Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "LX. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.3\060 (1716), pp. 377-383, edito in: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1214 [consultato il: ].


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LX. Discours

Citazione/Motto► Nec veneris pharetris macer est, aut lampade servet :
Inde faces ardent, veniunt à dote sagittæ.

Juv. Sat. vi. 138.

Ce n’est ni Venus, ni Cupidon, qui allument la passion qu’il a pour elle ; il en a reçû une grosse dot ; ce sont là les beaux feux qui le consument ; voilà les fléches qui le blessent. ◀Citazione/Motto

Metatestualità► Lettre sur les Questeurs & les Ravisseurs de nos riches Héritiers. ◀Metatestualità

Livello 2► Livello 3► Lettera/Lettera al direttore► Mr. le Spectateur,

« Metatestualità► Je m’étonne qu’entre tous les differens Caracteres, dont vous avez embelli vos Discours, , <sic> vous ne nous ayez pas donné jusques ici le Portrait de ces jeunes Audacieux qui fourmillent dans cette Ville, & qu’on nomme d’ordinaire Voleurs de bons Partis. ◀Metatestualità Il faut que vous sachiez, Monsieur, que je suis du nombre de ceux qui vivent dans une crainte continuelle, à cause de cette sorte de Gens, qui sont jour & nuit aux aguêts, pour surprendre nos jeunes Filles, & qu’on peut regarder comme une espece de ces Voleurs, qui enlevent les Enfans pour les envoyer aux Indes, & que nos Loix condamnent. J’ai une Fille unique, [378] qui doit hériter de tout mon Bien : elle me paroît déja nubile, & il y en a plus de six ans qu’elle se trouve en état de penser à un Mari, quoi qu’elle ne soit que dans la dix-huitiéme année de son âge. Nos Quêteurs de bons Partis ont si bien jetté les yeux sur elle, qu’ils cherchent à se camper vis-à-vis de sa place, dans toutes les Assemblées publiques où elle se trouve. J’y ai surpris moi-même un jeune Fat, qui se donne des airs avec des Gands à frange d’argent. Aussi l’ai je tenue enfermée comme une Prisonniere d’Etat depuis l’âge de treize ans. Les fenêtres de sa Chambre sont garnies de grosses barres de fer ; elle ne peut sortir de la Maison qu’avec sa Garde, qui est une de mes Parentes d’un sens fort rassis ; il y a d’ailleurs une année entiere que je lui ai défendu tout usage d’Encre ou de Plume, & qu’on ne doit porter dans sa Chambre aucune Boëte de Carton, qu’après qu’on l’a bien visitée. Malgré toutes ces précautions, je ne sai plus que devenir, de peur qu’on ne me joue tout d’un coup quelque mauvais tour. Il y a deux ou trois nuits qu’on entendit dans la Rue quelques Violons, qui semblent ne me présager rien de bon ; pour ne rien dire d’un grand Irlandois, qui s’est promené plus d’une fois cet Hyver dernier, devant mon Logis. D’un autre côté, ma Parente m’avertit que ma Fille lui a parlé deux ou trois fois d’un Gentil-[379]homme à Perruque blonde, & qu’elle est plus en train que jamais d’aller à l’Eglise. Il y a une semaine ou environ qu’elle nous échapa ; ce qui nous mit tous en allarme. Je la fis d’abord poursuivre à cors & à cri ; j’envoyai à la 1 Bourse, chez sa Tailleuse, & chez les jeunes Demoiselles qui la visitent ; mais on l’avoit cherchée inutilement plus d’une heure, lors qu’elle revint d’elle-même, après avoir fait une promenade le long du Rivier de Rosamond, à ce qu’elle me dit. J’ai congédié là-dessus sa Femme de Chambre, doublé ses Gardes, & donné de nouvelles instructions à ma Parente, qui, pour lui rendre justice, observe de près tous ses mouvemens. Cela me cause une inquiétude qui ne m’abandonne jamais, & qui me tient souvent éveillé lorsque ma Fille dort ; quoique je craigne qu’à son tour elle ne soit à deux de jeu avec moi. Enfin, Monsieur, je souhaiterois qu’il vous plût de representer à ces jeunes Quêteurs, qui cherchent ainsi à faire fortune par des voies indirectes, que l’enlevement d’une Fille, à cause de son Bien, n’est qu’une espece de Vol toleré ; & que c’est assez mal dédommager le Pere, que de s’aller mettre au Lit avec elle. Ne tardez pas, s’il vous plaît, à me donner vos avis là-dessus, afin qu’ils paroissent, s’il est possi-[380]ble, avant qu’on congédie les Troupes. Je suis, &c. »

Tim. Bellegards. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 3

Citazione/Motto► Thémistocle, ce fameux Général Athenien, interrogé lequel des deux il aimeroit mieux, ou de donner sa Fille à un Homme de mérite qui n’auroit pas de Bien, ou de la donner à un Homme riche qui n’auroit point de mérite, répondit, Qu’il préféreroit un Homme sans Bien à un Bien sans Homme. ◀Citazione/Motto Le pis est que nos Quêteurs de bons Partis tournent leurs vues de ce côté-là, parce qu’ils sont incapables de toute autre chose. Si un jeune Etudiant en Droit n’y fait aucun progrès, & qu’il soit rebuté de 2 Cook & de Littleton, il se munit d’une Echelle de corde, & par ce moyen, de concert avec sa Maitresse, il fait souvent ses aproches de nuit à l’insçu de tout le monde.

Le même Art d’escalader les Places a été pratiqué, avec beaucoup de succès, par divers Ingénieurs. Les Strastagêmes de cette nature rendent le Savoir & les plus beaux Talens superflus, & abregent le chemin qui conduit aux Richesses.

L’orgueil n’a pas moins de part que l’Oisiveté à cette recherche mercenaire. Un Fat, qui se contemple dans un Miroir, est charmé de sa Personne ; là-dessus il prend la résolution de s’en servir à faire sa fortune, & [381] il ne doute pas que toutes les Dames, qu’il trouvera dans son chemin, ne lui rendent aussi bonne justice qu’il se l’est rendue lui même. Lors qu’une Héritiere voit un Homme qui accompagne son coup d’œil de grâces artificielles, & qui parle si haut, qu’elle peut l’entendre, elle doit être bien sur ses gardes ; mais si elle remarque qu’il ait des talons rouges aux souliers, une mouche sur le visage, ou quelque autre singularité dans la maniere dont il est mis, elle ne sauroit trop redoubler ses précautions. Ce sont-là des amorces, dont on ne doit pas se jouer, des charmes qui ont fait de terribles executions, & qui ont gagné des Cœurs qu’on croyoit imprenables. Le pouvoir d’un Homme doué de ces beaux talens est si bien connu, qu’il y a plusieurs Entrepreneuses autour de la Bourse, à ce que j’ai oui dire de bonne part, qui, à l’arrivée d’un Homme assez bien tourné sorti d’un Royaume voisin, lui fourniront un Habit propre à leurs frais & dépens, à condition qu’il leur en payera le double de ce qu’il vaut le jour de son Mariage.

Cependant il y a quelque difference entre les Quêteurs & les Ravisseurs de bons Partis. Les premiers sont ces Galans assidus, qui employent toute leur vie à courir après le Gibier, & qui ne l’atrapent jamais. 3 Suffenus, pour tâcher de plaire aux Dames, s’a-[382]muse, depuis trente ans, à bien peigner & poudrer sa Perruque, & se poste vis-à-vis d’elles dans une Loge à la Comédie, jusqu’à ce que les rides sont venues le défigurer sous leurs yeux. II tend aujourd’hui les mêmes piéges à nos Beautez, qu’il mettoit autrefois en usage à l’égard de leurs Meres. Cottilus après avoir fait sa Cour à plus de Maitresses qu’il n’en paroît dans la Balade de 4 Mr. Cowley, se déclara enfin pour une de nos Citoyennes riche de vingt mille Livres Sterlin ; mais il mourut de vieillesse, avant qu’il pût en venir â une conclusion. Je ne dois pas oublier ici mon illustre Ami Honeycomb, qui nous a dit bien des fois en pleine Coterie, que, durant vingt années de suite, d’abord qu’un Gentilhomme de sa Province étoit mort sans Enfans, à l’ouie de cette nouvelle, il avoit pris ses bottes, & monté à Cheval, il étoit allé offrir ses services à la Veuve. Lors qu’on le raille sur les mauvais succès qu’il y eut, il répond avec sa gayeté ordinaire, qu’il n’en trouva pas une seule qui ne fût engagée d’avance.

Il est certain que les Veuves sont le véritable Gibier de nos Quêteurs de bons Partis. A peine y a-t-il, dans la Ville, un jeune Homme haut de six pieds, qui n’ait passé en revue devant l’une ou l’autre de nos riches Veuves. Le Cupidon de 5 Hudibras, qui [383]

Citazione/Motto► Planta le piquet sur la Terre
Qu’une Veuve avoit pour Douaire, ◀Citazione/Motto

s’occupe tous les jours à lancer des Dards & à blesser des Cœurs. Mon <sic> on doit avouer que les Veuves ont tant de subtilité, qu’on peut les abandonner à leur propre conduite ; & si elles s’engagent dans quelque fausse démarche, elles n’en sont responsables qu’à elles mêmes. Les jeunes Créatures innocentes, qui n’ont aucune expérience du monde, sont celles sur tout que je voudrois mettre à l’abri du danger. La surprise d’une de celles-ci mériteroit, sélon moi, d’être punie comme un Rapt. Lorsque le jugement n’est pas formé, il n’y a point de choix ; & je ne saurois concevoir pourquoi l’acte de séduire une Fille, qui n’a pas atteint l’âge de discrétion, seroit moins criminel que celui de la duper avant qu’elle ait dix ans.

L. ◀Livello 2 ◀Livello 1

1Il y a plusieurs Boutiques, où l’on vend des Galanteries, comme au Palais Royal à Paris.

2Voyez la Note qui est au bas de la page 10. Tome i.

3C’est le nom d’un méchant Poëte, grand Parleur, qui vivoit du tems de Catulle.

4Voyez Tome i. p. 186. &c.

5Voyez ce qui est dit de ce Poëme dans le Journal Litéraire de la Haye, Tom. ix. Part. i. p. 165.