Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "LVIII. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.3\058 (1716), S. 362-369, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1212 [consultado em: ].


Nível 1►

LVIII. Discours

Citação/Divisa► Quæ forma, ut se tibi semper
Imputet ?

Juv. Sat. vi. 178.

Dans le fond, quand une Femme vous reproche incessamment qu’elle est belle, quelle estime faire de sa beauté ? ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Lettre d’une jeune Demoiselle, qui se plaint d’avoir perdu sa Beauté par un effet [363] de la Petite Verole. ◀Metatextualidade

Nível 2► Nível 3► Carta/Carta ao editor► Mr. le Spectateur,

« Je vous écris pour vous entretenir d’un Malheur qui est assez ordinaire, & qui mérite ainsi quelque consolation de votre part. Il n’y a pas plus de six mois que j’avois autant de beauté & d’Amans qu’aucune jeune Demoiselle de la Grande Bretagne. Mais tous ceux qui m’admiroient autrefois m’ont abandonnée, & je ne saurois me plaindre de leur retraite. J’ai eu la petite Verole, & mon Visage, [363] qui étoit le séjour des Graces & des Ris, comme ils s’exprimoient eux-mêmes dans leurs Lettres Amoureuses, est aujourd’hui tout défiguré, & fait presque horreur. J’en ai une tristesse qui m’accable jusques au fond de l’ame ; & quoique je n’eusse pas, à ce qu’il me semble, une trop haute opinion de ma beauté lorsque je la possedois, je l’estime davantage après l’avoir perdue. Il y a une circonstance fort singuliere à mon égard ; le plus laid de tous mes Prétendans est celui que j’ai favorisé & que j’aime le plus, quoi qu’il me traite aujourd’hui d’une maniere indigne. Si vous pouviez l’engager à aimer une Personne qui n’est plus aimable, & à reconnoître ainsi qu’il m’a quelque obligation. Mais je crains qu’il ne soit impossible d’amener la Passion à suivre les loix de la Raison & de la Gratitude. D’ailleurs consolez de votre mieux celle qui a survécu, pour ainsi dire, à elle-même, & qui ne sait point comment elle doit agir dans son nouvel état. Mes anciens Amans sont aux piez de mes Rivales, qui me plaignent tous les jours ; & je ne saurois goûter aucun plaisir à me voir ce que je suis, par le souvenir cuisant de ce que j’ai été. Considerez que je ne suis pas morte de vieillesse, mais que j’ai été enlevée à la fleur de mon âge, & que, suivant le cours de la Nature, je puis bien vivre quarante années de plus. Il n’y a rien de [364] tout ce qui me reste qui me puisse faire quelque plaisir, que l’honneur d’être, &c. »

1 Parthenisse. ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

Après que Loüis xiv. eut perdu la Bataille de Ramelies, tous les Discours qu’on lui adressoit rouloient sur la force de son Esprit, & trouvoient sa gloire dans ses propres malheurs ; en ce qu’au milieu de la Prosperité, il n’auroit jamais pu donner des marques de sa constance héroïque dans les Disgraces, & qu’ainsi nous aurions ignoré les plus beaux traits de son Caractere. L’état où Parthenisse est réduite lui fournit la même occasion, & il n’est pas moins difficile à une Beauté de résigner ses Conquêtes, qu’à un Héros d’abandonner les siennes. Pour commencer donc un nouveau genre de vie, tout different du premier, il faut qu’elle brûle toutes les Lettres de ses Amans ; ou, puis qu’elle est assez généreuse pour ne pas les taxer d’infidélité, elle devroit leur renvoyer ces Lettres, avec cette honnête lnscription sur le Paquet de chacun, Articles d’un Traité de Mariage que la petite Verole a rompus. Je n’ai vû qu’un seul Exemple du contraire en pareil cas : la Dame, qui étoit spirituelle, n’écrivit à son Amant que ces deux lignes : [365]

Nível 3► Citação/Divisa► Monsieur,

« Si vous me flattiez avant que cette cruelle Maladie m’eût attaquée, je vous vous <sic> prie de me venir voir : mais si votre Amour étoit sincere, n’aprochez pas de moi ; je ne suis plus la même. »

Corinne. ◀Citação/Divisa ◀Nível 3

L’Amant trouva quelque chose de si vif & de si noble dans cette démarche, qu’il lui répondit en ces termes :

Nível 3► Citação/Divisa► Madame,

« Puisque vous n’êtes plus la même Personne, je ne suis pas obligé de vous dire si je vous flattois ou non ; mais à coup sûr je ne vous flatterai point en vous disant que je vous estime aujourd’hui plus qu’aucune autre de votre Sexe. Je croi même que vous compatirez à tout ce qui pourra m’arriver dans la suite, lorsque nous deux ne serons qu’un, aussi bien que vous avez soûtenu votre derniere disgrace. Je suis donc prêt à m’unir avec un tel Esprit que le vôtre aussi-tôt qu’il vous plaira. »

Amilcar. ◀Citação/Divisa ◀Nível 3

Si Parthenisse peut gouverner aujourd’hui ses passions, & avoir sa Beauté aussi peu en [366] tête qu’elle auroit dû l’avoir lors qu’elle en jouissoit, ses charmes n’auront pas fort diminué ; & si elle étoit ci-devant trop prévenue en leur faveur, une conduite plus aisée à l’avenir la dédommagera avec usure de leur perte. Examinez en gros tout le Sexe, & vous trouverez que celles qui ont le plus d’empire sur l’esprit des Hommes, ne sont pas les plus remarquables pour leur Beauté : il arrive même souvent que celles qui s’en font le plus aimer, paroissent à ceux qui ne les connoissent pas les moins propres à gagner les cœurs. Le plus tendre des Amans, qui me soit connu, me dit un jour, dans une Assemblée de Dames qui étoient à un Concert de Musique, Vous m’avez souvent entendu parler de ma chere Maitresse ; cette Demoiselle, ajoûta-t-il en souriant, après qu’il eut fixé mes yeux sur une de la troupe, est son véritable Portrait. J’ose dire avec tout cela qu’elle me parut la moins belle de toute la Compagnie ; mais sur ce qu’il avoit mis ma curiosité en jeu, il me fut impossible d’en détourner la vue. Ses yeux rencontrerent enfin les miens, & surprise d’abord de se voir envisagée, elle chercha, dans tout son voisinage, la Beauté qui pouvoit fixer mes regards. Ce petit mouvement servit à m’expliquer l’énigme : Elle ne se croyoit pas un Objet propre à donner de l’Amour, & c’étoit pour cela même qu’elle en inspiroit. L’Amant, dont je parle, est un très-honnête Homme sans façon ; & ce qui le charmoit [367] dans sa Maitresse, devenue aujourd’hui son Epouse, vient de cette humeur égale & obligeante qui la fait partager avec lui tous les soins & les plaisirs de la Vie, de ce qu’elle n’est pas occupée de son mérite, & qu’elle ne pense qu’à chercher les occasions de lui plaire.

Je puis dire à Parthenisse, pour sa consolation, que les Beautez en général sont les plus impertinentes & les plus désagréables de toutes les Femmes. L’envie de se faire admirer, l’entêtement de leur mérite & des airs précieux ne les abandonnent presque jamais. Tout ce que vous en pouvez obtenir n’est dû qu’à vos instances réïtérées ; mais après l’avoir goûté, vous le trouvez indigne de vos soins, & vous en revenez comme d’un Songe. Vous avez honte d’avoir été séduit par les égaremens d’une Imagination échauffée ; & vous sentez bien, pour peu que vous y réfléchissiez, que la Beauté seule ne mérite pas une grande admiration.

Les Filles d’une humeur enjouée, qui n’ont jamais cru pouvoir rendre un Homme malheureux, sont les plus propres à faire notre Bonheur. Retrato alheio► Je connois la jeune Lydie, qui peut danser une Gigue & feuilleter de la pâte, qui écrit joliment, qui sait tenir un Livre de Comptes, donner une réponse raisonnable, & obéïr aux ordres qui lui viennent de bon lieu ; pendant que Mademoiselle Marthe, sa Sœur aînée, est toûjours plaintive, sujette au mal de Ra-[368]te, & qu’à l’exemple des Dames de la plus haute qualité, elle est industrieuse à trouver de nouvelles manieres de se tourmenter & de chagriner les autres. Cette difference vient sans doute de ce que la pauvre Lydie est persuadée qu’elle n’a pas cet air négligé qui sied si bien ; ce je ne sai quoi qu’on trouve si agréable ; & que si elle dit une sottise, il n’y aura personne qui s’écrie, Voilà qui est beau ! Je ne sai ce que c’est ; mais tout ce qu’elle dit a des charmes. *FP

Interrogez les Maris qui ont de ces grandes Beautez en partage, & ils vous diront qu’ils haïssent leurs Femmes neuf heures du jour qu’ils demeurent ensemble. Leur conduite est si précieuse, qu’on les croiroit embarassées de leurs charmes dans tout ce qu’elles disent ou qu’elles font. Elles prient Dieu en public avec ces mêmes airs de Beautez, qu’elles se donnent en particulier. Retrato alheio► Demandez à Bellinde, une de ces grandes Beautez, quelle heure il est, & vous la verrez en doute, si elle doit vous répondre. ◀Retrato alheio En un mot, au lieu de consoler Parthenisse, il me semble que je devrois plûtôt la féliciter de sa Métamorphose ; & quoi qu’elle s’imagine de n’avoir jamais été fort enorgueillie de ses charmes, le regret, qu’elle témoigne de leur perte, insinue le contraire. Plus on se croit indigne de la faveur de quelqu’un, plus on tâche de lui être agréable, & plus on se flatte de l’obtenir, plus on manque de succès. La bonté du Cœur supléera toûjours à l’absence de la [369] Beauté ; mais la Beauté ne supléera pas long-tems au défaut du bon Naturel.

T. ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Ce mot est formé d’un mot Grec, qui signifie une Vierge.