Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "LV. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.3\055 (1716), S. 339-345, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1209 [consultado em: ].


Nível 1►

LV. Discours

Citação/Divisa► Possent ut juvenes visere fervidi,
Multo non sine risu,
Dilapsam in cineres facem.

Hor. L. iv. Ode xiii. 26.

Spectacle fort divertissant pour nos jeunes Fous, de voir ce Flambeau, qui menaçoit de consumer tout, enfin réduit en cendre. ◀Citação/Divisa

Metatextualidade► Des Hommes & des Femmes, [340] qui se conduisent dans un âge avancé, comme dans leur jeunesse. ◀Metatextualidade

Nível 2► Si les moindres talens du Corps ou de l’Esprit nous ont quelquefois attiré des éloges, nous en sommes si charmez, que nous nous flattons de les posseder toûjours, [340] & qu’il ne sera pas au pouvoir de la Vieillesse de nous les ravir. Nous n’abandonnons jamais la route qui nous a fait obtenir les aplaudissemens des autres. De là vient qu’un Auteur continue d’écrire, quoi qu’il radote déja, que sa mémoire soit affoiblie, & qu’il n’ait plus ce feu & cette vivacité, qui l’animoit autrefois. La même sottise empêche un Homme d’observer les bienséances de son âge, & fait que Clodius, qui étoit un beau Danseur à l’âge de vingt-cinq ans, aime encore à danser un Menuet, quoi qu’il chancelle & qu’il ait soixante ans passez. En un mot, c’est ce qui remplit la Ville de vieux Damoiseaux & des Coquettes surannées.

Retrato alheio► Canidie, qui est une Dame de cet ordre, passa hier auprès de moi en Carrosse. C’étoit une fiere Beauté du dernier siécle, suivie d’une foule d’Adorateurs, qu’elle n’entretenoit que pour avoir le plaisir de les tyranniser. Ce fut alors qu’elle contracta ce coup d’œil impérieux, & ce sourcil menaçant, dont elle n’a pu se défaire jusques ici ; en sorte qu’elle a toute l’insolence d’une grande Beauté, sans aucun de ses charmes. Si elle attire aujourd’hui les yeux de quelques Passagers, ce n’est que par son ridicule extraordinaire ; les Dames rient de son affectation, & les Hommes, qui prennent toûjours un plaisir malin à voir une Beauté impérieuse humble & négligée, la regardent du même œil qu’un Peuple libre voit la disgrace d’un Tyran. [341] ◀Retrato alheio

Mr. Honeycomb, grand admirateur des Galanteries qui étoient à la mode sous le régne de Charles ii. me communiqua l’autre jour une Lettre, qu’un bel Esprit de ce tems-là écrivoit à sa Maitresse, qui me paroît avoir été de l’humeur de Canidie ; & quoique je ne sois pas toûjours du goût de cet Ami, je trouvai cette Lettre si bien tournée, que j’en fis d’abord une Copie, que je vais donner ici au Public.

Metatextualidade► Lettre à Cloé sur la Beauté qui se flétrit. ◀Metatextualidade

Nível 3► Carta/Carta ao editor► Madame,

« Puisque les Discours, que je vous ai adressez tout éveillé, n’ont pû rien obtenir de vous, en ma faveur, j’ai résolu d’essayer si mes Rêves auront un meilleur effet. Dans cette vue je vous rendrai compte d’un Rêve fort étrange que j’eus la nuit derniere, peu d’heures après vous avoir quittée.

Nível 4► Traum► Il me sembla donc que je fus transporté dans une grande Vallée, qu’une Riviere de la plus belle eau du monde partageoit en deux, & qu’on ne pouvoit rien voir de si charmant que cette aimable Solitude. Le terrain s’élevoit insensiblement de l’un & de l’autre côté, & paroissoit couvert d’une infinie variété de Fleurs, dont les images renvoyées par l’eau redoubloient les charmes de ce Lieu, ou plûtôt formoient une autre Décoration aussi vive que la [342] réelle. Sur l’un & l’autre bord de la Riviere, il y avoit une file d’Arbres de haute futaye, dont les branches étoient presque aussi chargées d’Oiseaux que de feuilles, c’est à-dire, qu’on entendoit de toutes parts une symphonie mélodieuse.

Je n’avois fait que peu de chemin dans cet agréable séjour, lorsque je m’aperçus qu’il étoit borné par un Temple d’une Architecture antique, mais avec tout cela fort régulier, & d’une grande magnificence. On voyoit sur le haut du frontispice la Figure de Saturne, dans le même équipage que les Poëtes ont accoûtumé de nous dépeindre le Tems.

A mesure que j’avançois pour l’observer de plus près, & satisfaire ma curiosité, je fus retenu par un Objet infiniment plus beau qu’aucun de ceux qui m’avoient frappé jusques-là. Je ne doute pas, Madame, que vous ne conjecturiez d’abord que ce ne pouvoit être que vous-même. En effet, c’étoit vous que je vis endormie sur les Fleurs qui bordoient la Riviere, en sorte que vos bras étendus avec négligence touchoient presque l’eau. Si le sommeil, qui vous fermoit les yeux, me priva du plaisir de les voir, il me fournit l’occasion de remarquer plusieurs de vos charmes, qui disparoissent lorsque vous êtes éveillée. Je ne pûs qu’admirer la tran-[343]quillité du repos dont vous jouissiez, eu égard sur tout à l’inquiétude que vous causez à tant d’autres.

Pendant que ces réfléxions m’occupoient tout entier, les Portes du Temple s’ouvrirent avec grand bruit ; & tournant les yeux de ce côté-là, je vis deux Personnages, sous la Figure Humaine, qui entroient dans la Vallée. Après les avoir un peu considerez, je trouvai que c’étoient la Jeunesse & l’Amour. La premiere environnée d’un Cercle lumineux, dont la couleur étoit d’une espece de pourpre, remplit tout ce Lieu de son éclat, & l’autre tenoit un Flambeau à la main. Ils s’avancerent vers nous, & j’observai qu’à leur aproche les Fleurs paroissoient d’une couleur plus vive, que les Arbres se revêtoient de nouvelles fleurs, que les mâles & les fémelles des Oiseaux se joignoient ensemble, & qu’ils les régaloient de leurs sons harmonieux : en un mot, toute la face de la Nature brilloit d’un nouvel éclat. Ces deux Personnages ne furent pas plûtôt arrivez à l’endroit où nous étions, qu’ils s’affirent auprès de vous, l’un à droite & l’autre à gauche. Il me sembla pour lors que votre teint devenoit plus fleuri, & que de nouveaux charmes se répandoient sur toute votre Personne. Vous me parûtes même quelque chose de plus qu’une Créature Humaine ; [344] mais je fus bien surpris de voir que, malgré les doux efforts que ces deux Divinitez faisoient pour vous éveiller, vous demeurâtes toûjours profondément assoupie.

Bien-tôt après la Jeunesse déploya deux aîles, dont je ne m’étois pas apperçu, & s’envola d’abord. L’Amour, qui resta seul, ne discontinua pas de vous tenir son Flambeau devant le visage, & vous me parûtes toûjours aussi belle que jamais. L’éclat de la lumiere, qui donnoit sur vos yeux, vous éveilla enfin ; mais au lieu de reconnoître la faveur de la Divinité, je vis avec étonnement que vous fronçâtes le sourcil contre elle ; & qu’après lui avoir arraché le Flambeau de la main, vous le plongeâtes dans la Riviere. Dès que ce petit Dieu vous eut regardée d’un œil mêlé de compassion & de chagrin, il prit l’essor. Aussi-tôt un air sombre & mélancolique se répandit de tous cotez. Je vis ensuite un Spectre affreux, qui entroit par un des bouts de la Vallée. Il avoit les yeux enfoncez dans la tête, le visage pâle & flétri, & la peau couverte de rides. A mesure qu’il marchoit le long de la Riviere, l’eau se glaçoit, les Fleurs se fanoient, les Arbres perdoient leur verdure, & les Oiseaux perchez sur leurs branches tomboient morts à ses pieds. Je reconnus à ces marques lugubres que [345] c’étoit la Vieillesse. A son aproche vous fûtes saisie d’horreur & d’effroi. Vous eûtes beau lui vouloir échaper, le Phantôme vous prit entre ses bras, & je vous laisse à deviner le changement qu’il causa dans toute votre Personne. Pour ce qui me regarde, quoique je ne sois que trop plein de sa terrible idée, je n’oserois vous le dépeindre au naturel, de crainte de vous choquer : mais je me sentis si ému à la vue de ce funeste Objet, que le sommeil m’abandonna tout d’un coup, & que j’eus le loisir d’examiner ce Rêve, qui me paroît trop extraordinaire pour n’avoir pas quelque signification. Je suis avec toute l’ardeur possible, &c. » ◀Traum ◀Nível 4 ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 3

X. ◀Nível 2 ◀Nível 1