Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "LIII. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.1\053 (1716), S. 346-351, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1134 [consultado em: ].


Nível 1►

LIII. Discours

Citação/Divisa► Motus doceri gaudet Ionicos
Matura Virgo, & fingitui artubus
Jam nunc & incestos amores
De tenero meditatur ungui.

Hor. L. III. Od. VI. 21,-24.

C’est-à-dire, Une Fille ne se sent pas plutôt en âge d’avoir un mari, qu’elle meurt d’envie d’aprendre les danses indécentes des Ioniens ; elle se donne la torture pour exprimer dans sa personne leurs postures immodestes ; & dès sa tendre jeunesse, elle a en tête des amours incestueux. ◀Citação/Divisa

Nível 2► Metatextualidade► Les deux Lettres que je vais inserer ici roulent sur un sujet de la dernière importance, quoiqu’elles soient écrites d’un Stilee qui ne paroît pas fort grave. ◀Metatextualidade

Nível 3► Nível 4► Carta/Carta ao editor► [347] Mr. le Spectateur,

« Je prens la liberté de vous demander vos bons avis en faveur d’une jeune Demoiselle de mes Parentes qui vient d’arriver ici de la Campagne, & dont l’Education est confiée à mes soins. Retrato alheio► Elle est fort jolie, mais aussi neuve que vous puissiez vous l’imaginer. Elle est dans le même état où la Nature l’a mise, à moitié formée & sans aucune Education. Lorsque je la regarde, son air me fait presque toujours souvenir de cette Belle Sauvage, 1 dont vous avez parlé dans un de vos Discours. Je vous prie donc, mon cher Monsieur, de m’aider à la rendre sensible aux graces de la Conversation, & à l’éloquence muette des manieres d’agir, qui lui sont tout-à-fait inconnues. Elle n’a que sa Langue pour s’exprimer, & dit toujours ce qu’elle pense. Elle n’emploie ses yeux qu’à voir, & n’a pas la moindre idée de leur langage. ◀Retrato alheio Il me semble que vous pourriez l’instruire en ceci mieux que toute autre Personne. Il y a deux Mois que j’exerce à soupirer quoiqu’elle n’en ait aucun sujet, & à sourir lors même qu’elle n’est pas de bonne humeur ; mais j’ai honte d’avouër qu’elle n’ya fait jusques ici que peu ou point de progrès. D’ail-[348]leurs, elle n’est pas mieux disposée à marcher aujourd’hui, qu’elle l’étoit à l’âge d’un an. Vous voïez bien que je yeux parler de cette maniere aisée & reguliere de se mouvoir, qui forme une espece de cadence, nous donne un air gracieux & dégagé, & semble être pour la démarche, ce que la récitation est à l’égard du Discours. Je ne saurois la blâmer de ce défaut, puisqu’elle n’a point d’oreille, & que sa marche ne tend qu’à changer de place. Je pourrois aussi l’excuser de ce qu’elle rougit en compagnie, si elle savoit alors prendre son parti, & si cet accident ne lui ravissoit la beauté de son teint.

J’ai ouï dire, Monsieur, que vous avez vû le Monde, & que vous êtes Juge expert en tout ce qui regarde la belle Education. C’est pour cela que je souhaite quelques-uns de vos avis, en faveur de ma jeune Parente ; & si vous nous accordez cette grace, je pourrai bien vous consulter lorsqu’il s’agira de lui donner un Mari ; mais je ne vous cacherai pas que sa bonne Mine & son Education doivent faire toute sa Dot. Je suis, &c. »

Celimene ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 4

Nível 4► Carta/Carta ao editor► Monsieurs,

Metatextualidade► « Puisque Celiméne m’emploie à cacheter sa Lettre & à vous l’envoïer, j’ose bien vous prier de vouloir, reflechir sur le Cas, dont elle vous parle ; d’autant plus que nos idées paroissent un peu différentes sur cet article. ◀Metatextualidade Pour moi, qui suis un Homme grossier, je crains que cette jeune Fille ne risque beaucoup d’être gâtée : Aïez donc la bonté, mon cher Monsieur, de nous dire quelle opinion vous avez de cette jolie chose, qu’on nomme belle Education ; du moins j’appréhende qu’elle ne differe trop de cette chose toute simple qu’on appelle bonne Education. Je suis &c. » ◀Carta/Carta ao editor ◀Nível 4 ◀Nível 3

La faute où l’on tombe ici en général sur le chapitre de l’Education, est, Qu’on a grand soin de l’exterieur des Filles & qu’on néglige leur Esprit ; au lieu qu’on est si attentif à cultiver l’Esprit des Garcons, qu’on néglige tout-à-fait leur Corps. De-là vient qu’une jeune Demoiselle sera l’admiration de toutes les Assemblées, où elle se trouve ; pendant que son Frere aîné craint de se produire en Compagnie. De là vient aussi qu’un Homme a déja passé la moitié de sa vie avant qu’il soit connu dans le Monde, & qu’une Femme n’est plus à la Mode ni recherchée à la fleur de son âge. Metatextualidade► Ce Discours ne roulera que sur les Filles, & je reserverai les Garçons pour une autre occasion, d’autant plus que les Dames se plaignent de mon silence à leur égard. ◀Metatextualidade Presque aussitôt qu’une Fille est sevrée avant qu’elle soit capable de se former aucune idée de la moindre chose elle est mise, avec un Collier de fer autour du [350] coû, entre les mains d’un Maître de Danse, qui lui enseigne une gravité ridicule, la force à porter la tête d’une certaine maniere, à se gonfler le sein, & à se mouvoir tout d’une piece, & la menace qu’elle n’aura jamais un Mari, supposé qu’elle marche, regarde, ou se meuve de travers. Tout ceci met l’esprit de cette jeune Fille à la torture, pour découvrir ce qui doit se passer entre elle & ce Mari, dont on lui parle tant, & pour lequel il semble qu’on élevé. Là-dessus, son Imagination est engagée à tourner tous ses efforts du côté des Ornemens exterieurs, puisqu’ils doivent décider de sa bonne ou de sa mauvaise Fortune dans ce Monde : Elle se flatte même, que si elle peut avoir une taille fine & avantageuse, elle est assez propre pour tout ce à quoi son Education lui fait croire qu’elle est destinée. L’unique but de les Parens est de la rendre une Personne agréable, toute leur dépense, tous leurs soins se terminent là : & c’est à cette Folie presque universelle des Peres & des Mères que nous devons la nombreuse Engeance de nos Coquettes. D’ailleurs, ces reflexions me causent de l’embarras, lorsque je pense à donner mes avis sur la conduite qu’il faut tenir à l’égard de cette jeune Eveillée, dont il s’agit dans les deux Lettres qu’on vient de lire. Mais il y a sans doute un milieu à prendre ; on ne doit pas négliger l’air & la tournure de sa Personne, mais on doit surtout avoir soin de lui [351] cultiver l’Esprit. Suivant qu’on donne la préférence à l’un ou à l’autre, vous voiez que l’Esprit est entraîné par les cupiditez du Corps ou que le corps exprime les Vertus de l’Esprit.

Cléomire danse avec toute la bonne grâce qu’il est possible d’avoir, mais la pureté de ses pensées anime ses yeux d’un air si chaste, que les Spectateurs l’aiment & l’admirent, sans qu’elle excite aucun mauvais desir, ni la moindre esperance frivole, dans les Imaginations les plus dereglées. Le véritable secret en cette Occasion est de travailler en même tems à perfectionner l’Esprit & le Corps ; & de faire en sorte, s’il y a moïen, que les gestes du Corps suivent la pensée de l’Esprit, & non pas que l’Esprit soit occupé des gestes.

R. ◀Nível 2 ◀Nível 1

1Voïez le XXII. Discours, p. 141.