Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "LIV. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.1\054 (1716), pp. 351-357, edito in: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1135 [consultato il: ].


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LIV. Discours

Citazione/Motto► Saltare elegantiùs, quàm necesse est probæ.

Sal. Bell. Catil. §. 25.

C’est-à-dire, Sempronia dansoit beaucoup mieux qu’il ne faloit pour une Femme sage & modeste. ◀Citazione/Motto

Livello 2► Livello 3► Racconto generale► Lucien dans un de ses Dialogues, introduit un Philosophe, qui gronde un de ses Amis, de ce qu’il aimoit la Danse, [352] & qu’il frequentoit les Bals. Celui-ci, pour justifier son Divertissement favori, allégue d’abord qu’il fut inventé par la Déesse Rhée, & qu’il sauva Jupiter de la cruauté de son Pere Saturne. Il montre ensuite, que les plus grands Hommes de tous les Siecles l’avoient approuvé ; qu’Homere appelle Merion un beau Danseur, & dit de lui, que sa bonne mine & la grande agilité qu’il avoit acquise par cet exercice, le distinguoient de tous les Cavaliers qui se trouvoient dans l’Armée des Grecs ou des Troïens.

Il ajoûte, que Pyrrhus se rendit plus célèbre par l’invention de la Danse qui porte son Nom, que par toutes ses autres actions ensemble : Que les Lacedemoniens, qui étoient les plus braves de tous les Grecs, encourageoient beaucoup ce Divertissement, & que leur Danse, appellée Hormus, (qui, pour le dire en passant, approchoit fort du Branle des François), étoit en vogue dans toute l’Asie : Qu’on voïoit encore quelques Statues Thessaliennes élevées à l’honneur de leurs plus habiles Danseurs : Et qu’il s’étonnoit que son Confrere le Philosophe se trouvât d’un avis opposé à celui de ces deux grands Genies, qu’il admirait tant, Homere & Hesiode ; dont le dernier joint la Valeur avec la danse, lorsqu’il dit, Que les Dieux avaient donné la bravoure aux uns, & la disposition pour danser à d’autres.

Enfin, il lui met devant les yeux l’exemple de Socrate, le plus sage de tous les Hom-[353]mes, à ce qu’Apollon en avoit décidé, qui non content d’admirer cet Exercice dans les autres, l’apprit lui-même lorsqu’il etoit déja vieux.

Le Philosophe Misanthrope, ébranlé par ces Autoritez, & quelques autres de la même nature, se range à l’opinion de son Ami, & souhaite qu’il le prenne avec lui la premiere fois qu’il iroit au Bal. ◀Racconto generale

Metatestualità► C’est ainsi que j’aime à me couvrir de l’exemple des grands Hommes. D’ailleurs, je ne croi pas qu’il soit indigne de mes Speculations d’inferer ici la Lettre suivante, qui m’est venue, si je ne me trompe, de quelque riche Artisan logé du côté de la Bourse. ◀Metatestualità

Livello 4► Lettera/Lettera al direttore► Monsieur,

Autoritratto► « Je suis un Homme avancé en âge, & qui, par une honnête industrie dans le Monde, ai gagné assez de bien pour donner à mes Enfans une bonne Education, que je n’avois pas eu moi-même. Ma Fille aînée, qui a seize ans, ◀Autoritratto est depuis quelque tems sous la conduite de Mr. Rigaudon, un de nos Maîtres de Danse ; & Livello 5► Racconto generale► hier au soir elle m’engagea, de concert avec sa Mere, d’aller à un de ses Bals. Je vous avoue, Monsieur, que je n’avois été de ma vie à un pareil Spectacle, & que je fus agréablement surpris d’y voir ce qu’on appelloit danser à la Françoise. Il y avoit quantité de jeunes [354] Messieurs & de jeunes Demoiselles, dont les Corps ne sembloient avoir d’autre mouvement, que celui que le Violon leur inspiroit. Après qu’on eut fini ces Gambades, l’on en vint aux Contredanses, où il y avoir aussi quelque chose qui ne déplaisoit pas, & diverses Figures Emplêmatiques, composées sans doute par d’habiles Gens, pour servir à l’instruction de la Jeunesse.

J’y en observai une, entr’autres, qu’on nomme, si je ne me trompe, la Chasse de l’Ecureuil, où le Monsieur donne chasse à 1a Demoiselle qui le fuit ; mais lorsqu’elle se tourne vers lui, il prend chasse lui-même, & la Demoiselle court après. Il me semble que la Moralité de cette Danse est fort propre à inculquer la Modestie & la Discretion au Sexe Feminin.

Mais comme les meilleurs Etablissemens sont sujets à se corrompre, je dois vous avertir, Monsieur, qu’il s’est glissé de terribles abus dans cet Exercice. Je tombai de mon haut de voir ma Fille, donner la main à ces jeunes Garçons, ou les prendre elle-même, avec tant de familiarité ; & je ne l’aurois jamais cruë capable d’en venir jusques-là. Ce n’est pas tout, ils s’émancipoient souvent à faire, une attitude la plus impudente & la plus lascive qu’on se puisse imaginer, qu’ils appelloient une Pause, & que je n’oserois vous décire, qu’en vous disant que [355] c’est le revers de ce que nous appellons Dos à Dos. Enfin un jeune Effronté dit aux Violons de jouër l’Air de Marion Pately, & après avoir fait deux ou trois cabrioles, il courut à son associée, la prit sous les bras, & la fit tourner en l’air d’une telle maniere, que moi, qui étoit assis sur un des Bancs les plus bas de la Chambre, je vis plus haut au-dessus du Soulier de la Demoiselle qu’il n’est à propos de vous le dire ici. Quoi qu’il en soit, choqué de toutes ces énormitez, & sur le point de voit piroueter ma Fille, j’y accourus, la pris par la main & la ramenai au Logis. ◀Racconto generale ◀Livello 5

Monsieur, je ne suis pas encore assez vieux pour avoir perdu l’Esprit. Je veux bien croire que ce Divertissement ne fut inventé d’abord que pour entretenir une bonne & honnête correspondance entre a, les jeunes Garçons & les jeunes Filles ; jusques là je n’y vois point de mal : mais je ne saurois approuver les excès qui s’y commetent. Vous en penserez tout ce qu’il vous plaira ; mais si vous aviez été à ce Bal, je suis très-persuadé que vous y auriez trouvé ample matiere à speculer. Je suis &c. » ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 4

Je crains que mon Correspondant n’eut que trop sujet d’être un peu fâché de la maniere indécente dont on traita sa Fille ; mais il l’auroit bien été davantage, s’il se fût trouvé à une de ces Danses aux baisers où mon Ami, Mr. Honeicomb, m’as-[356]sûre que les Hommes sont obligez de se tenir collez presque une minute sur la bouche de leurs Belles, ils veulent du moins suivre les Violons, & ne danser pas à contretems.

Malgré tout cela, je ne puis me resoudre à condamner absolument cet Exercice, & je croirois plutôt, avec Mr. Cowley, qu’il est bon de s’y attacher un peu, quand ce ne seroit que pour savoir porter son corps & saluer d’une maniere aisée & polie.

Racconto generale► Dès la première fois qu’on voit quelqu’un, on s’en forme de certaines idées, dont il n’est pas facile de revenir dans la suite : C’est pour cela même qu’on devroit se piquer d’avoir un abord, qui ne fût ni desagréable ni choquant, & de pouvoir entrer de bonne-grace dans une Chambre où il y a Compagnie.

Livello 4► Exemplum► Je pourrois ajoûter qu’une teinture médiocre des petites Regles de la Civilité donne quelque assûrance à un Homme, & le met en état de paroître sans se gêner en toute sorte de Compagnies. A faute de ceci, j’ai vû un Professeur Scientifique ne savoir de quelle maniere s’y prendre pour saluer une Dame, & un très habile Mathématicien en doute s’il devoir se tenir de bout ou demeurer assis pendant qu’un Seigneur buvoit à sa santé. ◀Exemplum ◀Livello 5

C’est ce que les Maîtres de Danse doivent enseigner ; quoique si vous n’y ajoûtez pas quelque autre chose de vous mê-[357]me, qui est absolument inconnuë à ces beaux Messieurs, il est à craindre que vous ne deveniez plutôt un Fat qu’un Homme poli.

Pour ce qui regarde les Contredanses, j’avoue que la grande familiarité qu’on y voit entre les deux Sexes, peut avoir quelquefois des suites très-dangereuses, & qu’il y a peu de Jeunes Demoiselles, donc le cœur soit assez insensible pour n’être pas attendri par les charmes de la Musique, la force des attitudes, & l’air d’un jeune Homme bien tourné qui frappe sans cesse leurs yeux, & leur donne des preuves convaincantes qu’il a un parfait usage de tous ses membres.

D’ailleurs, puisque cette Danse est de notre invention, & que nous y sommes tous plus ou moins stilez, je ne voudrois pas la bannir entierement ; mais je croirais plutôt que les autres la peuvent pratiquer sans aucun mal, aussi bien que moi-même qui m’y trouve souvent associé avec la Fille aînée de mon Hôtesse. ◀Racconto generale ◀Livello 3

X. ◀Livello 2 ◀Livello 1