu’il seroit dangereux de vouloir prendre pour modele : on voit chez les peintres des génies pittoresques qu’on ne tente point d’imiter sans risque d’être ridicule, bien loin de leur ressembler.

Entre les ouvrages de M. de Marivaux, le Spectateur doit être regardé comme la production d’un Philosophe agréable qui [III] connoit le monde & qui sçait donner à la vertu cet air d’agrément qui la fait aimer, & au vice les couleurs qui effarouchent la probité. Ceux qui le connoissent déja n’ont pas besoin d’un plus long détail, & nous invitons les autres à le lire avec l’attention qu’il mérite, leur goût & leur discernement en garantiront l’apologie.

On promet dans le courant de cet ouvrage de rendre compte de l’Indigent Philosophe. Il est certainement de M de Marivaux, .quoiqu’il ne l’avoue point, n’ayant pas voulu le continuer, & ne l’ayant fait qu’au hasard, laissant une liberté entiere à son imagination. Pour ce qui est des piéces détachées elles ont été prises dans différens Mercures, & y ont été jointes, se trouvant écrites dans le même genre. ◀Metatextualität ◀Ebene 2 ◀Ebene 1