Citazione bibliografica: Anonym (Ed.): "XXI. Discours", in: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.1\021 (1716), pp. 131-137, edito in: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Gli "Spectators" nel contesto internazionale. Edizione digitale, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1049 [consultato il: ].


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XXI. Discours

Citazione/Motto► Ut nox longa, quibus mentitur amica, diesque
Longa videtur opus debentibus ; ut piger annus
Pupillis, quos dura premit custodia matrum:
Sic mihi tarda fluunt, ingratáque tempora, quæ spem
Confiliúmque morantur agendi gnaviter id, quod
Æquè pauperibus prodest, locupletibus æquè,
Æquè neglectum pueris, senibúsque nocebit.

Hor. L. I. Ep. I. 20,—26.

C’est à dire, De même que la nuit paroît longue à ceux qui attendent une Maîtresse, qui leur manque de parole ; de même que des gens qui travaillent à la journée, trouvent qu’elle ne finit point ; de même enfin que les années durent des siécles à un Enfant mineur, & gémissant sous la tutèle d’une Mere qui s’aime trop : de même je m’ennuïe étrangement, quand je vois s’écouler & se perdre tant de précieux momens, où je pourrois apprendre & pratiquer certaines maximes également avantageuses aux riches & aux misérables ; & que les vieillards & les jeunes gens ne peuvent négliger impunément. *ZM

Livello 2► A Peine y a-t’il un Homme capable de refléchir & engagé dans les affaires du Monde, qui n’ait une impatience se-[132]crete de se délivrer tôt ou tard de l’embarras qu’il y trouve, & qui ne forme le dessein de se mettre quelque jour dans un état qui réponde au but de sa Création. Vous en voïez tous les jours qui protestent en bonne compagnie, que tous les Honneurs, le Pouvoir & les Richesses qu’ils ont en vûe, ne sauroient les dédommager du quart de la peine qu’ils se donnent pour les obtenir, ou les conserver. Y a-t’il rien de plus contradictoire que la théorie & la pratique de ces gens-là ? Ils gémissent sous le poids qui les accable, & ils ne peuvent se résoudre à secouer le joug, ils auroient besoin de la Retraite, & il n’y a pas moïen qu’ils l’embrassent : ils s’évaporent en souhaits inutiles, & ils veulent paroître toujours dans les Scènes les plus éclatantes de la vie ; ce qui n’est guere plus raisonnable que si un Homme faisoit allumer un plus grand nombre de Chandelles, lorsqu’il veut aller dormir.

Puis donc que nous sommes les dupes de nos cœurs à cet égard, & que nous n’avons pas la force de renoncer au Monde tout d’un coup, quoique nous en prenions tous les jours la résolution, ne nous amusons pas à la formalité, mais sevrons-nous peu à peu de ces plaisirs, pendant que nous en avons la jouissance.

Il n’y a nul doute que ce ne soit le But général de la plûpart des Hommes, & qu’ils ne se flatent de vivre un jour d’une maniere conforme aux principes de leur Rai-[133]son ; mais puisque la durée de notre vie est si incertaine & que c’est un des Lieux communs sur lesquels on raisonne depuis qu’il y a des Hommes au Monde, comment est-il possible qu’on retarde un moment l’execution de ce dessein?

Livello 3► Exemplum► L’Homme d’affaires a toujours quelque chose à finir, & il se dit à lui-même qu’après en être venu à bout, il renoncera à toutes les vanitez de l’Ambition : Le sensuel veut du moins prendre congé de sa Maîtresse, & la quitter civilement. Mais l’Ambitieux s’engage à toute heure à de nouvelles poursuites, & le Voluptueux trouve de nouveaux charmes dans l’objet qu’il croïoit pouvoir abandonner. On se repaît ainsi dune chimere, lorsqu’on s’imagine qu’en changeant de Lieu ou de circonstances, on changera de mœurs ; les mêmes Passions nous suivent par-tout, jusqu’à ce qu’elles soient domptées ; & il nous est impossible de vivre jamais contens dans la Retraite la plus profonde, à moins que nous ne soyions en état de goûter à peu près la même douceur au milieu du bruit & des embarras de la Vie. ◀Exemplum ◀Livello 3

J’ai toujours cru que le moïen le plus sûr de connoître les Hommes, étoit d’examiner les Lettres qu’ils écrivent à leurs Amis1 . Le sage &l’habile Théologien, mon Associé, avec qui je m’entretenois l’autre, jour fort serieusement du danger qu’il y a dans la Repentance tardive, eut [134] la bonté de me communiquer celles que je vais inferer ici, & qu’il avoit reçues de trois Personnes, avec qui il a de grandes liaisons. La premiere vient d’un Homme d’affaires, qui est son Proselyte ; la deuxiéme d’un Ami dont il a conçu de bonnes esperances ; & la troisiéme d’un Homme qui ne se fixe à rien, mais qui se laisse entraîner, tantôt d’un côte & tantôt de l’autre, suivant que l’humeur lui en dit. Metatestualità► Quoi qu’il en soit, voïons de quelle maniere ils raisonnent. ◀Metatestualità

Livello 3► Lettera/Lettera al direttore► Monsieur,

« Je ne saurois vous exprimer l’obligation que je vous ai de m’avoir engagé, par une sorte de Pénitence fort singuliere, à rendre quelque service, tous les jours de ma vie, à quelque personne de mérite. Le Poste où je suis me fournit souvent ces occasions & le noble Principe que vous m’avez inspiré, de faire du bien à tous ceux qui m’approchent, me rend attentif & industrieux dans toutes mes entreprises. Lorsque je releve le Mérite abbatu ou que je le tire de l’obscurité où il se cachoit, & que je protege une Personne qui est sans amis, je me condamne d’avoit voulu autrefois abandonner le Monde pour travailler à mon Salut. Je suis fâché que vous ne vouliez pas profiter de l’occasion que j’aurois d’avancer votre For-[135]tune, quoique je sois bien persuadé que vous êtes beaucoup plus sensible à l’aveu que je fais ici d’être devenu, par votre moïen, plus honnête Homme que je n’étois. C’est ce que reconnoîtra toute sa vie celui qui est, &c. »

R. O. ◀Lettera/Lettera al direttore

Lettera/Lettera al direttore► Monsieur,

« Je suis très-convaincu de tout ce que vous me dîtes la derniere fois que j’eus le bonheur de me trouver seul avec vous. Ce fut alors que vous me représentâtes le mauvais train de vie où je suis engagé ; mais vous le fîtes d’une maniere qui me persuada que vous agissiez par un Principe d’amitié en ma faveur. Si je ne comptois là-dessus, je n’obéirois pas si franchement à l’ordre que vous m’avez donné de vous découvrir mon état à l’égard de la Demoiselle qui me captive. Je sai que vous vous bornâtes à m’insinuer que je renonçois pour elle à mon Caractere ; mais cette Friponne a un air si bon & si doux, que son innocence devroit servir de compensation pour sa Foiblesse. Est-ce que vous autres, Gens vertueux, ne distinguez point les Crimes, suivant les Personnes qui s’en rendent coupables ? Faut-il que ma chere Chloé porte le même nom infâme que vous donnez aux Débauchées du commun ? Vous voïez, Monsieur, que je vous parle à cœur ouvert de la situation [136] où je me trouve à l’égard de cette Demoiselle ; & je vous promets d’emploier tous mes efforts pour vaincre le penchan <sic>, qui m’a rendu jusques-ici son très humble Serviteur à un tel point, que j’ai presque honte de me dire le vôtre, »

T. D. ◀Lettera/Lettera al direttore

Lettera/Lettera al direttore► Monsieur,

« Il n’y a point d’état plus incommode que celui d’un Homme qui ne suit pas les lumieres de sa Raison. Il vous paroîtra sans doute fort étrange, si je vous dis que l’amour de la Retraite fut ce qui m’amena d’abord à la Cour ; mais ce ne sera plus une énigme pour vous, lorsque vous saurez que je n’avois autre chose en vûe que d’y amasser de quoi acheter un Bien de Campagne, & de me procurer ainsi une agréable Retraite. Je me vois aujourd’hui en état de faire cette acquisition, & mon devoir me sollicite à passer le reste de mes jours, loin du tumulte & de l’embarras du grand monde ; mais j’ai le malheur d’avoir tout à fait perdu le goût de la vie tranquille, & je retournerois à présent à la Campagne avec plus de répugnance que je n’en eus pour me rendre à la Cour. Je suis assez infortuné pour connoître que j’aime les bagatelles, & que je néglige ce qu’il y a de plus important : En un mot, la Raison & la Coutume s’éntre-[137]chouent dans mon sein. Je n’ai pas oublié de vous avoir ouï dire une fois, que je pouvois vivre dans le Monde, sans m’y attacher. Aiez donc la bonté, je vous en prie, de m’expliquer ce Paradoxe un peu plus au long, afin que je vive, s’il est possible, d’une maniere qui soit conforme à mon devoir & à mon inclination. Je suis, &c. »

R. B. ◀Lettera/Lettera al direttore ◀Livello 3

R. ◀Livello 2 ◀Livello 1

1Voïez ci-dessus page 17.