Sugestão de citação: Anonym (Ed.): "XVII. Discours", em: Le Spectateur ou le Socrate moderne, Vol.1\017 (1716), S. 107-113, etidado em: Ertler, Klaus-Dieter (Ed.): Os "Spectators" no contexto internacional. Edição Digital, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.1045 [consultado em: ].


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XVII. Discours

Citação/Divisa► Sævit atrox Volscens, nec teli conspicit usquam
Auctorem, nec quò se ardens immirtere possit.

Virg. Æneïd. IX. 420. 421.

C’est-à-dire, Volscens tout en furie ne voit aucune part celui qui a lancé le trait, & il ne sait de quel côté se tourner pour en tirer vengeance. ◀Citação/Divisa

Nível 2► Narração geral► Il n’y a rien de plus lâche & de plus indigne, que de porter en secret des coups mortels à la réputation d’un Homme. Les Ecrits satiriques, pleins d’esprit & de feu, ressemblent à des Dards empoisonnez, qui ne sont pas seulement une blessure, mais qui la rendent incurable. C’est pour cela même que j’ai le cœur navré, toutes les fois que je vois un Esprit malin, accompagné d’une humeur agréable & badine. Un Esprit, cruel & barbare, n’est jamais plus satisfait, que lorsqu’il afflige un Particulier, ou qu’il excite la division entre les plus proches Parens, & qu’il expose des Familles entieres à la risée du Public, pendant qu’il se cache lui-même & que personné <sic> ne le découvre. Si, avec de l’esprit & de la malignité, un Homme est d’ailleurs vicieux, c’est une des Créatures les plus mal-faisantes qu’il puisse y avoir dans la Societé civile. Ses traits satiriques tom-[108]beront alors sur ceux qui en devroient être le plus à l’abri. La Vertu, le Mérite, & tout ce qui est digne de louange deviendront le sujet de ses railleries & de son badinage. Il est impossible de supputer les maux qui viennent de ces fléches lancées dans les ténèbres ; & toute l’excuse qu’on peut alléguer, pour ceux qui les tirent, se borne à soutenir que leurs blessures ne frapent que l’imagination, & ne produisent qu’une secrete honte, & un chagrin caché dans celui qui les reçoit. Il faut avouer, qu’une Satire ou qu’un Libelle n’emporte pas l’atrocité d’un Vol ou d’un Meurtre ; mais avec tout cela, combien y a-t’il de Personnes qui aimeroient mieux perdre une grosse Somme d’argent, ou la vie même, que d’être mis en bute à la raillerie, & de passer pour infâmes ? Il est certain que, dans ce cas, on ne doit pas mesurer l’Injure par l’idée de celui qui la fait ; mais par l’idée de celui qui la souffre. ◀Narração geral

Ceux qui digérent le mieux en apparence les outrages de cette nature, ne sont pas exemts de leurs secrets ennuis. Nível 3► Exemplum► J’ai refléchi bien des fois sur une circonstance de la mort de Socrate, dans une vûe qu’aucun des Critiques n’a relevée. Un peu avant que cet Homme illustre avalât le poison mortel qu’on lui avoit préparé, il fit un discours à ses Amis sur l’Immortalité de l’Ame, & il leur dit, dès l’entrée, qu’il ne croïoit pas que l’Esprit le plus Comique pût le blâmer de raisonner alors [109] avec eux sur un pareil sujet. Il n’y a nul doute qu’il n’en veuille ici au Poëte Aristophane, qui avoit écrit une Comédie exprès, pour le tourner en ridicule & se mocquer de ses Maximes. Divers Auteurs ont observé que Socrate étoit si peu touché des railleries de cette Piece bouffone, qu’il la vit jouer plusieurs fois sur le Théatre, & qu’il n’en témoigna jamais aucun ressentiment. ◀Exemplum Mais il me semble, s’il m’est permis de les contredire, que ma remarque est bien fondée, & qu’elle insinue que cet indigne procedé laissa quelque impression sur l’Esprit de ce divin Philosophe, quoiqu’il fût trop sage pour le découvrir.

Exemplum► Lorsque Jule Cesar se vit exposé à la Satire de Catule, il le pria un jour à souper avec lui, & il le reçut d’une maniere si honnête & si généreuse, qu’il le rendit un de ses plus fideles Amis dans la suite. Le Cardinal Mazarin en usa de même à peu près avec le savant Quillet, qui avoit refléchi sur son Eminence dans un fameux Poëme Latin. Il le fit venir à son Hôtel, & après quelques reproches obligeans sur ce qu’il avoit écrit, il l’assura de son estime, & qu’il lui donneroit la premiere bonne Abbaïe vacante, ce qui fut executé au bout de quelques mois. Cette maniere d’agir opera si-bien sur l’Auteur, qu’il dédia la seconde Edition de son Ouvrage au Cardinal, après en avoir ôté les endroits qui avoient choqué son Eminence.

Sixte V. n’étoit pas d’une humeur si gé-[110]néreuse, ni si facile à pardonner les injures. Lorsqu’il fut élevé au Pontificat, on revêtit un soir la Statue de Pasquin d’une Chemise fort sale, & l’on écrivit dessous ; pour excuse, qu’il étoit réduit à porter du linge mal propre, parceque sa Blanchisseuse étoït devenue Princesse. Ce trait satirique regardoit la Sœur du Pape, oblïgée à vivre de ce misérable métier, avant l’exaltation de son Frere. Cette Pasquinade fit tant de bruit à Rome, que le Pape promit une bonne Somme d’argent à celui qui en découvriroit l’Auteur. Ce malheureux, qui se reposoit sur la générosité du Saint Pere, & sur quelques insinuation secretes qu’il avoit reçues de sa part, s’alla dénoncer lui-même. Là-dessus, le Pape lui fit toucher la somme qu’il avoit promise ; mais il ordonna en même tems qu’on lui coupât la langue & les deux mains, pour le mettre hors d’état de satiriser à l’avenir. L’exemple de l’Aretin est trop connu, pour nous en servir à cette occasion. Il n’y a personne qui ne sache que tous les Princes de l’Europe étoient ses Tributaires. Il a même publié une Lettre où il se vante d’avoir mis sous contribution le grand Sophi de Perse. ◀Exemplum ◀Nível 3 ◀Narração geral

Quoique ce petit nombre d’Hommes distinguez, dont je viens de parler, se conduisissent d’une maniere bien differente à l’égard des Esprits satiriques de leur Siecle, qui les avoient attaquez ; avec tout cela, ils donnerent tous des preuves mani-[111]festes qu’ils étoient fort sensibles à leurs reproches, & par consequent qu’ils les regardoient comme de grosses injures. Narração geral► Pour moi je ne me fierois jamais à un Homme, que je croirois capable de lancer de ces traits envenimez ; & je ne doute pas qu’il n’attaquât le corps ou les biens de la Personne, dont il noircit ainsi la réputation, s’il le pouvoit faire avec la même sûreté. Il faut avouer qu’il y a quelque chose de bien cruel & de barbare dans les Vers satiriques de nos miserables Poëtes du commun. Une jeune & innocente Dame sera exposée à leurs fades railleries, pour un malheureux trait qu’elle a sur le visage. Un Pere de famille se verra tourné en ridicule, pour une calamité domestique. Une Femme ne jouira d’aucun repos le reste de ses jours, pour une action ou une parole mal interpretée. Que dis-je ? Un Homme de bien & d’une vie exemplaire sera déconcerté & mis hors des gonds, par le mauvais tour qu’on donne à des qualitez qui devroient lui faire honneur. Tant il est vrai que l’esprit est pernicieux, lorsqu’il n’est pas accompagné de la Vertu & de l’Humanité!

Je sai qu’il y a des Ecrivains étourdis & volages, qui, sans aucun mauvais dessein, ont sacrifié la réputation de leurs amis & de leurs connoissances, à une certaine humeur legere, & à la sotte ambition de se distinguer par un esprit satirique & railleur ; comme s’il n’étoit pas infiniment plus ho-[112]norable d’avoir le cœur bon, que de passer pour un Homme d’esprit. Lorsqu’un Auteur a quelque feu & quelque vivacité, il porte souvent des coups mortels sans avoir une pareille vûe. C’est pour cela même que j’ai toujours posé, comme une Régle, qu’un indiscret est plus à craindre qu’un méchant Naturel, parceque le dernier n’insulte que ses Ennemis, & ceux à qui il souhaite du mal, au lieu que l’autre attaque indifferemment ses Amis & ses Ennemis. Metatextualidade► Je ne saurois m’empêcher de transcrire, à cette occasion, une Fable du Chevalier Roger l’Estrange, qui s’offre, par hazard, à mes yeux : ◀Metatextualidade *Nível 3► Fabel► « Une troupe de petits Garçons, rangez sur le bord d’un Fossé, y attendoient que les Grenouilles parussent sur l’eau, & dès qu’une montroit la tête, ils ne manquoient pas de lui jetter des pierres jusqu’à ce qu’elle eût replongé dans la vase. Là-dessus une des plus hardies leur dit : Enfans, quoique ce ne soit ici qu’un badinage pour vous, savez-vous bien qu’il y va <sic> de notre vie? » ◀Fabel ◀Nível 3

Metatextualidade► Du reste, pusique1 cette semaine est consacrée, d’une façon toute particuliere, aux exercices de la Pieté, j’aurai soin que mes Speculations ne s’éloignent pas trop de ce but. D’ailleurs, il est toujours à propos, & sur-tout dans cette saison, d’avoir des idées charitables les uns des autres : C’est pour cela même que je viens de com-[113]battre l’esprit satirique & mordant, qui viole toutes les regles de la Charité. Défaut, que les Prédicateurs semblent avoir négligé, parce qu’il y a peu de Personnes qui en puissent être coupables. ◀Metatextualidade

C. ◀Nível 2 ◀Nível 1

1La semaine de Pâques.