Zitiervorschlag: Jacques-Vincent Delacroix (Hrsg.): "XXXIIe Discours.", in: Le Spectateur françois pendant le gouvernement révolutionnaire, Vol.1\032 (1794), S. 376-393, ediert in: Ertler, Klaus-Dieter / Hobisch, Elisabeth (Hrsg.): Die "Spectators" im internationalen Kontext. Digitale Edition, Graz 2011- . hdl.handle.net/11471/513.20.4626 [aufgerufen am: ].


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XXXIIe. Discours.

Sur quelques beaux effets de la révolution.

Ebene 2► Si d’un côté la révolution française a produit des effets affligeans ; si elle a dévoilé bien des ingrats et de faux amis de l’humanité ; si elle a exposé au grand jour bien des passions honteuses ; si elle a démasqué bien des vices, et transformé trop souvent l’adulation, la bassesse en arrogance, en cruauté, elle opère bien des prodiges, fait éclore des talens et briller des vertus ignorées.

Des militaires, auxquels on auroit à peine osé confier la conduite de vingt soldats et l’attaque d’un village, conduisent de grandes armées à la victoire, dirigent les opérations d’un siège important, et réduisent, après quelques jours d’attaque, des garnisons nombreuses à souscrire des capitulations qui seroient humiliantes pour la bravoure.

Certainement les campagnes de Jourdan, de Pichegru, peuvent être comparées à celles [377] qui ont immortalisé Turenne et le maréchal de Saxe ; ils ont triomphé des plus grands généraux de l’empire et de la Prusse ; leurs marches n’ont pas été moins rapides, leurs dispositions moins savantes que celles de nos plus illustres capitaines. L’ardeur des soldats qu’ils commandent a mis la discipline en déroute, et rejeté tous nos ennemis au delà de ce fleuve rapide qui fut, tant de siècles, l’imposante barrière des Gaules et de la Germanie.

Il ne faudroit pas pourtant en conclure que tout bon soldat puisse devenir un excellent général, ainsi que l’a prétendu un orateur des Jacobins, qui n’a de commun avec Démosthènes que la difficulté que cet illustre Athénien avoit, dit-on, surmontée en répétant ses discours devant la mer agitée. On doit seulement en tirer la conséquence que parmi les hommes que la vanité et les préjugés absurdes concentroient dans les emplois subalternes, il se rencontre des individus plus capables par l’étendue de leurs conceptions, la rapidité de leur coup-d’œil, et la justesse de leurs mesures, d’honorer les armes d’une nation, et d’affermir sa puissance, que tous ces vains personnages qui [378] se croyoient déjà de grands hommes, parce qu’ils se glorifioient d’avoir de grands noms.

Ce qui n’est pas moins surprenant, c’est le développement subit du talent de la parole dans des individus qui sembloient être, par leur ancienne profession, étrangers à l’éloquence, à ses formes brillantes, à ses grands mouvemens, à ses apostrophes véhémentes. J’avoue que j’ai très-peu lu de harangues qui réunissent ces parties oratoires au point où elles se rencontrent dans un des discours que prononça Legendre dans cette séance où les agens de la terreur dénoncèrent l’humanité comme un crime, et osèrent tenter de replonger dans des cachots la vieillesse et les infirmités qui venoient d’être rendues à la lumière.

Metatextualität► Je ne citerai que quelques phrases détachées de ce discours, inspirées par une indignation courageuse. ◀Metatextualität

Ebene 3► « On veut obscurcir l’horison politique par un nuage qui ne peut s’élever que de la vapeur du crime. Représentans, l’opinion publique vous entoure ; il n’appartient pas à une poignée de factieux de vouloir troubler la république. Quels sont donc ces hommes qui s’élèvent au-[379]jourd’hui contre la convention ? Les mêmes qui avoient couvert la France de morts et de paralytiques. J’interpelle ici mon collègue Bourdon, qui a parcouru avec moi les prisons de Paris, de dire si nous n’avons pas mis en liberté des spectres, des vieillards, des aveugles, des sourds et muets que l’on accusoit de conspirations. . .

Misérables ! c’étoit pour vous faire oublier que nous réparions vos crimes. . . Ceux qui blâment nos opérations ne sont, à proprement parler, que des hommes de proie. . . Regardez-les en face, vous verrez sur leur figure un vernis composé de fiel de tyran. . .

Ils parlent de la mort, dont ils disent qu’ils sont à chaque instant menacés. Je suis loin de la demander pour eux ; je voudrois que l’Auteur de la nature les condamnât à ne jamais mourir, pour traîner une vie odieuse au milieu des horreurs de l’ignominie. . . Je voudrois pouvoir les montrer à mes descendans, et instruire ma famille à s’attacher à la vertu, en lui représentant la punition terrible que l’on faisoit éprouver au crime. . . Les monstres ! [380] ils voudroient pouvoir encore nous enfouir dans le sang et dans les cadavres ! mais leurs projets seront confondus.

Représentans du peuple, marchez avec le peuple, et jamais il ne vous abandonnera ». ◀Ebene 3

Un discours nourri d’idées toutes aussi énergiques, et prononcé avec l’expression de la force et du sentiment, a produit sur la convention et sur le peuple un tel effet que le crime en a été consterné ; Exemplum► ce fut la massue d’Hercule qui terrassa le lion furieux de ce qu’on lui avoit ravi sa proie qu’il vouloit resaisir. ◀Exemplum

Si de ces talens inattendus, nés de la révolution, nous passons aux vertus privées, nous en verrons qui, peut être moins éclatantes, n’en méritent pas moins notre estime. Des femmes, jusqu’alors timides, ont tout-à-coup été transformées en héroïnes. N’en avons-nous pas vues qui, pour ne pas survivre à leurs époux et les accompagner jusqu’à la mort, ont défié l’iniquité d’un tribunal féroce, et fait entendre, dans son odieuse enceinte, ce vœu proscrit par le zèle républicain ? Ces juges avides de sang, au lieu de jeter le voile de l’indul-[381]gence sur un délire respectable, furent assez aveugles dans leur cruauté pour accomplir, par une condamnation précipitée, le dernier desir de l’amour conjugal.

D’autres, tant que leurs maris ou leurs fils furent captifs, alloient, dès le lever de l’aurore, s’asseoir sur une pierre pour attacher leurs regards tendres et inquiets aux barreaux qui leur laissoient entrevoir les objets de leurs affections ; on eût dit que le sentiment qui les occupoit les élevoit au-dessus de l’humanité. La nuit les surprenoit encore dans leur déplorable jouissance, et ce n’étoit que pour revenir le lendemain à la même place, qu’elles regagnoient leur triste demeure. Jamais le soleil n’éclaira dans son cours une aussi vénérable douleur. Mère de Hérault de Séchelles, où reposes-tu maintenant, depuis que tes yeux usés de larmes ne peuvent plus découvrir celui qui faisoit le charme de ta vieillesse ? Tu ne verras plus ce jeune orateur d’une si belle espérance, qui réunissoit, sous des dehors si aimables, le talent d’émouvoir les cœurs, et qui eût réuni tous les suffrages, s’il n’eût eu le malheur de s’égarer dans le chemin de la gloire !

[382] L’antiquité ne se seroit-elle pas honorée de compter parmi ses citoyennes celle qui, bravant la surveillance des sentinelles, et persistant à ne vouloir jamais s’éloigner des murs où gémissoit son mari, fut entraînée à un corps-de-garde, et ensuite au comité de sa section, qui la menaça de la prison si elle continuoit ses recherches, qu’on osoit nommer criminelles. Je ne peux, répondit-elle, résister à la force ; mais, je vous le déclare, je ne serai pas plutôt libre que je retournerai vers le lieu d’où vous m’avez arrachée. Etonnée de son courage et de sa franchise, la violence ne la retient plus et la laisse échapper ; déjà elle revole goûter la seule consolation qui reste à sa douleur.

Représentans du peuple, que de filles, que de mères, que d’épouses vous avez vu, dans vos maisons, attendre votre passage dans la plus humble contenance, se prosterner à vos pieds, y oublier la décence de leur sexe, le sentiment de leur naissance, braver les menaces de la puissance, les dédains de l’insensibilité, les dangers de l’importunité, pour essayer de vous toucher, et obtenir de votre émotion, un frère, un fils, un époux !

[383] Pourquoi le Spectateur, qui doit tout voir, tout révéler, ne consigneroit-il pas, parmi les actes de vertu révolutionnaire, la résignation de certains ministres d’un culte dont les illusions sont dissipées ? Plusieurs d’entre eux, victimes de leurs opinions religieuses, ont refusé, dans leur abandon, dans le dénuement le plus affreux, les secours de leurs compagnons de captivité. Ebene 3► « Gardez, gardez, disoient-ils, pour vous-mêmes ce que la pitié vous porte à nous offrir. Nous sommes ici au poste du malheur ; le ciel, qui nous y a placés, nous en retirera, ou nous y succomberons si c’est sa volonté. Notre indigence ne nous humilie pas ; elle n’est honteuse que pour nos persécuteurs ». ◀Ebene 3 Insensés, qui jouissez de votre erreur, comment ne voyez-vous pas que le ciel vous abandonne à la destinée de l’espèce humaine ? Mais votre courage vous honore aux yeux de l’impartialité, qui plaint et respecte votre aveugle crédulité.

Si je parcourois tous les états, j’y verrois des vertus de tous les genres, produites par la révolution : des femmes, jadis opulentes, habituées aux commodités du luxe, sup-[384]porter avec dignité les privations du nécessaire ; des serviteurs faire le sacrifice de leurs gages pour nourrir ceux qui étoient leurs maîtres ; des amis qui se sont exposés à la mort pour dérober l’amitié aux recherches de la persécution ; des prisonniers qui ont préféré de demeurer captifs à la honte de trahir la confiance ; des enfans qui se sont dévoués à de vils travaux pour subvenir aux besoins d’une mère tout-à-coup réduite à l’indigence ; de sensibles mercenaires qui, sous le voile d’un message, ont partagé entre un prisonnier et sa famille le fruit de leurs épargnes ; des pères, des frères qui ont trompé la justice, et se sont dévoués à ses coups pour conserver un père à leurs neveux, un fils plus utile à sa mère.

C’est sur ces traits qui honorent notre révolution, que je me plais à arrêter mes regards ; c’est en les y attachant que je me réconcilie avec l’humanité, que je ne rougis pas de lui appartenir. Je voudrois qu’on en composât un recueil pour l’instruction de la jeunesse ; il ne lui seroit pas moins utile pour la perfection de ses mœurs que celui qu’on destine à animer son zèle par le récit de ces actes civiques, dont la plûpart [385] ne sont peut-être pas plus réels que la submersion héroïque de l’équipage du Vengeur, et que plusieurs autres qu’un de nos représentans vient de démentir.

Un pareil ouvrage rédigé avec la liberté de la pensée et l’exactitude de la vérité, feroit rougir l’étranger de son injustice envers une nation qu’il déprécie sur les torts de quelques individus, au lieu de l’estimer sur la masse de ses vertus ; il nous présenteroit sous des auspices favorables à la postérité, à laquelle l’histoire transmettra nos déchiremens, nos déclamations sanguinaires, nos actes de barbarie, et qui ignorera peut-être que la nation fut plus à plaindre que coupable sous l’empire du crime et du parjure ; qu’elle n’a pas été plutôt rendue à la liberté de son caractère sensible et généreux, qu’elle a désavoué ceux qui ont osé parler et agir en son nom ; enfin qu’elle demeura ensévelie sous la crainte à l’aspect des forfaits dont elle gémissoit en silence.

[386] Lettre d’un Négociant qui se ruine en gagnant toujours sur le prix de ses marchandises.

Ebene 3► Brief/Leserbrief► Depuis quinze ans que j’ai embrassé la profession du commerce, j’ai toujours en vue de me concilier l’estime publique, de faire honneur à mes engagemens, d’accroître ma petite fortune sans la compromettre dans de grandes et périlleuses spéculations. J’avois, à l’époque de la révolution, un fond de marchandises qui, d’après les factures, m’étoit revenu à cent mille francs ; c’étoit tout mon bien, je n’en desirerois pas davantage ; pourvu que ce fond, me disois-je, produise annuellement dix mille francs de bénéfice, je serai en état de subvenir à mes dépenses journalières de satisfaire les fantaisies modestes de ma femme, d’élever mes enfans ; et si je viens à mourir, en suivant les règles de commerce et d’économie dont je leur aurai donné l’exemple et le précepte, ils ne manqueront jamais du nécessaire.

Aujourd’hui, cette perspective consolante s’est transformée en pressentimens doulou-[387]reux ; et au lieu de l’espoir de transmettre à mes enfans une fortune améliorée par mon travail et mon assiduité, j’ai la juste crainte de ne leur laisser pour héritage qu’un nom et une maison déshonorée : n’allez pas croire cependant que je vende à perte ; au contraire, je fais sur mes marchandises un bénéfice plus fort que celui dont je savois autrefois me contenter. La toile qui me coûte 8 livres, je ne la donne pas à moins de 9 livres ; ainsi je gagne plus de douze pour cent sur mes ventes. Que résulte-t-il de ce gain qui n’est qu’apparent ? que 40,000 livres que j’avois en toile, m’ont produit à la vérité 45,000 liv., mais pour 40,000 liv. il m’étoit parvenu cinq mille aunes de toile à 8 liv., et je n’ai pu m’en procurer que quatre mille aunes avec la même somme ; j’ai continué de vendre toujours avec le même bénéfice, et de remplacer les fonds qui me rentroient par de nouvelles marchandises prises dans nos fabriques : il s’est ensuivi de ma persévérance à observer la loi du maximum, que les rayons de mon magasin, qui étoient surchargés de toiles n’offrent partout que des vuides ; lorsque je gémis de cette altération dont l’aspect me désole, [388] on me dit que vous importe d’avoir moins en quantité, puisque vous avez toujours le même fond en valeur ? Ne voyez-vous pas, répliquai-je, que si mon commerce va toujours ainsi en décroissant de quantité, quoiqu’en augmentant en valeur, tout mon magasin sera limité à un coin misérable qui, en représentant toujours à vos yeux un fond de cent mille francs, finira par ne plus contenir que de quoi faire des chemises à ma femme et à mes enfans. Il en sera de mon commerce comme de celui d’un épicier qui auroit eu pour cent mille francs de sucre, et qui, en vendant ses pains au maximum, en auroit à mesure de sa vente acheté d’autres d’après le prix établi dans les ports ; au lieu de douze mille cinq cents pains de huit livres qu’il avoit, il n’en auroit plus que douze cents aujourd’hui, et dans un an il lui en resteroit à peine pour la consommation de sa maison. . . . . Mes observations, toutes évidentes qu’elles soient, lorsque je les fais aux consommateurs, leur paroissent des subtilités, et on ne me répond que par ces mots vuides de sens : si l’on écoutoit les marchands, il faudroit tout leur payer au poids de l’or. Eh ! qui voulez-vous donc [389] écouter et consulter en matière de commerce, si vous dédaignez l’opinion de ceux qui y ont mis leurs fonds et leur industrie ? Leur expérience ne vaut-elle pas bien le savoir des hommes qui n’ont jamais acheté que ce qui est nécessaire à leur ménage ?

Un de mes confrères, beaucoup plus riche que moi, à qui j’ai fait part de mes terreurs sur l’avenir, et auquel j’ai demandé comment il se garantissoit du malheur qui me ménace, m’a confié ses procédés : je dirige, m’a-t-il dit, mon commerce sur un plan bien différent du vôtre ; avant de livrer cent aunes de toiles qu’on me demande, je sais à quel prix on me les fourniroit dans une fabrique d’où je les tire, et c’est sur ce prix que je règle ma vente ; je ne m’inquiète pas du prix porté sur mes anciennes factures, je ne vois que mes mesures ; il faut, avant que j’altère mon fond d’un nombre quelconque d’aunes, que je sache si je pourrai les remplacer avec l’ergent <sic> que je recevrai, après avoir prélevé le bénéfice que je dois y faire. C’est en suivant cette marche que j’ai toujours la même quantité de pièces de toile dans mon magasin ; et le gain que je fais sur mes ventes [390] fournit aux frais habituels de ma dépense. J’observai à mon confrère que son procédé, tout juste qu’il me paroissoit, ne s’accordoit pas avec la loi du maximun <sic>, et qu’il s’exposoit à être dénoncé et puni comme prévaricateur. Je ne connois pas de loi, me répliqua-t-il, qui me prescrive de continuer le commerce avec la certitude d’aller à ma ruine, à celle de mes enfans, et d’opérer celle de mes créanciers ; si une pareille loi existoit, elle seroit si contraire à toute justice, qu’il faudroit croire qu’elle a été surprise à la sagesse de nos législateurs, et qu’ils ne tarderont pas à revenir de leur erreur ; mais comme alors on ne me restitueroit pas ce que cette erreur m’auroit fait perdre, j’ai commencé par prendre pour règles de ma conduite les principes du commerce et les règles de la probité.

Toute pure que puisse paroître cette morale, elle ne m’a pas inspiré assez de sécurité pour m’y confier, et j’ai consulté un autre négociant dont j’estime la droiture et sa scrupuleuse soumission aux décrets de l’assemblée nationale : voici quelle a été sa réponse : une loi opposée au commerce existe. Le commerçant est citoyen avant d’être négo-[391]ciant, il doit donc obéir à cette loi. Il est tenu d’être toujours citoyen, il n’est pas obligé de faire toujours le commerce ; mais, comme citoyen, il a son honneur à conserver ; comme chef de famille, il a la dot de sa femme et le patrimoine de ses enfans à préserver : que fais-je pour concilier tous ces devoirs ? je vends les marchandises de mon fond suivant la loi du maximum, mais je n’en fais pas venir de nouvelles. Du produit de mes ventes j’acquitte mes billets, je rembourse les fonds qui m’ont été confiés ; j’achète, du surplus, des domaines, des immeubles. Lorsque mon magasin sera épuisé, je congédierai mes commis, et je me retirerai à la campagne, ou je demeurerai à la ville, pour y exister tranquillement avec ma famille qui vivra de mon revenu.

Il résulte de ces exemples différens, que le négociant qui persiste à continuer son commerce, en ne s’écartant jamais de la loi du maximum, marche avec la révolution à une ruine inévitable ; que celui qui, sans avoir égard à cette loi, prend pour règle du prix de ses ventes celui des fabriques qui s’élève progressivement de jour en jour, court le risque d’être dénoncé et [392] puni comme rebelle à la loi ; que le marchand qui ne veut pas s’exposer à ce danger, ni à celui de n’avoir un jour à présenter à ses créanciers, à sa femme et à ses enfans qu’un gage idéal, se détache de son commerce, ne commande plus rien aux fabriques, ce qui doit entraîner la chûte des manufactures et amener nécessairement la rareté des marchandises nationales.

J’ai pensé que ces observations ne paroîtroient pas superflues à un Spectateur ; et que s’il les publioit, elles pourroient frapper nos législateurs, et ramener leur attention sur une loi dont le projet n’a pas été assez discuté, assez approfondi, et dont les inconvéniens nous paroissent tous les jours plus sensibles. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 3

Réponse.

Brief/Leserbrief► Je vous sais très-bon gré d’avoir bien voulu m’éclairer sur un sujet que je n’ai, comme tant de braves citoyens, observé que très-superficiellement. Il m’avoit jusqu’à présent semblé que les négocians n’avoient point à se plaindre d’une loi qui leur accordoit un bénéfice honnête sur les marchan-[393]dises renfermées dans leur magasin ; mais je n’avois pas songé à la difficulté qu’ils éprouveroient à s’en procurer la même quantité, sans faire non-seulement le sacrifice de ce bénéfice, mais encore sans y exposer de plus forts capitaux.

D’après la vérité que vous m’avez rendu si sensible, je vous conseille de suivre la marche de votre confrère qui convertit en immeubles le produit de ses ventes. Ce que vous aurez acquis demeurera dans toute son étendue à votre femme et à vos enfans. Si tous les marchands prenoient ce parti, le commerce et les manufactures finiroient, il est vrai, par s’anéantir ; mais la fraude sauvera les uns, la témérité perpétuera les autres, en attendant qu’une loi nouvelle vienne au secours de la probité et de la prudence. ◀Brief/Leserbrief ◀Ebene 2 ◀Ebene 1